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Les Indispensables

  • Terres de sang L'Europe entre Hitler et Staline - Timothy Snyder

    Depuis toujours l’histoire me passionne et j’ai beaucoup lu en particulier sur la 2ème Guerre mondiale, le régime stalinien ou le nazisme. 

    Au fil des lectures on enrichit ses connaissances mais il est rare qu’un livre soit un tel choc. Il se classe pour moi à coté de l' Archipel du Goulag. ou des grands témoignages comme ceux de Primo Levi ou Jorge Semprun

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    L'auteur

    J’ai lu ce livre trois fois depuis sa parution, une fois très vite après son achat et j’ai été sonné et je l’ai immédiatement relu. Je viens de le relire et je peux vous assurer que le temps n’a en rien diminué mon impression de départ, bien au contraire. Les évènements récents en Ukraine  prouvent s’il en était besoin que l’Histoire est une des clés de compréhension des problèmes actuels dans bien des points de l’Europe.

     

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    Pour savoir de quoi l'on parle

     

    Tout semble avoir été dit sur la Seconde guerre mondiale, les prémices, la montée du nazisme, la Shoah, le rideau de fer et le bloc de l’Est....

    Thimoty Snyder apporte pourtant un changement de perspective, une lumière neuve sur cette période de notre histoire.

    Pour cela il nous invite à nous détacher des particularismes régionaux ou nationaux et à considérer à la fois une période, qu’il fixe de 1933 à 1945, et un espace  géographique. Il ne s’agit plus d’une nation ou d’une catégorie de population mais d’un espace beaucoup plus large qu’il a dénommé Terres de sang où se déroulèrent la plupart des tueries, des massacres, des meurtres de masse de la Seconde Guerre.

    Entre 1933 et 1945, 14 millions de personnes perdirent la vie sur ces territoires !

     

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    La Pologne va payer le plus lourd tribut

     

    Le livre est aussi une comparaison de deux systèmes, de deux pouvoirs, de deux chefs d’état qui furent à l’origine des tueries, massacres et meurtres de masse.

    Ce que Timothy Snyder présente l’a déjà été mais toujours avec un parti pris national ou identitaire. Jamais les liens entre les deux régimes et les répercussions sur les populations de ces Terres de sang n’avaient été aussi clairement définis que dans ce livre. 

    L’histoire de ces territoires est effrayante, ils ont subi non pas une, ni même deux, mais souvent trois occupations successives chacune apportant violence, souffrance, massacres, délations, exécutions et résistance.
    Les deux régimes voulant conquérir ces territoires, les soviétiques pour renforcer leur régime, les nazis en quête d’espace vital pour la future race des seigneurs.

    L’Ukraine, la Bielorussie, la Pologne et les Etats Baltes furent les grandes victimes des deux régimes.  97% des victimes juives ne parlaient pas l’allemand et étaient issues de ces territoires.

     

    Pas question pour moi de vous faire un résumé exhaustif de ce livre mais plutôt de vous dire en quoi il fut un choc de lecture. C’est la similitude de comportement des deux régimes et des deux chefs qui m’impressionne le plus. 

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    Le massacre de Katyn 

     

    Quelques exemples :

    La famine qui fut l’arme de Staline pour faire plier les paysans, les Ukrainiens, les Bielorusses et autres peuples non russes de l’Union Soviétique fit sans doute plus de 3 millions de mort, la famine fut également utilisée par Hitler qui espérait détruire par la faim l’URSS. 3 millions de prisonniers russes en firent les frais sans compter le  million de morts de Léningrad.

     

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    L'Ukraine dans les années 33/34

    Les deux régimes éliminèrent sans pitié les hommes ou groupes qui entravaient leurs objectifs, la Grande Terreur coûta la vie à au moins 700 000 personnes en URSS, Hitler et Staline ont tenté par tous les moyens de détruire le peuple polonais en signant un pacte que bien des communistes français applaudirent, en se partageant le pays, en tuant les élites (21892 officiers polonais tués à Katyn) en déportant au Goulag la population, en livrant les opposants à la nation d’en face.

     

    Staline et Hitler ont également partagé une haine pour les Juifs qui étaient très nombreux sur ces territoires, beaucoup plus qu’en Allemagne par exemple.  Les juifs massacrés dans les terres de sang ont creusé des fosses dans lesquelles ils ont été abattus, c’est la Shoah par balles, ou gazés comme à Treblinka, Chelmno, Belzek ou Sobibor

     

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    Si ces usines de mort sont moins connues que les camps  comme Bergen Belsen ou Buchenwald c’est que le rideau de fer est retombé sur ces noms grâce à Staline qui ne souhaitait pas que la Shoah vienne masquer les efforts de guerre soviétiques.

