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A sauts et à gambades

  • Jude l'obscur - Thomas Hardy

    C’est un parcours passionnant de lire un auteur en totalité (ou presque) et de le retrouver au fil du temps.

    Il me restait deux des grands romans de Thomas Hardy et celui là est peut être le plus connu ou en tout cas celui qui a déclenché la plus vive polémique lors de sa parution.

    Ce livre je ne l’avais jamais lu en entier, pris en bibliothèque une première fois, une bibliothécaire furieuse décréta que ce n’était pas du tout de mon âge ! il faut dire que je devais avoir 13 ans environ. 

    Ma seconde tentative s’est faite chez des amis où j’ai commencé la lecture mais au moment de partir il m’a fallu laisser le livre et il n’est jamais venu à l’idée du propriétaire de me proposer de l’emporter pour le terminer.

    C’était donc ma troisième tentative et ce fut la bonne.

     

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    Le cottage où est né T Hardy

     

    Dans l’Angleterre du XIXème on savait déjà avec Dickens qu’il ne faisait pas bon être pauvre et orphelin. 

    Jude Fawley est les deux, il vit dans le Wessex chez sa tante qu’il l’a recueilli. Jude aime l’école, il rêve de devenir étudiant à l’université voisine de Christminster et pour cela il va tout faire, apprendre seul le latin et le grec, tenté de se cultiver pour être au niveau de l’examen d’entrée.

    Son espoir est fort car son instituteur lui a laissé entrevoir ce paradis.

    Il faut gagner sa vie et il devient tailleur de pierres mais faire des études en parallèle est par trop difficile et puis la vie est là qui l’appelle en la personne d’Arabella. Mariage forcé, mariage raté, la belle l’a pris dans ses filets.

    Lorsque le refus de Christminster tombe : 

     

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    « Vous êtes un ouvrier, je me permets de penser que vous aurez bien plus grande chance de réussir dans la vie en demeurant dans votre sphère et en restant fidèle à votre métier plutôt qu’en adoptant une nouvelle voie. »

    Il lui reste ses livres et beaucoup de colère et de désillusions.

     

    C’est avec sa cousine Sue qu’il va tenté de reconstruire sa vie, elle parait le comprendre, elle partage son amour des livres et de la culture mais elle est aussi quelqu’un qui refuse d’appartenir à un

    homme.

     

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    Christopher Eccleston et Kate Winslet  dans Jude.

     

    Les deux héros sont incapables de s’intégrer dans cette société victorienne prude, rigoriste, intolérante. Leur vie à tous deux est faite de renoncement aux rêves qui doivent plier devant la dureté de l’existence. Ils sont déchirés, victimes de l’opprobre de la société.

    C’est un roman noir qui fut en son temps brûlé en public par les ligues bien pensantes !

    C’est le personnage de Sue que j’ai préféré, elle est l’emblème de la souffrance des femmes de cette époque car coincées entre une volonté forte d’émancipation contrecarrée par la société, et une emprise non moins forte de la religion qui les fait se sentir affreusement coupables. 

    Si aujourd’hui on s’interroge sur les méfaits potentiels des religions lorsqu’elles sont intolérantes et se confondent avec le pouvoir, il est bon de lire et relire ce livre. 

    Thomas Hardy fut tellement agressé à la sortie du livre qu’il n’écrira plus de romans et se consacrera à la poésie. Ajoutez ce livre à votre bibliothèque.

     

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    Le livre : Jude l’Obscur - Thomas Hardy - Traduit par Firmin Roz et Hélène Seyrès - Editions de l’Archipel

  • un vieux compagnon

    Comme souvent ici après quelques lectures récentes il est temps de jeter un oeil par dessus l'épaule et de se tourner vers un auteur qui est un compagnon depuis longtemps.

    je vous donne un indice 

     

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    vous avez deviné ?

     

  • Baronne Blixen - Dominique de Saint Pern

    Une femme un destin

     

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    Pour tous aujourd’hui elle a le visage de Meryl Streep grâce au film tiré de son livre La Ferme africaine. Cette femme marquée très jeune par la tragédie avec le suicide de son père, a connu un destin exceptionnel.

