07.11.2009
L'Ile de Sakhaline - Anton Tchekhov
L’Ile de Sakhaline - Anton Tchekhov - Traduction du russe par Lily Denis - Editions Gallimard Folio
Dans un précédent billet nous avons suivi le voyage de Tchekhov vers Sakhaline et les lettres qu’il a adressé à sa famille et à ses amis.
En se rendant à Sakhaline Tchekhov voulait, nous dit Roger Grenier dans la préface, "payer sa dette à la médecine"
De son séjour il tirera un livre qu’il écrira avec difficulté et qui sera édité pour la première fois en 1895, il écrit alors " Je suis heureux que dans ma garde-robe littéraire se trouve une rude blouse de forçat "

Sakhaline
Contre toute attente alors qu’il n’a aucun document d’introduction ou autorisation, Tchekhov réussi à se faire admettre par le gouverneur le Général Korff, celui-ci l’autorise à circuler librement et à interroger qui bon lui semble sauf les détenus politiques.
Tchekhov va user et même abuser de cette autorisation, il rédige un questionnaire et en trois mois ce n’est pas moins de 10.000 fiches qu’il va renseigner, véritable recensement de la population de Sakhaline, il entre dans tous les villages, toutes les prisons, les maisons de fer.
Il note tout ce qu’il voit, tout ce qu’on lui dit " Je vais seul d’isba en isba ; parfois un forçat m’accompagne, parfois aussi un garde-chiourme armé d’un révolver me suit comme mon ombre "
L’île est divisée en territoires et secteurs, les hommes qui séjournent ici appartiennent à des catégories distinctes, mais tous sont reclus à vie sur cette île, même leur peine purgée les condamnés ne retrouveront pas leur ville ou village d’origine.
Tout un personnel administratif vit sur l’île, le gouverneur nommé par le Tsar, un médecin, des commis aux écritures car il faut bien faire des rapports pour le pouvoir central, des artisans : boulanger, menuiser, cuisinier, mais aussi tout le corps de surveillants et autres gardes-chiourmes.
Les condamnés qui sont ici ont fait le même voyage que Tchekhov, fers aux pieds, la Sibérie est une longue route vers le bagne, la route de Vladimirka " Nous les avons fait marcher dans le froid avec des fers aux pieds durant des dizaines de milliers de verstes "
Son ami Isaac Levitan a peint un tableau pour illustrer la douleur de cette route connue de tous les russes.

Isaac Ilitch Lévitan La route de Vladimirka Moscou, Galerie Trétiakov.
Dans les villages travaillent des prisonniers mais aussi des paysans dit libres qui sont en fait des colons contraints de rester sur l’île, leur travail leur permet tout juste de survivre : l’abattage de bois, travail très dangereux, l’agriculture sur une terre peu fertile au climat peu favorable, le travail de la mine le plus dur et le plus dangereux.
Les mineurs descendent dans la mine par une galerie très longue, ici pas d’ascenseur, l’homme tire un traîneau déjà lourd à vide ; quand il remonte la pente il le fait à quatre pattes tirant son traîneau chargé et les 300 mètres de galerie deviennent un parcours inhumain, le mineur le refait 13 fois par jour !
Les femmes qui ont suivi leur mari, celles condamnées et libérées, n’ont souvent d’autre choix pour survivre que de se livrer à la prostitution, seule façon de nourrir leurs enfants car ceux-ci sont nombreux à Sakhaline malgré une mortalité infantile importante. Tchekhov y voit une consolation pour ces hommes et femmes mais les enfants, hélas, aggravent les conditions de vie, plus de bouches à nourrir alors que les possibilités de travail et de ressources sont extrêmement limitées.
La nourriture est simple, voire frustre, la viande ne fait que très rarement partie des menus, quelques années avant la visite de Tchekhov le scorbut a dévasté la population carcérale.
Ses observations sur l’état de santé de cette population font mention de la tuberculose bien évidemment, de diphtérie, de la variole, et du typhus dont la mortalité est énorme, enfin bien sûr en raison de la prostitution la syphilis fait des ravages.
Les conditions de détentions sont inhumaines, barbares, le mot justice n’a plus aucun sens en ces lieux.
Les punitions et sanctions sont fréquentes et appliquées sans discernement avec parfois beaucoup de cruauté et de sadisme.
Les verges et le fouet sont courants, les sentences prononcées le sont selon les « droits » de celui qui sanctionne, le Gouverneur à « droit » à faire appliquer 100 coups de fouet, le surveillant lui n’a « droit qu’à 50 coups ....
A sa demande Tchekhov assiste à une punition " J’ai vu applique la peine du fouet, ce qui m’a fait rêver pendant trois ou quatre nuits du bourreau et de l’atroce chevalet "
Les récidivistes, ceux qui ont tenté de s’évader sont enfermés dans la maisons de fer : enchaînés des pieds et des mains à une brouette suffisamment lourde pour empêcher les mouvements et suffisamment petite pour être la nuit glissée sous la paillasse. Un modèle de torture ! Les mouvements sont de trop faible amplitude et la dégénérescence musculaire est définitive, ainsi la punition se poursuit bien après sa fin officielle.
La répression féroce et l’absence d’espoir de quitter l’île poussent les hommes à tenter de s’évader et malgré le peu de réussite et les coups de fouet qui suivront, les tentatives sont nombreuses.
Il faut laisser la parole à Tchekhov " Sakhaline est le lieu des souffrances les plus insupportables que puisse endurer un homme, aussi bien libre que condamné, nous avons laissé croupir dans des prisons des millions d'hommes, et cela pour rien, de manière irraisonnée, barbare "
A son retour Tchekhov fait envoyer des milliers de livres à Sakhaline, ce voyage et ce séjour l’ont marqué " Je ne saurais dire si ce voyage m’a aguerri ou s’il m’a rendu fou. Du diable si je le sais " Ce livre-enquête s’apparente au reportage d’Albert Londres sur le bagne de Cayenne, deux hommes qui ont par leurs écrits rendue vaine la question de l’implication de l’intellectuel dans la vie politique.
Je laisse à Tchekhov les derniers mots, Sakhaline "Tout autour la mer, au milieu l'enfer." et je vous propose d'ajouter ce livre à votre bibliothèque
07:00 Publié dans Histoire (9), Littérature Russe (7) | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
04.11.2009
Sur la mauvaise pente - Graham Hurley
Sur la mauvaise pente - Graham Hurley - Traduit de l’anglais par Philippe Loubat-Delranc - Editions du Masque
Un nouveau polar de Hurley c’est le plaisir assuré, classique mais terriblement efficace, un suspens qui ne se dément pas.
J’avais laissé l’inspecteur Faraday tout à ses oiseaux et à son fils sur les Quais de la blanche, je l’ai retrouvé ici aux prises avec un corps trouvé dans un tunnel et un disparu.
Le mort du tunnel est retrouvé, ou du moins ce qu’il en reste après le passage du train, enchaîné sur les rails, nu, ses vêtements soigneusement pliés à côté de lui. L’autopsie se révèle difficile et les indices bien maigres.
Paul Winter attaché à cette enquête doit recouper les listes des personnes disparues, en cherchant à identifier le premier mort il va découvrir une nouvelle affaire.

