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Essai - Page 7

  • En découdre avec le pré sur Philippe Jaccottet - Miche Crépu

    Sur le pré

     

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    Un petit essai éclatant d’admiration et d’émotion que Michel Crépu fait partager ici dans cet opuscule au titre combattant.

     

    Comment exprimer l’admiration que l’on ressent pour l’oeuvre d’un poète ? Comment raconter la trajectoire qui nous a mené à lui ? 

    Michel Crépu remonte le temps pour se souvenir de sa première rencontre avec Philippe Jaccottet  « Je pris la Semaison et j’entrais ainsi dans cette oeuvre qui ne m’a pas quitté depuis. »

     

    Cette voix nouvelle, cette relation à la nature, à la beauté et au langage de Jaccottet est une expérience forte et un enchantement.

    Il aime dire que les écrits de Jaccottet sont des enquêtes «  le poète Jaccottien tient du détective. Ses promenades, ses rêveries sont des enquêtes »

    Il s’agit des les comprendre, de capter le sens d’un poème, de rendre compte de l’émotion sans tomber dans le dithyrambe ou l’emphase.

    Il nous ouvre les portes de Philippe Jaccottet poète, traducteur et passeur de poésie « De combien de poètes pourrions-nous dire qu’ils ont si bien parlé des autres ? » demande Michel Crépu. 

     

     

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    Son sentiment personnel est fort, il le revendique « Si je cherche à mettre un mot sur l’émotion de mes premières lectures de Jaccottet, c’est l’expression de condition humaine qui me vient à l’esprit et je voudrais bien voir qu’on m’interdise de l’utiliser encore. » 

     

    Il parle d’expérience spirituelle, d’expérience d’enchantement, ce n’est en rien un décorticage de l’oeuvre, une interprétation érudite, non c’est plutôt une transcription de sensations, un parcours en amitié poétique.

    Après toutes ces années de proximité avec le poète ce qui le touche c’est que chez Jaccottet « la simplicité puisse aller ici aussi aisément de pair avec le raffinement, l’élégance »

     

    Au fil des pages vous aurez besoin d’avoir sous les yeux La Semaison ou mon préféré La promenade sous les arbres et bien sûr L’entretien des muses.

    Votre envie de lire Philippe Jaccottet se fera prégnante.

     

    Témoignage d’une « amitié de lecture » ce petit livre rend aussi compte des interruptions ou des éloignements que Michel Crépu a pu connaitre dans sa relation avec le poète  mais qui, toujours, est resté son poète de chevet qui lui donne le « sentiment (…) d’être fortifié ».

     

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    Si vous voulez entendre Philippe Jaccottet, le mieux comprendre, approfondir sa lecture, ce petit livre est celui qu’il vous faut.

     

    Le livre : En découdre avec le pré - Michel Crépu - Editions des Crépuscules

  • Un imam en colère - Tareq Oubrou

    Les murs sont aussi entre nous

     

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    Dans un récent débat sur la place de l’islam en France sur la Cinq, j’ai été frappé par les propos mesurés d’un homme, en fin d’émission le journaliste Yves Calvi a rappelé le titre de son dernier livre et je me suis dit : ce livre est pour toi. La religion musulmane fait parfois peur dans ses excès, n’est-il pas temps de regarder « par dessus » le mur de la mosquée ?

     

    Tareq Oubrou est le recteur de la mosquée de Bordeaux, citoyen français qui aime et respecte la République il a voulu ce livre d’entretien pour revenir sur des thèmes d’actualité : méfiance à l’égard des musulmans, peur d’un terrorisme islamiste, port du voile, condition de la femme, liberté d’expression, prières de rue, nourriture hallal.

    Un tour d’horizon assez large qui a su répondre à la plupart de mes questions.

     

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    Il accepte très mal le climat de suspicion qui s’est développé après l’affaire Merah qui pèse sur les français musulmans. Ceux ci choqués se réfugient dans le silence se sentant montrés du doigt malgré les condamnations faites par les dirigeants religieux.

    C’est l’occasion pour lui de rappeler le hadith suivant

    « celui qui tue un non-musulman vivant en paix avec les musulman sera voué à l’enfer »

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    A partir de là le dialogue avec Samuel Lieven journaliste va passer en revue ce qui de l’avis de T Oubrou est un frein à cette acceptation de l’islam en France.

