11.11.2009
Patience et songe de lumière - Sylvie Germain
Patience et songe de lumière - Sylvie Germain - Editions Flohic
En 1996 j’ai eu la chance de me rendre à La Haye pour voir l’exposition Vermeer au Mauritshuis. C’était la plus importante exposition avec 22 des 35 tableaux attribués à Vermeer.
Je me souviens du voyage en voiture jusqu’à Amsterdam, des canaux encore gelés car nous étions en mars, le ciel était bas, le train d’Amsterdam à La Haye pris tôt le matin, la foule qui se pressait à l’entrée malgré les billets achetés plusieurs mois auparavant , et ensuite...la magie de la peinture, de la lumière, des tableaux.
Il y avait presque tout : Le Géographe et la Dentellière du Louvre, « Le petit pan de mur jaune » cher à Proust, La laitière avant qu’elle ne devienne publicité, La jeune fille à la perle avant le roman et le film.
Les tableaux des grands musées du monde, ceux de part delà l’océan et que je n’aurai peut être jamais l’occasion de voir une seconde fois.
Avant cette exposition j’avais rêvé sur les tableaux de Vermeer grâce à Sylvie Germain, son livre est actuellement indisponible mais vous pouvez sans doute le trouver en bibliothèque et il vous proposera d’entrer dans l’atelier du peintre et de faire un voyage vers la lumière et une fois poussé le rideau de vous absorber dans la contemplation.
Tout d'abord il vous faut faire connaissance avec la ville.

« Il est sept heures dix au cadran de l’horloge de la porte de Schiedam. Le mât oblique d’une barque amarrée devant l’arche de la porte pointe le clocher de la Nouvelle Eglise que le soleil levant blondit doucement »
Vermeer est là dans son atelier, il cherche la perspective, les couleurs « Il a reçu le don de la lumière - l’amour et l’intelligence de la lumière montée des confins de la terre et de l’eau »

Suivons Sylvie Germain dans l’atelier. « Le rideau s’ouvre d’un grand coup d’aile marquetée sur la scène où oeuvre le peintre » le peintre est là « Il est le maître des couleurs et dicte à chacune son rôle dans le grand jeu du visible pour mieux en révéler la mission au sein de la dramaturgie de l’invisible »
Continuons la visite et approchons nous :
« Car c’est lui seul le peintre qui préside ici à la cérémonie des noces entre la poésie et la peinture, entre le chant et la lumières, entre la beauté et les couleurs, entre le visible et l’invisible »
S Germain nous emporte de l’atelier à la chambre, elle s’efface devant l' « Harmonie en bleu ardoise et ocre nuancé de roux et de rosé »

L’écrivain s’absente pour laisser place à un chant de lumière : « Les doigts égrènent des notes, des mots, des fleurs de dentelle, des gouttes de lait, des perles »
Mais elle peut aussi se pencher sur les cartes, compas en main et évoquer Spinoza « Le solitaire polisseur de verres d’optique, l’artisan philosophe dont la vision du monde et l’oeuvre qui en émane, font écho à celle de Vermeer : un écho de cristal, sec, net et limpide. »

C’est un parcours initiatique car « Vermeer ne raconte rien, ni narration, ni fable ni histoire. Il montre, réfléchit, il présente. Son oeuvre est une mise en miroir, sa peinture une vision. »
Laissez vous porter par les mots de Sylvie Germain, sobres, denses et par le génie de Vermeer dont la peinture est

« Un voyage dans l’immensité close au coeur de l’apparence, une lente dérive dans les remous de l’immobilité, un embarquement de l’instant dans l’absolu et pour l'éternité"
Bon voyage au pays des couleurs et de la lumière.
09:56 Publié dans Art (8) | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
29.09.2009
L'ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat
L’Ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat - Editions LePassage
Une histoire de fratrie et de fraternité, l’unei se déroule aujourd’hui entre Gérard Rataud et son frère Gilbert, l’autre au dix-septième siècle dans la famille Le Nain, les peintres de la paysannerie.
Gérard et Gilbert tout d’abord, ces deux là c’est l’huile et l’eau, ils ne se sont plus revus depuis des années, Gilbert accuse Gérard d’être responsable de la mort de leur mère et le considère comme un raté. Gérard handicapé par une obésité très importante vivote d’allocations, mange pour passer le temps et pour oublier qu’il a un frère brillant, professeur d’histoire de l’art et Don Juan à ses heures, mettant dans son lit les étudiantes qui peuplent son amphithéâtre.
Gérard le solitaire va se prendre d’amitié pour un gamin un peu voleur et en quête de son père, contre toute attente cette rencontre va lui insuffler courage et détermination " Soudain son coeur malade battit à vive allure, il lui vint des suées d’angoisse en même temps qu’il lui poussait des ailes "

