22/11/2014

Les Âmes mortes - Nikolaï Gogol


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En route en britchka

 

Un grand classique de la littérature Russe que j’ai lu il y a très longtemps mais dont je gardais un souvenir mitigé. J’ai mis la main sur une édition de 2009 avec une traduction renouvelée et des illustrations de ...Marc Chagall, c’était l’occasion de repartir à la rencontre de Tchichikov le

héros de Gogol. 

 

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le héros vu par Chagall

Dans tous les livres sur la littérature russe vous trouverez résumé et analyse de ce roman, les plus grands s’y sont collés et Nabokov en premier lieu grand admirateur de Gogol. Donc un résumé très succinct et quelques impressions pour vous donner envie de partir sur les traces de ces Âmes mortes.

 

Pavel Ivanovitch Tchichikov écume la région dans sa britchka et se fait présenter à tous les notables du coin, du moins à tous ceux qui sont propriétaires d’âmes, le nom pudique donné aux moujiks que leur propriétaire peut à l’envi, vendre, louer, ou exploiter.

Il veut racheter des âmes mortes, ces hommes et femmes qui sont morts dans le servage mais qui apparaissent encore dans les états du recensement ce qui obligent les propriétaires à payer des impôts dont ils se passeraient bien.

 

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un village de Gogol

 

Le mécanisme par lequel Tchichikov pense s’enrichir avec ces achats est un peu mystérieux et il se heurte parfois au refus des propriétaires. Mais c’est un malin, c’est même pour le dire franchement Satan lui-même. C’est un maître de la flatterie, il connait les points faibles de tous ses interlocuteurs : l’argent, le jeu, le billard ou la boisson c’est au choix.

C’est le diable certes mais un diable bien policé, bien masqué qui sait fort à propos perdre son interlocuteur dans un discours sur la loi, le devoir et l’intérêt.

 

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les personnages loufoques

 

On est loin ici du sérieux des romans de Tolstoï ou de l’écriture torturée de Dostoïevski. Les héros sont menteurs, voleurs, pratiquent l’arnaque à petite ou grande échelle.

On nage dans le grotesque, au est au royaume de l’absurde; le comique est décapant, Gogol use à profusion de métaphores animalières, tous les types humains sont représentés, le couard, le colérique, l’envieux et leurs noms même en Russe provoquent l’hilarité ce que la traductrice à chercher à rendre avec une grande réussite. 

Le tableau de la société provinciale russe est subversif et inoubliable. La satire est dure mais aussi loufoque ce qui adoucit un peu le trait.

 

 

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                     Au dessus de Vitebsk - Marc Chagall

 

Les illustrations de Marc Chagall sont parfaites et Anne Coldefy-Faucard nous dit que sans doute le peintre reconnu sous la ville de N...de Gogol le Vitebsk qu’il a connu.

 

 

Voici la voix de Nabokov qui conteste le caractère russe du roman.

« Il serait aussi vain de chercher dans les Âmes mortes un arrière plan russe authentique que d’essayer de se faire une idée du Danemark à partir de la mince affaire qui se déroula jadis dans les brumes d’Elseneur. »

 

Mais s’incline devant la richesse du roman.

« Les Âmes mortes offrent au lecteur attentif une collection d’âmes bouffies (..) décrites avec brio (..) et cette foison de détails singuliers qui élèvent l’oeuvre au niveau d’un fantastique poème épique » 

 

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Les livres

Les âmes mortes - Nicolaï Gogol - Illustré par Marc Chagall - Traduction de Anne Coldefy-Faucard -Editions du Cherche-midi 2009

Littératures - Vladimir Nabokov - Editions Bouquins Robert Laffont

 

L'auteur (source l'éditeur)

220px-Портрет_Гоголя.jpgAprès des études médiocres, il s'établit à dix-neuf ans à Saint-Pétersbourg, où il trouve une place d'expéditionnaire dans un ministère. Instable, il abandonne bientôt son emploi et se met à écrire. Il se lie alors avec Pouchkine, qui sera pour lui un excellent conseiller. Un roman, Tarass Boulba, lui vaut une chaire d'histoire à l'université de Saint-Pétersbourg. 

Gogol donne alors une série de nouvelles pétersbourgeoises qui mettent l'accent sur le divorce existant entre le rêve et la réalité. De 1841 date son chef-d'oeuvre, qui introduisit le thème de la pitié sociale dans la littérature russe, Le Manteau. En 1841, il rentre en Russie pour la publication de son roman Les âmes mortes dont la seconde partie ne fut pas publiée. 

En 1848, il part pour Jérusalem afin de travailler, dit-il, à sa perfection spirituelle. Il en revient dans un état d'exaltation religieuse extraordinaire, et mène désormais une vie de prière et de jeûne. Épuisé, il meurt d'une fièvre typhoïde en 1852.

18/11/2014

Récits d'un jeune médecin- Mikhaïl Boulgakov

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Alexis Savrasov  Hiver 

J’avais envie de lire ce livre depuis déjà plusieurs mois. Sous couvert d’un roman l’auteur nous livre son expérience personnelle dans les premiers mois de son installation comme médecin

 

Nommé à tout juste 24 ans au fin fond d’une campagne russe, Vladimir Mikhaïlovitch Bomgard se voit confier un hôpital pendant qu’à Moscou éclate la Révolution.

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Des débuts affolants : loin de tout, une population en proie à la pauvreté, à l’absence de médicaments, à une hygiène plus que précaire et par dessus tout victime des superstitions les plus arriérées.

