07.02.2010
Maître et Serviteur - Léon Tolstoï
Maître et serviteur - Léon Tosltoï - Editions Frémeaux et Associés
Tolstoï a été toute sa vie en proie aux tourments, il a traversé une crise morale et religieuse, n’arrivant pas à vivre sa foi ni à réaliser son idéal de pauvreté.
L’histoire qu’il conte ici en est l’illustration, il traduit l’idée qu’il se fait d’une vie réussie, bénéfique, de l’importance du don de soi.
Le récit se situe dans un milieu modeste, le marchand Brékhounov se dispose " à se rendre chez un propriétaire du voisinage pour lui acheter une forêt" S’enrichir, faire des affaires, amasser des biens, devenir millionnaire, voilà sa préoccupation première.

Le dégel - Fiodor Alexandrovitch Vassiliev - Galerie Trétiakov Moscou
Nikita son valet va le conduire, il est connu pour son coeur à l'ouvrage, sa bonté, son adresse. Son maître l'exploite honteusement tout en se persuadant qu'il est le bienfaiteur de Nikita. Ils vont entreprendre un voyage en pleine tempête, bientôt perdus dans un univers sans repairs le danger les guette. Les pensées de Brekhounov sont alors bien éloignées des biens matériels, la peur, la terreur l'envahissent " Il sentait qu'il allait périr au milieu de cet affreux désert de neige mais ne voyait aucun moyen de salut"
Véritable parabole sur la mort ce récit haletant s'écoute avec bonheur.
Georges Haldas grand connaisseur de Tolstoï dit " C’est la face visible, humaine, d’une angoisse infiniment riche et féconde à la fois."
Je suis certaine que comme moi vous écouterez (ou lirez) ce récit avec passion.
Claude Lesko issu du théâtre lyonnais prête sa voix à Brékounov et à Tolstoï
00:19 Publié dans A Voix haute, Littérature Russe | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
04.02.2010
Le Jardin d'Epicure - Irvin Yalom
Le Jardin d’Epicure - Irvin Yalom - Traduit de l’anglais par Anne Damour - Editions Galaade
Un livre sur le défi le plus exigeant, le plus prégnant que nous rencontrons : surmonter notre peur de la mort, une préoccupation majeure, omniprésente et universelle. C’est un peu comme « regarder le soleil en face » titre anglais de ce livre.
J’avais par le passé fait un bout de chemin avec Irvin Yalom à travers deux romans que j’avais beaucoup aimé, il revient ici avec un livre de professionnel en psychiatrie et en psychothérapie.
Ce livre veut être une aide " affronter la mort ne conduit pas nécessairement à un désespoir qui nous dépouille de toute raison d’être" la peur de la mort pour chacun du nous est pourtant au coeur d’une grande partie de notre anxiété, comment lutter contre cette peur et est-ce possible ?
Le plus souvent une expérience personnelle nous éveille à la reconnaissance de notre peur : un rêve, une perte douloureuse comme le décès d’un être proche, mais aussi la perte d’un emploi, la vente d’une maison, la survenue de la maladie, un accident ou simplement le vieillissement ou un anniversaire comme les 50 ans ou 60 ans (ah bon ..)
Toutes choses qui nous confrontent à notre statut de mortel.

A l’aide des récits sur ses patients Yalom nous apprend à reconnaître derrière des comportements variés la peur de la mort, nous propose des méthodes pour faire face à cette peur pour transformer celle ci en force vitale nous permettant de nous accomplir " affronter la mort nous permet non d’ouvrir une boîte de Pandore, mais d’aborder la vie d’une manière plus riche et plus humaine "
Il s’agit là d’une opportunité pour nous permettre de réfléchir à nos priorités, pour améliorer nos relations avec autrui, pour mieux communiquer avec ceux que nous aimons.
Il nous invite ainsi à mieux goûter la vie, à en reconnaître la beauté, il nous invite à nous engager pour les autres.
La peur de la mort s’appuie souvent sur notre besoin de laisser une trace immortelle de notre passage, Yalom utilise une belle métaphore : celle des ondulations sur l’eau, des rides sur un étang, c’est l’effet de rayonnement , chacun de nous crée des cercles concentriques d’influence qui toucheront les amis, les proches, et ces "rides" resteront le signe de notre passage. Qui laissera un trait de caractère, qui une expérience, un avis, une preuve de vertu, une parole de réconfort.