La paysannerie - Le Nain - Musée du Louvre
De nos jours faire copain copain avec un enfant fait immédiatement crier à la pédophilie et le naïf Gérard va droit vers les ennuis.
Gilbert un peu las des conquêtes faciles a un jardin secret, il cherche depuis des mois à en savoir plus sur trois peintres, trois frères énigmatiques : Antoine, Mathieu et Louis Le Nain.
La famille Le Nain est originaire de Laon, trois des cinq frères font carrière à Paris, l’ainé gère les biens familiaux à Laon. Ils sont curieux ces trois frères, les tableaux qui sortent de leur atelier sont signés Le Nain sans mention de prénom, trois talents réunis en un seul au point que " nul n’a pu attribuer un tableau entier à l'un ou l’autre ". Ce qui intrigue Gilbert Rataud c’est que il manque un cinquième frère à l’appel, Isaac, il apparaît sur les tableaux mais rien de plus, pas d’archives, pas de traces. Gilbert Rataud se fixe un but " Il m’appartient de retrouver Isaac ; de mettre mes pas dans les siens, de suivre sa route : de le ramener à la maison, vivant, parmi les siens."

Le Repas du paysan - Le Nain - Musée du Louvre
Hélène Bonafous-Murat nous emmène avec elle et l’on suit avec un demi-sourire la cavale de Gérard jusqu’en Bretagne. Mais elle fait plus et nous offre une entrée au Louvre très privée et nous fait pénétrer dans l’intimité des tableaux des frères Le Nain.
Les pages autour de la peinture sont excellentes, l’auteur dit toute sa gratitude à Jacques Thuillier grand spécialiste de cette époque.
L'histoire des deux frères se suit sans aucun déplaisir mais si comme moi vous aimez la peinture ce livre sera pour vous un excellent compagnon dans votre découverte des frères Le Nain
L'auteur

Normalienne, Hélène Bonafous-Murat est expert en estampes, au cœur du marché de l’art parisien. Pour Morsures, son premier roman, elle a obtenu le Prix Alain-Fournier 2006, le Prix du Premier Roman du Rotary Club international 2006, le Prix du Premier Roman du Salon du Livre de Sablet 2006, le Prix des bibliothèques du Vaucluse 2006 (source l'éditeur)
08:16 Publié dans Art (8), Littérature Française (12) | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
01.06.2009
Les couilles d'adam - Edouard Dor
Les couilles d’adam - Edouard Dor - Sens & Tonka
C’est le troisième voyage que j’entreprends avec Edouard Dor, après les Deux vénitiennes et Une inquiétante étrangeté, je le retrouve aujourd’hui dans un essai sur Masaccio, on change d’époque mais toujours en gardant ce regard décalé, libre et passionné sur les oeuvres, loin des essais trop sérieux des historiens de l’art.
Comme dans les livres précédents plusieurs oeuvres sont regardées, rapprochées, comparées.
Le titre de ce livre prend sa source dans la fresque de Masaccio de la Chapelle Brancacci de Santa Maria del Carmine à Florence.
Dans la chapelle deux fresques se font face, celle de Masolino, La Tentation qui représente Adam et Eve avant la chute. Cette fresque qu’ Edouard Dor qualifie « d’art médiéval » correspond au canon esthétique et à la tradition de l’époque.

La tentation - Masolino - Chapelle Brancacci
En face l’oeuvre de Masaccio, Adam et Eve chassés du paradis terrestre, marque une rupture et le passage à l’art moderne.

