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A sauts et à gambades

  • Des cornichons au chocolat - Stéphanie

    Vite revoilà Marie et ses lectures avec un livre recommandé par sa mère (ben non ça l'a pas arrêté) et par sa grand-mère qui l'avait fait lire à ses filles ! un livre par delà les générations c'est sympa non ?

     

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    Le résumé du livre

    Ecrit sous la forme d'un journal intime le livre raconte l'histoire de Stephanie une jeune fille de 13 ans qui vit dans sa bulle et son avis decalé sur les adultes. Son gout prononcé pour les cornichons au chocolats et son chat Garfunkel , elle va vivre des choses surprenantes avec ses amis elle qui viens de Paris.

     

    Avis de Marie : 

    j'ai adoré ce bouquin je me suis pas mal identifiée à ce personnage, sa vision du monde, son avis sur les choses qui l'entourent, sa solitude et sa révolte.

    On a envie que ça continue indéfiniment. Cela a été un véritable plaisir de lire ce livre recommandé par ma mère je le conseille vraiment pour les jeunes de mon âge 

     

    Petite info supplémentaire 

    Toute une génération s’est identifiée à cette adolescente de treize ans :  son regard dérangeant sur les adultes, l’école, le travail, et son goût discutable pour les sandwiches aux cornichons et au chocolat… En réalité, le véritable auteur de ce livre est le romancier Philippe Labro qui a décidé, vingt-quatre ans plus tard, de revendiquer ce « roman caché »

     

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    Les versions lues au fil du temps

    Le livre : Des cornichons au chocolat - Stéphanie - Editions le Livre de poche

     

  • Glaise - Franck Bouysse

    C'est le troisième roman de Franck Bouysse que je lis, le premier m'avait beaucoup plu, un peu moins le second mais avec Glaise j'ai retrouvé tout le plaisir éprouvé en lisant Grossir le ciel. 

    Le rendez-vous ? 1er août 1914 dans un village du Cantal au pied du puy Violent

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    Puy Violent

    Les fermes en vingt-quatre heures se vident de leurs hommes. Chez les Lary c'est Victor le père qui part juché sur son vieux percheron que l'armée réquisitionne au passage, Marie sa mère et Mathilde sa femme devront faire face, heureusement il y a Joseph, un bon garçon de 15 ans.  Les deux femmes et le garçon pourront compter sur Léonard leur voisin qui aide volontiers aux travaux des champs et qui n'est jamais avare de bons conseils et de tendresse pour Joseph.

    Chez les Valette la chanson est différente, Eugène le fils est parti, le père enrage que sa main accidentée l'empêche de partir, c'est un tordu " Un type violent, sournois et envieux " tout doit plier sous sa main. Lorsque son frère l'instituteur, celui qui a réussi,  lui envoie sa femme, Hélène, et sa fille, Anna, pour être à l'abri des combats, elles vont payer pour toute la rancoeur qu'il a accumulé.

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    Les femmes font un travail d'homme

    Joseph malgré la désapprobation de sa mère, se rapproche d'Anna, ressent les émois d'un premier amour. Il leur faut se cacher de Valette étouffé par sa rancoeur et qui tourne autour d'Anna.

    L'été s'avance, les saisons passent " le balancier d'une pendule répandait du temps en un lieu qui ne savait apparemment qu'en faire. " et les nouvelles du front sont maigres. Les premiers morts du village font faiblir l'espoir d'une victoire rapide. 

    Les sentiments des uns et des autres vont être nourris par ce temps qui passe, Joseph voit son " univers amputé de la part tendre de l'enfance.Il est contraint de " Devenir un homme avant l'âge d'homme.

    Valette lui le temps révèle tous ses défauts, sournois, envieux, frustré et plein de colère et de haine, il rend la vie impossible à Irène sa femme qui s'en venge sur Anna et sa mère. 
    Les relations se tendent, la méfiance et la peur s'insinuent dans les têtes et l'amour fou éclate.

     

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    Une ferme du Cantal

    Franck Bouysse est un excellent artisan, un faiseur d'histoires et de personnages. 
    L'auteur aime les mots et son récit est nourri, rythmé, il sait donner de la pesanteur à son histoire, il prend son temps. Le lecteur pénètre derrière lui dans les fermes, on entend le vrombissement des mouches, on sent l'orage venir, l'air qui se raréfie. Il y a de la sensualité dans la description des amours mais aussi dans celle d'une nature pas toujours tendre.
    Un bon roman, servi par une écriture ample et parfaitement accordée au récit. 