    Dans les Terres de sang les victimes instrumentalisées par les nazis participèrent aussi aux massacres, ces peuples étaient enclins à l’antisémitisme et pressés de faire payer les terribles exactions des soviétiques et de son NKVD dont étaient membres à l’époque de nombreux juifs. 

    Sur les 6 millions de juifs victimes de la Shoah, 4 millions étaient issus des Terres de sang

     

    J’ai été surprise aussi par les mouvements de population en Pologne à la fin de la guerre dont je n’avais jamais réalisé l’ampleur : déplacements de population que l’on peut assimiler à un nettoyage ethnique concernèrent plusieurs millions de personnes et cela à la demande de Staline et avec, hélas, la complicité bienveillante des alliés.

     

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    Déplacements de population

     

    Tout au long du livre T Snyder s’attache à personnaliser ces victimes, à transformer les chiffres en personnes. Il raconte grâce à de multiples documents les vies brisées et l’on entend la voix des victimes de façon poignante.

    Les tentatives des Ukrainiens pour faire reconnaitre le génocide perpétré par Staline furent bien vite stoppées sous la pression des gouvernements en place. 

     

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    Un livre tout à fait indispensable pour comprendre non seulement ce qui s’est passé mais les retombées qui agitent encore aujourd’hui ces territoires.

     

     J'ai échangé autour de ce livre avec quelques blogueurs et en particulier avec  Tania  j

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    Le livre

    Terres de sang L’Europe entre Hitler et Staline - Timothy Snyder - Traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat - Editions Gallimard 

  • Alexandre Sojenitsyne Sept vie en un siècle - Bertrand Le Meignen

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    A Apostrophe 

    Certainement vous avez lu un ou deux de ses romans, certainement vous avez lu ou au moins entendu parler de son célèbre Archipel du Goulag mais connaissez vous la vie d’Alexandre Soljenitsyne, son enfance, son adolescence, fut-il un jour communiste ? Quand commença-t-il à écrire ?

     

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    La guerre :  il est capitaine décoré de l'Etoile Rouge

    Pour répondre à ces questions j’ai lu sa biographie lui qui

    « connu pendant près d’un siècle une vie extraordinaire, marquée par la guerre, le Goulag, la maladie, la dissidence, l’exile et la célébrité. » 

     

    Retour sur la jeunesse d’un homme d’origine ukrainienne et caucasienne né avec la Révolution, on le voit jeune marié puis combattant de la Seconde Guerre mondiale, séparé de son épouse qui fut contrainte de demander le divorce alors que lui pour avoir écrit quelques lettres de trop à un ami, se voit condamné au Goulag et surtout à la relégation à vie.

    On suit le combat de l’homme pour supporter sa détention et pour écrire écrire contre vents et marées. 

     

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    En Russie pour la parution de l'Archipel 

    Il apprend par coeur des textes car empêché de les écrire, il touche le fond parfois mais alors

    « ont commencé les années les plus importantes de ma vie, celles qui ont conféré à mon caractère ses traits définitifs. » dit Soljenitsyne.

     

    Les années de dissidence sont riches en péripéties et difficultés qu’il partage avec les figures de l’époque : Sakharov, Plioutch, Siniavski et bien d’autres

    Son combat difficile pour trouver un toit, un travail.

    On retrouve les moments forts de cette vie, la collaborations avec les Invisibles tous ces russes qui lui permirent de mettre à l’abri les pages de son oeuvre, de la photocopier pour la faire passer à l’ouest.

    Le rôle de ses amis les plus sûrs comme Mstislav Rostropovitch qui le mit à l’abri chez lui aux pires heures de la répression et qui en paya le prix.

     

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    Soljenitsyne et Rostropovitche à Cavendish aux Etats Unis

    Je me souviens des émissions de Pivot qui lui furent consacrées et de ma première lecture du Pavillon des cancéreux, ce sont des lectures inoubliables et aujourd’hui qu’enfin l’Archipel est disponible en version poche je ne peux que tenter de vous convaincre d’en faire la lecture, c'est un grand moment d’histoire et de littérature 

     

    La biographie de Bertrand Le Meignen, qui, il faut le préciser n’est pas du tout un universitaire, est riche, elle m’a permis d’aborder la vie de cet écrivain exceptionnel et d’en découvrir des facettes peu habituelles. 

    J’ai apprécié également les mises au point sur ses oeuvres tardives que ses ennemis de toujours ont tenté de faire passer pour des écrits d’un vieux fou antisémite. 

     

    Du coup comme toujours je poursuivrai un jour avec la biographie de Lioudmila Saraskina qui au dire des connaisseurs est la meilleure.

