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Littérature de l'antiquité

  • Un été avec Homère

    Si vous êtes des fidèles de l'été sur France Inter vous avez déjà fait des parcours avec Montaigne ou Baudelaire

    Pourquoi cet été ne pas vous laissez tenter par Homère ?

     

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    C'est Sylvain Tesson qui lui prête sa voix et je suis certaine que cela va être un parcours rejouissant 

     

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    Si Homère vous tente je vous propose aussi les billets que j’avais fait d’un livre d’Alberto Manguel, du roman  Le chant d’Achille qui était une réussite et le magnifique roman de David Malouf : Une Rançon

  • La Chute de Rome fin d'une civilisation - Bryan Ward-Perkins

    Commençons par une leçon d'histoire

    La chute de l’Empire romain, voilà bien un sujet loin des préoccupations du moment, encore que...

    J’ai dans ma bibliothèque le livre de Gibbons que j’ai tenté de lire à plusieurs reprises mais trop lourd et typographie bien trop petite pour moi.

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    J'ai résolu mon problème avec cette Chute de Rome, légère et brillante et qui vient contredire de façon nette la tendance qui s’est développée ces dernières années qui était de dire : euh non les barbares n’ont pas fait chuter l’Empire, euh ils étaient même plutôt positifs ces Goths et autres Vandales ! 

     

    Bryan Ward-Perkins revient mettre les pendules à l’heure et nous dire qu’il y a bien eu destruction d’un empire et que les romains n’ont peut être pas bien vu venir les choses.

    Des faits, des faits.

    En 410 les Wisigoths mettent la main sur Rome, Alaric entre en vainqueur dans Rome, les barbares touchent la cité antique au coeur.

    On peut voir là un apport de sang neuf, une migration des populations, il n’empêche qu’il s’agit bel et bien de la disparition d’un empire même si persiste loin de là l’Empire Byzantin qui survivra quelques siècles.

     

    L’auteur nous trace un peu le parcours de ces tribus qui vont mettre Rome à genoux alors qu’elle était forte d’une armée professionnelle mais atteinte par un déclin économique avec même des révoltes fiscales ! Déjà !!

    Comment être certain qu’il s’agit bien d’une destruction ? 

    Le déclin frappa toutes les couches de la société et tous les secteurs : production agricole, culture, la politique, la religion. L’impôt ne rentre plus, les réseaux de distribution sont détruits, fini la prospérité, les savoirs faire romains vont disparaitre, l’écrit est en chute libre et va désormais se limiter au monde religieux. 

    Exemple : le confort lié aux termes, aux égouts, aux aqueducs ne sera de nouveau atteint qu’à l’ère moderne

     

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    les nouveaux barbares ?

     

    Ce déclin perdura pendant plusieurs siècles

    « Une civilisation complète fut détruite, ramenant ses habitants à des manières de vivre telles qu’aux temps préhistoriques. Les romains avant la chute étaient eux aussi convaincus que nous le sommes nous aujourd’hui, que le monde resterait, pour l’essentiel, tel qu’il était. Ils avaient tort. A nous de ne pas répéter leur erreur et de ne pas nous bercer d’une fallacieuse assurance. »

     

    L’idée peu choquer, mais elle est intéressante à prendre en compte même si elle dérange 

    « J’affirme que les siècles post-romains connurent un déclin spectaculaire de la prospérité économique et de modèles élaborés, et que ce déclin frappa l’ensemble de la société, de la production agricole à la haute culture et des paysans jusqu’aux rois. Un effondrement démographique se produisit très probablement, et l’ample circulation des marchandises de qualité cessa tout à fait. Des outils culturels de haut niveau, tels que l’écrit, disparurent de certaines régions et se restreignirent dans toutes les autres. » 

     

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    Au Kenya les Shebabs somailens

    Le travail de l’auteur est sérieux et facile à lire, Paul Veyne a dit de ce livre qu’il était intelligent et équilibré, que voulez-vous que j’ajoute à ça ?

    Sinon que les barbares ne sont pas si loin que ça si ce n’est que les noms ont changé mais la barbarie est toujours la même.