    Après Grossir le ciel, voilà une seconde réussite qui fait plaisir et qui fait revivre un monde rural en perdition.

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    Le livre : Glaise - Franck Bouysse - Editions Manufacture de livre

  • Ruralité

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    Fontaine de Provence

    Quatre maisons fleuries d'orchis jusque sous les tuiles émergent de blés drus et hauts.
    C'est entre les collines, là où la chair de la terre se plie en bourrelets gras.
    Le sainfoin fleuri saigne dessous les oliviers. Les navettes dansent autour des bouleaux gluants de sève douce.
    Le surplus d'une fontaine chante en deux sources. Elles tombent du roc et le vent les éparpille. Elles pantèlent sous l'herbe, puis s'unissent et coulent ensemble sur un lit de jonc. Le vent bourdonne dans les platanes. 

    Ce sont les Bastides Blanches.

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    Paysage de Haute-Corrèze

     

    Ici, c’est le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues sinuant entre le clair et l’obscur. Un pays d’argent à trois rochers de gueules, au chef d’azur à trois étoiles d’or.

    Ici, c’est le Plateau.

      

    Les livres

    Colline - Jean Giono - Editions Gallimard 1956
    Plateau - Franck Bouysse - Editions Manufacture de livre

  • Retour à Lemberg - Philippe Sands

    Ceci n'est pas un roman pas plus qu'un livre facile à lire. Si comme moi vous n'avez qu'un vernis de connaissances juridiques vous aurez un petit effort à faire mais vous en serez récompensé.

    Voilà un récit fascinant et surprenant. 

    Philippe Sands est juriste international spécialiste des Droits de l'homme et c'est dans le cadre de son travail qu'il assiste à une conférence à Lviv en Ukraine.

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    Lviv aujourd'hui

    Lviv ou Lwów  ou Lemberg, selon les différentes dénominations, dans la province de Galicie. Une de ces villes qui ont été successivement polonaises, russes, allemandes et retour dans l'autre sens. Une de ces Terres de sang dont parle Timothy Snyder. Dans cette ville une seule chose sera intangible : la ségrégation, la spoliation et le massacre des juifs.

      "un lieu de mythologies, un endroit aux racines intellectuelles profondes où les communautés de culture, de langue et de religion s'entrechoquaient au sein de la grande maison que fut l'Empire austro-hongrois.

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    Lwow d'avant guerre

    Il découvre surtout que dans cette ville sont nés ou ont vécu, dans les années 1920/1930 son grand-père Leon Buchholz seul survivant de sa famille, Hersh Lauterpacht et Raphael Lemkin deux brillants penseurs du droit international

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    Hersh Lauterpacht et Raphael Lemkin

    Trois hommes, trois juifs qui ont été mêlé chacun à leur manière à la réflexion, la rédaction et l'application de deux concepts de droit en vigueur aujourd'hui et que tout le monde connait : le Crime contre l'humanité et le Génocide. 

     

    Le livre se centre sur trois pôles : 

    le premier c'est une enquête familiale autour de Leon Buchholz et son épouse Rita, qui connurent les déplacements entre la pologne, l'Empire Austro-hongrois, la France, au gré des guerres et conflits, en fonction des menaces qui pesèrent sur eux et qui terminèrent leur vie à Londres.

    Plusieurs mystères intriguent Philippe Sand, sa mère Ruth fut effectivement confiée à quelqu'un qui la rapatria en Angleterre alors que Rita sa mère restait à Vienne ! Son grand-père avait seul quitté Vienne y laissant femme et enfant ce qui parait pour le moins curieux.
    Sa quête est parfois aidée par le hasard, mais le plus souvent c'est l'acharnement pour donner du sens à des indices minuscules qui finit par payer et lui donner quelques clés de son histoire familiale

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    Lemberg en 1915

     Une photo, une adresse, un nom de rue, un bulletin scolaire, les horaires des chemins de fer : tout est bon pour creuser le passé mais en bon avocat P Sands cherche des preuves.
    On retrouve ici l'émotion ressentie à la lecture des Disparus de Daniel Mendelhson. 