Le livre des morts égyptien
L’auteur nous encourage à " consumer " nos vies, à aimer notre destin, et éviter le regrets d’une vie non vécue.
On retrouve ici Nietzsche que Yalom cite abondemment, mais aussi Epicure et Montaigne, les penseurs et les philosophes qui peuvent nous aider à apaiser nos peurs, des écrivains aussi et l’on retrouve Tostoï et "La mort d’Ivan Illitch "
La philosophie pour Yalom, comme pour ses maîtres en pensée, doit nous aider à vivre et soulager notre anxiété, les comparaisons auxquelles il nous invite à réfléchir entre la mort et ce temps de non-être d’avant notre naissance sont éclairants.
Yalom n’est pas croyant, il reconnaît l’aide qu’apporte parfois la religion pour combattre notre peur et respecte la foi des croyants, mais il affirme la possibilité de s’en passer " Je ne doute pas que la foi religieuse tempère les craintes de la mort chez beaucoup. Mais chez moi elle soulève cette question - elle semble être une feinte pour contourner la mort, la mort n’y est pas définitive, la mort y est niée, la mort y est dé-mortalisée "
L’oeuvre d’Irvin Yalom est importante, elle mêle son expérience de thérapeute à sa vision personnelle de l’existence, d’une clarté constante son livre exprime la chaleur et la compassion qu’il réserve à ses patients.
Classiquement un thérapeute reste discret sur son vécu personnel, pour nous convaincre Yalom fait appel à sa mémoire et raconte ses expériences intimes au moment de la mort de son père, il ajoute là une touche personnelle bienvenue. Un dernier chapitre s’adresse aux professionnels de la psychanalyse ou de la psychothérapie mais reste lisible pour le lecteur non professionnel.
Faites une place dans votre bibliothèque à ce livre riche et profondément humain
L’auteur

Professeur émérite de psychiatrie à Stanford, Irvin Yalom est psychiatre à Palo Alto (Californie). Entre fiction, philosophie et psychothérapie il est l’auteur de nombreux essais, romans ou récits, dont Apprendre à mourir. La méthode Schopenhauer, Mensonges sur le divan, Et Nietzsche a pleuré ( source l’éditeur)
00:16 Publié dans Livres pour vivre, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note
03.02.2010
Bribes et Brindilles
Après un peu plus d'un an de fonctionnement de ce blog, j'ai eu envie de lui apporter un peu de diversité
Vous pourrez retrouver ici régulièrement des Bribes et brindilles de poésie empruntés à des auteurs très connus ou non, des citations et des extraits d'oeuvre que j'ai engrangés au fil des lectures et des années.
J'en profiterai pour les illustrer avec des photos ou dessins issus de blogs amis où j'aime aller me promener et prendre l'air
Je vous invite à "pousser la porte étroite qui chancelle "

Brindille de Poésie L'autre vie - Friedrich Hölderlin

Jusqu'au beau ruisseau toutefois,
Je cherche un gai chemin
Qui, nonchalant sur la rive,
Creux, sauvage, serpente.
Il passe sous le petit pont, qui mène au joli bois,
Où les vents battent le sentier
Et la vue comble de joie.
00:41 Publié dans Bribes et Brindilles | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
30.01.2010
L'excursion des jeunes filles qui ne sont plus - Anna Seghers
L’excursion des jeunes filles qui ne sont plus - Anna Seghers - Traduit de l’allemand par Joël Lefebvre - Editions Ombres
Ce n’est pas un livre récent que celui là , écrit par Anna Seghers réfugiée au Mexique en 1943 pour fuir le nazisme, elle y raconte une excursion, celle d’une classe de jeunes filles au début de la première guerre mondiale.
Lorsqu’elle écrit cette longue nouvelle, elle a appris la mort de sa mère dans les camps et la destruction de sa ville natale, Mayence, lors de bombardements. Cette nouvelle dénonce l’antisémitisme, le nazisme, l’intolérance, elle mêle le passé et la période de la guerre de façon subtile.
Anna Seghers revit pour nous ce voyage dans sa pureté originelle. Il faisait beau "Quelques boutons d’or se mirent à briller dans la vapeur qui s’exhalait du sol à travers l’herbe haute", deux jeunes filles sont sur une balançoire, Leni et Marianne, Lore et Greta plus loin, et aussi Nora et Ida, Sophie et Melle Sichel l’institutrice.
Toute la troupe s’installe "la terrasse du café, au bord du Rhin était planté de rosiers (...) des tables couvertes de nappes à carreaux rouges et blancs (...) le son de jeunes voix bourdonnant comme un essaim d’abeilles". Une classe de garçons va les rejoindre un moment.
Ce récit idyllique est bien vite fracassé car Anna Seghers, comme un devin qui lirait l’avenir sur le visages de ces jeunes filles, nous dévoile implacablement leurs destins. Quinze destins tragiques.
Telle jeune fille au profil délicat épousera un dignitaire du régime fasciste et refusera son aide à Leni dont l’enfant sera enlevé par les nazis. Telle autre se suicidera de désespoir lorsque son mari accrochera le drapeau à croix gammée à leur fenêtre.
L’incessant va et vient est poignant, et comme les décors d’un théâtre, les deux époques vont s’interchanger au fur à mesure qu’avance le récit.
Des détails retenus de ce jour là deviennent des marques plus tard de la folie des hommes, ainsi les cheveux noirs ébène de Sophie, que revoit Anna Seghers, deviendront blancs après son voyage en wagon plombé.
Elle met en avant l’ironie de l’existence qui voulut que Marianne qui refusa son aide à Leni, périsse dans l’incendie de sa maison lors des bombardements mais que l’enfant de Leni survécut.
Anna Seghers cherche à comprendre comment ces jeunes filles ont pu se haïr ou se trahir, nous rappelle les actes de courage, les dénonciations, les reniements, les fautes et les sacrifices, et fait " apparaître en filigrane ce qui aurait pu advenir si .... " Elle sait que la destinée de ces jeunes filles est semblable à la destinée de son pays car " l’essaim de jeune filles serrées les unes contre les autres, qui remontait le fleuve dans la lumière oblique de l’après-midi, faisait partie intégrante du pays."

