20.03.2011

Une langue venue d'ailleurs - Akira Mizubayashi

Merci à Aifelle qui a pu s'entretenir avec l'auteur et nous rapporter une photodu salon du livre

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Tout commence avec un magnétophone

 

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C’est un essai un peu hors norme que celui-là, écrit en français par un japonais, Akira Mizubayashi à 18 ans quand il décide d’apprendre le français. Il est un perfectionniste,  son apprentissage n’a rien à voir avec celui pratiqué ordinairement par un étudiant.
Il écoute  les leçons de la radio, ils les écoutent, les apprend, les répète jusqu’à ce que son rythme, son accent frisent la perfection.
Son père ne comprend pas bien cette obsession mais sacrifiant pour lui une bonne partie de son salaire, il lui offre un magnétophone qui va permettre à Akira de se glisser dans cette nouvelle langue avec passion.
A la même période il découvre Mozart dont la musique l’accompagnera toute sa vie.



Quand je dis que A Mizubayashi fait des progrès c’est un euphémisme, il entreprend la lecture de .....Rousseau dont l’oeuvre et la langue deviennent ses compagnons de chaque jour.
1973 il obtient une bourse d’études pour une Université française, ce sera Montpellier, il étudie la littérature française et enrage contre ses erreurs de langage, contre sont accent imparfait et surtout il travaille.
Une compagne, un retour au Japon et c’est à nouveau la France pour 3 années à l’ENS de la rue d’Ulm. De retour au Japon avec sa compagne française il devient enseignant à l’université.

Cet essai très intime est assez fascinant, suivre le parcours de cet homme qui est littéralement ensorcelé, envoûté par une langue, langue qu’il appelle joliment langue paternelle en hommage à son père pour le soutien que celui-ci lui a apporté.
C’est une dévotion qu’il porte aux auteurs, à ses maîtres.
Il développe une réflexion passionnante sur le bilinguisme qui rappelle bien sûr les expériences d’un Nabokov ou d’un Cioran et vous serez surpris par le rôle tenu en la matière pas sa chienne qu'il soupçonne avec un brin d’humour d’être elle aussi bilingue.
Un critique a écrit que ce livre était une déclaration d’amour à la langue française, laissez vous séduire.

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Qu'en pense Keisha ? Découvrez absolument ce récit éblouissant, intelligent, un vrai velours... Coup de coeur...
Le livre : Une langue venue d’ailleurs - Akira Mizubayashi - Editions Gallimard 2011

 

13.08.2010

Naguère en Palestine - Raja Shehadeh

naguèreenpalestine.gifNaguère en Palestine - Raja Shehadeh - Traduit de l’anglais par Emilie Lacape - Editions Galaade
Je ne pense pas être une exception si je vous dis que le conflit Israélo-palestinien tient pour moi à la fois de l’incompréhensible et de l’inacceptable.
Je me rends compte que je me fais une opinion à travers la presse écrite ou radio mais que j’ai très peu lu de livres sur le sujet,  en réfléchissant je n’ai pas lu du tout sur le sujet. Voila pourquoi j’ai acheté ce livre.

L’auteur nous invite à faire avec lui sept promenades, sept balades dans les collines autour de Ramallah, Naplouse, Jéricho. « Quand je commençai à parcourir les collines, il y a un quart de siècle, je n’étais pas conscient de me promener dans un paysage en voie de disparition » C’est une terre millénaire que Raja Shehadeh parcourt au gré des saisons « La Palestine a toujours été l’un des pays les plus visités par les pélerins et les voyageurs » Ces paroles font aussitôt écho chez moi qui viens de lire Lamartine et ses très belles pages sur cette terre biblique.
Suivons le dans ce qu’il appelle sept « Sarha » le mot qu’il utilise pour dire ses vagabondages « Un homme qui part en sarha se promène sans but, sans restriction de temps ni de lieu ; il va où son esprit le guide pour nourrir son âme et se ressourcer »

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Ramallah - Image du blog de JL Kuffer

