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Littérature canadienne

  • Annabel - Kathleen Winter

    Après deux livres autour de l'enfance restons y pour un livre encore.

    Qu'arrive-t-il quand un enfant n'est pas comme les autres ?
    Sur un sujet difficile une vraie réussite littéraire.

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    Je ne peux pas dire mon plaisir mieux que Marine Landrot sur Télérama : 

    « Un livre cher qu'on partage avec les personnes dignes de confiance, qui auront interdiction d'exprimer la moindre déception sous peine de vous blesser déraisonnablement. Annabel fait partie de ceux-là »

     

    Dieu que le sujet était difficile pourtant ! Né(e) en 1968 au fin fond du Labrador, l'enfant n’est ni fille ni garçon, mais les deux à la fois. Relisez les Métamorphoses c'est ce qu'on appelle l'hermaphrodisme.

    Le secret n’est partagé que par trois personnes, Thomasina qui l’a aidé à venir au monde et ses parents. 

    Une décision est prise, ce sera un garçon que ses parents appellent Wayne mais que la mère en secret nomme Annabel

    Séjour à l’hôpital et traitement hormonal à vie voilà le lot de Wayne jusqu’à ce qu’à ce que la personne qui tente de s’épanouir derrière ce prénom brise conventions et tabous pour tenter de devenir une personne assumée, désirable, indépendante. 

     

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    C’est chez In Cold Blog que j’ai vu le livre et depuis je m’étais promis de le lire; rien ne pressait et je l’ai ouvert je dois le dire avec un préjugé favorable, mais mon plaisir de lecture est allé bien au-delà. 

    C’est un roman splendide et qui ne s’en tient pas à un sujet un peu hors norme, les liens familiaux, les relations parents/enfants, l’idéal que les parents rêvent pour leurs enfants, l’adolescence, tout est traité magnifiquement jusqu’à la nature de ce Labrador si dur de climat et qui fabrique des hommes et des femmes comme Treadway et Jacinta.

    Il faut un talent très sûr d’écrivain pour parvenir à toucher les lecteurs, les faire s’interroger sur leurs attentes, leurs a priori , leurs angoisses face à la différence. 

    C’est plus que réussi alors accordez lui une place dans votre bibliothèque

     

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    Le livre : Annabel - Kathleen Winter - Traduit par Claudine Vivier - Editions Christian Bourgois

  • Robert Lalonde : un compagnon en littérature

    « Là, je donne la parole à tous ces auteurs qui m'obsèdent depuis des années. Je fais ça quand j'en ai marre de la fiction. C'est une bouffée d'air »

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    Jolie façon de démarrer un billet non ?

    Parmi les livres que l’on lit, que l’on accumule, certains s’imposent par leurs qualités. N’y a t-il pas, parmi les écrivains que vous avez lu, des hommes ou des femmes dont vous voudriez être l’ami ? Robert Lalonde fait partie de ces gens là. 

    Je l’ai lu pour la première fois en 1997, j’avais par hasard trouvé son livre sur le stand du Québec au Salon du livre.

    Je n’ai eu que du bonheur à le lire et cela s’est répété trois fois. Alors je vous fait aujourd’hui un joli cadeau en vous livrant ses trois livres.

     

    Robert Lalonde est un grand lecteur, il livre dans ces trois livres ses amours pour des auteurs, pour la littérature mais pas seulement...

    Il est aussi un observateur assidu de son entourage, des paysages, des animaux, voici ce qu’il dit

     

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    « Voir, regarder, déceler est une obsession d'écriture, comme celle de faire des liens entre des choses qui ne se touchent pas.» 

     

    Liens, correspondances au sens où l’entend Baudelaire, dialogues avec ses écrivains préférés dont il nous livre des citations à profusion nous gratifiant de ses propres traductions.Une véritable orgie de citations.

     

    Ses livres sont des journaux de bord d’un écrivain sensible qui parfois se retire « en ermite » et qui se veut comme le dit Giono « un professeur d’espérance »

    Il aime méditer, observer, fidèle en ça à Flaubert qui disait « Pour qu’une chose soit intéressante il faut la regarder longtemps » 

    Il prend des chemins de traverse, il exerce son oeil, sa patience, sa

    modestie.

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    Ces trois livres se répondent, se complètent, on les déguste à petites lampées, on y revient année après année.

    C’est bon de se plonger dans cet hymne païen à la littérature, d’être un peu submergé par l’avalanche de citations qui sont là pour nous nourrir, pour nous éblouir. 

    Lui a fait de Proust, de Montaigne, d’Annie Dillard, de Jean Giono, de Rick Bass, d’Emily Dickinson, de Rimbaud, de Rousseau, de Schopenhauer, de Flannery O’Connor et de Gabrielle Roy, ses amis.

    Je vous propose de faire de Robert Lalonde votre ami en littérature.