Vladimir est terrorisé, diplômé depuis quelques mois, autant dire tout à fait novice, il redoute les accouchements, les amputations, l’impossibilité d’en référer à un collègue, bref tout pour faire des cauchemars.

Sa première intervention se finit bien et lui donne le courage de poursuivre malgré la fatigue, l’obscurantisme de la population, les moujiks finissent par lui accorder leur confiance, et parfois c’est plus de cent personnes qu’il examine dans la journée.

 

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Les déplacements l’hiver sont dignes de Tolstoï et sa tempête de neige, il doit lutter sans cesse tout en continuant à apprendre et la nuit venue il compulse fiévreusement ses manuels.

C’est un récit autobiographiques, il n’y a pas à s’y tromper, Boulgakov garde un souvenir vif de ses débuts dans les années 1916, il situe d’ailleurs les récits près de Smolensk où il a exercé.

On trouve dans ces nouvelles un réalisme total mais déjà la plume de Boulgakov est à l'oeuvre, il manie la dérision avec habileté permettant au lecteur de ne pas trop reculer devant des scènes parfois très violentes, certaines scènes s’apparentent à la tragi-comédie et on le sent proche du moujik qui bientôt prendra les armes. 

 

891381ffa2ad5f6662ac54808b63d379.jpgCes récits sont pris sur le vif  et traduisent une certaine empathie de Boulgakov avec le peuple russe mais qui sait aussi approcher la réalité de la toxicomanie de façon tout à fait étonnante.

J’ai aimé ce court livre qui ne peut que donner envie de se plonger dans les deux livres importants de Boulgakov : Le maître et marguerite et La Garde blanche.

Pour tous les amateurs de littérature russe.

 

 

Le billet de Tania et celui de Mango 

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Le livre : Récits d’un jeune médecin - Mikhaïl Boulgakov - traduit par Paul Lequesne - Editions Le livre de poche

17/11/2014

Une Russie contrastée

Que diriez-vous d'appréhender un peu cet immense pays à travers trois romans, deux classiques et un récent 

Vite il faut partir avant les tempêtes de neige si redoutées et si bien racontées par Tolstoï 

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                     Troïka Nicolas Vassiliev   (j'avoue je l'ai chipé à Claudialucia) 

14/11/2014

La petite lumière - Antonio Moresco

Dans un village abandonné

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« On n’entend que le bruit de mes pas qui résonnent dans les ruelles, j’aperçois les marches de pierre d’un petit escalier sur le point de s’effondrer, la porte enfoncée d’une étable, les restes de toits en ardoise écroulés et recouverts de plantes grimpantes, d’où jaillissent les cimes de figuiers ou de lauriers poussés entre les gravats, deux abreuvoirs en pierre remplis d’eau, des portails à la peinture éblouissante et craquelée. »

 

Un homme, le narrateur de cette histoire, vit seul dans un hameau abandonné. S’il reste quelques habitants dans les villages voisins, la plupart de ceux-ci ont été désertés, et malgré la présence d’éléments familiers et quotidiens l’atmosphère donne une impression de fin du monde imminente.

La nature est très présente parfois très oppressante, les objets sont à la fois beauté et ennemis potentiels.

La marche rythme les journées de l’homme, la nature s’avère dangereuse : grêle, secousses sismiques, les plantes pourrissent, les insectes grouillent, les chiens sont agressifs. 

Chaque nuit l’homme aperçoit une petite lumière loin dans la vallée. Au village le plus proche personne ne semble savoir ce qu’est cette lumière.

Le héros se décide un jour à aller voir de plus près. Ce qu’il va trouver ressort de l’étrange

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Le village déserté et abandonné que l’auteur décrit est le point de départ d’un récit envoûtant et d’un questionnement sur le réel, sur le bien et le mal et la mort. Une quête métaphysique. 

Roman étrange, qui fait la part belle à la poésie mais une poésie parfois dérangeante, déroutante. Le silence tient une grande place, les dialogues sont courts et peu nombreux. Les descriptions donnent une allure crépusculaire et angoissante au récit qui est partagé entre réalisme et merveilleux.

L’écriture est forte, magnifique et exigeante, la traduction vraiment parfaite.

 

C’est un livre  qui a une certaine parenté avec Maison des autres pour la beauté de l’écriture. 

 

 

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Le livre : La petite Lumière - Antonio Moresco - Traduit par Laurent Lombard - Editions Verdier 

11/11/2014

Inventaire d'une maison de campagne - Piero Calamendrei

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L’âge venant un homme parcourt tous les lieux de son enfance. Au travers des paysages de la campagne Toscane on découvre avec lui les prairies en fleurs, les sous-bois cachette de champignons, les chants d’oiseaux. 

Partons donc pour les été bénis de l’enfance et de l’adolescence dans les collines de Toscane, Montepulciano, Montauto vont abriter ses premières expériences de ramasseur de champignons, sa découverte d’une campagne sous le soleil. 

«  le jardin était le monde entier » les promenades sous les pins sont pour lui 

 

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 « la première rencontre consciente avec le monde végétal, le commencement de cette intimité amoureuse avec les arbres et les herbes qui me donne aujourd’hui encore, quand je me promène dans une pinède, l’impression de franchir après une longue absence le seuil de ma maison. »

C’était le temps des cueillettes et Piero Calamandrei est un fameux ramasseur de champignons. Le grand-père est magistrat, il met de côté tout ce qu’il trouve, étiquettes, bouteilles, clés, paradis pour l’enfant.

et donne des leçons  à l'enfant

 

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« Le bureau de mon grand-père fut mon premier banc d’écolier. » Puis c’est la récolte du miel et le temps des moissons, le temps des concerts de cigales, le temps des fêtes et des processions.  

