06.04.2011

Faire la queue aujourd'hui

Faire la queue

 

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A Paris pendant la guerre

Faire la queue, cela réveille en nous le souvenir des temps qui de détresse, la famine, la conscription. Quand nous faisions la queue avant la guerre, c’était une joie, pour une jouissance artistique. On se mettait en file devant l’Opéra, devant un théâtre, rongeant notre frein, mais joyeux, brûlant d’impatience, l’attente même augmentait le plaisir, enthousiastes, nous nous rassemblions en une allègre cohue, jeunes gens, amis camarades, étrangers.

 

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Aujourd'hui à Maputo au Mozambique

Nous n’y étions pas contraints, poussés par quelque nécessité.(...) Ce n’est que pendant la guerre, et après, que le monde à découvert cette humiliation, cette nouvelle forme d’attente dictée par la contrainte, la peur et la nécessité, comme on attend un interrogatoire, un jugement, et c’est pourquoi, chaque fois qu’on nous l’inflige, ne fût-ce que pour quelques minutes, s’éveillent au profond de moi-même la révolte et la colère.

Le livre : Journaux 1912-1940 - Stefan Zweig - Editions Belfond

20.09.2010

Quand l'heure viendra - Joseph Winkler

quandl'heure.gifQuand l’heure viendra - Joseph Winkler - Traduit de l’Allemand par Bernard Banoun - Editions Verdier
Un vrai choc de lecture, un roman à la fois lyrique, violent, sombre et ...magnifique.
Joseph Winkler est un écrivain de la même lignée que Thomas Bernhard, natif d’un village de Carinthie région rurale, catholique et repliée sur elle-même.
Cette chronique que l’on devine autobiographique est un condensé de la mémoire collective d’un village. C’est par les récits de son père qu’on accède aux histoires du villages, un père tout puissant incarnant l’ordre, l’autorité, le respect des traditions, l’obéissance aveugle à la religion et aux diktats de l’Eglise.

Entrons, et parcourons les rues de ce village en forme de croix et allons à la rencontre des habitants qui l’ont peuplés pendant les trente dernières années.
Le narrateur va tout à tour nous présenter 36 habitants de ce pays, 36 destinées frappées du sceau du pêché.
Il entrecoupe ses histoires d’une tradition locale qui veut que les paysans fabrique un brouet d’os qui en été « a la propriété  repousser les insectes qui, les jours de canicule surtout, harcelaient les chevaux de trait dans les champs ».
Cette jarre va servir à accueillir métaphoriquement tout le non dit, toutes les actions nauséabondes des villageois et sa présence revient comme un leitmotiv accompagnée par les Litanies de Satan de Baudelaire « Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! »
Et les 36 récits nous livrent les haines, les peurs irrationnelles, les accidents, les maladies, les suicides, les crimes du villages.
Une jeune fille affolée par ses premières règles au point de se jeter dans le torrent, une femme attendant le retour de son fils mort depuis 15 ans, Léopold et Jonathan dix sept ans et tué par leur amour illicite.
Le silence qui s’abat sur tous. Les traditions étouffant toute révolte, la vie rythmée par les messes, les baptêmes, les enterrements.
Le temps passe mais il reste au coeur des villageois le regret du temps de la guerre, de la toute puissance, du temps où l’on pouvait maudire l’étranger, le juif, le réprouvé.   

Disons le, c’est un livre difficile, terrible mais un livre saisissant, d’une beauté puissante et funèbre.
Si vous aimez la littérature de langue allemande faites connaissance avec Joseph Winkler dont on comprend bien à la lecture de ce livre, pourquoi ses concitoyen le déteste à l’égal de Thomas Bernhard.

Quatrième de couverture

Ecrit dans une langue flamboyante, traversé de scènes hallucinées, Quand l'heure viendra est l'un des sommets de l'œuvre de Josef Winkler : un triomphe de la mort qui saisit tout le tragique du vingtième siècle à travers le microcosme d'un village carinthien.

winkler.jpgl'auteur
Joseph Winkler est né en 1953 à Kamering en Carinthie. Fils de paysans catholiques, il brasse dans ses romans cette matière villageoise faite de secrets, d’interdits et de hontes farouchement camouflées. Il s’est rapidement acquis la réputation de trublion dans la littérature autrichienne. Sa langue même est une insurrection violente contre la chape de silence imposée par le consensus social. Auteur de récits et de romans, il a obtenu, entre autres, le prix Alfred Döblin et  le prestigieux prix Büchner.