     

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    Les livres de Robert Lalonde

    Le monde sur le flanc de la truite - Editions Boréal ou Editions de l’Olivier 

    Le vacarmeur - Editions Boréal 1999 et version numérique

    Le seul instant - Boréal 2011 et version numérique

  • Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier

    Il faut parfois traverser l’Atlantique pour trouver un roman comme on les aime. Un roman que l'on a envie d'offrir ou de prêter immédiatement.

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                               Quand la forêt brûle

     

    Ce roman est un vrai moment de plaisir et le reste jusqu’à la fin.

    Un lieu fait pour me plaire : la forêt un rien sauvage et des cabanes en rondins. 

    Un fil rouge intelligent qui est déroulé par une photographe en quête de témoignages sur les incendies gigantesques qui ont au début du XXème siècle endeuillé le Québec.

    Des personnages attachants qui marchent un peu sur une corde raide mais que l’on a envie de voir finir la traversée de la vie ensemble. 

     

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                                                      © Photo de Jean Provencher

     

    Pour terminer son enquête et trouvé un dernier témoin « qui avait survécu aux Grands Feux et qui avait fui sa vie dans la forêt » il se nomme Ed Boychuck, notre photographe rôde à la recherche d’un ermitage où Ed aurait pu se réfugier loin de la civilisation. 

     

    Elle ne trouve pas Ed mais fait la connaissance de Charlie et Tom, Charlie le taiseux et Tom le gouailleur. Ils sont presque centenaires mais sont encore capable de couper leur bois et de faire marcher un alambic. Pour le reste motus et bouche cousue sur leurs raisons d’être là, sur leur passé. Ils ont choisi leur vie et bon sang de bois n’ont pas l’intention que quelqu’un s’en mêle ! 

    Ils ont un lien avec la civilisation, Bruno, qui n’est pas non plus le modèle du type bien sous tous rapports. 

     

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    Mais elle est têtue notre photographe et elle n’a qu’une envie c’est faire plus ample connaissance, et lorsque Bruno se retrouve avec une vieille tante elle aussi quasi centenaire sur les bras tout va basculer et s’accélérer. Je vous livre son nom : Marie Desneiges 

     

    Je ne veux pas vous priver du plaisir de découvrir plus avant ces personnages qu’on voudrait bien avoir pour amis. Et puis il est normal de payer un peu de sa personne en maniant la hache, la canne à pêche, en touillant un repas pour tout ce monde là. 

    Vous passerez du rire aux larmes bref vous serez en empathie totale avec eux.

     

    Un livre qui fait l’occasion belle pour se renseigner un peu sur les grands incendies qui ravagèrent les forêts du Québec, qui fait aussi s’interroger sur ce que l’on souhaite pour soi et pour les autres lorsque la vie se fait trop dure.

     

    Allez glissez vous sous une peau d’ours et à l’abri des tempêtes et ouvrez ce livre. Moi je fais un clin d'oeil à Aifelle qui m'a poussé à la lecture

     

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    Le Livre : Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier - Editions Denoël 

  • Pêcheur d'Islande

    Le feu et la glace : les pêcheurs

     

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    Mon premier souvenir de Pêcheur d’Islande était très très ancien et remonte au film de Pierre Schoendoerffer avec Charles Vanel. J’avais 9 ans et ce film m’avait très fortement impressionné. 

    J’ai lu le roman de Pierre Loti vers 12 ans émue bien entendu par l’histoire d’amour et puis le souvenir c’est estompé.

     

    C’est en lisant la BD de Chabouté que j’ai eu envie de faire un retour vers ce roman, j’ai choisi la méthode douce : le livre audio

     

    A l’écoute cette fois l’histoire d’amour, entre Gaud fille de Paimpol et Yann le pêcheur, est devenue tout à fait secondaire, ce qui m’a plu c’est cette peinture de la vie des pêcheurs, la dureté du travail, la vie sur le bateau, les tensions entre les hommes. 

    Une vie de dangers pendant ces nuits où le soleil ne disparait pas totalement, le long hiver en Bretagne, les tempêtes effrayantes que Loti restitue parfaitement, le départ des bateaux et les espoirs d’une pêche qui permette de vivre.

    Les femmes attendant le retour des hommes ou pleurant les disparus devant le mur des disparus au cimetière.  

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    En Islande aujourd’hui on trouve trace de ces campagnes de pêche à la morue et un musée est consacré à ces hommes venus de Paimpol, de Dunkerque ou de Lorient et que l’on appelait Islandais 

    Au plus fort de la pêche à la morue quelques 5000 marins français ont pêché dans les eaux islandaises.

     

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    Sur la commune de Fáskrúðsfjörður il y avait même un hôpital pour les accueillir. Aujourd’hui un projet avec la ville de Paimpol a vu le jour pour faire revivre cet hôpital des français.