Portsmouth est toujours présente avec son caïd Bazza Mackenzie, ses dealers, ses services sociaux et ses marginaux.
Faraday revient de vacances mais celles ci n’ont pas été des vacances de rêve, quant à Paul Winter c’est un revenant , atteint d’une tumeur au cerveau il revient tout juste du royaume des morts. Sa hiérarchie s’interroge sur ses liens avec la pègre et voudrait savoir où il a trouvé l’argent pour financer son opération par un ponte américain.
Voilà le tableau est dressé, les enquêtes vont s’enchevêtrer, bien noires toutes les deux. Je ne vous en dit pas plus je n’ai pas envie de finir enchaînée à des rails !!
J’ai retrouvé Faraday avec plaisir, le week end est prévu pluvieux alors quoi de meilleur qu’un bon polar ?
Si le polar vous intéresse allez voir ce nouveau site très bien fait : POLARMAG
13:14 Publié dans Policiers (19) | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
31.10.2009
Lettres de voyage - Anton Tchekhov
Lettres de voyage - Anton Tchekhov - traduit du russe par Françoise Darnal-Lesné - Editions l’Harmattan
Lectrice de plusieurs biographies d’Anton Tchekhov, un épisode de sa vie intrigue et provoque l’admiration : c’est son voyage et son séjour sur l’île de Sakhaline
Il partit de Moscou en avril 1890 il atteint Sakhaline en juillet. Il y séjourne trois mois avant d’entamer une voyage de retour qui le ramène à Moscou en décembre de la même année.
Sakhaline est un bagne particulièrement inhumain et Tchekhov part pour enquêter " Après l'Australie, dans le passé, et Cayenne, Sakhaline est le seul endroit où l'on puisse étudier une colonie faite de criminels. Toute l'Europe s'y intéresse, et nous devrions l'ignorer ? " et aussi dit-il pour payer sa dette à la médecine.
En partant il cours des risques, le régime tsariste n’a jamais vu d’un très bon oeil les récits sur les défauts et les manques de la Russie,
il part sans recommandation, sans lettres d’introduction et très incertain de l’accueil qu’il recevra des autorités sur place.
Son ami et mentor Alexeï Souvorine s’est engagé à publier dans les colonnes de son journal, le récit de ce voyage, mais les lettres qu’Anton Tchekhov adresse à ses amis et relations ne sont pas destinées à être publiées, elles respirent le naturel et la sincérité, l’inquiétude pour les siens, parfois l’indignation, mais aussi son amour inconditionnel pour sa patrie.
Il va faire 12000 Km dans une contrée parcourue par les vagabonds, les mendiants et les déportés " la Sibérie est un pays froid, tout en longueur. J'avance, j'avance et n'en vois pas la fin " Il voyage dans des conditions dures et très éprouvantes lui qui est déjà atteint de tuberculose.
Son itinéraire l’emporte en train, à cheval, il remonte la Volga sur un vapeur, il traverse le Baïkal sur un caboteur et remonte le fleuve Amour dont " Les rivages sont si sauvages, vierges et somptueux qu’on voudrait y rester et y vivre jusqu’à la fin des temps."
Les dangers sont multiples : " Il fait un froid de loup" l’itinéraire est semé d’embûches "J’ai guerroyé avec les crues, le froid, le bourbier, la fringale et l'envie de dormir" ou encore " Peu avant le soir, on me dit au relais qu'il n'est pas possible d'aller plus loin car tout est inondé, les ponts ont été emportés"
Ses lettres à sa famille se font parfois légères et savoureuses comme la relation de ses expériences gastronomiques "miel et sauterelles" constituant parfois son menu.