    Un exemple : l’absence de la pensée et de la culture arabo-musulmane à l’école et dans les livres alors qu’il serait bon que « les petits Mohammed sachent que leur culture d’origine a contribué à la civilisation au sein de laquelle ils vivent » 

     

    Il exhorte les musulmans à mieux connaître les textes et la pensée de l’islam car dit-il le Coran est exigeant. Il les invite à penser leur religion « dans une perspective d’adaptation au droit français  » ce qui pour cet imam consiste à « sacrifier des pratiques mineures » comme le voile, le minaret, l’obligation de nourriture hallal, pour « favoriser le vivre ensemble dans une société où l’islam n’est pas majoritaire et n’a pas vocation à le devenir »

     

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    Il en appelle au dialogue car dit-il je suis musulman ET dans le monde, la parole religieuse doit apaiser et rassurer et non être source de conflits. On ressent fortement un homme extrêmement exigeant envers sa communauté mais ne masquant pas les difficultés. 

     

    J’ai été très intéressée par ce livre et par la qualité de la réflexion de cet homme. Sans langue de bois il tance avec courage ses coreligionnaires

    « je reconnais que beaucoup d’hommes musulmans justifient encore leur domination et leur soi-disant supériorité en interprétant de façon sélective et machiste certains passages du Coran »  

    Mais il n’oublie pas et condamne les mouvements qui stigmatisent les musulmans.

    L’image de l’imam n’est pas très positive auprès des français c’est une excellent façon de la faire évoluer et de rencontrer cet homme qui dit 

    « l’essentiel est de veiller à ce que la référante symbolique à la charria, à l’islam ou au Coran n’entre pas en conflit avec les grands principes universels : liberté, égalité, citoyenneté, démocratie…. »

     

    Le livre : Un Imam en colère - Tareq Oubrou - Editions Bayard

  • Un Candide en Terre sainte - Régis Debray

    Le livre du voyageur philosophe

     

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    Disons le tout net : je n’aime pas le style de Régis Debray, trop de métaphores, trop de traits d’esprit parfois vraiment tirés par les cheveux et pas du meilleur goût. 

    Mais

    Son livre est passionnant, un pèlerin agnostique en Terre Sainte voilà qui ne manque pas de sel et qui participe à une approche sans langue de bois dans un pays où l’amour du prochain est oublié depuis longtemps.

    Régis Debray porte un regard très éloigné du politiquement correct et du langage diplomatique sur cette région.

     

    Entrons un peu plus dans ce pays qui couvre aussi bien Israël que Gaza, la Syrie et la Jordanie et un bout du Liban car nous dit Régis Debray « Jamais (...) une sainte histoire n'eut moins de géographie. »

    Le cheminement tient une grande place dans ce récit où vous côtoyez églises, synagogues, mosquées, lieux saints des trois religions du Livre. Ce voyage nous fait nous interroger pour comprendre pourquoi ce territoire est devenu un champ de bataille, un cauchemar total « Un maximum de haine dans un minimum de territoire. » dit Debray très justement.

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    © AFP

     

    Lieux des croyances et des extrémismes, juifs orthodoxes de Mea Shearim ou Frères musulmans, palestiniens en quête d’un état, chrétiens en terre étrangère qui alimentent à eux seuls la manne touristique du pays.

    Comment peut-on penser faire vivre ensemble ceux qui se barricadent derrière un mur, ceux qui se voient dépossédés de leur terre ?

    J’ai aimé les rencontres faites par Régis Debray, Israéliens ou Palestiniens, quelques personnages hors du commun à qui on confierait bien les clés du royaume.

     

     

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                                         Les religions du Livre 

     

    Comme ce prêtre qui dit que se préoccuper des palestiniens ce n’est pas être en opposition avec les israéliens, que la paix passe par une élévation du niveau d’éducation des enfants arabes, par le refus de se définir avec une seule identité dans ce pays multiple où un arabe ne peut rendre visite à ses amis le soir, ne peut obtenir un visa de sortie pour participer à un congrès !!

    Un pays où les diplômés s’exilent aux Etats-Unis pour ne plus subir d’humiliations.