De collines en vallées il nous découvre une terre rocailleuse, sèche, traversée de murets de pierres pour retenir la terre et permettre les cultures. Terre parsemée de vieilles habitations où il aime se reposer qui porte des noms comme « Ain Al-Lawza source de l’amande » et qui prend une toute autre allure après la pluie « Les fleurs sauvages poussaient en abondance le long du chemin. La plupart étaient minuscules : des iris bleus de quelques centimètres de haut, des fleurs de lin rose tout aussi proches du sol, quelques orchidées pyramidales (...) la terre était comme tapissée de fines broderies colorées »
Il évoque sa famille et en particulier son grand-père qui a cultivé ici ses vignes, son verger et s'est même fabriqué un fauteuil quasiment royal.
Nous ne pourrons partager la beauté de ses promenades qu’à la condition de partager aussi son extrême tristesse devant la perte progressive de sa terre.

A coup d’expropriations, de tracés de routes, d’occupation militaire de certaines zones, de création de colonies de plus en plus nombreuses et de plus en plus étendues, le gouvernement israélien au mépris de ses propres lois a réduit l’espace de vie des palestiniens. L’utilisation abusive de la notion d’occupation des terres par les tribunaux entraînent la spoliation massive de propriétaires palestiniens.
Son témoignage de juriste est sans appel et lui qui a courageusement créé une association de défense des droits de l’homme et a oeuvré pendant des années pour défendre ses concitoyens contre l’arbitraire, est aujourd’hui très pessimiste. Sa dernière promenade où il est « agressé » par de jeunes palestiniens armés et menaçants met un terme à l’espoir de voir enfin la paix régné sur ses collines « Debout sur les ruines de l’un de mes endroits préférés, près de là où je suis né et où j’ai toujours vécu, je sentis que les collines ne m’appartenaient plus. Je ne suis plus libre de venir m’y promener. Elles sont devenues dangereuses et je ne m’y sens plus en sécurité »

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J’ai pris conscience grâce à ce livre du rétrécissement systématique des terres palestiniennes, de l’interdiction des déplacements choisis remplacés par des déplacements contraints, de l’arrachement à la terre par des expropriations iniques  et parfois violentes.
Ce livre exprime tout cela avec une telle douleur dans les mots, une telle sensibilité qu’il fait plus pour notre compréhension que tous les reportages et que toutes les chroniques politiques.


Raja_Shehadeh.pngL’auteur
Raja Shehadeh est avocat et écrivain, il vit à Ramallah et à reçu pour ce livre le Prix Orwell 2008
Le prix Orwell est un prix littéraire anglophone récompensant les œuvres rapprochant la politique du grand public, en littérature et en journalisme. Son nom est un hommage à l'écrivain et journaliste George Orwell (source Wikipédia)

Petit additif

Alors que je terminais ce livre et ce billet la chronique de Pierre Assouline est consacrée à la mort de Tony Judt qui s'est engagé en faveur d'un état binational avec des droits identiques pour les Israéliens et les Palestiniens. Je retiens cette phrase de lui que je fais mienne  " Les Juifs sont rendus muets par l’exigence qui leur est faite de soutenir Israël, les non-Juifs le sont tout autant par la crainte de passer pour antisémites, c’est pourquoi il n’y aucun dialogue sur le sujet " et je vous invite à aller lire l'article que Tony Judt a signé dans le Monde diplomatique (Juin 2008)

 

 

06.06.2010

Le Crépuscule d'une idole - Michel Onfray

crépuscule.gifLe crépuscule d’une idole - Michel Onfray - Fayard
Je fais partie des gens que le freudisme agace, cela depuis de lointaines études et l’interdiction qu’il y avait alors à mettre en doute les affirmations de l’enseignant. Elles devaient être admises sans discussions possibles. J’ai toujours considéré la psychanalyse comme une thérapie peu fiable aux résultats très incertains et d’une durée risible. Ceci posé je n’ai jamais, au grand jamais mis totalement en doute les thèses de Sigmund Freud ou comme les appelle Michel Onfray ses " cartes postales"