La région de Tomsk à l'époque de Tchekhov
Le tableau qu’il dresse de la Sibérie est sans concessions, le médecin et l’écrivain se confondent et il déplore l’état sanitaire des populations décimées par la diphtérie ou la variole. L’alcoolisme qui fait des ravages " On trouve autant de vodka qu'on en veut dans les villages les plus reculés (...) il est beaucoup plus facile de boire de la vodka que de faire un effort pour pêcher du poisson dans le Baïkal ou élever du bétail "
A Irkoutsk plane encore le souvenir de Raditchev exilé par l’impératrice Catherine pour ses écrits jugés subversifs et ceux des décabristes coupables d’avoir rêvé à la démocratie et envoyés au bagne par Nicolas 1er.
Mais l’éloignement du pouvoir administratif permet une certaine liberté " Ici on n'a pas peur de parler haut et fort. Il n'y a personne pour vous arrêter, ni d'endroit pour vous exiler, on peut faire du libéralisme à satiété."
Son voyage de retour dure deux mois. Il embarque sur un bateau qui doit le ramener à Odessa, les escales sont parfois supprimées en raison d’une épidémie de choléra, il peut néanmoins s’arrêter à Hong Kong où il fait un tour en pousse-pousse " Cela revient à dire que je me suis fait traîner par des hommes" et à Ceylan " Un endroit où sûrement se situait le paradis"
Il a été heureux en voyage et il écrit à Souvorine "J’ai vu tant de richesse et j’ai eu tant de plaisir que je n’aurais pas peur de mourir maintenant"

La ville de Tomsk a perpétué le souvenir du passage de Tchekhov
Mais durant ces sept mois d’absence il a découvert l’enfer de Sakhaline et il ne sera plus jamais le même après cela.
Je vous propose de le retrouver à Sakhaline dans un prochain billet.
07:05 Publié dans Littérature Russe (7), Récits de voyage (7) | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
27.10.2009
Gustave Faubert Une manière spéciale de vivre
Gustave Flaubert Une manière de vivre - Pierre-Marc de Biasi - Editions Grasset
Pas vraiment un essai , pas totalement une biographie, un entre deux par un spécialiste de Flaubert.
Dans son dernier roman Philip Roth s’insurge contre les biographes en mal de ragots, de potins et de scandale. Pour lui l’oeuvre seule parle pour l’auteur. Pierre-Marc de Biasi s’attache à contredire Roth et Flaubert lui même, il s’attache à nous montrer que si l’auteur n’est pas l’oeuvre, la vie de l’auteur est centrée sur son oeuvre et que les faits marquants de l’existence de l’écrivain ont permis et enrichis la création de celui-ci.
C’est avec une connaissance exceptionnelle et un respect complet que cette biographie est menée.
Pierre-Marc de Biasi explore tour à tour l’enfance, l’adolescence, les péripéties de la vie familiale, la vie à Croisset, les voyages.
Il s’attarde sur les amitiés de Flaubert, celle avec Louis Bouilhet, Alfred Le Poittevin dont la mort le marquera, l’amitié traversée d’orages avec Maxime Du Camp, sur ses amours éphémères, parfois secrètes ou sa longue relation avec Louise Collet.
Il est curieux d’ailleurs que Flaubert qui souhaitait et revendiquait la disparition de la personnalité de l’auteur derrière les écrits, nous ait laissé tous ses brouillons, ses écrits préparatoires et nous ait fait cadeau de milliers de pages de correspondance.