Hommes et femmes sont au travail, Don Prospero l’embaumeur, l’oncle Domenico «  le compagnon de jeux le plus sûr et le plus docile », et madame Assunta qui vend des fruits exotiques, un monde excitant pour un enfant de la ville.

 

Banal ? non pas lorsque l’on sait que l’homme qui écrit est en même temps un anti-fasciste convaincu et un des pères de la Constitution italienne.

Revenant sur les traces de son enfance il sait marier avec simplicité la douceur et la mélancolie qui s’attachent aux souvenirs avec l’oeil de l’homme mature.

Les petits récits sont pleins de détails amusants, savants, et tellement vrai que « le bonheur premier d’un monde magique » s’ouvre à nouveau pour nous.

C’est un livre bienfaisant que cet inventaire. 

Ce livre Piero Calamandrei l’a écrit en premier lieu pour ses amis et je crois que c’est ainsi qu’il faut le lire.

 

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Le livre : L’inventaire d’une maison de campagne - Piero Calamandrei - Traduction de Christophe Carraud - Editions de la Revue Conférence

10/11/2014

Avanti !

 

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Avanti

Prenons le chemin de l'Italie pour deux livres très différents un roman et des souvenirs d'enfance et deux auteurs qui manient la plume à la perfection.

 

06/11/2014

Pas pleurer - Lydie Salvayre

Hasard du calendrier de lecture, je venais d'enregistrer mon billet sur le livre de Lydie Salvayre quand le Prix Goncourt a été annoncé, je suis heureuse de voir récompenser un très bon roman. 

 

 

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J’ai déjà beaucoup lu sur la guerre civile espagnole, depuis toujours c’est un sujet qui m’a passionné je dois cet intérêt au roman de Michel del Castillo Tanguy dont la lecture très tôt m’a marquée. 

 

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Barcelone 1936

 

Terrible guerre civile, exil forcé des républicains, les années sous la dictature, je connais cela mais j’ai choisi d’y retourner grâce au roman de Lydie Salvayre, fille d’émigrés, qui nous raconte son histoire ou plutôt celle que sa mère lui a raconté mille et mille fois avec son accent et son parler si particulier. 

« J'ai le sentiment que l'heure est venue pour moi de tirer de l'ombre ces événements d'Espagne que j'avais relégués dans un coin de ma tête pour mieux me dérober sans doute aux questionnements qu'ils risquaient de lever »

C’est donc l’histoire de Montse une belle fille de quinze ans qui dans une Espagne qui vit sous le goupillon va se mettre à croire, comme Josep son frère, aux lendemains qui chantent. 

C’est l’âge de l’amour fou, de tous les rêves et Montse se retrouve à Barcelone en pleine guerre civile. Liberté, ivresse de tous les espoirs, le retour à la réalité sera d’autant plus difficile. Un mariage un rien obligatoire, la fuite vers la France, vers l’exil.

 

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C’est en parallèle que Lydie Salvayre nous emporte à MajorqueGeorges Bernanos réside en juillet 1936, c’est un catholique plus que bon teint, donc de façon naturelle on l’attend du côté de Franco, mais non le catholique en lui est révulsé par la répression barbare, la violence aveugle des phalangistes et surtout la complicité de l’Eglise. Il ne nie pas ni n’approuve bien sûr les exactions des républicains car il y en a mais sa foi est mise à mal. Il est atteint profondément lui l’homme dont le fils s’est engagé dans la Phalange, il va déverser sa colère et sa révolte dans un livre Les Grands Cimetières sous la lune, qui lui vaudra de voir sa tête mise à prix par le Génral Franco !!

 

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Cette alternance des voix de Montse et de l’écrivain amplifie le dégoût que l’on éprouve devant tant de haine, le récit dans une langue bien à elle de Montse apporte un peu de légèreté et de rires écoutez là : 

 

« Il faut que tu sais, ma chérie, qu’en une seule semaine j’avais aumenté mon patrimoine des mots » ou encore Et moi qui était une noix blanche, pourquoi tu te ris ?, moi qui ne connaissais rien à rien, moi qui n’étais jamais entrée dans le café de Bendición par interdiction paterne.  Je suis devenue en une semaine une anarquiste de choc prête à abandonner ma famille sans le moindre remordiment et à piétiner sans pitié le corazón de mi mamá » 

 

Lydie Salvayre à l’image de sa mère fait un récit chargé d’émotion « L'été radieux de ma mère, l'année lugubre de Bernanos: deux scènes d'une même histoire » l’évocation de cette mère aimante dont la mémoire s’envole sauf sauf pour les événement de cet été là. 

Ce tissage des deux voix est très réussi, la colère de l’un, la joie de l’autre avant l’épreuve font de ce livre une réussite

 

Sur ce blog retrouver le sujet ici et  

 

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Le livre : Pas pleurer - Lydie Salvayre - Editions du Seuil

02/11/2014

Will le Magnifique - Stephen Greenblatt


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Bon vous allez dire, ça y est, elle recommence ! Ben oui j’ai déjà fait ici un billet sur une biographie de Shakespeare mais que voulez-vous quand on aime ...

Ce qui m’a convaincu c’est l’auteur, j’ai tellement aimé son Quattrocento que j’ai acheté ce livre presque les yeux fermés.