«Freud a découvert l’inconscient tout seul à l’aide d’une auto-analyse extrêmement audacieuse et courageuse»
«Freud a découvert une technique qui, via la cure et le divan, permet de soigner et de guérir les psychopathologies»
«la psychanalyse procède d’observations cliniques, elle relève de la science»
«le complexe d’Œdipe est universel»,
«la conscientisation d’un refoulement obtenue lors de l’analyse entraîne la disparition du symptôme»


et bien sûr :  l’interprétation des rêves, les actes manqués, le déni, toutes ces notions développées dans une oeuvre qui occupe plusieurs rayons de bibliothèque, oeuvre qui semblait intouchable.
C’était sans compter sur Michel Onfray, éternel empêcheur de penser en rond qui s’attaque à la statue du commandeur.
C’est toute l’oeuvre de Freud qu’Onfray a lu pour écrire son livre, mais aussi sa correspondance, même si une partie de celle-ci est encore interdite d'accès.
Que nous dit Michel Onfray en multipliant les citations de Freud lui-même ?

Que les thèses développées par l’inventeur de la psychanalyse répondaient surtout aux obsessions de leur inventeur
Que Freud était fasciné par des techniques qui frôlaient le charlatanisme
Que lors des entretiens thérapeutiques avec ses patients il lui arrivait de s’endormir sans gêne aucune
Qu’il a inventé des patients et masqué ses échecs thérapeutiques en falsifiant les rapports de ses expériences
Qu’assoiffé de gloire et de richesse il n’hésitait pas à dénigrer, calomnier ses amis si cela pouvait servir ses intérêts
Que son épouse, sa fille, sa belle-soeur ont toutes fait les frais de ses tourments personnels sans compter plusieurs patients qui ne se sont jamais remis des traitements infligés.

 

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Le divan du psychanalyste à Vienne

Mais Onfray ne s’arrête pas là, après avoir affirmé que Freud n’a jamais guéri personne, il insiste aussi sur les positions très conservatrices de Freud et lui reproche son silence sur la montée du Nazisme, car Freud n’a jamais écrit  " contre Hitler, contre le national- socialisme, contre la barbarie antisémite, alors qu'il n'hésite pas, régulièrement, à publier de longues analyses contre le communisme, le marxisme, le bolchevisme"
La charge est violente et le réquisitoire très sévère, on sort de cette lecture un peu ahuri, se demandant pourquoi ces faits n’ont jamais été étudiés, comparés, pourquoi alors que la science réclame en permanence des preuves, on a accepté comme vérité la parole seule de Freud sans aucune preuve à l’appui. " Freud ne s'est pas contenté de créer un monde magique, il y a conduit nombre de personnes et a souhaité y faire entrer l'humanité tout entière"

 

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Sigmund et Anna Freud on holiday, Italy, 1913.

En voilà assez pour abattre n’importe quel statue, et l’homme Freud apparaît bien petit, on comprend mieux désormais sa haine des biographes et la destruction par lui ou ses proches d’une partie de sa correspondance.
Alors tout est à jeter ? Non, même si le bilan est assez terrible, Michel Onfray reconnaît Freud comme philosophie et reconnaît l’apport important qui a " fait entrer le sexe dans la pensée occidentale "
Il ne dénigre pas la psychanalyse mais refuse de la considérer comme une science comme Wittgenstein, Popper ou Deleuze avant lui.