Ce qui reste de la maison de Flaubert à Croisset
C’est Flaubert au travail que nous livre Pierre-Marc de Biasi, il décrit très bien l’entrée en littérature et la puissance de création de Flaubert, précédée toujours d’un long travail d’observation et de recherches.
L’obsession d’effacement de l’auteur est réelle mais il nous montre combien la vie même a donner matière à création à Flaubert
"parce qu’un écrivain ne peut finalement jamais parler d’autre chose que de sa vie". On sait que Flaubert lisait ses textes à haute voix, le fameux gueuloir, l’auteur nous dit que c’est le corps de Flaubert qui bat dans ses phrases, il a livré des accents, une intonation, une scansion dans ses textes comme "une partition offerte au lecteur".
De Madame Bovary il dit que c’est "un roman total dans lequel aucun registre de sensation ni aucun mode d’expression artistique n’est absent: sonorités, bruits, résonances, chant (...) une véritable bande-son"

Une analyse très intéressante est faite des méthodes de recherches de Flaubert et du réinvestissement de ses notes de voyage où il a tout noté " la nature, les ciels, la météorologie, les animaux" il utilise ses observations et "ses notations ressemblent à s’y méprendre à celles d’un peintre attentif à la richesse chromatique de l’environnement".
Je connaissais le Flaubert travailleur infatigable mais Pierre-Marc de Biasi dit de lui qu’il "appartient à la grande famille des écrivains érudits qui comme Montaigne aiment à expérimenter les connaissances et se frotter à toutes les traditions. Il ne lit pas, il dévore tout pour lui "tout est intéressant"
Un érudit ami des plus grands de son époque : Tourgueniev, George Sand pour laquelle il a écrit "un coeur simple" et dont la générosité et l’amour quasi filial permettra la naissance d’un autre écrivain en la personne de Maupassant.
Une analyse passionnante de la "manière spéciale de vivre" de Gustave Flaubert
Un commentaire positif aussi chez BOL
L’auteur
Pierre-Marc de Biasi est chercheur au CNRS et producteur à France Culture, il est l'auteur de dizaine d'ouvrages sur Flaubert dont il a assuré l'édition critique des carnets de travail et du Voyage en Egypte (source l'éditeur)
07:00 Publié dans Biographies (12) | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
25.10.2009
Dis moi ce que tu lis
Leiloona est venue me faire une proposition du genre " dis moi ce que tu lis " voilà les réponses, à vous d'en tirer les conclusions que vous voulez
A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ?
Bizarrement j’ai deux souvenirs et je suis incapable de dire lequel est premier, tous les deux à 7 ans
Le premier c’est Sans famille et j’ai longtemps pensé à Rémi lorsqu’il y avait des crêpes au menu et le second c’est l’Expédition au Pôle d’Amundsen et Scott , une lecture faite en plein mois d’août en Provence où je sentais jusque dans mes pieds le froid de la banquise.
Quel est le chef-d'œuvre "officiel" qui te gonfle ?
Ulysse de Joyce, pour être exacte ce n’est pas qu’il me gongle c’est que je suis énervée de n’être jamais allée au bout
ce livre me décourage, je l’abandonne, puis je lis un article ou quelques lignes de quelqu’un que j’apprécie et qui l’encense alors...j’y retourne mais je m’arrête à nouveau !
Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ?
Ulysse de Joyce ! mais il y en a d’autres bien sûr, les Affinités électives de Goethe par exemple et plusieurs titres des Rougon Macquart de Zola, quelques Balzac aussi
Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as "honte" d'aimer ?
Je prends un joker, unanimement jugé mauvais pour qui ? Et non je n’ai pas honte
J’aime la bonne littérature mais j’aime aussi des romans populaires, faciles et qui me mettent à certains moment le coeur en joie, rien à voir avec la qualité d’écriture et tout à voir avec mon humeur
Quelques exemples La Montagne est jeune d’Han Suyin ou encore le romantisme ringard de La Dame aux oeillets de Cronin ou Exodus de Léon Uris
Quel est le livre que tu as le sentiment d'être la seule à aimer ?
Celui que je viens de terminer et dont je n’ai encore parlé à personne, parfois j’attends longtemps avant de parler d’un livre qui m’a profondément touché car c’est un peu de soi que l’on partage
Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?
Les Essais de Montaigne, pour moi le plus grand livre en langue française surtout depuis qu’il est accessible en français modernisé, le livre qui peut être a eu le plus d’influence sur moi et auquel je retourne très régulièrement
Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?
Allez soyons vraiment méchant : tout Amélie Nothomb
Quel livre pourrais-tu lire et relire ?
Il y en a beaucoup, j’intercale pas mal de relecture au milieu des nouveaux livres.
Forcément un classique : Les Misérables, Du côté de chez Swann, Anna Karénine par exemple
Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ?
Montaigne sans aucun doute
Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?
Le Journal d’Anne Franck, lu vers 12 ans je me souviens d’avoir pleuré longtemps et plus près dans le temps Si c’est un homme de Primo Levi
Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?
Autant en emporte le vent, lu très tôt vers 12 ans je me souviens d’avoir lu et relu la scène TORRIDE où Rhett Butler emporte Scarlett dans ses bras , à 12 ans il en faut assez peu pour fantasmer
Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?
On va dire que Montaigne a disparu dans le naufrage, alors qu’est ce qui reste ? Proust inévitablement, toute la Recherche en éditions Quarto c’est lourd mais pratique
Une deuxième idée qui m’a été suggérée par un proche : Guerre et Paix en russe + un dictionnaire franco-russe , de quoi occuper quelques semaines
De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ?
Celui que je vais découvrir et que je garderai pour moi quelque temps
Quel est selon toi le film adapté d'un livre le plus réussi ?
Autant en emporte le vent meilleur que le roman et Impossible de relire le livre sans penser à Clark Gable et Vivian Leigh
Si vous êtes tenté n’hésitez pas emparer vous de ce questionnaire
Armando était très très très tenté Voici les réponses à son questionnaire
Quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture?
- Mon livre de première année scolaire
Quel est le chef-d'œuvre "officiel" qui te gonfle ?
Les Lusiades
Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ?
Guerre et Paix
Quel est le livre que tu as le sentiment d'être la seule à aimer ?
Johnathan Livinston Seagull
Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?
Le Petit Prince
Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?
N'importe quel bouquin de Paulo Coelho, largement devant Les amants du Tage
Quel livre pourrais-tu lire et relire ?
Le matin des magiciens; Les mémoires d'Adrien
Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ?
Le poème le Gardien de troupeaux (Fernando Pessoa)
Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?
L'ami retrouvé de Fred Uhlman ( une merveille : ajout de Dominique ivre de livres )
Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?
Ah bon?... ça s'appelle un livre?... alors c'était une encyclopédie…
Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?
L'encyclopédie de la question précédente
Quel est selon toi le film adapté d'un livre le plus réussi ?
Blanche neige et les sept nains… ( je trouve l'idée excellente et du coup j'ai un remord avec Autant en emporte le vent Dominique ivre de livres)
08:47 Publié dans Et le reste...(8) | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note
21.10.2009
Noir Toscan - Anna Luisa Pignatelli
Noir Toscan - Anna Luisa Pignatelli - Traduit de l’Italien par Alain Adaken - Editions La Différence
Quelle roman magnifique, fier et portant haut la noble vie paysanne.
Le cadre : la Toscane rurale, pas celle des chemins touristiques, non, celle des terres arides, celles des paysans ombrageux.
Anna Luisa Pignatelli situe son roman dans les environs de Sienne, une région vidée de ses agriculteurs, les derniers villageois accrochés à leur terre n’aiment pas les étrangers et étranger on le reste ...indéfiniment
Noir, c’est le nom du héros, du moins celui que tout le village lui donne " Très vite ils s’étaient mis à l’appeler Noir, peut-être à cause de son caractère ombrageux, peut-être parce que, n’étant pas né sur cette terre, son passé leur échappait" Arrivé du sud depuis quelques dizaines d’années il s’est installé à Accona et a fait quelque chose qui ne se pardonne pas : il est devenu propriétaire de sa terre, oh elle n’est pas extraordinaire sa terre mais " la qualité du sol n’importait pas. Il aurait été capable, il le sentait, de tirer des épis de la terre la plus dure. "