     

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    Grande amoureuse, exerçant un pouvoir magnétique sur les hommes, détentrice d’un charisme formidable et d’une intelligence étincelante, voilà la femme qui partit à la conquête de l’Afrique au bras d’un mari qui lui transmettra de la syphilis en guise de cadeau de noces.

     

    Il existe plusieurs biographies de Karen Blixen, ici l’auteur Dominique de Saint Pern a pris le parti du roman, donnant la parole à une secrétaire Clara sur qui Karen Blixen, comme sur tout son entourage, exerça son emprise.

    Commencé sur le tournage du film de Sidney Pollack, le roman emporte le lecteur sur la piste des lions, dans la ferme où Karen connut tour à tour la passion, les déconvenues, la jalousie, le bonheur et la douleur du deuil.

     

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    Karen dans la version cinéma

     

    C’est un vrai plaisir que ce roman biographique même si l’on y apprend que peu de choses nouvelles. On voit vivre Karen Blixen parmi cette aristocratie anglaise et européenne qui venait chasser les grands fauves, on la retrouve défendant bec et ongles les africains vivant sur sa ferme, mais on voit aussi une jeune femme un peu snob, futile parfois, manipulatrice souvent et pleine des préjugés de son époque.

     

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    C’est ce mélange qui la rend attachante et vivante, ce n’est pas une icône, non c’est une femme meurtrie qui quitte l’Afrique et qui va grâce à l’écriture tenter de reprendre en main sa vie. Elle va réussir cela au delà de toute espérance, engrangeant les succès littéraires, frôlant le Nobel par deux fois.

     

    Un bon roman biographique, restituant parfaitement l’ambiance de l’époque, le personnage fascinant de Karen Blixen un rien anorexique, d’un caractère de chien mais sachant conquérir le public par sa voix et par sa plume, Truman Capote, Marilyne Monroe, Carson Mc Cullers furent parmi ses admirateurs. 

     

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    avec une admiratrice

    Laissez vous entrainer jusqu’aux pieds des collines du Ngong sur les traces d’une femme complexe et brillante.

     

    Ecoutez l’émission Répliques sur Karen Blixen

     

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    Le livre : Baronne Blixen - Dominique de Saint Pern - Editions Stock

  • Passion compulsive

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    Dites moi que parmi vous il y a des malades comme moi qui quand, ils ou elles apprécient un auteur collectionnent les biographies de l’écrivain ? 

    Bref une passion un peu compulsive.

     

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    ça me tiendrai moins de place ça non ?

    Je ne n’avouerai pas combien j’ai de livres sur Proust ... mais ce n’est pas ma seule passion et là je viens de craquer et d’acheter un nième livre sur un auteur dont j’ai à peu près tout lu et dont j’avais déjà lu 3 bio et 1 livre de souvenirs ! 

     

    J’espère que je ne serai pas la seule à franchir le pas.

  • Aucun homme ni dieu - William Giraldi

    Les loups, les loups ......

     

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    Quand la nourriture manque les loups se rapprochent des habitations, du moins c'est ce qu'on dit.

    En Alaska deux enfants ont ainsi disparus. Lorsque le fils de Medora Slone disparait elle fait appel à un spécialiste : Russel Core, un connaisseur et défenseur des loups, il accepte de venir à Keelut et de vérifier si l’enfant a bien été victime des loups. Il écoute le récit de la mère et s’enfonce alors dans l’immensité blanche à la poursuite de la meute de loups alors qu’en son for intérieur il est sûr que les loups ne sont pour rien dans cet enlèvement.

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    La vie du village a des accents claniques, tous sont plus ou moins liés et parents, Core apparait comme un intrus. L’administration d’ailleurs se tient un peu en réserve et la loi du silence est la règle.

    Ce que va découvrir Russel Core a de quoi surprendre et les faits vont s’enchainer à vive allure. 

     

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    « Les cabanes étaient peu nombreuses, rangées sur deux lignes bien distinctes. La plupart d’entre elles n’avaient qu’une seule pièce de plain-pied. Quelques-unes comportaient un étage et un toit en pente raide hérissé d’antennes radio qui grésillaient dans le froid. Les collines surgissaient tout autour, protectrices, ou bien juste prêtes à se refermer comme un étau sur le village. »

     

    Bon voilà vous êtes plongés dans le grand froid, la glace, la neige, les ours, les loups. Comme Core vous allez devoir survivre dans une nature hostile et puissante.