25.04.2010

Conscience contre violence

Conscience contre violence - Stefan Zweig - Editions du Castor Astral

« Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ».

conscience.gifCette phrase est de Sébastien Castellion, un nom qui est absent des livres d’histoire, il fut " l’homme le plus savant de son époque " il fut aussi et c’est lui qui le dit " le moucheron contre l’éléphant " dans sa lutte contre Jean Calvin et sa dictature religieuse, il fut pour la liberté de pensée et la liberté religieuse.

En 1536 de façon démocratique Genève choisit la religion réformée.  Calvin va s’imposer comme chef spirituel " Cet homme sec et dur, enveloppé dans sa robe noire et flottante de prêtre" homme de pouvoir, rigide, fanatique certain du bien fondé de sa doctrine, il va imposer à tous une " tentative d’uniformisation absolue de tout un peuple "
Les fêtes sont supprimées, la musique est bannie, sourire lors d’un baptême peut vous valoir la prison ! on légifère sur la longueur des robes des femmes, les enfants sont invités à dénoncer les turpitudes de leurs parents. Il est interdit d’écrire à l’étranger, interdit aux époux de se faire des cadeaux  " interdit, interdit, interdit: on n’entend plus que cet horrible mot" et quand l’intimidation, l’encouragement à la délation et l’appel au meurtre ne suffisent pas, on utilise l’emprisonnement et le meurtre.
Pour que triomphe sa doctrine Calvin "intellectuel délicat et pieux" impose un régime de terreur à la ville perdant "toute mesure et tout sentiment humain"
Les Genevois subissent le joug sans révolte.  La couardise des chefs religieux pendant l’épidémie de peste qui fait rage trois années durant sera la première interrogation sérieuse sur l’infaillibilité de Calvin et de son entourage, mais insuffisante pour mettre à mal son pouvoir.
Lorsque Michel Servet est condamné au bûcher en 1553 pour avoir défendu des thèses considérées comme hérétiques par Calvin,  des voix s’élèvent.
Cette condamnation était une nécessité politique pour Calvin, son autorité était défiée. Le procès fut une caricature inique et ridicule, la mort fut barbare et Calvin se garde d’y assister.

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Sébastien Castellion


Sébastien Castellion homme d’une foi profonde s’est déjà heurté au maître de Genève, celui-ci l’a poursuivi de sa hargne, le contraignant à l’exil et à la pauvreté. Il va être le seul intellectuel à s’indigner publiquement.
Castellion va utiliser la seule arme pacifique à sa disposition, il va prendre la plume contre Calvin, contre " le premier meurtre religieux commis par la Réforme et la première négation éclatante de sa doctrine primitive".
Castellion est très sévère  " Les premières exhortations de Calvin ont été des injures, la seconde a été la prison et Servet n’a comparu devant les fidèles que pour être hissé sur des fagots et brûlé vif."
Le tempérament de Castellion le porte vers la conciliation, l’indulgence, mais dit Stefan Zweig " Il faut qu’une voix claire et nette s’élève en faveur des persécutés et contre les persécuteurs."
Castellion malgré le danger publie un  Traité des hérétiques Calvin s’appuie en permanence sur la Bible ? Castellion va faire de même, il affirme que la notion même d’hérétique n’apparaît pas dans les textes sacrés et que " Nous estimons hérétiques tous ceux qui ne s’accordent avec nous, en notre opinion" il faut ajoute t-il "Mettre fin une fois pour toutes à cette folie qu’il est nécessaire de torturer et tuer des hommes uniquement parce qu’ils ont d’autres opinions que les puissants du jour " Il s’oppose à Calvin au nom de la tolérance qui " seule peut préserver l’humanité de la barbarie."