 

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 à l'écran 

On le sait les traces de Shakespeare sont peu nombreuses, pas de lettres, pas de journaux intimes, des années sans signe aucun.

Ce que l’on sait de lui, en dehors de ses pièces, on le doit aux registres de naissances, de mariage, aux registres des propriétés, des impôts.

Mais heureusement on a l’auteur qui est comme le dit Henry James

« le caractère humain le plus magnifiquement doué de tous les temps. »

 

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Sur les blogs  Allez voir un peu ici 

C’est ce que nous révèle cette biographie. L’auteur ne promet pas de révélations extraordinaires car dit-il

« il y a d'énormes lacunes dans les connaissances qui font de toute étude biographique de Shakespeare un exercice de spéculation

Il a étudié bien des sources pour tenter de comprendre les influences, les événements, qui nous disent aujourd’hui «  Comment Shakespeare est devenu Shakespeare »

Il nous fait entendre la voix de Shakespeare au travers d’anecdotes multiples et sait rendre parfaitement cette « soif des mots » qui tenaille le fils d’un gantier.

 

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Ainsi le penchant supposé pour la bouteille de son père qui rend Falstaff si vivant, le procès fait au médecin juif de la reine qui inspire sans doute en partie Le Marchand de Venise. Les tourments engendrés  par les dettes contractées par ses personnages comme ils le furent chez son père.

A chaque période de la vie de Will le magnifique, Greenblatt juxtapose les événements historiques du moment, la littérature de l’époque et les passages de ses pièces et nous montre ainsi où et comment Shakespeare a puisé son inspiration.

On y voit un Shakespeare effrayé devant le mariage et certain que l’amour ne dure pas toujours. 

On y voit un Londres bouillonnant, une époque où les individus sont hantés par la peur d’être considérés comme papistes, la peur de la peste le fléau récurent. 

On trépigne un peu devant l’aventure fabuleuse que fut celle du Globe avec ses amitiés et ses rivalités. On croise bien sûr Marlowe l'ami et rival.

 

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L’art de Shakespeare pour utiliser le monologue qui permet d’entrer dans l’intime d’un personnage. La création des Sonnets, les querelles qui parfois font naître des personnages de théâtre, la période dernière où vont éclosent  Othello, Le Roi Lear, La Tempête....en un temps très court. Génie créateur que l’on retrouve par exemple chez Dostoïevski et les années miraculeuses de ses grands romans.

 

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Ce que j’ai le plus apprécié c’est le travail littéraire sur les oeuvres. Comme je ne les connais qu’assez mal j’ai emprunté une série de DVD, Greenblatt se révèle là un passeur formidable, ses analyses sont fouillées sans jamais ennuyer, on lit des tirades que l’on replace dans un ensemble, on s’amuse de voir comment Shakespeare parodiait parfois d’autres pièces, bref une fois lancé on ne s’arrête pas, après les DVD j’ai emprunté les volumes de la collection Bouquins pour combler mes manques et j’ai ainsi vécu au temps de shakespeare pendant deux semaines. 

 

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La prose de Stephen Greenblatt est d’un belle clarté, élégante, précise. L’ouvrage est riche, c’est en même temps une belle ouverture sur l’époque élisabéthaine ce qui en fait bien plus qu’une biographie.

 

Si vous êtes tenté allez lire les billets chez Claudialucia sur les pièces qu’elle a vu ou lu, c’est une adepte de Will.

 

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Le Livre : Will le magnifique - Stephen Greenblatt - Traduit par Marie-Anne de Béru -  Editions Flammarion

01/11/2014

Billets gratuits

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Voilà j'ai pris pour vous quelques billets de théâtre 

Vous êtes prêts ? 

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Le rideau se lève dès demain

30/10/2014

Bribes de Mario Rigoni Stern

L'automne de Mario Rigoni Stern

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Aube © des âmes et tes yeux

«  C’est la période où la forêt est magique, par ses silences, ses aubes brumeuses, ses couleurs qui s’estompent en une multitudes de tons vert-brun-jaune que relève par moments une lumière mystérieuse dans le sous-bois pré-hivernal.

Parfois, on s’arrête pour écouter la clochette, puis le trottinement du chien d’un chasseur solitaire qui passe, s’ éloigne, et disparaît dans la forêt.»

 

« Les feuilles des érables d’altitude se sont mises à luire comme de l’ambre, et la brise du matin les détache des arbres, et les pose sur le sol. Les sorbiers aux baies rouges, brillantes, attirent  irrésistiblement les grives litornes et les grives draines ; les petits coqs de bruyère  se rassemblent au soleil dans les clairières entre les pins mughos, mais quand le temps se mettra à la neige, ils ne tarderont pas à chercher refuge dans les trous à l’abri du vent.

Les prés autour des hameaux et les pâturages se sont parés des dernières fleurs : les colchiques de l’automne bleus et violets. »

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Le Livre : Les Saisons - Mario Rigoni Stern - Traduction Marie Hélène Angélini - Editions La Fosse aux ours

25/10/2014

Jérusalem - Simon Sebag Montefiore


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Après m’être immergée dans les textes et analyses des érudits il était temps de prendre un peu de champ et de partir sur les lieux même des religions du Livre.

Je garde un souvenir très fort du livre qui le premier m’a emporté en Israël et en Palestine : Ô Jérusalem de Lapierre et Collins que j’ai lu dans les années 70. 