Mayence
Ce livre court est salutaire pour ne pas oublier et de garder à l’esprit la question restée sans réponse "Par quel processus, lâcheté, ambition, indifférence, tout un peuple a-t-il pu soutenir ou même simplement tolérer le crime commis en son nom ? " et comment n'importe quel peuple est capable d'en faire autant !
Dans sa postface Jean Tailleur qualifie le texte de "requiem " C’est le mot juste.
Le texte a fait l'objet d'adaptation au théâtre et Amanda a eu la chance de participer à sa lecture en public.
L’auteur
Netty Radvany Reiling, dite Anna Seghers (Mayence, Rhénanie-Palatinat, 1900 – Berlin, 1983). Née dans une famille de la bourgeoisie juive de Mayence, après des études d’histoire de l’art, elle se tourne vers la littérature, Prix Kleist en 1928 pour La Révolte des pêcheurs de Sante-Barbara, elle adhère au Parti communiste allemand, puis à la Ligue des écrivains révolutionnaires-prolétariens. Placée sous surveillance après l’accession de Hitler au pouvoir, elle émigre en France, où pendant six ans elle participe activement au combat des intellectuels contre le fascisme, tout en poursuivant son œuvre de romancière. En septembre 1940, fuyant Paris occupé, elle part pour les États-Unis puis de là vers le Mexique. Rentrée à Berlin en 1947, elle devient en présidant l’Union des Écrivains de RDA, l’une des figures dirigeantes, l’une des voix les plus écoutées de la nouvelle culture socialiste.
01:00 Publié dans Histoire, Littérature Allemande | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
27.01.2010
Le Désert et la Grâce - Claude Pujade-Renaud
Le Désert et la Grâce - Claude Pujade-Renaud - Editions Actes Sud
Port Royal, Pascal, la Querelle janséniste - je suis certaine que tous ces noms évoquent quelque chose pour vous, peut-être des souvenirs plus ou moins ennuyeux (tout dépend de votre prof de français de l’époque !!)Si vos souvenirs sont très diffus je vous propose d’y revenir par un livre qui n’est ni un cours d’histoire - bien que le roman soit très fidèle à la vérité historique - ni un cours sur les tragédies de Racine bien que celui-ci soit au cœur du récit.
Le roman embrasse un siècle entier, celui pendant lequel Richelieu, puis Louis XIV et les jésuites, vont lutter contre l’influence de ces hommes et femmes qui choisissent de vivre hors du siècle.
Un petit rappel : Pour les jansénistes, Dieu accorde sa grâce par avance, à ceux qui la mérite par pure miséricorde. La liberté de l'homme existe encore, mais est très limitée. Ainsi, celui qui est prédestiné au mal, ne peut en aucun cas se retourner vers le bien.
Le Jansénisme fut diffusé en France par Saint Cyran. Le mouvement gagna la famille Arnaud, les religieuses de Port Royal et une partie de la noblesse.