Adam et Eve chassés du paradis terrestre
Avant et après restauration
L’analyse détaillée fait apparaître des détails ignorés, nous fait découvrir l’intention du peintre de faire de cet Adam le procréateur désigné par dieu, et d’Eve qui pousse un cri inaudible, qui revêt le masque de la douleur, le symbole de la punition divine.
Cet homme et cette femme ne sont plus des personnages habituels, ils ne sont plus des canons de la culture gréco-latine mais deviennent plus humains.
« Cette volonté de Masaccio d’humaniser ses héros fait qu’ils nous sont immédiatement compréhensibles et sympathiques. Nous compatissons à leur douleur, cette douleur qu’ils semblent partager et qui les rend solidaires l’un de l’autre (...) Oui nous saisissons bien, d’emblée, la précarité de ces créatures. »
Le titre choisi par E Dor pour cet essai trouve son origine dans la suppression des pudiques feuilles de vigne qui cachaient les attributs virils d’Adam avant la restauration de la fresque en 1984.
Masaccio dont Elie Faure disait « Celui-là même qui a inventé la peinture » inspirera Michel Ange, Raphaël, les tableaux de ceux-ci sur le même sujet sont examinés par Edouard Dor. Puis plus près de nous il nous propose un rapprochement avec Rodin mettant en regard, le visage douloureux d’Eve et la sculpture de Rodin "Tête de la douleur"
Tête de la douleur - Auguste Rodin
Comme pour les précédents j’ai aimé cette invitation à la découverte d’une oeuvre et cet essai est allé rejoindre les deux précédents sur les étagères de ma bibliothèque
08:12 Publié dans Art (8) | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
23.03.2009
Une inquiétante et diabolique étrangeté - Edouard Dor
Une inquiétante étrangeté - Edouard Dor - Editions Sens & Tonka
Le plaisir du diable - Jacques Gelat - Editions José Corti
Au mois de février je vous avais proposé un billet sur un livre d’Edouard Dor, aujourd’hui je récidive car sur un thème différent il nous livre encore une fois sa réflexion d’observateur attentif.
À quoi tient qu'un tableau nous trouble plus qu'un autre ?
Pour nous parler de « cette inquiétante étrangeté » Edouard Dor nous installe devant trois oeuvres de Véronèse traitant d’un même sujet, les amours de Mars et Vénus. Dans un des trois tableaux la présence d’un escalier qui va on ne sait où et surtout et ajouté à ce « décor ambigu » au beau milieu d’une scène voluptueuse, une tête de cheval en haut de l’escalier.
« Véronèse cherche à nous surprendre, à nous déstabiliser »
Je vous laisse juger par vous-même.

Le deuxième exemple pris par Edouard Dor est le portrait fameux « Olympia » par E Manet . il se livre à une étude passionnante dudit portrait, en particulier de son éclairage frontal, sur la présence d’un chat aux yeux jaunes, sur la fascination et le malaise que nous pouvons éprouvé devant la toile.
Son dernier exemple est une étude d’une oeuvre peu connue de Matisse : « Porte fenêtre à Collioure ».