 

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on continue de fouiller 

Il faut dire que j’en avais gros sur le coeur à l’époque parce qu’après avoir passé des jours à faire des petits boulots pour financer un voyage en Israël et un séjour en Kibboutz, vlan la Guerre des six jours était venue anéantir mon rêve. Alors le livre arrivait comme une consolation. 

 

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 Bonaparte devant le Sphinx - Jean-Léon Jérôme

 

Le paysage a bien changé depuis mais pas vraiment l’histoire et je me suis donc plongée avec délices dans la biographie de Jérusalem par l’historien Simon S Montefiore.

Un pavé je vous l’accorde mais qui se lit sans problème. 

On remonte loin dans le temps, pas moins qu’au temps du roi David, sur la période de Pilate rien à dire et rien de neuf pour moi par rapport à mes lectures.

Je suis comme miriam j’ai été beaucoup plus intéressée par ce que l’on sait moins de Jérusalem, la période des croisés et des croisades, celle de Saladin et de Richard Coeur de Lion. 

Chateaubriand à Jérusalem ça je connaissais et Lamartine aussi. Je passe sur toutes les controverses qui ne me passionnent pas mais franchement un lieu qui a vu défiler : Le roi David, Alexandre de grand, le trio romain de César, Cléopâtre et Antoine, Jésus, Saladin, Godefroid de Bouillon, Bonaparte, Flaubert et Lawrence d’Arabie et pour aujourd’hui (enfin presque) Ben Gourion, Golda Meir et Arafat sans oublier bien sûr Anouar el Sadate

 

Bigre il faut avoir le souffle bien accroché pour arriver au bout de l’histoire après avoir pataugé dans les massacres, les bains de sang, les trahisons et autres joyeusetés. 

J’ai pris plaisir à cette lecture et les dernières pages sont des portes vers l’avenir pour éviter le découragement et le pessimisme. Bref un bon livre 

 

L’avis de Miriam 

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Le livre : Jérusalem - Simon Sebag Montefiore - Editions Le Livre de Poche 

22/10/2014

Trilogie à partir de Corpus Christi - Gérard Mordillat et Jérôme Prieur

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Après la lecture du Royaume d’E Carrère j’ai visionné la série Corpus Christi, passionnante même si l’ensemble est un peu long et austère.

Mais j’ai du mal à mémoriser un documentaire j’ai besoin d’un support écrit pour bien comprendre aussi je me suis lancée dans la lecture de la série papier des auteurs Jérôme Prieur et Gérard Mordillat.

 

Les trois livres recoupent la série TV et balayent les premiers temps  du Christianisme, le moment où il se détache du Judaïsme puis le temps de sa propagation. Il décrit les principaux personnages de Jésus à Paul, les différentes recensions de la cruxifiction ou de la résurrection. Puis la christianisation de l’Empire Romain.

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Empire romain au Ier siècle

 

Leurs écrits sont fondés sur les interviews qu’ils ont fait pour la série télé, la riche bibliographie de leurs interlocuteurs,  les recoupements, les analyses, les comparaisons entre les différents point de vue des ces érudits et aboutissent à ces trois livres.

On n’entend pas la voix des historiens ou théologues dans les livres, les deux journaliste ont fait une compilation adroite, les nuances sont certainement moins bien rendues que dans les films mais la trame est beaucoup plus facile à suivre (du moins à mon goût), on finit ainsi par entrevoir un brin de vérité possible. Miette après miette le portrait des protagonistes se dessine, le tableau de la société du moment se fait jour. 

 

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Georges de la Tour Saint Jérôme lisant

Les livres ont un défaut c’est que l’on n’y sent moins voire pas du tout par moment les différentes opinions, les tâtonnements qui conduisent à tel ou tel point de vue et il semble (je n’ai pas encore lu le dernier volume ) qu’ils transforment un peu la fin en un pamphlet, irrités qu’ils ont été par le décalage entre le message et la réalité de l’Eglise. 

Les deux premiers volumes permettent déjà de dire que le travail est tout à fait intéressant et vient largement enrichir la lecture d’E Carrère qui manifestement s'en ait largement inspiré,  c’est ce que j’en attendais.

Le reproche fait ici ou là sur le fait qu’ils ne sont pas spécialistes ne m’a pas paru pertinent car ils ne se drapent jamais dans la toge protectrice de l’érudit mais plutôt dans celle plus simple de l’honnête homme 

Les deux journalistes sont semble t-il des incroyants et leur entreprise qu’elle soit littéraire ou documentaire fut assez audacieuse.

J’ai lu sur internet des commentaires proches de l’insulte comme d’habitude dès que l’on parle de religion.

 

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Quo Vadis de Mervyn Leroy

 

 

Je suis tout à fait heureuse d’avoir trouver ces trois livres d’occasion, ils vont aller rejoindre mon rayon biblique. 

 

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Les livres :  Jésus sans Jésus - Jésus après Jésus - Jésus contre Jésus - Jérôme Prieur et Gérard Mordillat - Editions Points Seuil

19/10/2014

Le Royaume - Emmanuel Carrère

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Bien sûr Bernard Pivot et Pierre Assouline n’ont pas aimé, bien sûr je n’aime pas du tout l’auteur, bien sûr l’homme m’agace avec son ego surdimensionné, qu’est-ce que ce serait s’il ne penchait pas un peu du côté du bouddhisme !  Il abuse de la métaphore et de l’analogie avec parfois le plus parfait mauvais goût, il aime choquer, agacer, il est drôle et trivial à la fois, oui MAIS....