     

    D’une façon tout à fait surprenante ce sont les Evangiles qui servent de guide de voyage à l’auteur et son éclairage est vraiment passionnant, il oblige à remettre en question des certitudes, à écouter ces personnes enclines au dialogue de part et d’autre. Un éclairage parfois subversif, parfois agaçant mais au combien utile.

    Par delà les champs de mine, le mur, les photos de martyrs accrochées au grillage « Il faut guérir les Israéliens de la peur (…) et soulagé les Palestiniens qui ont peur de cette peur. »

    Compréhensif devant les revendications palestiniennes il est aussi admiratif des juifs car dit-il, ils incarnent la mémoire du XXème siècle, il y a parmi eux un grand nombre de personnalités d’exception, leur presse est libre et leur justice indépendante mais regrette son obsession sécuritaire.

     

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                             Gaza aujourd'hui © AFP

     

    Le livre date de 2008 mais il pourrait avoir été écrit hier. C’est un regard équilibré sur une région pleine de soubresauts et c’est déjà chose suffisamment rare pour mériter la lecture.

     

    Vous pouvez lire aussi le livre de l'Israélien S Yizhar ou du Palestinien S Shehadeh 

     

    Le Livre :  Un candide en Terre Sainte - Régis Debray - Editions Gallimard et folio 

  • Etrangers sur l'Aubrac - Nicole Lombard

    Lorsque la maison est une tente

     

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               Un nid pas vraiment chaleureux 

     

    Si vous me suivez fidèlement vous savez que j’ai aimé le livre de Claudie Hunzinger : Survivance, elle y faisait référence à un livre qu’elle aimait beaucoup et à l’expérience d’une soeur de galère : Nicole Lombard.

    C’est mon côté fouineur qui m’a poussé à chercher et trouver le livre de Nicole Lombard et vous savez quoi ? j’ai aimé ce livre et du coup hop je vous en fait cadeau.

     

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                   l'Aubrac en été ça va 

     

    1997 un couple suite à une faillite ( oui encore un) est forcé de quitter sa maison du gard, obligés de partir « loin des garrigues » en emportant quelques meubles, quelques livres (les autres sont répartis chez les amis) , le vieux cheval Baron, chats, chiens et direction l’Aubrac où ils sont propirétaire d'un terrain : le Pré Célestine

     

    Michel et Nicole n’ont même pas une maison délabrée pour les accueillir, non c’est sous la tente qu’ils trouvent refuge, une grande tente notez, une tente de l’armée, mais pour passer l’hiver sur l’ Aubrac c’est un peu minimaliste comme solution.

    Après le déménagement voici le temps de l’installation au Pré dCélestin  à Nasbinal. 

    Ils sont des sans logis, des SDF comme les pèlerins qui passent par ce plateau en direction de Compostelle et du coup s’attirent la méfiance des gens du cru. Pas facile de s’insérer quelque part.

    Si l’été est une extraordinaire explosion de la nature, les pluies et le froid mettent les nerfs à rude épreuve.

    La vie est parfois très dure, quand EDF menace de ne plus les approvisionner, quand un employé du cadastre leur cherche un peu des poux dans la tête pour une question de bornage.

    Heureusement de temps en temps le ciel se dégage et ils font connaissance avec des habitants chaleureux ou organisent quelques retrouvailles avec la famille.

     

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                      Mais l'hiver............

     

    Ils sont fous ? oui je crois un peu et d’ailleurs amis et famille ne se privent pas de leur dire, parce que non contents de s’installer dans le précaire ils vont en plus mener à bien un projet d’édition pour l’un, d’écriture pour l’autre.