J’ai aimé à l’égal du premier ce petit livre, simple et fouillé il invite à lire autrement une toile, à observer en nous laissant pénétrer par cette « inquiétante étrangeté » qui naît de nos fantasmes et qui peut aller jusqu’à l’épouvante absolue nous dit S Freud dans l' essai dont s'est inspiré Edouard Dor.
Il arrive que nos lectures s’ordonnent d’une façon particulière et que sans le vouloir deux ouvrages viennent se rencontrent ou se répondent. Le roman de Jacques Gelat a pris place juste après ma lecture d’Edouard Dor.
J’ai retrouvé le monde de la peinture dans ce roman insolite et précieux. Sonia l’héroïne travaille dans une galerie à Paris, le propriétaire de celle-ci lui confie la mise en vente d’un tableau hollandais d’Emmanuel de Witte représentant deux musiciennes.
Sonia tombe aussitôt sous le charme et son intérêt va jusqu’à la fascination, mais un soupçon l’assaille, elle ressent une « inquiétante étrangeté » à l’observation de la toile, des détails incongrus, des anomalies la font douter de l’authenticité du tableau.
« Alors, bien avant le dessin, les couleurs ou la composition, la toile lui envoya sa lumière.
Sonia la sentit doucement irradier vers elle, un peu comme un soleil du soir après une journée de chaleur. Une lumière tiède, lente. Sans doute était-ce le sentiment des couleurs principales, les robes des femmes, orangé sombre pour la première, rouge bordeaux avec des reflets bruns pour la seconde. Puis le bois des guitares sur les genoux, vieil or avec des reflets ambrés. »
Nous sommes littéralement emportés nous aussi, la description du tableau que vous ne tarderez pas à « voir » , l’obsession amoureuse de Sonia pour celui-ci, sa quête de la vérité, le monde de l’art, du faux et de l’illusion, tout est fascinant dans ce roman. Le style est impeccable et la construction diabolique. Une fin inoubliable.
Il faut préciser que ce roman avait déjà été publié il y a vingt ans par les éditions Denoël sous le titre « le tableau », il est réédité aujourd’hui pour notre plus grand plaisir.
Ces deux livres se faisant écho prévoyez de les ranger ensemble dans votre bibliothèque.
10:12 Publié dans Art (8), Littérature Française (12) | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
22.02.2009
Images d'un monde flottant
Carnets d’esquisses - Hiroshige - Textes de Sherman Lee - Editions Phébus
C’est d’un livre datant de quelques années dont j’ai envie de parler aujourd’hui. Un livre à admirer, à feuilleter, livre que vous ouvrez les jours moroses, les jours où vous avez besoin d’un petit surplus de bonheur.
C’est tout le japon traditionnel qui nous est proposé dans ces deux carnets du maître japonais Hiroshige
Cinquante dessins sont présentées dans ce livre, dessins à l’encre et au crayon, rehaussés de lavis et d’aquarelle.
L’esquisse est un art pratiqué au Japon mais les oeuvres conservées par la bibliothèque du Congrès ont longtemps été jugées sans grande valeur.
Les carnets sont longtemps restés enfermés et ce livre est le premier qui nous permet de les admirer.
Le premier carnet est composé de vingt cinq dessins de paysages et de scènes de la vie quotidienne. On croise des barques de pêcheurs, un homme jugé sur sa mule au pied du Mont Fuji, un envol d’oiseau, une barque sous la lune.
Ces scènes dégagent une grande sérénité, les traits estompés, les couleurs, la composition, tout nous fait entrer dans un monde de délicatesse et de légèreté.
Hiroshige utilise l’espace avec bonheur et l’oeil de promène libre et serein.

Sur le grand pont au loin pins et cerisiers
Le voyageur occidental qui n’aurait jamais eu la chance de visiter le Japon ou de connaître la langue japonaise ne pourra manquer lui-même de ressentir ici la magie proprement nippone des paysages. (Extrait de la préface de Daniel Boorstin)

La chasse aux lucioles
L’élégance toute en rythmes et nuances des costumes traditionnels (Extrait de la préface de Daniel Boorstin)
Le deuxième carnet lui est tourné vers le monde des contes et du merveilleux au Japon et vers des personnages : samouraï et son flacon de saké ou jeune femme se coupant les ongles des pieds.

Le chat de la troisième princesse
De s’ouvir enfin à la leçon fabuleuse d’une sagesse en étrange symbiose avec le monde animal.
(Extrait de la préface de Daniel Boorstin)
Chaque esquisse est commentée dans un cahier à part, rien ne vient rompre l’enchantement. Chaque dessin est un petit miracle de perfectiondrôlerie, de subtilité ou de rêve
Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque
Pour poursuivre votre voyage cliquez sur l’estampe
07:00 Publié dans Art (8) | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
01.02.2009
L'ennui des deux Vénitiennes - Edouard Dor
L’ennui des deux vénitiennes - Edouard Dor - Sens & Tonka
Je vous transporte aujourd’hui à Venise, plus exactement au Musée Correr. On est tranquille, pas de bousculade, pas de queue devant le musée, suivez moi dans ma visite et arrêtons nous devant un tableau de Carpaccio
« Les deux vénitiennes » Mais là je vais vous abandonner aux mains d’Edouard Dor qui se révèle un guide comme on voudrait en rencontrer dans tous les musées.
Son livre est une véritable enquête sur ce tableau, Edouard Dor examine, scrute, observe, analyse, détaille tous les éléments de ce tableau, avec lui vous chercherez à comprendre ce que font ces deux femmes, qui sont-elles ? pourquoi semble-t-il manquer une partie du tableau ? ces deux femmes s’ennuient-elles ? qui attendent-elles ? quel est le sens de ce tableau ? Toutes les suppositions sont admises et Edouard Dor ne manque pas d’imagination !