C’est un spectacle macabre qui ouvre le roman : l’Abbaye n’existe plus mais le cimetière est toujours là ; les corps et ossements des hommes et femmes inhumés ici sont jetés à la fosse commune sur ordre du Roi. La volonté du pouvoir est d’effacer toutes traces du Jansénisme et des hommes et femmes qui y adhéraient.
Le couvent a été rasé, les religieuses dispersées et contraintes d’abjurer leur foi sous peine d’être privées de sacrements et de sépultures chrétiennes.
Pascal, Racine, Messieurs les Solitaires, les religieuses « les Arnauld, les Le Maistre, laïcs ou religieux » sont les grandes figures qui traversent le roman.
En but aux persécutions certains sont emprisonnés, d’autres sont partis en exil, ils peuplent ce roman de leur ombre.
Mais les personnages centraux sont deux femme, deux personnages magnifiques de foi, d'orgueil et de dévouement.
Françoise de Joncoux dite « l’invisible » qui porte secours, soigne, assiste et « consacrait une partie de ses nuits à ce labeur : multiplier les copies afin d’éviter tout risque de perte, en répartir chez des connaissances sûres pour parer à l’éventualité d’une perquisition et d’une saisie, les expédier aux Pays-bas où ils seraient relus, préparés, annotés par les jansénistes exilés puis, une fois imprimés, seraient clandestinement diffusés en France. »
Marie-Catherine Racine, fille de Jean, elle aurait voulu prendre le voile mais son père la força à quitter Port-Royal parce qu’il « défendait sa liberté d’écrire, sa carrière tout juste montante d’auteur de théâtre »
Elle essaie de comprendre pourquoi son père après avoir été élevé par les Solitaires, a renié ses amis mais a choisi de se faire inhumer Port-Royal.
Leurs amis : Claude Dodart médecin bien en cour et dont le père fut médecin de l'abbaye, Charlotte de Roannez, Jacqueline Pascal la soeur du philosophe, Angélique Arnaud enfin figure tutélaire de l'Abbaye

Angélique Arnauld peinte par Philippe de Champaigne
Leur ennemie : Madame de Maintenon qui les poursuit de sa hargne « Il fallait absolument anéantir ce monastère et ce parti. Reste à les extirper des mémoires »
Claude Pujade-Renaud ressuscite pour nous Port-Royal des Champs, haut lieu de résistance au pouvoir royal, elle restitue magistralement ces personnages qui vivent dans une atmosphère de secret, de crainte et de solitude.
Elle sait faire d’un sujet austère une magnifique fresque tout en finesse et dans une langue qui se veut fidèle à l’esprit du temps.
Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

Pour en savoir plus
L’excellent biographie d’Anne Delbée : Racine roman
Lettres Provinciales de Blaise Pascal
00:42 Publié dans Histoire, Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
25.01.2010
Haïti et maintenant ...?


05:00 Publié dans Et le reste... | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
23.01.2010
Le bois de Klara - Jenny Erpenbeck
Le Bois de Klara - Jenny Erpenbeck - traduit de l’allemand par Brigitte Hébert et Jean-Claude Colbus- Editions Actes Sud
Un bois, un lac, un lieu, une propriété, au fil du temps ce bois, ce terrain, la maison construite dessus vont voir se succéder des propriétaires légitimes ou non. Au début du siècle un bois est dévolu à la fille d’un riche paysan, mais Klara n’a pas toute sa tête et le bois à sa mort sera morcelé, découpé, revendu en trois parcelles.
Douze personnages vont se succéder au fil du temps sur cette propriété, tous marqués par les péripéties de l’histoire : exil, déportation, invasion.
Parfois résidence cossue, havre de paix et de bonheur, on ajoute un ponton de baignade sur le lac, un hangar à bateaux, les enfants jouent, se baignent.

Parfois la maison, le lac, deviennent cachettes pour les objets de valeur on "enterre les pichets en étain entre les racines du grand chêne et la porcelaine sous le bosquet de pins" pendant que les chevaux de l’armée Russe s’approprient le jardin. Le bois de Klara change même parfois de nationalité.
Le terrain, la maison sont objet de tractation entre celui qui fuit (famille juive) et celui qui à un moment détient le pouvoir. l’arrivée du communisme apporte de nouveaux changements.
Témoin muet le jardinier, personnage fantomatique et anonyme. " Au printemps, il aide les paysans à greffer leurs arbres fruitiers ; aux environs de la Saint-Jean, il écussonne les sauvageons à œil poussant ou, lors de la deuxième montée de sève, à œil dormant ; pratique la greffe en fente ou en oblique selon l’épaisseur du porte-greffe, confectionne le mélange indispensable de goudron de pin, de cire et de térébenthine, puis panse la plaie avec du papier ou du raphia " Il ne fait pas partie de la maison " Lui ne possède ni terre ni bois, il vit tout seul dans une cabane de chasse abandonnée à la lisière de la forêt "