Campagne Toscane © Laurence Martine
Le village le montre du doigt et lui n’aime ni les chasseurs ni les ramasseurs de champignons, il préfère les bêtes, il vit seul aidé d’un garçon de ferme, Nello, depuis que son fils déserté l’exploitation.
Alors quand une louve vient rôder près de sa ferme, passé le premier réflexe " Noir eu honte d’avoir songer à tirer " il va faire appel à sa mémoire. Il se revoit enfant là bas dans le sud, son grand-père lui apprenant à lire les traces et il trouve l’animal " Il était jeune, la queue luxuriante, la croupe rayée d’un trait sombre.(....) sa fourrure illuminée par la lune, lançait un éclair argentée."
Les paysans sont propriétaires de moutons et protéger une louve n’est du goût de personne, même le curé claironne que " le loup est un animal rebelle à l’homme comme Lucifer fut rebelle à Dieu ! "
La chasse va s’engager.......
Un livre superbe, à l’écriture lyrique, poétique et pleine de nostalgie pour se monde qui se meurt. J’ai pensé en le lisant au magnifique Jamais vu soleil ni lune de Ferdinando Camon
Je me réjouis que deux autres romans d’Anna Luisa Pignatelli m’attendent car je suis entrée avec bonheur dans ce monde dure et âpre et j’ai déjà envie d’y retourner.
Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque
L’auteur
Anna Luisa Pignatelli a vécu au Guatémala et réside aujourd’hui à Lisbonne, elle a publié deux autres romans aux Editions de la Différence.
07:00 Publié dans Littérature Italienne (1) | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
18.10.2009
Sur les chemins de Sainte Victoire - Jacqueline de Romilly
Sur les chemins de Sainte Victoire - Jacqueline de Romilly - Lu par Jean Noël Lasvigne - Livraphone
En ce début d’automne pourquoi ne pas vous faire dorer et réchauffer par le soleil de Provence en compagnie de Jacqueline de Romilly
Sa maison près d’Aix en Provence à une vue privilégiée sur la Sainte Victoire et elle a l’art de vous faire partager sa passion.
Le livre avait été un grand succès à sa sortie et l’écoute du CD ne lui cède en rien.
Les collines sont le domaine de J de Romilly, elle dit "Je ne suis heureuse que là, et par elles" Elle les connait par coeur ces chemins car elle les a arpentés au fil des années et elle en sait tout.
Aujourd’hui elle a perdu la vue mais toujours pleine de sa Montagne elle conserve un optimisme intact qui est une leçon "La solitude, on peut aussi l'appeler liberté, il faut seulement, comme pour la liberté en général, savoir la vivre et en vivre "
Emporter ce livre sur votre baladeur et profitez de ce soleil provençal