Onfray aime la polémique et ses passages sur les plateaux télé sont devenus  trop fréquents, son livre d’une écriture directe et simple est plein d'approximations disent ses détracteurs, mais beaucoup d'arguments avancés reposent sur les écrits de Freud lui-même ce qui affaiblit considérablement la critique. A cette lecture on s’offusque, on rit, on s’étonne, on est d’accord ou non, mais on ne s’ennuie pas un seul instant. Lisez ce livre dérangeant et tonique.


le billet très récent de Wodka

Une interview de Michel Onfray



23.05.2010

Avec Tolstoï - Dominique Fernandez

avectolstoi.gifAvec Tolstoï - Dominique Fernandez - Editions Grasset
Passion Russie, c’est ainsi que j’aurais pu intituler ce billet,  c’est Dominique Fernandez qui nous invite auprès du
"plus puissant romancier de tous les temps". Sa lecture à 15 ans de Guerre et Paix l’a laissé à jamais amoureux de la Russie et de Tolstoï " un Zola, aussi puissant mais mille fois plus artiste, qui aurait trempé sa plume dans l'encre de Flaubert..."
Dominique Fernandez, sans faire oeuvre de biographe, il revient sur différents épisodes de la vie de l’écrivain, sa jeunesse libertine, son mariage et ses malentendus, sa révolte contre la richesse, celle d’un homme qui se reproche sans cesse de " mener une vie contraire à ses idées " et nous fait bien sentir le contraste violent entre sa vie réelle et sa soif d’absolu.
Il revient en détail sur les romans et les nouvelles avec un grand talent pour nous les rendre proches, intelligibles, accessibles, en faire ressortir les détails, les particularités.
Rien d’étonnant de consacrer de longues pages à Guerre et Paix, "le plus complet des romans jamais écrits"
Quand on parle de littérature russe il est fréquent d’opposer Tolstoï et Dostoievski, Georges Steiner l’a fait avec érudition et brio, et Dominique Fernandez se livre aussi à l’exercice.
Il trouve que Dostoievski est en permanence dans l’outrance alors que pour lui Tolstoï a "cette qualité unique dans la littérature romanesque de dire tout ce qui est et seulement ce qui est".

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Guerre et Paix au cinéma


Rien d’étonnant de consacrer de longues pages à Guerre et Paix, "le plus complet des romans jamais écrits"
Il n’hésite pas à en dévoiler les faiblesses  (le livre IV) mais cela ne diminue en rien son admiration  "Je ne crois pas que, dans toute l'histoire de la littérature, on puisse trouver un autre écrivain qui ait placé ainsi sa confiance dans la force de ce qui est dit plutôt que dans la façon de le dire"
Il aime la capacité de Tolstoï à nous rapprocher de ses personnages en quelques mots, sa facilité à parler comme eux et il nous fait partager cela dans plusieurs exemples par lesquels il nous montre que " Tolstoï lui seul s’assied tranquillement au gouvernail et raconte ce qui arrive, sans grossir les événements, sans dire plus que ce qui est, sans se mettre en valeur par des recherches d’écriture, sans chercher d’aucune façon à paraître original. Il reste de plain-pied avec la vie, avec les choses, avec nous ".

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Greta Garbo la sublime



Les pages consacrées à Anna Karénine sont passionnantes, il admire l’écriture " Il ne dépose jamais sa plume fine pour souligner au fusain. Il ne cherche pas à frapper, à retenir. Il nous éloigne peu à peu du rivage et, captivé par l’immensité de la haute mer dont le spectacle change sans cesse tout en demeurant le même, nous ne pensons plus au but du voyage "
Fernandez présente aussi les écrits derniers, ceux où l’auteur devient un peu trop prédicateur aveuglé par ses tourments religieux et moraux.

Depuis son roman sur la mort de Tchaïkovski et son Dictionnaire amoureux on connaît la passion de Dominique Fernandez pour la Russie et Tolstoï en particulier. J’aime beaucoup qu’on me parle de mes écrivains préférés, j’aime les lire bien entendu, mais j’apprécie également qu’un autre me les dévoile, me permette parfois de les lire autrement ou attire mon attention sur l’aspect d’une oeuvre que je n’ai pas su voir.
Cet excellent livre est une belle réflexion sur la création littéraire et le cheminement qui va d’Homère à Tolstoï et des tragiques grecs à Dostoïevski.