J’ai aimé l’originalité de ce récit, la trame historique à travers un lieu, l’art de Jenny Erpenbeck pour mêler vie quotidienne et grande histoire.
La lecture est parfois freinée par des sauts dans le temps que l’on ne comprend pas toujours, la chronologie n’est pas respectée et cela exige un peu d’attention. L’écriture est belle et j’ai aimé les titres donnés aux chapitres qui désigne le personnage par son métier : l’architecte, le soldat, l’écrivain. L’épilogue est d’une froideur technique qui fait frissonner.
L'auteur
Jenny Erpenbeck née en 1967 à Berlin-Est est une femme de théâtre, elle a travaillé avec Heiner Müller et a mis en scène des opéras. Son œuvre littéraire comporte trois romans et un recueil de nouvelles. Deux de ses livres ont déjà été publiés en France chez Albin Michel (L'Enfant sans âge, 2002, et Bagatelles, 2004). Ses romans ont tous été traduits dans une dizaine de langues. ( source l’éditeur)
05:00 Publié dans Littérature Allemande | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
20.01.2010
Vraie lumière née de vraie nuit - François Cheng
Vraie lumière née de vraie nuit - François cheng et Kim En Joong - Editions du Cerf
Depuis ses premiers poèmes édités chez Encre Marine je suis attentive aux parutions de François Cheng.
Ce recueil est comme les précédents, magnifique.
Les poèmes sont accompagnés par 8 lithographies de Kim En Joong
J’ai retrouvé dans ce volume François Cheng se tenant toujours en tension entre deux mondes et poursuivant sa quête « du vrai et du beau »
La Chine est toujours présente
Nous aurons toujours souvenance des rizières sans âge
Où se mirent, tutélaires, les bleues montagnes :
Des plants de riz levant leurs mains d’accueil
Vers les nuées de passage

Une invitation au dialogue, au lien entre les hommes auquel il nous invite à nous soumettre
A chaque étoile perdue dans la nuit
A chaque larme séchée dans la nuit
A chaque nuit d’une vie,
A chaque minute
D’une unique nuit,
Où se réunit
Tout ce qui se relie
A la vie privée d’oubli,
A la mort abolie.

Lithographie Kim En Joong
Un très beau poème offert à Jacqueline de Romilly qui commence ainsi :
Parfois la vie daigne te faire un signe,
Un bruit, une senteur,
Une voix, un éclair

Lithographie Kim En Joong
04:03 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
17.01.2010
L'Assassin Royal - Robin Hobb
L’Assassin Royal - L’apprenti assassin / L’assassin du roi / La nef du crépuscule - Robin Hobb - Editions Baam ou J’ai Lu
Trois livres d’un coup, vous allez dire : c’est trop ! Oh non pas du tout car je défie quiconque lit le premier de s’arrêter là, vous voudrez lire le 2 et le 3 et ...Un roman qui devrait porter la mention : Attention série addictive peut provoquer une dépendance.
C’est ma première incursion dans la Fantasy, jusque là le domaine ne m’attirait pas du tout, autour de moi des âmes charitables m’ont persuadées " tu verras c’est excellent, tu devrais essayer " oui d’accord mais c’est plus de mon âge ! moi le surnaturel, les héros invincibles, c’est pas ma tasse de thé... Pour leur faire plaisir j’ai ouvert le premier , j’ai été déconcertée par les premières pages puis............j’ai lu les 3 tomes dans la semaine.
Autant vous avertir le cycle entier comporte 13 tomes (quand on aime..)
Un tableau d’ensemble pour commencer, vous voilà dans le domaine des Six-Duchés, un royaume médiéval, ruelles, échoppes, château ...La ville principale Castelcerf est la résidence du roi. Plus loin le Royaume des Montagnes.
Les hivers sont rudes, les côtes balayées par les vents sont peu sûres car sans cesse menacées par les redoutables Pirates-Rouges.
Vous me suivez ? les personnages maintenant :
A tout seigneur tout honneur : le Roi, Subtil, joli nom pour un roi, il est le chef des Loinvoyant, joli nom aussi pour la famille royale.
Ses fils : Chevalerie, Royal et Vérité, celui là est l’héritier, le dauphin: le Roi-Servant et il est de son devoir de prendre femme.
Tout ce monde vit avec moults serviteurs certains fidèles et loyaux d’autres ..moins.
Burrich maître des écuries, la tendresse n’est pas son fort sauf avec les chevaux et les chiens : vous verrez vous l’aimerez
Umbre, le danger dans l’ombre, il a plus d’un tour dans son sac et parfois certains sont mortels
Enfin notre héros, Fitz Chevalerie, enfant puis jeune homme dans ces trois premiers tomes, serait-il fils de prince ? oui fils de Chevalerie mais...bâtard !!
Et on a beau être de lignée royale, bâtard on est, bâtard on reste ! Il va faire un rude apprentissage, comptez sur Umbre et Burrich pour l’éduquer correctement et lui enseigner, qui l’art de la bataille, qui l’art des poisons.
Voilà vous en savez assez pour partir à l’aventure, pendant trois tomes vous suivrez Fitz qui devra apprendre à vivre à la cour, déjouer tous les pièges, les intrigues, les trahisons. Il lui faudra combattre, lutter, devenir " Assassin Royal " au service de son roi ce qui exige loyauté et parfois sacrifice.
Ah j’oubliais Fitz est détenteur de deux pouvoirs extraordinaires, l'Art et le Vif, l’un permet d’entrer en communication à distance, l’Art est reconnu et pratiqué par les rois et les princes, l’autre est plus sulfureux puisqu’il vous fait fusionner avec un animal, établir avec lui des liens considérés comme honteux.
Amour interdit, attaque de pirates, mariage de prince, blessures, combats, secrets, poisons ..... Fitz a fort à faire pour sortir indemne de ces trois tomes !
Laissez vous séduire par Robin Hobb, elle est très habile et après quelques pages vous êtes chez vous dans le royaume de Subtil, les personnages sont attachants et les rôles secondaires ne sont pas oubliés, mais Fitz Chevalerie deviendra bien vite votre héros.
L’auteur rend le récit fluide, les rebondissements sont nombreux et variés mais elle permet des temps de repos ( heureusement car sinon on frôlerait l’épuisement) sans jamais faire baisser le suspens et le bonheur de la lecture.
Auteure prolixe (13 tomes et plus ) Quelle femme ! Plongez vous dans ce best-seller de la fantasy