1896-98 - Huile sur toile, 78 x 99 cm
Musée d'Etat de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
© Musée d'Etat de l'Ermitage
07:00 Publié dans A Voix haute (7) | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
15.10.2009
Traquer les ombres - John Harvey
Traquer les ombres - John Harvey - Traduit par Mathilde Martin - Editions Rivages
C’est toujours un plaisir de retrouver John Harvey, des polars d’un classicisme absolu. C’est du cousu main de grande maison, son écriture est toujours d’une grande élégance, ne comptez pas sur lui pour faire de l’épate, ses intrigues sont toujours efficaces, bref vous aurez compris que j’aime beaucoup John Harvey et je lui pardonne même sa mise au placard de l’inspecteur Resnick le fou de musique, c’est dire...
L’intrigue de Traquer les ombres est assez simple, un jeune homosexuel professeur à Cambridge est assassiné de façon particulièrement brutale. L’enquête de Will Grayson et Helen Walker, les deux nouveaux "enfants" de John Harvey, cherchent au plus près : un amant éconduit, un cambriolage qui dérape, une rencontre de passage ou un crime homophobe.

L’enquête de Stephen Bryan journaliste, sur une ex-star du grand écran, est peut être liée de cette agression mais comment ? Le livre qu’il préparait était-il inquiétant pour la famille de l’actrice ? C’est la piste que privilégie la soeur de Stephen Bryan.
Le roman est comme d’habitude un fin dosage d’enquête criminelle, de portraits fouillés et attachants de ses personnages.
Pour finir de vous convaincre l’avis de Moisson Noire « Harvey façonne ses romans comme le jardinier un gazon anglais : c'est propre, soigné, méticuleux » et d’actu du noir « John Harvey, c’est la Rolls du polar anglais.»
Pour complèter une interview de John Harvey sur le site de Bibliosurf
07:00 Publié dans Policiers (19) | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
11.10.2009
Un arrangement tranquille - Benjamin Markovits
Un arrangement tranquille - Benjamin Markovits - Traduit de l’Anglais par Catherine Richard - Editions Christian Bourgois
Au mois de mai, je vous proposais de lire le premier tome d’une trilogie, Imposture, L’auteur nous contait l’aventure de John Polidori, médecin de Lord Byron, qui le suivi dans son voyage et son séjour en Suisse alors que Byron fuyait l’Angleterre atteint par le scandale de ses rapports trop tendres avec sa demi-soeur.
Benjamin Markovits est un fieffé malin, pas question pour lui de poursuivre la saga du héros de la poésie Européenne dans un ordre chronologique, ni de faire le portrait du poète, c’est de biais qu’il se propose de nous le dévoiler.
Avec Un arrangement tranquille nous remontons le temps, le temps où il fit sa cour à Annabella et obtint gain de cause.
Le roman commence comme un pièce de Marivaux mais se poursuit sur un mode nettement plus acide.