fernandez.jpgL’auteur
Dominique Fernandez est né à Paris en 1929. Ecole Normale Supérieur, agrégation d'italien, doctorat ès-lettres. Il écrit régulièrement pour le Nouvel Observateur. Il a obtenu le prix Médicis en 1974.
Il publie  L'Art de raconter en 2007 et Ramon la biographie de son père en 2009. ( source l’éditeur)

Une interview de Dominique Fernandez

 

 

Les livres dans le livre
Tolstoï ou Dostoïevski - Georges Steine - 10/18
Tolstoï - Henri Troyat - Fayard
La délivrance de Tolstoï - Yvan Bounine - Editions de l'oeuvre
Guerre et Paix
Anna Karénine
Maître et serviteur

Le Père Serge
Résurrection

19.03.2009

Vie du lettré - William Marx

Vie du lettré - William Marx - Editions de Minuit
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« Qu'est-ce qu'un lettré ? Quelqu'un dont l'existence physique et intellectuelle s'ordonne autour des textes et des livres : vivant parmi eux, vivant d'eux, employant sa propre vie à les faire vivre et, en particulier, à les lire. »
Vous voici au coeur du sujet de cet essai passionnant et non dénué d’humour. En vingt quatre courts chapitres, accompagnés comme il se doit pour le livre d’un lettré, d’une bibliographie et de notes savantes, ce livre se lit d’une traite avec le sourire et crayon en main.

William Marx vous invite à mieux connaître « Le Lettré » , de sa nourriture à son jardin, de sa sexualité à sa religion et de sa naissance à sa mort, en passant par les couronnes de laurier qu’il peut recevoir, par les querelles dont il peut parfois se délecter.
Dans chaque chapitre un invité, de Kant à Quintilien, de Freud à Pétrarque ou Marie de Gournay.
L’auteur alterne citations et anecdotes, ironie (auto-dérision ?) et admiration manifeste.
« Le miroir ici proposé se veut plus fidèle. Tu y trouveras, lecteur, diverses figures de lettrés à travers les âges, les lieux et les cultures, et pourras même t'y reconnaître.»
Nul besoin d’être universitaire pour lire et apprécier cet essai, privilège de l’érudition l’auteur parvient à vous rendre le temps d’une lecture plus cultivé et plus intelligent.

C’est un essai brillant qui trouvera place dans votre bibliothèque.


L'auteur

w marx.jpgWilliam Marx, né à Villeneuve-lès-Avignon en 1966, a enseigné la littérature aux États-Unis, au Japon et dans plusieurs universités françaises, notamment à Vincennes - Saint-Denis (Paris-VIII) et à la Sorbonne (Paris-IV). Ancien élève de l'École normale supérieure, il est actuellement professeur de littérature française et comparée à l'université d'Orléans et membre de l'Institut universitaire de France. Sa réflexion porte essentiellement sur l'histoire des discours critiques et des théories esthétiques. (source Editions de Minuit) Photo © Hélène Bamberger

 

19.02.2009

Une chambre en Hollande - Pierre Bergougnioux

Une chambre en Hollande - Pierre Bergounioux - Editions Verdier

une chambre.gifBiographie restreinte mais biographie du philosophe Descartes, limitée à une période courte, celle où René Descartes souhaite faire imprimer ses écrits et pour cela choisit la Hollande.

L'auteur prend le lecteur par la main et brosse à grands traits fulgurants l'histoire de l'Europe, des cohortes de César à nos jours. C'est érudit, savant, et formidablement écrit. Comme devant les écrits brillants, sitôt lu l'envie vous assaille de reprendre du début, cette ahurissante contraction des faits m'a laissée abasourdie et admirative.
Quelque part dans cette épopée apparaît René Descartes, Pierre Bergounioux nous le peint se promenant, son Discours de la méthode sous le bras, il convoque Bacon, Montaigne et Shakespeare. Il imagine René croisant Spinoza enfant dans les rues de Leyde.
Pierre Bergounioux s'interroge :
« On s'explique assez mal qu'un Français confie un manuscrit à un imprimeur hollandais, encore moins qu'il se soit établi aux Pays‑Bas depuis huit ans quand sa seule occupation ne consiste qu'à penser. Parce que rien n'est plus indifférent à celle-ci que l'endroit où l'on s'y adonne. »