    Je vous préviens malgré le froid vous allez persister car ce roman est non seulement très original mais totalement passionnant. 

    La sauvagerie, la peur, la culpabilité, les hallucinations, tout est fait pour vous plonger dans un monde où la morale est reléguée loin des hommes, où l’on se sent plus proche de l’animal que de l’être humain.

    Vous participerez à une traque où la terreur vous guidera et ou la civilisation s’effacera petit à petit de votre radar. 

     

    Un roman très réussi, ambitieux, efficace et dont l’issue est surprenante. L’écriture sert parfaitement le propos. Un nord très très inquiétant.

     

     

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    Le Livre : Aucun homme ni dieu - William Giraldi - Traduit par Mathilde Bach - Editions Autrement 2015

     

  • Berezina - Sylvain Tesson

    « Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,

    Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.

    Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.

    Après la plaine blanche une autre plaine blanche » ¹

     

    Ca vous rappelle quelque chose non ?

    Vos cours d’histoire ? 1812 et la Grande armée aux prises avec le Général Hiver ? bref la Retraite de Russie.

    Pas question ici d’un cours d’histoire mais plutôt d’un récit épique où sur les pas des grognards, trois français et deux russes, vont nous refaire la retraite.

     

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                             © Photo Thomas Goisque 

     

    Ils ont décidé d’utiliser des side-cars, si vous ne voyez pas à quoi ça ressemble repassez-vous la Grande vadrouille, et de suivre le trajet suivi par l’armée napoléonienne  quittant Moscou où le Tsar les a piégé.

    Sylvain Tesson aime les défis et avec deux acolytes avec qui il a déjà bourlingué : Cédric Gras et Thomas Goisque et Vassili et Vitaly côté russe, il va nous refaire la retraite en hiver ! 

    Cette marche forcée véritable course contre la mort se répète deux cent ans après à bord de trois Oural, arborant fièrement un drapeau impérial et Tesson coiffé d’un bicorne et dans ses fontes des livres des livres des livres.

    Les étapes sont celles de 1812 : Smolensk, Minsk, le passage de la Berezina, Vilnius ...On suit en parallèle l’épopée napoléonienne et celle de nos cinq grognards d’aujourd’hui.

    La route est parfois dangereuse pour les side-cars et la visibilité du conducteur souvent voisine de zéro.

    Le récit est ponctué des témoignages et mémoires des soldats de 1812 et des vicissitudes mécaniques de 2012.

     

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    C’est tout à fait réussi, on se prend au jeu.

    Cet hommage aux « petits, les obscurs,les sans-grades. (...) qui marchions fourbus,blessés,crotté,malades, sans espoir de duchés ni de dotation » ²

    Ces grognards qui ont suivi Napoléon depuis l’Egypte et qui vont pour survivre « vivement, avec un peu de neige, encor » se faire « un sorbet au sang de cheval mort » ³

     

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    C’est environ 400 000 personnes qui ont perdu la vie lors de cette retraite, on sent Sylvain Tesson admiratif devant leur courage et leur abnégation, il sait parfaitement remettre quelques pendules à l’heure. La Berezina n’est pas un fleuve extraordinaire, non c’est une simple rivière et non malgré la connotation qui s’attache à ce nom, il ne s’agit pas d’une défaite française mais bien d’une tragédie « La retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe, une armée marche, de victoire en victoire, vers son anéantissement total. »

     

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    Mikhaïl Koutouzov l'adversaire 

     

    Vous l’aurez compris j’ai aimé ce livre avec juste le petit bémol des bouteilles de Vodka qui défilent à croire que cela lui sert de carburant ! 

    C’est un petit livre réjouissant, parfois drôle, qui donne envie de lire les mémoires du Sergent Bourgogne ou une biographie de Caulaincourt seul homme de l’entourage de l’Empereur à garder la tête froide et bien entendu de lire ou relire Guerre et Paix.

     

     

    Citations ¹ Victor Hugo   ² ³ Edmond Rostand L’Aiglon

     

    Tout savoir sur la Berezina 

     

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    Le livre : Berezina - Sylvain Tesson - Editions Guérin