    Le second pôle est une enquête sur les deux juristes juifs d'origine qui vécurent à Lemberg et chacun de leur côté tentèrent de développer le droit international en matière de droits de l'homme : l'un milita pour la reconnaissance du concept de Crime contre l'humanité, l'autre pour la notion de Génocide
    Nous voyons poindre leur vocation, leur parcours intellectuel et personnel. Raphael Lemkin et Hersch Lauterpacht, ont vécu et étudié dans la ville de Lviv et assisté à des conférences du même professeur de droit, Juliusz Makarewicz

    Deux hommes très différents, dont l'apport fut déterminant.

    Philippe Sands clarifie les deux concepts du droit qui s'appuient l'un sur les droits individuels des personnes et l'autre sur le droit des communautés et des groupes. Ces notions dont aujourd'hui on admet qu'elles dépassent celle de souveraineté d'un état mais qui mirent du temps à s'imposer et qui aujourd'hui encore donnent lieu à bien des débats.

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    Au procès de Nuremberg américains et anglais étaient opposés à introduire la notion de génocide, peut-être en partie par crainte de se voir mis en cause dans sa politique coloniale pour la Grande Bretagne et pour son aptitude à fermer les yeux sur les pratiques du Klu Klux Klan pour l'autre.

     Enfin Philippe Sands oriente son travail vers Hans Frank, le Gouverneur général de la Pologne occupée.

    Hans Frank, l'amateur d'art, l'homme qui adorait la musique mais qui dit à Curzio Malaparte avec qui il s'apprête à boire un verre de vin de Bohème 

    « Tu peux boire sans crainte, mon cher Malaparte; Ce n'est pas du sang juif. »

    Les pages sur Hans Frank sont difficiles, son fils Niklas est devenu un ami de l'auteur et est d'une sévérité absolue envers son père et sa mère qui elle aussi joua un rôle fort dans la dérive nazie de son mari.

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    Hans Frank le bourreau de la Pologne

    Juriste de formation il fut à l'origine des lois  qui ont institutionnalisé l'antisémitisme en Allemagne et il fut un des premiers à subir la justice pénale internationale en matière de Crime contre l'humanité.
    Son procès est le point culminant du livre puisqu'il rassemble tous les protagonistes du livre. 

     

    Un livre qui m'a passionné même si il est parfois exigeant. 

    Sands est un important avocat des droits de l'homme, il a été impliqué dans le procès de l'extradition du dictateur chilien Augusto Pinochet par exemple. Il parvient à rendre sa recherche et son enquête très vivantes, sa verve narratrice tient le lecteur en attente d'une façon qui s'apparente à une quête policière.

    A travers sa famille, Sands fait un tableau des familles juives qui à l'époque vécurent dans des pays où le danger les guettait, qui vécurent la fuite et l'expatriation forcée, les recommencements dans un nouveau pays.
    Il met aussi l'accent sur ces héros anonymes, modestes, oubliés, comme Mrs Tilney qui permit à la mère de l'auteur de faire le voyage entre Vienne et Paris.

    J'ai aimé le portrait de ces trois hommes (excluons Franck évidement) par forcément très sympathiques mais qui furent portés par une foi inébranlable en une certaine idée de la justice alors même qu'ils étaient  dans l'ignorance de ce qui était advenu à leur famille. 

    Ils ont marqué de leur empreinte la législation et surtout éveillé la conscience des peuples et des dirigeants.

    Un livre qui demande un peu de temps que vous ne regretterez pas. 

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    Le livre : Retour à Lemberg - Philippe Sands - Traduit par Astrid von Busekist - Editions Albin Michel 2017

  • Lutter contre l'oubli

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    L'histoire ne nous tombe pas du ciel,
    Elle ne tient que par l'attention et la persévérance de ceux qui veulent son incertitude *

    La véritable tragédie n'est jamais une confrontation directe entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables. **

    Oublier les morts serait les tuer une deuxième fois.***

     

    Les Livres 

    * Pierre Pachet - La violence du temps - Editions du Seuil
    ** Daniel Mendelsohn - Les Disparus - Editions Flammarion
    *** Elie Wiesel - La nuit - Editions de Minuit

  • Underground Railroad - Colson Whitehead

    Sur le sujet de l'esclavage j'ai déjà lu de bons livres, Toni Morrison, Alice Walker et la couleur pourpre, et plus récemment le thème apparait en filigrane dans le roman de Tracy Chevalier La dernière fugitive.
    Mais le sujet ne s'épuise pas et j'ai choisi le roman de Colson Whitehead parmi tous les titres de cette rentrée.