Les deux vénitiennes-Carpaccio
Pour nous aider à comprendre il met en résonnance ce tableau avec une oeuvre du peintre impressionniste Caillebote « Femme à sa fenêtre » et un tableau d’ Edward Hooper

Room in New York - Edward Hooper
Edouard Dor nous emporte sur les traces de ce tableau, il fait des recherches, il examine toutes les hypothèses comme pour résoudre une énigme et trouver la dernière pièce du puzzle.
L’essai d’Edward Dor m’a captivée et le tableau m’a troublé, j’étais en bonne compagnie, il parait que Marcel Proust appréciait fort ce tableau et en parle dans « La Prisonnière »
Ce court essai est très réussi, un livre comme je les aime, d’une fausse simplicité cachant un énorme travail, d’une savante légèreté et d’une érudition brillante.
Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque
09:29 Publié dans Art (8) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.12.2008
Les mystères du rectangle
Le Mystère du rectangle - Siri Hustvedt - Editions Actes Sud
J’ai acheté il y a peu un livre pas trop gros et pas trop cher, ce qui est rare en matière de livre d’art.
Ce livre m’a attiré par la façon dont l’auteur parle des tableaux qu’elle a sélectionné et le fait qu’elle ne soit pas une spécialiste, ni une critique d’art m’a attiré.
Siri Hustvedt est écrivain les textes qu’elle a écrit pour ce livre sont simples, chargés d’émotion, bien documentés sans être pédants et il éclairent très intelligemment les oeuvres.
Elle ne nous fait pas un cours d’histoire de l’art mais laisse parler ses sens, ses émotions, ses propos sont matière à contestation peut être mais pourquoi pas ?
La plupart de ces tableaux décrits sont connus voire très célèbre mais son propos est de gommer cet habit de notoriété, de célébrité pour se centrer sur les émotions ressenties, l’éclairage du tableau, les détails qui apparaissent parfois après plusieurs heures de contemplation.
La tempête de Giorgione qu’elle a découvert non à Venise mais sur une simple reproduction qui a suffit à la subjuguer; à la faire tomber amoureuse du tableau.
Personne aujourd’hui n’est d’accord sur l’interprétation de ce tableau mais elle dit elle même que « je crois qu’elle (la Tempête) échappera toujours à ma compréhension et c’est pour cela que je ne cesserai pas de retourner la voir »
La dame au collier de perles de Johannes Vermeer qu’elle rapproche de façon peut être audacieuse des « annonciations » de la Renaissance
Nature morte de Jean Baptiste Chardin et de Cézanne
Un très beau chapitre sur la splendeur des toiles de Chardin qui pour l’auteur « évoque une présence humaine intense », Siri Hustvedt nous restitue bien toute la tendresse qu’elle éprouve pour ce peintre
Les caprices de Goya oeuvres nettement moins connues du grand public, série d’Eaux Fortes inquiétantes, parfois grotesques, irrationnelles, oeuvres parfois teintées de sadisme et de cruauté. Une découverte pour moi mêmes si ce n’est pas la partie du livre qui m’a le plus séduite.
Il y a quelques semaine je suis allée voir l’exposition Mantegna au Louvre, c’est toujours un bonheur les expositions et lorsque l’on vit en province chaque fois on essaie de s’en mettre plein les yeux mais les moments de grâce sont vite passés.
Un livre comme « Le mystère du rectangle » permet de se remémorer des tableaux admirés ou de se préparer à une visite.
Faites un place à ce livre dans votre bibliothèque.
la galerie de tableaux
Extrait :
Quand je lis un livre, quand j'écoute de la musique ou quand je vais au cinéma, c'est avec le temps que je découvre l'œuvre. Un roman, une symphonie, un film ne prennent leur sens que par la succession des mots, des notes et des images. Les heures peuvent passer, un tableau ne gagnera ni ne perdra la moindre parcelle de lui-même. Il n'a ni commencement, ni milieu, ni fin. J'aime la peinture parce que dans son inaltérable immobilité elle paraît exister en dehors du temps d'une manière impossible à toute autre forme d'expression artistique.