Pourquoi Descartes homme d'épée qui a traîné ses guêtres dans toute l'Europe au service des princes et rois du moment,  se retire ainsi du monde et pourquoi en Hollande.
Peu à peu se dessine Descartes, ses exigences philosophiques,  ses errances géographiques jusqu'à cette chambre où il écrit une nuit la Première Méditation.
La situation politique de la France d'alors interdisant au philosophe d'écrire en toute quiétude, en toute liberté dans son pays, il a fait le choix de la Hollande de sa tolérance religieuse et de l'accalmie des batailles.
Cet exil, ce retrait, vont permettre à la pensée de Descartes de s'épanouir et de donner des textes parmi les plus importants de la philosophie.

Lire Pierre Bergounioux est un plaisir exigeant et ce dernier livre ne déroge pas à la règle.

Pour préparer votre lecture un article d'Anne Marie Koenig

L'Auteur

pbergounioux.gifPierre Bergounioux est né à Brive-La Gaillarde en 1949. Ancien élève de l'École Normale Supérieure, il enseigne le français en région parisienne. Marié et père de famille, il vit dans la vallée de Chevreuse. Passionné d'entomologie, il pratique également la sculpture.
Portés par un style poétique remarquablement ciselé, ses livres entendent éclaircir la douloureuse question des origines et du déracinement, non seulement géographique mais ontologique

04.02.2009

In mémoriam - Stéphane Audeguy

 

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In Memoriam - Stéphane Audeguy - Editions Le Promeneur Gallimard

Je ne sais pas d’où me vient le goût pour les petits livres, peut être l’âge venant la taille et le poids du livre prennent une importance excessive.
Longtemps les sagas à multiples personnages m’ont enchantée, les gros pavés avaient ma faveur, et telle « La Femme en train de lire » de Rembrandt je me colletais avec des volumes épais et lourds.

 

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Les goûts en lecture changent comme le reste et chez moi ils vont vers le frêle, le léger, c’est un art difficile de retenir le lecteur avec peu de mots, certains s’y essaient et rendent coquille vide, d’autres au contraire enchantent, c’est le cas de Stéphane Audéguy.

Petit volume donc dans la collection « Le Promeneur », l’auteur s’est adonné dans la joie j’espère à des recherches pointues et nombreuses (une centaine) pour savoir au détail près comment meurt les grands hommes et les autres.
Des personnages célèbres et de parfaits inconnus  sont passés en revue. Savants, hommes politiques, écrivains, musiciens  tous y passent et non content de s’en prendre aux humains Stéphanie Audeguy s’occupe aussi de la gente canine.
Parfois l’auteur triche un peu et nous n’assistons pas  à la mort mais à ses préparatifs ou à ses suites.

Mort romantique qui tire des larmes ( Adrienne Lecouvreur) mort méritée mais difficile (Raspoutine) mort cannibale (Capitaine Cook)  mort bête ( Tennesse Williams) ou mort familiale ( Marvin Gaye).
Deux exemples : Le cercueil de Flaubert  trop grand pour prendre place dans le trou réservé, ou bien le pied de nez du hasard faisant porter le cercueil de Wagner antisémite notoire par deux juifs.

Vous l’aurez compris Stéphane Audeguy a fait un livre cocasse, drôle, parfois féroce ; de pierres tombales en cercueils de cérémonies en dernières paroles, d’épitaphes en dernier souffle, on se régale et on rit beaucoup.« C'est le livre le plus léger et le plus gai que j'ai lu depuis longtemps » dit Frédéric Ferney

Un livre pour mourir de rire qui mérite une place dans votre bibliothèque


L’auteur


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Agé de 40 ans , Stéphane Audeguy vit à Paris. Il enseigne l’histoire du cinéma et des arts dans un établissement public des Hauts-de-Seine. Il a publié en 2005 son premier roman, La théorie des nuages, chez Gallimard. En 2007, il reçoit le prix des Deux Magots  pour « le fils unique ».