     

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    Nous sommes en Géorgie avant la guerre de Sécession. Sur la plantation des frères Randall les esclaves sont particulièrement maltraités. Cora a 16 ans, sa mère Mabel l'a abandonné en s'enfuyant et n'a jamais été reprise, le propriétaire déverse sa haine sur cette fille qui symbolise son échec.

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    Plantation en Caroline du Sud ©ivredelivres

    Cora ne vit pas, elle survit, elle est dure et déterminée. Lorsque Caesar, un jeune esclave qui sait lire, lui propose de s'enfuir avec lui, elle hésite mais deux événements vont la faire basculer. 

    Il y a urgence " Il voulait partir le plus tôt possible. La nuit prochaine. Ils devraient se contenter d’une lune déclinante. Les agents du chemin de fer clandestin les attendaient." Ils entreprennent une véritable odyssée vers le nord, vers la liberté.

    C'est un chemin semé d'embûches, il faut échapper à Ridgeway le chasseur de primes qui fait de la capture de Cora une affaire personnelle, il n’avait pas réussi à mettre la main sur Mabel, il compte bien se venger sur la fille. 
    Ils vont rencontrer un premier homme qui va les aider et plonger pour la première fois vers l'inconnu :

    " Cora et Caesar remarquèrent les rails. Deux rails d’acier qui parcouraient le tunnel à perte de vue, rivés à la terre par des traverses de bois. Les rails filaient vers le sud et vers le nord, présumaient-ils : ils surgissaient d’une source inconcevable et coulaient vers un terminus miraculeux. "

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    Caroline du Sud en 1862 © Alamy Stock Photo

    Ce périple c'est celui suivi par les noirs en fuite, aidé par un réseau constitué d'abolitionnistes souvent portés par leurs convictions religieuses (Méthodistes et Quakers ) une route vers la liberté au delà de la ligne Mason-Dixon qui séparait la Pensylvannie du Maryland.

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    L'Underground Railroad fut très actif dans les années 1850/1860 malgré les chasseurs de primes, les dénonciations. Toute aide était assimilée à un délit et entrainait la pendaison. Les milices semaient la terreur, pouvaient tuer en toute impunité. 

    D'état en état les horreurs prenaient des visages différents. 

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    Maison d'esclaves sur une plantation

    La Géorgie et ses inhumaines plantations,

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    la Caroline du sud et son apparente bienveillance qui a mis sur pied " un des projets scientifiques les plus audacieux de l’Histoire."  qui s'apparente à l'eugénisme.

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    " En Caroline du Nord, la race Noire n'existait pas, sinon au bout d'une corde." 
    Le Tennessee dévasté par les incendies et la fièvre jaune, et l'Indiana qui ne fait que perpétuer le rêve de liberté. 

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    L'esclave vue par Holywood

     

    Toujours un peu risqué de traité un sujet comme celui du racisme et de l'esclavage sur le mode romanesque. 
    La réussite est là, la très belle métaphore de ce réseau souterrain donne une dimension supplémentaire au roman.

    C'est un récit empli d'amertume à l'écriture forte, parfois brutale. Les premières plages du roman sont insoutenables mais reflètent bien la situation à laquelle étaient acculés ces hommes et ces femmes.

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    12 years slave : plus près de la réalité 

    La maitrise du récit est totale jusque dans ses inventions magnifiques. Les personnages ne sont pas manichéens, les noirs ne sont pas forcément très sympathiques et les blancs ne sont pas tous des tortionnaires, mais l'être humain en général ne sort pas grandi du récit malgré les quelques figures d'hommes et de femmes que l'on pourrait qualifier de Justes. 

    On sort de cette lecture ébranlé et admiratif et l'on comprend que le livre ait été couronné à la fois du Pulitzer et du National Book Award. 

    Un vrai et grand moment de littérature  

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    Les marais qui empêchaient les évasions © ivredelivres

     

    Une petite aparté : J'ai eu la chance de passer une journée sur une ancienne plantation en Caroline du Sud, bien sûr que sont gommés les souvenirs les plus forts et les plus choquants, pourtant il reste qu'à parcourir les lieux on imagine avec effroi et compassion ce que devait être la vie des esclaves, le climat extrêmement difficile à supporter avec des étés chauds et humides, une végétation et une faune immédiatement dangereuse qui devait freiner toute velléité de fuite et ça sans même évoquer les mauvais traitements, les maladies, la peur ……

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    Le livre : Underground Railroad - Colson Whitehead - Traduit par Serge Chauvin - Editions Albin Michel