     

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    Le livre : La chute de Rome fin d’une civilisation - traduction Frédéric Joly - Bryan Ward-Perkins - Alma Editeurs

     

    L’auteur

    Archéologue et fils d’un archéologue britannique, il a grandi à Rome et enseigne à Oxford. Spécialiste de la fin de l’Empire romain et du Haut Moyen Âge, il a reçu en 2006 le prix Hessell-Tiltman  The Fall of Rome and the End of Civilization.

     

  • Bribes de César

    Puisque la saison se prête aux péplums pourquoi ne pas s'offrir une bribe de César 

     

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    « La colline entière était ainsi couverte de soldats ; il ordonna qu'en même temps les sacs fussent réunis en un seul point et que les troupes qui occupaient la position la plus haute s'employassent à le fortifier.

    Les Helvètes, qui suivaient avec tout leurs chariots, les rassemblèrent sur un même point ; et les combattants, après avoir rejeté notre cavalerie en lui opposant un front très compact, formèrent la phalange et montèrent à l'attaque de notre première ligne. »

     

    Le livre : La Guerre des Gaules - Jules César - Edition numérique 

  • Une Rançon - David Malouf

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                                     © « L’Iliade et l’Odyssée Editions Cocorico, 1957.

     

    Il faut un certain culot ET un talent certain pour réécrire la fin l’Iliade ! 

    L’Iliade c’est le mythe par excellence, l’épopée indépassable et pourtant David Malouf a décidé d’y apporter sa contribution.

     

    En 1943 son institutrice fait une lecture à voix haute de l’Iliade, pour David ce récit se télescope avec ce que les australiens alors vivent au quotidien c’est à dire la campagne du Pacifique où beaucoup des leurs périront. Pour l’enfant de huit ans cette lecture est un choc total. Les traces vont subsister et l’écrivain va un jour s'en emparer.

     

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    Achille a vengé Patrocle et vaincu Hector.

    Paradoxalement la violence d’Achille connait son paroxysme dans ce moment, il refuse de rendre le corps à Priam et Andromaque, il est encore envahi par une colère terrible, la mort d’Hector ne lui suffit pas il lui faut plus,

     il « chassa les gouttes de sueur brûlante de ses yeux, toucha légèrement les chevaux avec les guides et s’élança dans la plaine, se retournant de temps en temps à demi pour voir le corps , dont la tête et les épaules rebondissaient sur le sol aride et caillouteux ».

    11 jours durant la folie se poursuit mais les dieux veillent et le corps d’Hector chaque matin est comme au premier jour.

    Priam ne veut plus qu’une chose c’est procéder aux funérailles de son fils. Lui rendre les honneurs dues aux braves.

     

    Alors le vieux roi va faire quelque chose d’inédit, d’insensé, loin des manigances des dieux de l’Olympe.

    Il veux forcer le destin et avoir « La chance de pouvoir agir par nous-même. De tenter quelque chose qui pourrait forcer les événements à emprunter un cours différents. »

    Il va imaginer un échange, une rançon pour racheter le corps de son fils. S’il faut supplier il suppliera, s’il faut s’humilier il le fera.

     

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    Priam suppliant  Achille - Alexandre Ivanov

    Le voyage de Troie jusqu’au camp d’Achille va se faire sur une simple charrette avec un modeste serviteur comme guide. 

    C’est tout le talent de David Malouf de rendre ce voyage, si éprouvant pour le vieux roi, ce voyage est proche d’une renaissance.

    La nature, la simplicité, l’écoulement du temps, toutes choses qu’un roi a oublié et qui le ramènent à sa condition d’humain épris de liberté.

    Il y a dans ce récit la grandeur de l’épopée et la sobriété d’un récit à hauteur d’homme. Non seulement Homère n’est pas trahi mais le lecteur n’a qu’une envie c’est retrouver « l’aurore aux doigts de rose » et « Achille au pied léger » 

    Une sensation de tranquille sagesse irrigue tout le roman et l’on ressort envoûté et ébloui.

     

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                            Les restes de Troie

     

    Il est des moments dans le face à face des hommes qui peuvent être des instants de paix, de grâce, d’empathie.