Lady Byron
Annabella la future Lady Byron a dix-neuf ans, il lui faudra trois ans pour faire tomber Byron dans ses filets, en tout cas c’est ce qu’elle imagine. Le mari dont elle rêve n’a pas les traits de Byron mais elle aspire à la célébrité et est suffisamment ambitieuse pour accepter de l’atteindre par procuration. C’est aussi une joueuse d’échec et elle va manipuler habilement ses pions.
Les rencontres avec Lord Byron se succèdent, enfin vient la première demande en mariage par l’entremise de Lady Melbourne, demande qui est repoussée " Je serais résolument indigne de l’estime de Lord Byron si je devais m’abstenir de dire la vérité sans ambiguïté. Croyant qu’il ne sera jamais l’objet de la profonde affection qui ferait mon bonheur dans la vie domestique... "
Qu’en terme délicat ces choses-là sont dites mais est-elle réellement amoureuse ? Pas vraiment nous laisse entendre l’auteur, il entre plus de calculs que de sentiments dans ce marivaudage.
Augusta Leigh sa rivale
C’est un trio qui se constitue, le mari, la femme et la soeur, un subtil jeu de pouvoir se développe entre eux et Annabella y prend sa part. C’est un combat qui va s’engager et le scandale est inévitable.
J’ai retrouvé avec un grand plaisir la plume de Benjamin Markovits, la construction est élégante et l’écriture raffinée, Le poète n’est pas épargné par Markovits qui fait un portrait sombre de cet homme en proie à des sentiments que la morale réprouve, manipulateur, sans scrupules, et d’une Annabella plus blessée dans sa vanité que dans son affection.
J’attends avec impatience le dernier volet de cette trilogie
07:08 Publié dans Littérature Anglaise (6) | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
08.10.2009
Reines et favorites - Benedetta Craveri
Reines et favorites - Benedetta Craveri - Traduit de l’italien par Eliane Deschamps-Pria - Editions Gallimard Folio
Un peu d’histoire cela vous tente ? Pietro Citati nous a offert de magnifiques portraits de femmes écrivains, Benedetta Craveri, elle, nous propose des portraits de reines et de favorites, celles qui parfois ont fait l’histoire.
Une galerie de portraits, elles sont toutes là ( ou presque ) des reines de mauvaise réputation, des reines qui ne régneront jamais dans le coeur du roi, des reines sacrifiées et d’autres qui exerceront le pouvoir.
Portraits des favorites qui rêvent d’une couronne et parfois l’obtiendront, qui devront affronter le mari « royalement cocufié » qui se verront renvoyées sans autre forme de procès, qui cacheront leurs enfants et parfois y perdrons la tête au sens propre du terme !
Je vous fais une petite liste mais vous les connaissez toutes : Anne d’Autriche, la Montespan et la Pompadour, Marie et Catherine de Médicis, Louise de La Vallière, Mme de Maintenon, sans oublier la Reine Margot et bien sûr Marie Antoinette.
Pas facile pour ces femmes d’être mère, amante, de remplir leur devoir en donnant un héritier à la couronne, de mettre au monde des enfants bâtards, de vivre dans l’ombre d’une favorite ou chassée par la Reine à la première occasion.
L’histoire est parfois sévère avec certaines, la Saint Barthélémy, l’affaire des poisons, les guerres avec l’Espagne, les reproches pleuvent mais comment ne pas être touché par celles qui perdent leurs enfants, sont humiliées publiquement, qui finissent au couvent ou sous la guillotine
Mme Du Barry Mme de Montespan Mme de Pompadour
j’avais beaucoup aimé le livre de Benedetta Craveri Madame du Deffand et son monde celui-ci n’a pas la même envergure mais j’ai eu du plaisir à remonter le fil du temps et à suivre les parcours de ces femmes prises dans le carcan de la raison d’ Etat et toujours maintenues dans une position inférieure. Sans doute ma fibre féministe qui parle !
L’auteur

Benedetta Craveri est professeur d’université en Italie, spécialiste de la civilisation française du XVIIè et XVIIIè siècles.
Elle a publié Madame du Deffand et son monde en 1986, livre pour lequel elle a reçu de nombreux prix.
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05.10.2009
Lark et Termite - Jayne Anne Phillips
Lark et Termite - Jayne Anne Phillips - Traduit de l’américain par Marc Amfreville - Editions Christian Bourgois
Deux périodes, cinq personnages, une guerre et des inondations mais aussi des secrets enfouis dont vous serez seuls dépositaires, voilà ce que propose ce roman.
En 1950 en Corée le soldat caporal Leavitt est blessé et réfugié dans un tunnel, il a été touché par ses compatriotes, à côté de lui une jeune coréenne essaie de le garder en vie. Il délire, il rêve au passé. Il entend la musique du club de jazz où chantait Lola, sa femme si belle " Ses cheveux roux foncés ont comme une teinte cuivrée" Elle attend un enfant, un enfant qui doit naître en ce moment pendant que lui agonise au fond du tunnel.
Neuf ans plus tard en Virginie dans la touffeur de l’été nous faisons connaissance avec Lark, une séduisante adolescente. Elle n’a jamais connu son père, sa mère Lola a disparu. Dans la vie de Lark son frère handicapé tient la meilleure part, elle le choie, le protège lui voue un amour total et refuse que les services sociaux le place "pour son bien" en établissement spécialisé. Elle invente le monde pour lui, lui donne de la chaleur, cuisine pour lui des gâteaux colorés.
Termite son frère est un enfant de neuf ans, blond et bouclé, à moitié aveugle et hydrocéphale. Il ne marche pas, ne parle pas " on dirait qu’il psalmodie" Lark communique mystérieusement avec lui, elle entre dans le monde de bruits et de sensations où "Il est enfermé à l’intérieur de lui-même comme un termite dans un mur". Il entre en contact par les objets, des bandes de plastique qu’il regarde voler, un petit flacon de porcelaine.
C’est Nonie, leur tante, qui a élevé Lark et Termite. Nonie c’est la sécurité, la solidité,la générosité. Elle se dévoue corps et âme pour eux, elle travaille dur dans le restaurant de Charlie l’homme qui veille sur eux tous.
Enfin le dernier personnage de cette histoire, Lola, la mère fantôme, disparue en emportant ses secrets, elle a confié Lark et Termite à Nonie qui est devenue leur mère car comme elle le dit "ces enfants n’ont rien à voir avec Lola, sauf qu’ils sont passés par elle pour venir à moi"
A la faveur d’une inondations les secrets bien cachés vont remonter à la surface.