20.01.2009

Promenades sous la lune

promenades-sous-la-lune,M14817.jpgPromenades sous la lune - Maxime Cohen - Editions Grasset

C’est à une conversation de bon ton que nous convie Maxime Cohen, mais attention une conversation de haute tenue, rien de vulgaire, rien de plat non.
D’ailleurs il n’évite pas les sujets qui fâchent, il a parfois la dent dure et les jugements définitifs mais en ami patient et talentueux il sait vous prendre par la main et vous balader de chapitre en chapitre.

Question chapitres il y a le choix, ils sont courts mais variés : de Cicéron à Stendhal, d’Aristote à la bibliothèque de Leibnitz, de l’imparfait du subjonctif à Machiavel, des potages aux pipes à tabac.
Un chapitre nous propose d’ailleurs une méthode de lecture de ce livre, soit la façon sage et appliquée d’une lecture suivie, soit l’allure plus libre d’un lecteur qui grapille, qui pillote dirait Montaigne, selon ses désirs.

Rassurerez vous rien de pédant là dedans car l’érudition de Maxime Cohen est mâtinée de volupté aussi les pages consacrées au vin, à la cuisine sont nombreuses l’auteur goûtant fort les métaphores culinaires.

Le style est celui de l’érudit mais un érudit qui manie l’ironie avec talent et légèreté suffisamment pour que sa formidable culture ne pèse pas sur le lecteur, une grande élégance d’écriture, un ton très libre et parfois un brin d’irrévérence mais cette irrévérence est là pour nous dire toute son admiration mais il admire et ne révère pas, ses éloges sont d’autant plus précieuses.

Un bémol pourtant pourquoi mettre autant de notes de bas de pages, les faire aussi longues ? Dans un des chapitres la longueur des notes dépassent celle du texte !!! En la matière l’abondance nuit.

J’ai eu l’impression d’être l’invitée de Maxime Cohen et sans quitter mon fauteuil j’ai fait une longue promenade de siècle en siècle, j’ai été invitée dans sa bibliothèque à rencontrer ses amis.

Maxime Cohen pratique l’écriture « à sauts et à gambades » à la manière de Montaigne auquel il ne détesterait pas être comparé.
J’affectionne ce genre de livre, ceux où les chapitres sont courts, les avis tranchés, livres au désordre apparent mais dans lesquels on vient longtemps butiner, retrouver un jugement péremptoire ou une anecdote.

J’avais aimé Les enfants de Saturne de Jean Paul Enthoven, Lire comme on se souvient de Jean Mambrino, Charles Dantzig et son Dictionnaire égoïste de la littérature le livre de Maxime Cohen va trouver place à côté d’eux dans ma bibliothèque.

L’auteur
Né en 1952, Maxime Cohen est conservateur général des bibliothèques.
Il est l'auteur des «Confins de la mémoire» (1998).

La critique de Pierre Assouline pour le nouvel observateur

17.12.2008

Vous avez dit bibliothèques

d'une biblio l'autre.gifEnis Batur, D’une bibliothèque l’autre - Traduit du turc par François Skvor - Edition Bleu autour.

Jacques Bonnet - Des bibliothèques pleines de fantômes - Denoël

Deux livres de plus sur vos étagères me direz-vous, oui mais deux petits formats, minces et légers.

Pour savoir si ces livres sont faits pour vous répondez au questionnaire qui suit :

Chez vous les livres ont-il pris d’assaut toutes les pièces mêmes les plus « petits coins » ?
Vous arrive-t-il de racheter un titre déjà en votre possession parce que la traduction est meilleure ?
Préférez vous offrir un livre plutôt que de prêter votre exemplaire ?
des biblio pleines de fantômes.gif Vous arrive t-il de ne pas retrouver un livre parce que le classement de votre bibliothèque change au gré de votre humeur et de vos curiosités ?
Avez-vous peur de mourir dans votre sommeil, enseveli sous votre bibliothèque ?