    En lisant la Rançon je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la rencontre entre Patrick Leigh Fermor et ce général allemand qui est son prisonnier et avec qui il partage un instant hors du temps de la guerre autour de la poésie récitant les vers d’une Ode d’Horace que l’allemand a commencée.

    Ou encore ces moments volés pendant la Première guerre où allemands et français entonnent un chant de noël. Des moments où la vie l’emporte sur la haine, sur la violence.  

     

     

    Lisez l’avis d’Anne qui a aimé aussi 

     

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    Le livre : Une rançon - David Malouf - Traduit par Nadine Gassie - Editions Albin Michel 

  • Les Métamorphoses - Ovide


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    Narcisse - Le Caravage - Rome Galerie Nationale

     

    De temps à autre mon intérêt pour l’antiquité et sa littérature se rappelle à moi, je suis depuis quelques semaines un cycle de conférences sur les Métamorphoses d’Ovide.

    Outre que l’enseignant de l’histoire de l’art qui mène cela est passionnant et drôle, j’ai fureté dans ma bibliothèque pour relire l’essai d’un spécialiste sur l’oeuvre d’Ovide et la petite bio de Lucien d'Azay

    En croisant le tout on parvient à comprendre un peu mieux l’intérêt de cette oeuvre et pourquoi elle connut un succès qui ne s’est pas démenti pendant plusieurs siècles. 

    Succès aussi bien auprès des poètes que des peintres au point de porter le nom de Bible des poètes et Bible des peintres.

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    Vénus et Adonis - Le Titien 

    Ovide est le poète de la disgrâce, un édit d’Auguste l’ envoie mourir à Tomes sur les bords de la mer Noire où il finira sa vie comme exilé, nostalgique de Rome et exprimant sa douleur dans ses derniers écrits : les Tristes et les Pontiques.

    Poète courant toujours après la notoriété qui fut celle de Virgile, son Art d’aimer était célèbre autant pour sa qualité poétique que pour ses passages licencieux.

     

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    Orphée - Mosaïque du Musée de Palerme

    Les Métamorphoses sont sa grande oeuvre avec laquelle il pourra rivaliser avec Virgile. 

    Avec les Métamorphoses Ovide veut déchiffrer le monde, c'est une histoire de l'humanité avec près de 800 personnages.

    Il parvient à donner à son récit une unité en rassemblant tous les récits des mythes en un long poème. Il a relié les diverses fables donnant ainsi l’impression d’une seule narration.

    C’est le livre des pires passions, vengeance, jalousie, incestes, meurtre et trahison, l’émerveillement du début tourne parfois au cauchemar.

    Le monde décrit par Ovide est peuplé d’hommes qui se font serpents ou oiseaux ou encore végétal et parfois en astres qui perdureront dans notre ciel.

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    Diane métamorphose Actéon en cerf - Le Parmesan 

    Ovide a certainement puisé une part importante de ses sources chez des auteurs grecs et chez les poètes, depuis Homère jusque’ à Euripide.

    On dit qu’Ovide était pythagoricien c’est à dire qu’il suivait cette doctrine qui affirme que chaque être vivant subit de nombreuses transformations au cours de son existence. Elle est largement utilisée dans les légendes des Métamorphoses.

     

     

     

    Pierre Maréchaux insiste dans son essai sur l’aspect assez noir de l’oeuvre, la chute et la fin de l’âge d’or étant toujours proche et Ovide

    « laisse entendre que le monde n’est que bouleversement », les différentes métamorphoses subies par l’homme sont  « un constat d’échec de toutes les civilisations et de toutes les cultures »

     

    Ovide est assez éloigné du caractère louangeur et un rien lèche-botte de l’Enéïde, pas question pour lui de faire l’apologie d’Auguste, Pierre Maréchaux le dit ainsi « Ovide peut dire sans dire, louer sans acquiescer, blâmer sans être pesant. »

     

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    La métamorphose de Myrrha et la naisance d'Adonis - M Franceschini 

    Il y a les mythes célèbres  : Actéon, Philémon et Baucis, Echo et Narcisse, le mythe d’Orphée que l’on connait mais sans être parfois capable de retrouver le mythe derrière les noms devenus célèbres.