La voix de chaque personnage est différente, chacun sa partition: la voix exaltée de Lark, la voix grave de Nonie.
L’auteur réussi le tour de force de nous faire pénétrer dans le monde de l’enfant, sans pathos aucun elle nous fait entrer dans son monde de perception et de sensations, nous ressentons ce qu’il ressent "Lark dit le nom des fleurs, il redit les sons, mais les sons ne sont pas les fleurs. La fleur c’est la silhouette toute proche, elle ne bouge pas, il la voit bleue comme ça, longue et fine (...) Ensuite la silhouette bouge et la fleur est trop près ou la fleur est trop loin. Et la silhouette se fait couleur "
C’est un roman tout à fait extraordinaire qui dégage une émotion intense, un roman profond et grave, un magnifique livre sur l’enfance et la puissance de la vie. Tous les personnages sont marqués par l’absence, les secrets, tous vivent grâce à la force de l’amour.
Jayne A Phillips a magistralement construit son récit, elle nous tient en haleine avec virtuosité et sensibilité. Son récit est subtile, pudique et fort à la fois. Il traduit un optimisme et une générosité qui donne confiance dans le genre humain et procure un grand plaisir de lecture.
Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque
Si vous le souhaitez, retrouvez J A Phillips dans une interview à Médiapart
L’auteur
Jayne Anne Phillips est née en 1952 en Virginie Occidentale. Elle vit à Boston. Elle a publié son premier recueil de nouvelles, "Black Tickets", en 1979 à l'âge de 26 ans. Il fut récompensé par le Prix Sue Kaufman. Nadine Gordimer l'a qualifiée, à cette occasion, du meilleur auteur de nouvelles depuis Eudora Welty. Depuis, "Black Tickets" est devenu un classique du genre. En 1984, elle publie son premier roman, Machine Dreams, salué par le "New York Times" comme le meilleur livre de l'année. "Shelter", son second roman, publié en 1994, fut sélectionné parmi les meilleurs livres de l'année par "Publisher Weekly". Jayne Anne Phillips a enseigné à Harvard, Williams College ainsi qu'à Boston University ( source l'éditeur)
07:01 Publié dans Littérature Américaine(12) | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
02.10.2009
Les Saisons de la solitude - Joseph Boyden
Les Saisons de la solitude - Joseph Boyden - Traduit de l’anglais par Michel Lederer - Editions Albin Michel
Joseph Boyden écrivain canadien avait raconté l’histoire de Xavier Bird dans le magnifique Chemin des âmes roman qui se situait pendant la guerre de 1914, dans son dernier roman nous retrouvons la famille Bird et c’est Will qui en est le héros, Will fils de Xavier.
Will vit près de la Baie James, à Moonsonee réserve d’indiens Cree, nous sommes dans le grand Nord, si vous voulez y aller prenez le Polar Bear Express le seul train qui fasse le voyage jusqu’au "trou du cul de l’Arctique" comme le nomme Boyden.
Will Bird est un ancien pilote de brousse, porté sur l’alcool, il est aujourd’hui plongé dans le coma à la suite d’une agression, de son monde d’ombres et de fantômes il voit défiler sa vie. Le drame de sa séparation avec sa famille, la mort de sa mère qui refusa d’apprendre la langue des blancs, son père héros de la Première guerre qui va le trahir en l’envoyant à l’école. Ses souvenirs affleurent, ceux du Grand Nord, de sa vie de trappeur mais aussi sa propre dérive, son besoin de vengeance qui l’a conduit dans ce lit d’hôpital et son besoin de rédemption.

Indiens Cree
A côté de lui, Annie sa nièce, elle ne croit pas au pouvoir des mots mais elle a une dette envers cet oncle qui l’a élevé ainsi que sa soeur. Petit à petit son récit se fait plus libre, plus sincère, elle confie à Will son amour/haine pour sa soeur Susan belle et magnifique, séduite par la vie clinquante de mannequin et aujourd’hui disparue.

Paysages de la Baie James
Les deux récits vont se croiser, se répondre, dévoiler les sentiments de chacun, les rapprocher par delà la conscience.
Le Grand Nord canadien est splendidement évoqué. En filigrane de ce roman Joseph Boyden met l’accent sur la destruction lente du peuple Cree par la maladie, l’alcool, la violence, la drogue. Les indiens tiraillés entre la modernité et la vie traditionnelle.
Si vous n'avez pas lu "Le chemin des âmes" un billet chez Lettres Exprès et chez Art et Littérature précipitez vous et retrouvez ensuite ces Saisons de la solitude.
Poursuivre votre lecture : Un article sur les enfants Cree enlevés à leur famille sous prétexte "d'éducation"
L’auteur
Joseph Boyden écrivain canadien vit en Ontario et enseigne la littérature à la Nouvelle-Orléans, il a reçu le Giller Prize pour ce roman
07:00 Publié dans Littérature Américaine(12) | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note






