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Le mur des réformateurs : Genève honore aujourd'hui Calvin et a oublié Castellion


Zweig nous le présente comme un homme courageux   "Avec héroïsme il ose élever la voix en faveur de ses compagnons poursuivis, risquant ainsi sa propre vie. Sans le moindre fanatisme, quoique menacé à chaque instant par les fanatiques, sans aucune passion, mais avec une fermeté inébranlable, il brandit telle une bannière sa profession de foi au-dessus de son époque enragée, il proclame que les idées ne s’imposent pas, qu’aucune puissance terrestre n’a le droit d’exercer une contrainte quelconque sur la conscience d’un homme. "
Sébastien Castellion va payer le prix fort pour son courage, Calvin le harcèle, fait brûler ses écrits, il est injurié, des pamphlets sont écrits contre lui, on le prive de travail et donc de ressources. Seule une mort par épuisement à 48 ans lui épargnera la prison ou le bûcher.

Stefan-zweig.jpgC’est un grand livre que Stefan Zweig a écrit, un livre qui honore Castellion et Zweig. C’est un plaidoyer, une dénonciation et une mise en garde. Ecrit en 1936 sa dénonciation de la tyrannie, de la suppression d’une pensée libre résonne de façon prémonitoire.
Zweig fait le rapprochement entre l’action de Castellion et les manifestes pour la liberté que sont ceux de Voltaire en faveur de Calas, de Zola, qu’il admire en faveur de Dreyfus, mais il place Castellion au-dessus de tous car, Voltaire jouissait de l’appui des rois et Zola s’appuyait sur sa notoriété, Castellion lui " eu à souffrir de l’inhumanité furieuse et meurtrière de son siècle"

En 1936 Zweig espère encore en l’homme et termine ainsi son livre " Il se trouvera toujours un Castellion pour s’insurger contre un Calvin et pour défendre l’indépendance souveraine des opinions contre les formes de la violence"

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18.11.2009

La Mal-née - Christine Lavant

La Mal-née - Christine Lavant - Traduit de l’Allemand par François Mathieu - Editions Lignes
malné.gifVous voilà en Carinthie, au pays de Thomas Bernhard et de Joseph Winkler. L’auteur est pratiquement inconnue en France, son oeuvre poétique et romanesque est aujourd’hui traduite et publiée.
Les personnages de ce roman sont peu nombreux et vous ne les oublierez pas.
Wrga, la mère, elle représente la cohorte des enfants maltraités, des femmes violentées et ensuite montrées du doigt, elle a fauté : elle doit être punie. L’enfant du pêché porte un nom qui la désigne comme bâtarde, Zitha, et parce le Dieu de cette communauté est un Dieu de vengeance l’enfant est mal-née, petit être sans défense, innocente et sans voix.
Comment prendre soin de cette enfant ? Wrga aime sa fille mais elle est parfois prête à écouter les conseils pleins de haine de Lenz son prétendant.
Dans ce monde fruste, Lenz c’est celui qui croit aux mauvais esprits, aux légendes carinthiennes où le diable vient prendre une enfant saine et pose "un petit changeon" à la place.

Zitha a une vie merveilleuse nous dit Christine Lavant car  "Il n’y avait personne pour la battre (...) non personne ne la battait, personne ne lui donnait de coup de pied et elle pouvait tournailler toute la journée où bon lui semblait sans que personne remarquât son absence" Elle vit, sous la table de la cuisine, dans l’étable où elle cache son trésor "une vieille petite boite à poivre". Elle se mêle aux enfants du village, elle est leur jouet car les enfants sont cruels. Ils la protègent néanmoins et l’appellent « la mouflette ». Eux seuls savent que la mal-née parle, qu’elle prononce quelques mots

blogGomenasai .jpgLenz est ambitieux, il ne veut pas rester un valet toute sa vie, il veut s’élever dans la société, Il pousse Wrga à se débarrasser de Zitha, il lui assure que le diable peut venir la reprendre"Cogner neuf fois dessus, neuf fois et rudement pour qu’elle hurle à faire pitié (...) Alors il te rendra ton enfant et emportera le sien" ainsi la malédiction sera levée.
Lenz est le maître et Wrga devenue sa compagne subie à nouveau la violence de l’homme  "Est-ce que tu mets ton  changeon à la porte ou est-ce que tu veux encore une rossée ?" Le malheur va s’abattre sur eux tous.