    C’est dans les vers d’Ovide que peintres et sculpteurs ont directement puisé leur inspiration.

    La beauté des Métamorphoses réside dans la richesse, l’abondance, la variété qui permettent, aux artistes, du Nord comme du Sud de l’Europe les illustrations les plus diverses.

    Récit intemporel que l’on retrouve dans la littérature plus proche de nous :   Alice et sa transformation, Kafka et la métamorphose de Gregor Samsa ou le Mr Hyde de Stevenson

    J’ai beaucoup aimé la traduction en vers d’Olivier Sers.

     

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    Les Livres

    Les Métamorphoses  - Ovide - Traduit par Olivier Sers - Editions Les Belles Lettres

    Enigmes romaines - Pierre Maréchaux - Editions Gallimard Le Promeneur

    Ovide ou l'amour puni - Lucien d'Azay - Les Belles Lettres 

  • Le Chant d'Achille - Madeline Miller

    La Guerre de Troie a bien eu lieu

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    Il y a quelques semaines j’avais fait un billet sur une traduction de l’Iliade, l’occasion pour moi de relire ce long récit hors de tout sentier scolaire.

    J’aime l’antiquité, son histoire, ses écrivains, ses philosophes et ses grands textes

    Voilà pourquoi j’ai lorgné sur un roman très curieux qui met en scène Patrocle, le héros un peu oublié de l’Iliade. Si on a tous à peu près en tête la colère d’Achille, Ménélas en mari délaissé, Iphigénie en martyr,  Patrocle lui est un peu falot.

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                         Le sacrifice d'Iphigénie

     

    Admettez l’improbable et imaginez Patrocle nous racontant son enfance, sa rencontre avec Achille « Le meilleur de tous les grecs » et sa Guerre de Troie.

     

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      Thétis et Pelée 

     

    Tout ça démarre assez mal pour Patrocle, prince déchu, qui trouve refuge très jeune au royaume de Phtie  « Pélée, son roi, était l’un de ces hommes aimé des dieux : sans être divin, il était intelligent, courageux, beau, et aucun des ses pairs ne pouvaient égaler sa piété. ».

    Il se lie d’amitié avec Achille, amitié qui au fil du temps se transforme en passion amoureuse. Mais la mère d’Achille veille au grain « Thétis était rusée et capable de donner à sa peau mille aspects changeants de fourrure, de plumes et de chair » et la contrarier n’est pas de bon augure.

    Quand Achille est appelé pour aller guerroyer pour récupérer la belle Hélène, Patrocle va s’engager dans l’armée Grecque à ses côtés.

     

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    Résumé rapide pour une histoire connue, alors quel est l’intérêt de ce roman ?

    L’auteur spécialiste de grec et de latin et universitaire confirmée réussit un tour de force. Elle nous transporte dans cette Grèce antique auprès de deux jeunes gens plus épris de soleil, d’art du combat, de médecine, de chaudes nuits amoureuses que de rejoindre l’armé d’Agammemnon.

    Elle invente les détails des relations entre les personnages qu’ Homère n’a jamais donné. Nous participons à tout, à la constitution de l’armée grecque, aux échanges avec le rusé Ulysse, très agaçant Ulysse je dois le dire, et à l’envie de faire mordre la poussière à un Agammemnon plein de morgue.

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    Menelas soutenant le corps de Patrocle © Lu Dahlem  

     

    Loggia de la Signoria

     

    Elle fait tout cela d’une plume très prenante s’appuyant sur toutes les légendes qui nous restent en tête et qui voient les dieux venir se mêler de la vie des humains, Thétis en mère jalouse est très convaincante, et leur promettre un destin glorieux. 

    C’est la jolie métamorphose d’une légende en  un récit très contemporain grâce à la belle imagination de Madeline Miller.

     

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    Le livre : Le chant d’Achille - Madeline Miller - Traduit par Christine Auché - Editions Rue Fromentin - 2014