03:05 Publié dans Science Fiction et Fantasy | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note
15.01.2010
Il n'y a pas de mots
Depuis deux jours je n'avais pas écouté la radio et je m'apprêtais à écrire un billet sur l'article de Télérama qui concerne les "Amazones de la Blogosphère" , mais avant je suis allée faire un tour sur les blogs et j'ai réaliser qu'il s'était passé quelque chose de dramatique en lisant le billet de Rosa dont la famille et les amis sont à Haïti
Du coup j'ai remis les choses en perspective et me suis sentie incapable d'écrire mon billet
Ne trouvant pas les bons mots je laisse un poète Haïtien le faire à ma place

Notre histoire loupe les passerelles ........Le naufrage de nos rêves efface les paysages d'antan
Dire que nous avions une terre
Une terre un pays une rivière où sécher nos larmes
06:00 Publié dans Et le reste... | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
12.01.2010
Du sang, de la sueur et des larmes
Winston Churchill - François Kersaudy - Editions Tallandier
J’aime l’histoire, la petite et la grande, j’aime les biographies, et j’admire certains personnages, Winston Churchill en fait partie, j’ai entamé ce pavé avec l’idée de le lire à mon rythme, en fait je l’ai lu au rythme de Churchill c’est à dire au pas de charge.
Voilà un livre à la mesure du personnage, long comme le fut sa vie, plein d’humour, et Churchill n’en manquait pas, passionnant toujours car Winnie (surnom affectueux donné par les anglais) aimait la vie et elle le lui rendait bien.
Une mère qui collectionne les amants, un père qui méprise son fils et qui passe à deux doigts du "10 Downing street" mais meurt très tôt de syphilis, des études difficiles " sa scolarité sera un long combat " un père qui voit son fils comme un " crétin " et des professeurs comme un " cancre brillant " : Voilà le portrait de Winston Churchill jeune.
Lecteur vorace il lit jusqu’à plus soif, doté d’une mémoire prodigieuse (il peut réciter sans erreur 1300 vers de Macaulay) et d’une imagination fertile, cette mémoire et les lectures engrangées lui seront précieuses lorsqu’il sera l’heure d’écrire des discours pour convaincre ses pairs ou ses électeurs.
Il fait le choix d’une carrière militaire et entre à Sandhurst, il y sera un cavalier émérite et un escrimeur redouté. Il sera sur toutes les scènes de guerre de l’époque : Cuba, l’Inde, le Soudan, l’Afrique du Sud.
La solde est maigre pour un jeune officier lorsqu’un journal lui propose d’écrire des articles il le fera avec talent et parfois au grand dam de sa hiérarchie. Il acquiert une certaine notoriété et carrément la gloire lors de son évasion rocambolesque en pleine guerre des Boers. Sa plume lui permettra de vivre au dessus de ses moyens pendant toute sa vie, de perdre son argent sur tapis verts d’Europe, et de s’approvisionner en alcool et en cigares.
Jeune homme pressé, car il craint de mourir jeune, il est atteint comme son père du démon de la politique, élu député à 26 ans il entre au gouvernement à 32. Il sera redouté par ses adversaires, il n’hésite pas à changer de parti quand cela lui apparait nécessaire " Certains changent d’idées pour l’amour de leur parti, moi je change de parti pour l’amour de mes idées "
Il sera 11 fois ministre, du commerce aux colonies, en passant par les finances et la marine où il est éblouissant.
Lors de la 1ère guerre mondiale il est Premier Lord de l’Amirauté, lorsqu’il est remercié il s’engage et fait preuve dans les tranchées d’un courage physique extraordinaire. C’est un meneur d’homme qui dit à ses officiers " Riez un peu, et apprenez à rire à vos hommes-la guerre est un jeu qu’il faut jouer avec le sourire. Si vous êtes incapables de sourire, grimacez ; si vous êtes incapables de grimacer, tenez-vous à l’écart jusqu’à ce que vous en soyez capables." Les soldats apprécient ce chef courageux et infatigable qui sait les galvaniser.