    Vivre malgré tout, envers et contre tout, s’abreuver aux livres, s’organiser des concerts à domicile sous la tente grâce à la fée électricité, Nicole relit Molière, Jünger, écoute le Requiem de Verdi à la radio. Elle souhaite se sentir apaisée et contourner les obstacles

    « Etre à la fois sédentaire et nomade, étranger et pays, ne pas avoir à choisir - ni surtout qu’on choisisse à ma place - Il faudrait pouvoir y arriver, mais que de passes difficiles, en soi et autour de soi, à franchir. »

     

    Aucun misérabilisme, pas de trémolos dans la voix, Nicole est beaucoup trop amoureuse de la vie pour baisser les bras, elle préfère admirer la première fleur d’un « pavot bleu de l’Himalaya » et le soir retourner « le contempler aux dernières lueurs du jour »

     

    Un livre qui comme d’autre est un chemin vers les livres avec sa multitude de références littéraires qui vous fera enrichir votre carnet de lectures  De Giono à Julien Gracq, de la Bible à Annie Dillard, d’Henri Bosco à Thoreau, bref je me suis sentie en pays de connaissances.

     

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    Nicole Lombard © Sophie Bassouls/Corbis

                     

    Récit incroyable et livre sincère, leçon de vie authentique, un livre qui donne envie de se battre, de s’alléger du superflu, de se réjouir de la vie telle qu’elle est. J’ai suivi le chemin de Claudie Hunzinger à Nicole Lombard et je vous propose d’en faire autant en faisant une place à ce livre dans votre bibliothèque.

     

    Le livre : Etrangers sur l’Aubrac - Nicole Lombard - Editions du Bon Albert 

     

     

     
  • Sarinagara - Philippe Forest

    Soleil levant : le sens des mots 

     

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    Je savais ce monde

    Ephémère comme rosée

    Et pourtant pourtant

     

    Un livre superbe que Philippe Forest baptise roman mais qui apparaît comme un objet littéraire qui tient tout autant de l’essai, de la biographie ou du journal.

    Dans un roman précédent L’enfant éternel l’auteur a raconté comment Pauline leur fut enlevée à l’âge de 4 ans après des mois de souffrance.

    Après ce deuil « Le Japon nous est apparu naturellement comme le lieu vers où aller au lendemain de la mort de notre fille  ».

    Ce voyage et ce séjour au Japon va servir de fil rouge à ce livre, fil rouge qui va réunir un poète, un romancier et un photographe japonais.

     

    Trois hommes, trois vies qui sont elles aussi ébranlées par la perte de proches, d’enfant, ou par la position de témoin

    Le premier le poète Kobayashi Issa le maître du haïku qui vit dans un Japon « qui a fermé ses frontières » dont la « vie est une longue errance, les voyages à travers le pays, la poésie, des poèmes par centaines et à côté d’eux, tout juste le labeur banal du malheur, de la misère. »

    Philippe Forest nous présente le poète qui fait face au malheur, à l’écoulement du temps car « la poésie est le sentiment du temps » et qui cependant va être « le poète de la vie, des enchantements d’enfants et des éveils émerveillés dans la nature » 

     

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    Nous sommes au monde

    Et nous marchons sur l’enfer

    Les fleurs le répètent

     

    Toute sa vie de vagabond, de père attendri et meurtri, entre dans ses poèmes car dit Issa «  si la poésie ne parle pas de ce monde alors elle n’est rien. »

     

    Venons maintenant au romancier, Natsume Sôseki le père du roman japonais jamais remis de la mort de son premier enfant, évènement qui va inspirer son travail.

    Cet écrivain, contemporain de Proust et de Kafka, écrit des livres étranges en particulier pour nous européens, romans qui témoignent d’ « une sorte d’effarement devant le mouvement s’accélérant du temps » . 

    Sôseki qui connaît l’exil en Europe, se marie de retour au Japon et « comme le malheur est patient  » il voit disparaitre la plus  jeune de ses filles, mort qu’il raconte dans un roman dont le sens du titre est « à l’équinoxe et au-delà (…) car il n’y a pas de raison pour un romancier que tout s’achève avec la vie. »

     

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    Le site exposition des photos de Y Yosuke

     

    Le troisième homme est photographe, Yamahata Yosuke  fut envoyé à Nagasaki immédiatement après l’explosion atomique et il rapporta des photos des ruines et des victimes.

    Le 6 août est son anniversaire, il a vingt huit ans, il est affecté à une base comme photographe, parviennent des rumeurs de choses terribles qui se seraient produites, il n’est qu’à 160 km de Nagasaki et ses supérieurs l’y expédient pour faire des photos qui témoignent de l’explosion.