Gardez vous les éditions de vos premières lectures même lorsque l’exemplaire est hors d’usage ?

je ne répondrais qu’à la dernière question sous peine de de voir ce billet atteindre une longueur insupportable.
Je garde de vieux livres de poches craquants de vieillesse, dont il faut tourner les pages avec une prudence inouïe sous peine de les voir partir en poussière, mais c’est là que j’ai pour la première fois découvert Anne Franck et son Journal, le Silence de la mer ou entendu rugir le Lion de Kessel, impossible de m’en séparer le temps du maigre argent de poche étant passé mon vieux Lion voisine dorénavant avec l’édition brochée mais garde sa place dans mon panthéon de lectrice.

Si faites vous partie de la confrérie des fous de livres, des malades de lecture, des lecteurs impénitents, ces deux livres sont pour vous.

Ces deux auteurs chacun à leur manière nous offre un précis qui pourrait s’intituler «  vivre avec les livres » à travers des textes courts et rassemblés pour l’occasion, vous y serez immédiatement en pays de connaissance.

Enis Batur nous invite dans des bibliothèques célèbres mais aussi dans celles disparues aujourd’hui, brûlées, pillées et à jamais détruites.
Alberto Manguel qui signe la préface « d’une bibliothèque l’autre » reconnait en Enis Batur un « alter ego » en lecture.

Jacques Bonnet vous dira tout sa façon de classer les livres ou ....d’y renoncer parfois, de sa crainte de mourir enseveli sous les livres, de sa manie d’écrire dans les marges avec des crayons différents à chaque lecture.

Un même thème se retrouve dans les deux livres : celui de la perte d’une bibliothèque, perte accidentelle ou volontaire, lors d’un incendie ou tout simplement parce que le possesseur décide de la vendre ( pour la racheter à prix d’or aussitôt après ...on ne se refait pas)

Je pratique la lecture par ricochets ou comme le dit Jacques Bonnet, « par cercles concentriques de plus en plus larges » celle qui vous entraîne à noter tous les titres rencontrés chez un auteur apprécié et je suis sortie de là avec une liste de livres à lire ABSOLUMENT. Comment ne pas se sentir en pays ami ?

Ce sont deux livres joyeux, vivants, vous y reviendrez régulièrement, rencontrer plus fou que soi a un côté très rassurant, faites leur une place dans votre bibliothèque.



Extrait « Des bibliothèques sont pleines de fantômes »
« Dans chaque livre ouvert pour la première fois, il y a un aspect « coffre-fort forcé ». Oui c’est exactement cela, le liseur frénétique est comme un casseur ayant passé des heures et des heures à creuser un souterrain pour parvenir à la salle des coffres d’une banque ».

Extrait« D’une bibliothèque l’autre »
Cette bibliothèque est un gigantesque sablier; voilà un certain temps que cette conviction s’est ancrée en moi. Lentement depuis ses plus hauts rayonnages, s’écoule un sable fin qui me remplit peu à peu. Les yeux posés sur ces étagères qu’un incessant flux de nouveaux livres vient nourrir, je prends conscience qu’il ne me restera plus assez de temps à leur consacrer.


Les auteurs

Jacques Bonnet
Editeur et traducteur a publié un magnifique ouvrage sur « Lorenzo Lotto » chez Adam Biro et un polar se déroulant à la Renaissance et mettant en scène un libraire et Giordano Bruno «  A l’enseigne de l’amitié » chez Liana Levi.

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Enis Batur est né en 1952 en Turquie. Poète, essayiste et romancier, il est une figure centrale de la littérature et de la vie culturelle turques.
Son œuvre se réfère autant à la mythologie islamique, aux soufis anatoliens qu’à la littérature occidentale.