Dans l’entre-deux guerre sa carrière connaîtra des hauts et des bas, très tôt méfiant envers le nazisme et Hitler il sera des années durant le seul à tirer la sonnette d’alarme sans être jamais écouté.
La montée de la puissance militaire de l’Allemagne lui semble très dangereuse mais ses efforts pour réarmer l’Angleterre seront vains et sa lucidité ne sera reconnue que trop tardivement.
La déclaration de guerre impose de le rappeler au gouvernement car comme le dit avec humour François Kersaudy " Lorsqu’on saute à pieds joints dans l’inconnu, mieux vaut le faire avec un homme qui connaît le maniement du parachute."
Apparaît alors le grand Churchill, l’homme de guerre pugnace, à l’énergie sans faille, à la puissance de travail proprement incroyable. Il a 65 ans et il va commander des hommes qui sont les fils de ses compagnons d’armes de la guerre de 14.
« Winston is back » tel est le signal envoyé par l’Amirauté à tous les navires et à toutes les bases navales britanniques au soir du 3 septembre 1939
C’est un pacifiste qui aime la guerre et la fait pour la gagner et jamais ne s’avoue battu. Cet homme qui n’est pas un grand orateur mais qui sait écrire des discours inoubliables, n’est jamais aussi bon et talentueux que le dos au mur.
Dans les heures les plus sombres de la guerre, ses discours seront des phares et un soutien très fort à la population britannique qui vit sous les bombes.
" Je n’ai rien à offrir que du sang, de la peine, de la sueur et des larmes ! " Ces paroles sont restées dans la mémoire de tous ainsi que la fin de son discours du 13 mai 1940 " Vous me demandez ce qu’est notre but ? Je vous répondrai d’un mot : la victoire ! La victoire à tout prix, la victoire en dépit de toutes les terreurs. La victoire, si long et difficile que puisse être le chemin "
Il a une confiance inébranlable " Hitler ne peut pas gagner. Attendons son effondrement. "

Rien ne l’abat, il échappe à 5 accidents d’avion, au torpillage de son bateau, au bombardement de Londres.
Il avait inventé les tanks, la « folie de Winston » pour ses collègues du gouvernement, il y aura le radar, les ports artificiels, les péniches de débarquement. Il a une idée à la minute ou comme le dira Roosevelt " il a deux cent idées par jour dont quatre seulement sont bonnes mais il ne sait jamais lesquelles "
Il fait preuve d’intuitions fulgurantes, dès le début de la guerre il est certain qu’elle ne sera gagnée que si les américains y participent et il n’aura de cesse de convaincre Roosevelt d’aider l’Europe et de s’engager à ses côtés.
Parfois sa confiance sera dupée et il lui faudra un certain temps pour prendre la mesure de la duplicité de Staline. C’est un francophile et il pressent très vite la stature de De Gaulle " L’Homme du destin "
Après la victoire, après quatre années de guerre " Staline et Roosevelt rendent un vibrant hommage à l’âge et au courage, le reconnaissent volontiers comme l’inspirateur suprême de la croisade contre le nazisme " pourtant Winston Churchill regrette les frontières nouvelles, le morcellement de l’Allemagne, l’extension de l’influence soviétique " L’ensemble des Balkans à l’exception de la Grèce, va être bolchevisé, et je ne peux rien faire pour l’empêcher " dans un discours à la BBC il exprime son inquiétude " A quoi bon punir les hitlériens pour leurs crimes si le règne de la loi et de la justice ne s’établissait pas , si des gouvernements totalitaires ou policiers devaient prendre la place des envahisseurs allemands ? "