 

J’ai lu d’une traite et avec grand intérêt le livre d’Emmanuel Carrère. Dans un genre totalement différent il s’apparente au livre Vies de Job (pardon Monsieur Assouline je sais que vous, vous ne l’aimez pas du tout) pour donner envie au lecteur de s’interroger sur une religion en régression en Europe mais se portant bien sur d’autres continents. Il démarre fort d’emblée quand il nous dit que c’est assez étonnant que

« des gens normaux, intelligents, puissent croire à un truc aussi insensé que la religion chrétienne, un truc exactement du même genre que la mythologie grecque ou les contes de fées ».

 

 

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Jésus est assimilé à un révolutionnaire venant ficher le bazar ce que les juifs et les romains tolèrent très mal.

J’ai souri au portrait bien peu flatteur de Paul une sorte de fou furieux qui

« avait une sale gueule, un corps robuste et disgracieux, qui était bâti à chaux et à sable mais qui était en même temps tourmenté par la maladie »

 il était fanatique et intransigeant, Luc à côté c’est la crème des hommes, un peu faible, « un amateur d’anecdotes »

 

Paul malgré tout à réussi un tour de force, il

« a fait triompher sa cause d’une manière spectaculaire. Deux mille ans plus tard, on en est encore là. C’est en soi stupéfiant. Cette stupeur est un des motifs sur lequel s’est construit mon livre »

 

J’ai ri à bien des comparaisons : Néron et Poutine, la Troïka des apôtres Jacques Pierre et Jean, ou la comparaison entre les dissensions de l’Eglise naissante et celles des membres du politburo ! D’autres sont outrées mais que voulez-vous c’est Carrère.

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Ce livre est un bon guide pour faire retour vers les premiers temps du christianisme, E Carrère est un bon vulgarisateur, il sait être clair, bienveillant envers les croyants, normal me direz-vous pour quelqu’un qui fut un fervent catho pendant quelques années. Il le fait en écrivain car

« Je ne suis ni un exégète ni un bibliste ni un helléniste, mais j’ai fait en sorte que le lecteur dispose d’une information historique fiable et synthétique » nous dit-il.

 

Manifestement il a beaucoup lu, beaucoup travaillé pour ce livre, Ernest Renan l’auteur de la très controversée (à l’époque) Vie de Jésus, a été une des ses principales sources en lui rappelant que l’écrivain se doit de présenter

« comme certain ce qui est certain, comme probable ce qui est probable, comme possible ce qui est possible »

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 Rogier van der Weyden

Saint-Luc peignant le portrait de la Vierge 

 

J’ai fait avec intérêt ce voyage sur les traces de Paul et de Luc dans le Moyen-Orient romain au temps de Tibère, de l’incendie de Rome, voyage qui donne envie d’aller lire ailleurs.

Livre singulier qui m’a, malgré ses excès, captivée et passionnée et surtout m’a guidé de ricochet en ricochet vers le passionnant Corpus Christi de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, vers l’histoire du Christianisme de Renan.

Il est possible que les ayant lu je trouve Carrère moins bon...on verra

 

Je vais lui faire une place dans ma bibliothèque à côté de Renan et Pierre Assouline on verra si la cohabitation se passe bien.

 

L'avis de Cathe 

  

Le Livre : Le Royaume - Emmanuel Carrère - Editions P.O.L 2014

18/10/2014

Parcours mystique


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Bon je ne sais pas si je tiendrai les délais mais je vais essayer de vous asséner un peu de spiritualité en trois chroniques

Pour un des livres je pense que vous avez déjà deviné mais les autres ......

je vous laisse avec les personnages de la série d'Arte que je trouve très réussie.

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14/10/2014

L'enfant des marges - Franck Pavloff

Je dédicace ce livre à Colo bien entendu 

 

Que faire lorsque l’on reçoit un appel à l’aide alors que l’on a choisi de renoncer, de se retirer loin du monde au fin fond des Cévennes un pays de pierres et de révoltes. 

Ioan a parcouru le monde, à l’affût derrière son objectif et puis un jour où la vie s’est faite vraiment trop dure il a renoncé. Aujourd’hui il relèvent les murets de ce pays pour ne plus penser au mal intérieur qui le dévore, un peu pour se punir aussi.

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Quand sa belle-fille lance un SOS pour retrouver Valentin, Ioan part à la recherche de ce petit-fils dans une ville qu’il connait mais qu’il évite depuis bien des années pour ne pas être confronter à ses souvenirs. 

 

Un classique que ce type de récit, oui mais c’est sans compter sur le talent de Franck Pavloff. Il manie les souvenirs avec finesse, il dissèque les fibres des douleurs, il fait naitre sous sa plume des groupes qui ont choisi la protestation dans la ville de Gaudi, des jeunes et des moins jeunes, bien loin de la carte postale il nous introduit dans des quartiers marginaux, des squats, auprès des révoltés et des paumés. 

 

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Loin des cartes postales 

L’oeil de photographe de Ioan restitue une ville où l’histoire franquiste n’est jamais bien loin. Petit à petit le héros va se réaproprier un passé occulté et se défaire de son ancienne peau comme une mue.

J’ai aimé les personnages rencontrés, hommes et femmes qui vont l’aider dans son voyage de réconciliation.

 

J’ai fait lire et j’ai offert tellement de fois Matin Brun que je ne pouvais qu’être tentée par ce roman.

Il n’est pas exceptionnel mais c’est un roman optimiste, pétri d’idéal et cela fait du bien. Et puis un auteur qui vous enjoint pratiquement de mettre Nick Cave en fond sonore que voulez-vous je craque.