    Mais surtout la lecture de cette biographie m’a convaincu de m’attaquer à la grande oeuvre de Soljenitsyne : La Roue rouge, l’histoire de cette révolution qui se solda par 70 ans de vie sous le joug soviétique.

     

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    Les livres

    Alexandre Soljenitsyne  Sept vies en un siècle -  Bertrand Le Meignen - Editions Actes Sud Solin

    L’Archipel du Goulag - Alexandre Soljenitsyne - Editions Points (hélas une version abrégée) 

     

  • La Grande Bretèche - Honoré de Balzac

    Voilà pourquoi j’aime la lecture, pour être emportée, médusée, choquée, ravie, stupéfaite, enthousiasmée par un roman comme celui-là

    Vous croyez que j’en fait trop ? non pas du tout, on est loin, très loin du Balzac qui prend son temps, qui fait des tours et des détours pour vous présenter une ville et des personnages.

    Ici tout va vite, très vite, c’est une grande nouvelle plutôt qu’un roman, on pourrait être chez Maupassant ou mieux chez Edgar Poe.

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    La vraie Grande Bretèche

    Si vous êtes de Tours vous savez que la Grande Bretèche c’est le nom d’un couvent mais Balzac n’en a cure et à transformé le couvent en une maison abandonnée dans la bonne ville de Vendôme.

    Nous sommes dans un salon, chacun y est allé de son récit et maintenant c’est le docteur Bianchon qui prend la parole.

    Son histoire commence simplement par une promenade dans le jardin d’une maison abandonnée  mais très vite il y a une série d’emboitement, un récit dans le récit, des narrateurs multiples. 

     

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    « À une centaine de pas environ de Vendôme, sur les bords du Loir, dit-il, il se trouve une vieille maison brune, surmontée de toits très élevés »

    Le mystère de cette maison, dont le jardin est un petit paradou, tient le lecteur accroché.

    Bianchon donne la parole à un petit notaire de province qui faisant fi du secret professionnel nous informe des dispositions testamentaires de Mme de Merret, le jardin et la maison sont interdits à quiconque et ce pour les cinquante années à venir. Mme Merret est morte en léguant sa fortune à l’hôpital de la ville.

    Curieux leg et curieuses dispositions. 

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    « Devant ce logis est un jardin donnant sur la rivière, et où les buis, autrefois ras qui dessinaient les allées, croissent maintenant à leur fantaisie. Quelques saules, nés dans le Loir, ont rapidement poussé comme la haie de clôture, et cachent à demi la maison. Les plantes que nous appelons mauvaises décorent de leur belle végétation le talus de la rive. Les arbres fruitiers, négligés depuis dix ans, ne produisent plus de récolte, et leurs rejetons forment des taillis. Les espaliers ressemblent à des charmilles. Les sentiers, sablés jadis, sont remplis de pourpier ; mais, à vrai dire, il n’y a plus trace de sentier. (...) ce coin de terre fit les délices de quelque gentilhomme occupé de roses, de tulipiers, d’horticulture en un mot, mais surtout gourmand de bons fruits. On aperçoit une tonnelle, ou plutôt les débris d’une tonnelle sous laquelle est encore une table que le temps n’a pas entièrement dévorée »

    Bianchon qui s’est vu interdire le jardin va chercher à en savoir plus et pour cela il va faire parler Rosalie qui fut servante chez les Merret. 

    Voilà vous ne tirerez rien de plus de moi car je m’en voudrais de vous gâcher le plaisir de la lecture. Je dois dire que j’ai été à la fois stupéfaite, ignorant que Balzac avait écrit ce genre de récit, et enchantée car c’est un plaisir total que de découvrir cette histoire. 

    Surtout pour ceux qui ne l’ont jamais lu, ne cherchez pas à en savoir plus, laissez vous convaincre et plongez dans le récit. Vous ne le regretterez pas. 

     

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    Le livre : La Grande Bretèche - Honoré de Balzac - Editions numérique Arvensa  ou Folio Classique 

     

  • La Marche de Radetzky - Joseph Roth

    A quel moment de la lecture sait-on que l’on a en main un chef-d’oeuvre ?  Quand insensiblement on ralentit sa lecture, quand on se surprend à relire une phrase, un paragraphe, juste pour le plaisir, quand on se met à lire à voix haute un passage pour faire résonner les mots.
    C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de Joseph Roth.

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    J’avais ce livre dans ma ligne de mire depuis longtemps mais le volume emprunté en bibliothèque était de tellement mauvaise qualité, frappe serrée, typographie baveuse, encollage qui ne permet pas d’ouvrir normalement le livre, bref j’avais renoncé. 