Il a gagné la guerre mais perdu les élections, le vieux lion est à terre mais c’est mal le connaître si l’on imagine qu’il est anéanti, en mars 1946 il prononce un discours prémonitoire "Une ombre s’est répandue sur la scène si récemment illuminée par les victoires alliées (...) de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique un rideau de fer est descendu sur le continent. "
Mais alors qu’on le croit fini il sera encore une fois premier ministre !!
"Je veux mourir en Angleterre" son voeu sera exaucé le 24 janvier 1965 soixante dix ans après (jour pour jour) son père.
A ses obsèques célébrées dans la cathédrale Saint Paul sont présents " Six souverains, quinze chefs d’Etat, trente Premiers Ministres venus des quatre coins du monde "

Que dire devant un tel destin, la biographie de F Kersaudy est magistrale, en dehors de quelques pages un peu trop longues à mon goût de stratégie militaire, c’est un régal. Le style de F Kersaudy sert parfaitement son sujet et l’on a une seule envie en fermant ce livre, lire les Mémoires de Winston Churchill car ce diable d’homme, non content d’être la personnalité la plus marquante de son siècle était un excellent écrivain et a obtenu un Prix Nobel de Littérature !
Ce livre va rejoindre dans ma bibliothèque celui avec lequel j’ai découvert, adolescente, l’histoire de la seconde guerre mondiale, Le IIIème Reich de William Shirer.
L’auteur
François Kersaudy, qui a enseigné l’histoire à l’université d’Oxford, il est professeur à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Il est spécialiste d’histoire diplomatique et militaire contemporaine. Il a reçu le Grand prix de la Société des Gens de Lettres et le Grand Prix du Livre politique. Il est l’auteur de multiples ouvrages sur l’Angleterre contemporaine, il a assuré la publication chez Tallandier des Mémoires de Guerre de Churchill.
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09.01.2010
Fumée - Ivan Tourguéniev
Fumée - Ivan Tourguéniev - Editions Sillage
Aujourd’hui un peu de chemin avec le plus occidental des auteurs russes, le plus francophile, ami de Daudet, de Zola et de Flaubert, amant de Pauline Viardot musicienne et soeur de la célèbre Malibran, grand voyageur, vivant en France mais n’écrivabt que sur la Russie son unique et inépuisable sujet.
Après Premier amour où se mêlaient le tragique et la volupté que je vous ai proposé en livre audio, voici un roman plus ambitieux.
Tourguéniev a suivi sa maîtresse à Baden-Baden et c’est là qu’il situe son roman. C’est une ville où se retrouvent français, russes, anglais, une ville cosmopolite et gaie, légère comme une bulle de Champagne.
Le héros est un jeune homme : Litvinov, sa fiancée Tatiana et la tante de celle-ci vont le rejoindre à Baden, il est heureux " Sa vie lui apparaissait désormais sans obstacle, sa destinée était tracée " Il y a une ombre dans le passé de Litvinov, jeune étudiant il est tombé amoureux fou d’Irène, une beauté au caractère " inconstant, autoritaire et fantasque " Elle lui a préféré un riche parti, il a tenté de l’oublier mais aujourd’hui elle est à Baden-Baden avec son mari " Elle est toujours aussi ravissante malgré ses trente ans " et Litvinov va retomber sous son charme et tenter d’enfouir l’image de la douce Tatiana sous les ors et le clinquant. Mais peut-on aimer follement deux fois ?

Baden Baden au temps de Tourguéniev
En parallèle de cette intrigue romanesque, Tourguéniev nous invite dans la société du temps et là il s’en donne à coeur joie dans la satire. La société où évolue Irène, celle là même où évolue Ivan Tourguéniev, est l’objet d’une critique acerbe. Il moque les bavardages autour d’une Russie magnifiée et idéalisée.
A travers une galerie de portraits très sévères il dépeint l’écart entre une Russie attardée et l’Europe civilisée. Il affirme " j’ai foi en l’Europe ou pour parler plus exactement, j’ai foi en la civilisation " La misère des paysans, un système politique tyrannique sont l’objet de ses critiques et de ses craintes "Il viendra un temps où tous auront à rendre compte " Tourguéniev fait preuve de lucidité et les lecteurs russes recevront très mal ce roman.

La Russie qu'aime Tourguéniev (Isaac Levitan- village en hiver)
J’ai beaucoup aimé ce roman, son pessimisme, son romanesque un peu désespéré et l’amour inconditionnel de Tourguéniev pour sa patrie malgré ses critiques " Moi, pour travailler, il me faut l’hiver, une gelée comme nous en avons en Russie, un froid astringent, avec des arbres chargés de cristaux.. " * confie-t-il aux frères Goncourt.
Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque
* Tourguéniev - André Maurois
06:08 Publié dans Littérature Russe | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
