 

Et puis ce fut l'occasion de faire connaissance avec une poétesse magnifique Maria Mercè Marçal

 

Je monterai la tristesse au grenier
avec le parapluie cassé, la poupée borgne,
le cahier périmé, la vieille tarlatane.
Je descendrai les marches dans la robe de joie
qu'auront tissée des araignées toquées.
Il y aura de l'amour émietté au fond des poches.

 

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Le livre : L’enfant des marges - Franck Pavloff - Editions Albin Michel 

13/10/2014

En deçà des Pyrénées

Les frontières sont un vieux truc un peu disparu alors passons par dessus.

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Je vous emmène demain au pays de Colo 

Aller hop c'est parti 

10/10/2014

La Troisième île - Fredrik Sjöberg

Les éditions José Corti recèlent des livres rares un peu confidentiels. Ce livre en fait partie.

Fredrik Sjöberg est à la fois un scientifique et un écrivain, il choisit donc dans ce livre de nous tracer la biographie d’un naturaliste Gustav Eisen. 

 

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Pas question pour lui de faire une bio classique, il choisit donc de faire une sorte de voyage avec Eisen le spécialiste des vers de terre ! (et ce n’est pas un canular)

Eisen fut un ami dévoué et le bienfaiteur de Strindberg qui comme chacun sait avait un caractère de cochon, cela démontre la mansuétude d’Eisen. Dans les années 1869 il écrit carrément une thèse sur un lieu défini et minuscule proche de chez lui, thèse qui fut en son temps admirée par Darwin

Il travaille plusieurs années aux Etats Unis et en particulier à l'Académie des sciences de Californie.

 

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                        California Academy of Sciences

 

Après l’incendie de San Francisco qui a ravagé toutes ses archives et recherches botaniques accumulées pendant des années, Eisen à court de subsides  va chercher par tous les moyens à gagner de l’argent et va se tourner vers ...la viticulture !

Un précurseur et doublement parce que lors de ce séjour en Californie il défendit aussi avec beaucoup de talent et de force la création de « sanctuaire » de la nature à l’origine du parc national des séquoias. Un homme de la trempe d'un John Muir.

 

 

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                     Sequoia National Park en 1890

 

Passant à un moment par New York il se promène chaque matin à Central Park et finit par y faire connaissance avec une centaine d’écureuils. 

Ajoutez à cela qu’il fut un peintre accompli. Bref un touche à tout de génie que Sjöberg nous rend très vivant.

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© Flickr Cesar Ojeda

L’auteur, spécialiste pour sa part des syrphes,  nous distille cette bio à coup d’anecdotes très vivantes, parfois empreintes d’une douce folie. Il mêle à cela ses propres expériences de biologiste, les polémiques scientifiques qui font s’écharper les savants, bref par de courts chapitres il vous met en appétit et titille la curiosité du lecteur.

Il faut dire que les souvenirs de l’auteur sont parfois excellents. Vou apprendre comment l’entomologie lui permettait de courir les filles ou de déclencher à l’aide d’une simple cellule photoélectrique l’hystérie collective des ampoules de l’éclairage d’une petite ville.

 

Il a été très attiré par la personnalité de Eisen, sorte de dilettante  de génie, de professeur Tournesol qui à 90 ans apprenait l’écriture cunéiforme pour passer le temps.

 

C’est un livre à offrir aux curieux, aux entomologistes amateurs, aux lecteurs de Jünger et des ses chasses subtiles ou aux passionnés de Fabre 

 

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Le livre : La Troisième île - Fredrik Sjöberg - traduit par Elena Balzamo - Editions José Corti

 

L'auteur

 SJOBERG_FREDRIK.jpgNé en 1958, Fredrik Sjöberg - biologiste, écrivain et critique littéraire – vit à Runmarö dans l’archipel de Stockholm. Il a été nominé pour le prestigieux Augustpriset (le Goncourt suédois) et a obtenu le Vinterpris de Samfundet De Nio (l’Académie pour la littérature, à Stockholm). Ses livres ont été traduits en allemand, en russe, en norvégien, en anglais. (source l'éditeur)

09/10/2014

Lectures naturalistes

Un petit tour en Suède pour vous intéresser à la sciences mais un peu à la façon de Tintin en faisant connaissance avec un naturaliste hors normes

 

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 ce sera ici dès demain

08/10/2014

Bribes de Cézanne

 Dans les pas de Cézanne

 

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La montagne Ste Victoire au-dessus de la route du Tholonet,

The Cleveland Museum of Art, Cleveland.

«  Un ciel immense. Quelques nuages légers blanchissent l’horizon. Une brume de lumière diffuse monte du gouffre au bord duquel roule la planète désertée. Pas un être vivant, humain ou animal. Quelques bosquets compacts ne sont que touches de matière végétale dont le vert se dégrade en gris. Seul se détache sur l’horizon un arbre que la lumière consume et dont l’ombre d’un noir épais est plus réelle que le feuillage. »

 

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Le livre : Petite route du Tholonet - François Gantheret - Editions Gallimard 

05/10/2014

Le Météorologue - Olivier Rolin

Froid moi ? Jamais !

 

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Une enquête sur le créateur du service météorologique de l’URSS Alexeï Féodossiévitch Vangengheim voila ce que propose le journaliste Olivier Rolin.

Alexeï aime son métier et confiant dans l’avenir de l’URSS il est fier de faire que les trains arrivent à l’heure, que les moissons soient programmées au bon moment ! 