C’est sur le blog De bloomsbury en passant par Court Green que j’ai découvert Christine Lavant.
J’ai été happée par ce récit d’une douleur extrême, c’est à la fois d’une grande émotion et d’une dureté féroce. Le portrait de cette enfant, la peinture d’une société rurale en proie aux superstitions, à la haine, au poids de la religion, sont magnifiques.
Dans la préface, François Mathieu le traducteur qui donne ici une très belle traduction, dit de Christine Lavant qu’elle est la « Pionnière du roman autrichien moderne ». Il semble que la vie décrite dans ce roman ne soit pas très éloignée de l’enfance de Christine Lavant, cela rend le roman encore plus prégnant.

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L’auteur
Vous pouvez retrouver Christine Lavant et son oeuvre sur Esprit Nomades

26.08.2009

L'homme sans postérité - Adalbert Stifter

L'homme sans postérité - Adalbert Stifter - Traduction et préface par Georges-Arthur Goldschmidt - Editions Phébus
l'homme ss postérité.gifC’est l’heure de la séparation, Victor fait ses adieux à ses amis, sa mère adoptive, Hanna sa soeur de lait, il quitte le village où il a grandit, dans quelques semaines il commencera sa vie professionnelle. Avant de franchir cette étape il doit  rendre visite à un oncle qu’il n’a jamais vu mais que toute la famille semble respecter.
L’oncle exige sa venue sous peine de ne pas le laisser entrer en possession de biens hérités de son père, Victor doit se rendre chez lui et l’oncle exige qu’il fasse le voyage à pieds comme pour mettre à l'épreuve son courage et sa volonté.
Son oncle vit seul sur une île, sans contact aucun, sans sortir, sans voir personne d'autre que les trois domestiques qui le servent.
La demeure est close de grands murs, les portes sont fermées à clé, les fenêtres munies de barreaux, tout évoque l’enfermement, nul bruit qui évoque la vie.
La vie dans la maison parait arrêtée, les objets sont vieux, hors d’usage, recouverts de poussière.
L’accueil réservé à Victor est pour le moins étrange, son oncle ne se préoccupe pas de lui, ne lui parle pas, le laisse livré à lui-même quasi prisonnier sur l’île. Le jeune homme habitué à être le centre de l’attention, est tout d’abord révolté par cet oncle acariâtre et revêche.
Pour s’occuper il entreprend la découverte de l’île, de la maison, il observe la vie autour de lui, il observe ce vieil homme , progressivement son attention se porte sur autrui.
Et doucement les relations avec le vieil homme vont évoluer. L’oncle et le jeune homme vont tenter de se comprendre, de s’apprivoiser, de faire preuve d’humilité pour l’un et d’ouverture pour l’autre. La tendresse est prête à naître entre eux alors que vient le moment du départ. Ce séjour changera tout pour Victor, le regard porté sur les êtres qu'il aime, les choix de vie à faire.

Tout le récit est marqué par la beauté de la nature, les montagnes, le lac et ses couleurs, le jardin paisible, tout respire la sérénité mais aussi une tristesse sourde.

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Ce roman d’apprentissage qui marque le passage de l’enfance à l’âge adulte est plein de mélancolie, d’émotions, le héros évolue d’une joyeuse insouciance à la prise de conscience de soi, de ses aptitudes réelles, de ses sentiments envers ses proches. La solitude de l'homme "sans postérité" est terrible et l'on est pris de tendresse pour le vieil homme pour qui il est trop tard.
L’écriture de Stifter est simple, belle, poétique, lente comme une promenade. Les grands écrivains de langue allemande ont admiré la prose          d' Adalbert Stifter.