     

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                                     L'ancien hôpital des français

     

    Si vous voulez télécharger et écouter un extrait c’estici 

     

    Le livre audio : Pêcheur d’Islande - Pierre Loti - Lu par Marc Hamon - Editions Le livre qui parle

  • Le poids des secrets - Aki Shimazaki

    le poidsdessecrets.gifLe poids des secrets - Aki Shimazaki - Editions Actes Sud Babel
    Chacun des cinq tomes de cette série porte un nom différent, tous un peu mystérieux ce qui ajoute à l’atmosphère de mystère et de secret de ce récit.
    Bien que l’auteure soit Canadienne d’adoption c’est bien le Japon le centre de ses romans, le Japon avec ses codes, ses traditions et son histoire.
    Par un tissage savant et sensible l’auteure lie l’histoire d’un pays à l’histoire d’une famille, elle trouve cinq façons de la raconter et de faire appel à la mémoire, cinq mensonges aussi et pour le lecteur cinq regards portés pudiques et émouvants.

    Tout commence lors d’un tremblement de terre et par le choix que fait une femme de changer de nom et de nationalité, le temps passe et nous assistons à une adoption, à un adultère, à un amour interdit entre deux adolescents, à la perte d’un frère, d’un père, au terrible besoin de faire justice sois-même devant une trahison inacceptable.
    A travers le destin et les souvenirs de Mariko, Yukio, Tsubaki l’auteure explore les sentiments de perte liés à l’exil, la souffrance engendrée par la quête des origines, le racisme ordinaire avec son côté irrationnel mais aussi la fidélité par delà le temps illustrée très poétiquement par un coquillage.

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    Tout l’art de Aki Shimazaki réside dans ces changements de perspectives, le personnage central est différent à chaque roman, un même événement est vu ainsi par un personnage jeune puis par une femme âgée, par un homme puis par une femme, au fil des romans le tissu du récit s’enrichit et prends des reflets différents.
    J’ai aimé ces récits et j’ai apprécié l’art de Aki Shimazaki pour restituer en filigrane l’histoire de son pays, y compris les épisodes les plus douloureux comme la destruction de Nagasaki et les plus honteux comme la chasse aux Coréens installés au Japon.

    Bientôt la fête des mères ce coffret est une jolie idée de cadeau

    Vous pouvez trouver sur les blogs un billet pour chaque tome, chez Aifelle par exemple mais chez bien d’autres car cette série a connu un grand succès.

  • L'Enigme du retour - Dany Laferrière

    enigme.gifL’Enigme du retour - Dany Laferrière - Editions Grasset
    Un long récit mêlant poésie et prose comme si l’auteur ne pouvait faire le choix entre ces deux modes d’écriture, comme il ne peut faire le choix entre sa terre natale et son lieu d’exil.  C’est ainsi que Dany Laferrière met en mots l’indicible : la douleur de l’exil et  la volonté de se dire à nouveau "chez soi "
    A vingt ans d’intervalle son père et lui ont quitté Haïti, ont échangé la splendeur des couleurs pour le froid et le vide de l’exil. Vingt années durant l’auteur a été hanté par l’absence de ce père parti sans espoir de retour.
    A son tour lui aussi fait le choix du départ, laissant mère, soeur, amis.

     

     

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    Les femmes de Haïti sont celles qui restent

     

    Il n’y a plus de famille, un père aux Etats-Unis, un fils au Canada, la famille éclatée, dispersée.
    C’est son père dont " La mort expire dans une blanche mare de silence " (Aimé Césaire)  va provoquer le retour vers la terre d’origine, vers le bruit, les couleurs, les odeurs de la terre natale.
    C’est un retour difficile. Il reprend possession des lieux, il reconnait les rues, les bruits, la vitalité paradoxale de son île " Si on meurt plus vite qu’ailleurs, la vie est ici plus intense " C’est son pays et il y est comme un étranger. Sa soeur est restée, c’est sa blessure secrète :
    " Encore plus secrète que ma mère.
    A la voir toujours souriante on n’imaginerait pas
    qu’elle vit dans un pays ravagé par une dictature
    qui ressemble à un cyclone
    qui n’aurait pas quitté l’île pendant vingt ans "

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    Ce roman de l’identité est magnifique et terrible, le fantôme du père est partout présent, les changements sont profonds dans l'île mais la pauvreté, la faim, la peur sont toujours là.

    De brefs tableaux, croqués sur le vif, de la vie haïtienne, un poignant constat d’échec "Un fleuve de douleurs dans lequel on se noie en riant." et aussi " Les trois quarts des gens que j’ai connus sont déjà morts (...) Ils vont si vite vers la mort qu’on ne devrait pas parler d’espérance de vie mais plutôt d’espérance de mort."

    Un roman qui est comme un cri et qui devrait trouver place dans votre bibliothèque

    D'autres avis :    Chez AnnDeKerbu sibylline Bénédicte Luocine

    Une interview que m'a fait découvrir Colo

    Le blog Encres Noires avec une interview de Dany Laferrière