Plus j'avance dans mon existence, plus je voudrais mettre le monde en suspens et saisir le présent avant que, dévoré par la seconde suivante, il ne devienne le passé. Un tableau crée l'illusion d'un présent éternel, d'un lieu où mes yeux peuvent se reposer comme si le tic-tac de la pendule avait cessé par magie.
18:59 Publié dans Art (8) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
28.11.2008
Léonard et Machiavel
Léonard et Machiavel - Patrick Boucheron - Editions Verdier
L’un Léonard...de Vinci bien sûr mais vous aviez deviné, l’autre Machiavel celui qui a permis de créer un nouveau mot dans notre petit Larousse.
Nous voilà transporté à la Renaissance, époque de foisonnement intellectuel et artistique mais aussi de danger, de sang et de poisons.
Un constat : pendant environ 15 ans Machiavel et Léonard de Vinci se sont côtoyés, rencontrés, ont été liés aux mêmes personnes, aux mêmes protecteurs ont travaillé sur les mêmes projets et ...rien pas d’écrits, aucun documents, rien de rien.
Machiavel secrétaire de chancellerie, un peu ambassadeur un peu espion, occupe une fonction risquée à l’époque où les princes se succèdent le plus souvent dans le sang et la fureur.
Léonard, lui a déjà 50 ans , il peint, dessine depuis plus de 30 ans , il a depuis toujours une passion pour les techniques les phénomènes naturels et l'eau en particulier, sans doute l’esprit le plus curieux de son temps.
Patrick Boucheron est persuadé que les deux hommes se sont rencontrés mais voilà... nulles traces de ces rencontres.
Plus agaçant encore : ils ont travaillé sur le projet fou du détournement du cours de l’Arno, pas un noble projet humaniste pour protéger les paysans des inondations, non un projet guerrier pour détruire Pise l’éternelle rivale de Florence.
D’autres rencontres ont eu lieu lorsque Léonard de Vinci reçoit en commande la réalisation d’une fresque pour la salle du Palazzo Vecchio à Florence, la fresque de la bataille d’Anghiari ne sera jamais terminée par Léonard et le destin va séparé les deux hommes.
Ces deux figures de la Renaissance rapprochées par la soumission obligatoire aux condottieri de l’époque, il fallait bien vivre ! Ces deux hommes ont dialogué, conversé, peut être échangé des lettres mais il n'en reste rien, ni dans les fameux carnets de Léonard, ni dans la correspondance de Machiavel.
Très contrariant pour un historien de n’avoir aucun écrit à se mettre sous la dent, plus que contrariant, carrément frustrant, alors me direz-vous , il invente ? il fait dans le romanesque ...et bien pas du tout, il digresse, tourne autour de son sujet, « il interroge le silence » dit-il lui même et tout cela pour notre plus grand plaisir.
Ni traité de peinture ni traité politique, ni biographie, ni fiction, ce texte à la fois érudit sans être pédant, limpide mais exigeant se lit avec délices.
Une critique parue dans Télérama parle d’une singularité exceptionnelle et d’une ambition littéraire indiscutable, le compliment est mérité.
Un article du blog de Pierre Assouline sur ce livre.
Extrait
« Léonard et Machiavel n'étaient pas de ces éclaireurs à l'avant-garde, mais au coeur de la bataille, dans la mêlée confuse, où rien ne se discerne nettement sinon la vérité du combat. Ils n'ont pas fait leur temps ; parce qu'ils furent si intensément du leur, ils sont toujours du nôtre. Il y eut entre eux un temps commun, qui les fit contemporains ».
Pour poursuivre la lecture
Une petite bibliographie
les carnets de léonard de Vinci tome 1 et le tome 2
Léonard de vinci par Daniel Arasse
Léonard de Vinci une biographie chez actes sud
10:03 Publié dans Art (8), Biographies (12), Histoire (9) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





