Le site consacré à l'auteur


L’auteur
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Autrichien, Adalbert Stifter est né le 23 octobre 1805 à Oberplan , dans le sud de la Bohême. 
Il fait des études juridiques puis se met à écrire et à peindre.
Il finit inspecteur de L'Instruction Publique. En 1868 , atteint d'un cancer incurable , il se donne la mort.
Ses oeuvres sont traduites en français chez différents éditeurs

13.01.2009

Le voyage dans le passé

voyage dans le passé.gifLe Voyage dans le passé - Die Reise in die Vergangenheit - Stefan Zweig - Editions Grasset

Toujours un peu méfiante devant ces miraculeuses découvertes de textes jamais traduits, je me suis laissée attendrir parce que les mémoires de Stefan Zweig font partie de mes meilleures lectures de ces dernières années, je me suis laissée attendrir parce que la version allemande fait suite au texte français et que je savais du coup à qui l’offrir, j’ai placé ce livre sur une étagère et sa taille l’a fait disparaître temporairement au milieu d’autres volumes.

Un thème archi rebattu, lui est pauvre et trouve à s’employer chez son mari à elle, un amour naît entre eux mais c’est un amour impossible, malgré les sentiments réciproques le respect des convention est le plus fort.
Lui accepte un poste à l’étranger qui doit lui apporter réussite et fortune, les amants platoniques sont séparés par un océan puis par une guerre. Ils se retrouvent 9 ans après. Elle est veuve, lui est riche, marié.

Avouez que la trame du récit est très ténue....et pourtant le miracle a lieu....
Je viens de terminer ma lecture et je suis saisie par la beauté du texte, j’ai lu ce récit très lentement ce qui n’est pas mon habitude mais j’ai été tout de suite happée par la langue de Zweig, par ses phrases et ses mots simples  qui pourtant broient le coeur.

Louis jeune homme brillant mais très pauvre est engagé par le Conseiller G, il tombe éperdument amoureux de l’épouse de celui-ci, l’amour de cette femme efface la colère et même la haine du jeune homme envers les nantis, la bienveillance amoureuse lui apporte confiance. Grâce à sa générosité à elle et à son talent il réussit professionnellement, il réussit si bien que le Conseiller lui propose un poste d’avenir au Mexique.
L’amour restera chaste malgré la passion et les promesses de délices charnelles.
Nos deux héros séparés d’abord par la distance, le sont par les 4 ans de guerre. Louis oublieux de son amour poursuit sa vie, se marie, réussit, s’enrichit.
Neuf ans plus tard les anciens amoureux vont se revoir le temps d’un voyage en train, mais le temps à fait son oeuvre, l’amour à l’épreuve de l’exil et de l’absence n’a pas survécu, il s’est évanoui et il ne reste que l’ombre de l’amour avec une belle (même si elle n’est pas exacte) référence à Verlaine.

Tout le talent de Zweig est dans son art de la suggestion, en quelques phrases il nous dit tout de la passion amoureuse à travers les regards, les gestes. Par petites touches, c’est ciselé, de la véritable dentelle tant cela est léger et précieux.
On voudrait que le voyage en train ne finisse pas. On en oublie à quel point ce type de relation est aujourd’hui démodé tant on est ému par la justesse des sentiments, étreint par l’émotion.

On retrouve les thèmes chers à Zweig, la passion amoureuse contrariée, l’usure des sentiments. Le thème de la guerre qui détruit tout, folie des hommes et il place les retrouvailles dans une ville déjà tentée par le nazisme, préfigurant la barbarie à venir. Enfin le thème du monde perdu, du Monde d’hier, livre de Stefan Zweig que je préfère.

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L’auteur
Stefan Zweig.jpgNé à Vienne en 1881, issu de la bourgeoisie juive, Stefan Zweig est un des premiers grands écrivains-voyageurs.
Son goût du cosmopolitisme l'a conduit à sillonner les cinq continents et à fréquenter l'intelligentsia européenne.

Son œuvre est essentiellement constituée de nouvelles ainsi que de biographies (Montaigne, Marie-Antoinette…). Ses titres sont éloquents : La Confusion des sentiments, Brûlant Secret…

La montée du nazisme le pousse à l'exil, il s'installe au Brésil où il se suicide avec sa femme, en 1942.

 

Autres Critiques
chez Lilly, chez Happy Few et chez Emeraude et bien d’autres sans doute.