Il est Ukrainien d’origine noble et est victime de la terreur stalinienne en 1934. Arrêté et envoyé aux îles Solovki, le premier camp du Goulag où il sera exécuté trois ans plus tard.

 

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Le Monastère autrefois camp d'internement

L’auteur O Rolin est aux Solovki pour réaliser un documentaire pour la chaîne Arte sur la bibliothèque du camp qui comptait 30 000 volumes. Il prend connaissance de lettres, dessins d’un détenu pour sa fille Eleonora à qui il faisait croire qu’il était en voyage d’exploration. C’est ainsi qu’il s’est intéressé à Alexeï Vangengheim.

 

 

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lettres illustrées d'Alexeï Vangengheim  © Editions Seuil Paulsen

 

Celui-ci est tout sauf un héros, c’est un homme tourné vers l’avenir. Il imagine le développement des énergies éoliennes et solaires, c’est un communiste convaincu. Pendant trois ans, croyant à une erreur, il va envoyer lettre sur lettre à Staline demandant sa libération. Dans quelle mesure il garde sa foi c’est difficile à dire, ces lettres et les portraits qu’il fait du Petit père des peuples sont peut être une façon de maintenir sa famille à l’abri.

Son travail à la bibliothèque l’aide à supporter la faim et le froid, la peur.

C’est le portrait d’un homme simple, représentatif de toutes les victimes anonymes,  pris dans la tourmente de la Grande Terreur qui vit 750 000 exécutions en quelques 14 mois.

 

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 © Editions Seuil Paulsen

 

Olivier Rolin appuie son récit sur les quelques 160 lettres de  Vangengheim envoyées à sa famille. Dans chacune d’elles il ajoute des dessins, des charades, un herbier à destination de sa fille.  Réhabilité après la mort de Staline ce n’est que depuis l’éclatement de l’URSS que sa fille connait les circonstances exactes de sa mort.

 

C’est une enquête bien menée, fouillée, claire. Le destin de cet homme touche profondément.  Remarquable.

 

 

 Je vous propose de regarder le film d’Arte sur la bibliothèque des Solovki : passionnant

 

 

 

 

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Le livre : Le météorologue - Olivier Rolin - Editions du Seuil- Paulsen  

04/10/2014

Thé et samovar

Comment ça va après cette balade au pays du froid ?

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Je vous propos un thé bien chaud et hop on repart encore plus au nord dès demain

01/10/2014

Le Village - Dan Smith

Chasseur ou gibier

 

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Dans une traque on peut être le chasseur ou le gibier, ici nos héros seront un peu les deux.

Je vous ai emmené en Carélie et bien maintenant prenons le chemin de l’Ukraine mais faisons une marche arrière dans le temps, retour aux années trente.

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C’est l’hiver et à Vyriv un petit village oublié du monde vit Luka Sidorov, il a combattu bien des années dans les armées russes, je dis LES armées car les ukrainiens ont eu maintes fois l’occasion de changer de camp, écoutez le « J’appartenais à l'Armée noire anarchiste de Nestor Makhno, qui avait affrontée seule l'Armée blanche du général Wrangel, avant de s'allier à l'Armée rouge. »

Luka aujourd’hui se contente de la chasse et d’éduquer ses deux fils, les jumeaux Viktor et Petro, deux solides gaillards de dix sept ans et Lara la petite dernière de neuf ans.  

Le village entier retient son souffle, il a connu la famine déclenchée par Staline mais les habitants ont pu survivre car Vyriv est loin des routes, loin de tout et ils ont été un peu épargnés. Aujourd’hui ils sont dans l’attente et la peur des sbires de Staline qui organise la collectivisation à marche forcée et vont faire main basse sur tous les biens.

 

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Alors ils font le moins de bruit possible dans le village, il s’agit de se faire oublier.

C’est Luka qui va semer la confusion, il recueille un homme mourant et deux enfants sur un traineau. Ils ont été mutilés peut être par un tueur anthropophage.

Le village est pris d’une fureur absolue, cet homme met en péril le village ! il n’est pas question que les tchékistes déboulent ici à cause de lui. C’est un assassin d’enfants, et il n’y a qu’une chose à faire dans ce cas et Dimitri le voisin et parent de Luka va mener la danse. Malgré les exhortations au calme le pire arrive et l’homme meurt.

 

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Quand Dariya la fille de Dimitri disparait, le village réalise que Luka avait vu juste, l'homme n'était pas le tueur et une traque va s’organiser.

 

Il y a quelques maitres mots pour ce récit,  terreur envers la Tchéka, peur de l’assassin, peur pour les enfants, violence qui peut ne connaitre aucune limite, froid car la steppe sous la neige, survie difficile des hommes dans ce milieu hostile. 

Dan Smith joue parfaitement de la corde sensible au bon sens du terme, on suit les réflexions de Luka, son comportement parfois injuste avec ses fils, son effroi à la pensée de perdre sa famille, son goût de la violence qui le rattrape.

J’ai vraiment aimé ce roman où la force des liens familiaux l’emporte sur le reste, où la barbarie et l’humanité peuvent être présentes à la fois chez un homme. 

 

Ce livre peut se classer dans un genre similaire à  En mémoire de la forêt mêlant polar et histoire, mais aussi à un polar que j’ai écouté  Enfant 44 

Le contexte historique est celui que Anne Appelbaum retrace dans son livre.

 

 

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Le livre : Le village - Dan Smith - Traduit par Hubert Tézenas - Editions Le Cherche midi