    Il atteint « l’extrême limite au delà de laquelle plus rien n’existe » 

    Yamata «  dut éprouver à quel point paraissent irréelles les choses les plus vraies » 

    Il fait des clichés des vivants et des morts, il dit n’avoir éprouvé aucune émotion, aucune pitié « c’est seulement plus tard que sont venus la souffrance et la honte ».

    Ces photos furent longtemps tenues cachées, mais Yamata décida de les conserver, de les sauver.

    A travers ses trois vies bouleversées par la perte, l’écriture ou les photos servirent de planche de salut comme l’écriture servit de tuteur à Philippe Forest.

     

    Le titre de ce livre grave sarinagara signifie : pourtant, cependant, chute d’un des haïkus les plus célèbres d’Issa Kobayashi.

    Ce livre exigera de vous un effort de lecture, il délivre un message non d’oubli mais d’apaisement. Une écriture portée à la fois par une douleur indicible et par la volonté de choisir le chemin de la sérénité.

     

    Chez Tania un billet sur Natsume Sôseki

     

    Le livre : Sarinagara - Philippe Forest - Editions Gallimard ou Folio 2004

  • Lettre sur le pouvoir d'écrire - Claude-Edmonde Magny

     

     Des mots, toujours des mots, encore des mots...

     

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                        « Nul ne peut écrire s'il n'a le coeur pur  » 

     

    Ce tout petit livre qui est dans ma bibliothèque depuis 1993, était épuisé depuis longtemps. Les éditions Flammarion ont l’excellente idée de le rééditer, il sortira fin d’août. 

     

    1943. Un jeune homme qui a fui la dictature espagnole se sent invité par l’écriture. Cet homme c’est Jorge Semprun « la langue française est devenue  ma seconde patrie  » dit-il mais il se sent des scrupules et a des doutes sur sa vocation littéraire.

    Une aide et des réponses à ses questions, à sa quête,  vont venir sous la forme d’une lettre, d’une femme, critique littéraire, Claude-Edmonde Magny. 

     

    Que dit-elle dans sa lettre ? 

    Elle dit la foi qu’elle a en la valeur des livres, une foi « tenace ».

    Elle se désole de ces écrivains qui n’ont qu’une hâte c’est en avoir fini avec l’acte d’écrire, de « soupirer vers l’instant où l’on sera , enfin, par delà les mots. »

    Elle met en garde contre l’impression de simplicité de l’acte d’écrire, par exemple croire à la lecture de Laura Malte Brigge « que Rilke n’a eu qu’à y verser telles quelles les angoisses qu’il avait éprouvées à se promener dans les rues de Paris »

    Elle le met en garde envers toute facilité qui peut venir à celui doté d’un trop grand talent, car écrire nécessite un engagement, écrire c’est « se rattacher en quelque façon que ce soit à ce qu’il y a d’essentiel en vous. »

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                                    « La magnificience de Balzac »   

                          

    Cette lettre ne renferme pas uniquement des conseils.

    C’est à une belle balade en littérature que Claude-Edmonde Magny convie le futur écrivain, elle va lui fournir les armes à « une offensive vers la création littéraire » Elle se fait aider par Balzac, Kafka,DH Lawrence, Gide, Cocteau et Proust.

    Ses convictions, ses préférences éclatent à chaque page « Ecrire est une action grave, et qui ne laisse pas indemne celui qui la pratique. » Avis aux amateurs !!!

     

    Cette lettre ne parviendra qu’en 1945 à Jorge Semprun lorsque qu’il rentrera de Buchenwald et qu’il ira frapper à la porte de Claude-Edmonde Magny.

    Cette lettre le suivra partout, mais, pour survivre alors, il choisira de s’éloigner de l’écriture, pourtant la lettre restera pour lui « le seul lien, indirect, énigmatique, fragile, avec celui que j’aurais pu être : un écrivain » 

    L’oeuvre que Semprun écrira ensuite fut une belle réponse à Claude-Edmonde Magny. 

    C’est un texte tout de passion et de sincérité. Un petit livre dont on a aucune envie de se défaire une fois lu. Faites lui une place dans votre bibliothèque.

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    Le livre : Lettre sur le pouvoir d’écrire - Claude-Edmonde Magny - Editions Climats 1993 ou Flammarion 2012