    C’est donc avec plaisir que j’ai ouvert ce volume clair, bien imprimé et qui va évidement resté dans ma bibliothèque.

    Une fresque magnifique, qui a la beauté des dernières fusées des grands feux d’artifice, on sait que ce sont les plus belles mais aussi que ce sont les dernières.

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    Solférino

    Un déroulé sans faille, depuis le geste du Héros de Solférino, le brave soldat Trotta pousse l’empereur François-Joseph pour lui éviter un tir ennemi, blessé son fait d’armes va changer sa vie et celle de sa famille à tout jamais. Il monte en grade et est anobli en von Trotta, il reçoit une petite fortune. 
    C’est un sage sujet de l’Empire, un paysan slovène de Sipolje qui devient par la grâce de son geste un héros de livre d’histoire.

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    François-Joseph

    Mais il a un double, c’est l’Empereur lui-même qui sera son jumeau tout au long du récit, récit qui va de l’épanouissement de l’Empire à sa chute, de la montée vers la gloire de la famille Trotta à son délitement.

    Le récit est magistralement conduit. On suit les conséquences du mythe du sauveur sur les relations dans la famille von Trotta, un fracture s’est faite entre père et fils « Son père était séparé de lui par une montagne de grades militaires »
    Joseph Roth déroule trois générations avec en réminiscence permanente le geste mythique parce que « quand on était un Trotta, on sauvait sans interruption la vie de l'Empereur »
    Le fils sera préfet, fidèle à François-Joseph 
    « Tous les concerts en plein air – ils avaient lieu sous les fenêtres de M. le préfet – commençaient par la Marche de Radetzky. »
    Le petit-fils Charles-Joseph von Trotta  reprend le métier des armes sans passion, sans bravoure, empêtré dans des histoires de femmes, de jeu et de duels. On est loin du héros de Solférino.

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    La fin de l'Empire

    Le sous titre de ce roman pourrait être à la manière de Gibbons : grandeur et décadence de l’Empire Austro-hongrois.
    Il se déroule aux confins de l’Empire, en Galicie, en Moravie où l’on assiste au réveil des nationalismes et à la fin du « grand soleil des Habsbourg » qui faisait tenir ensemble des peuples de langue, de culture, de religion différentes.

    Comme dans « Souvenirs d’un européen » de son ami Stephan Zweig, Joseph Roth exprime sa nostalgie de cette Mitteleuropa à jamais disparue.

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    Un roman magnifique avec des morceaux inoubliables, un duel, la mort d’un vieux serviteur, la rencontre avec l’Empereur ou cette Marche de Radetzky qui donne son titre à l’œuvre se fait entendre chaque dimanche sous les fenêtres du préfet, puis revient régulièrement par la suite, comme l’écho lointain d’un passé disparu, comme le souvenir d’une gloire antérieure à jamais révolue. 

     

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    Le livre : La marche de Radetzsky - Joseph Roth - Traduit par Blanche Gidon - Editions du Seuil

  • L'intrus - William Faulkner

    Qu’arrivait-il dans les années vingt dans le Mississipi à un noir arrêté arme en main avec à ses pieds le corps d’un blanc abattu d’une balle dans le dos ?

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    Le lynchage de Thomas Shipp et Abram Smith, 7 août 1930 à Marion, Indiana

    Surtout quand la victime est de la tribue des Gowrie. Toute la ville s’attend à un lynchage, une pendaison ou même l’utilisation d’un simple bidon d’essence. Heureusement pour Lucas Beauchamp demain c’est le sabbat et il gagne quelques heures de vie.

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    Le film tiré du roman

    Quand Charlie avait 12 ans Lucas lui a sauvé la mise, il était passé à travers la glace d’une rivière gelée. Charlie sentant une dette peser sur sa conscience a eu un peu plus tard un geste qu’aujourd’hui encore il regrette, faisant ce qu’on attend d’un blanc vis à vis d’un noir.
    Aussi aujourd’hui quand Lucas Beauchamp dit ne pas être l’auteur du meurtre et que pour le prouver il lui demande d’aller tout simplement déterrer la victime, Charlie se sent obligé d’obéir.

    Il va trouver de l’aide auprès de la vieille Miss Habersham qui fournit véhicule, pelle et pioche ! 

    Lucas Beauchamp n’est pas un noir ordinaire et avec ce personnage c’est tout le talent de Faulkner qui s’impose.

    Lucas est le prototype du nègre qui ne s’incline pas devant les blancs, qui n’enlève pas son chapeau, ne remercie pas, ne plie pas le genou, cela même de l’avis des autres noirs qui eux font ce que l’on attend d’eux c'est à dire endurer et survivre.

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    Lucas Beauchamp

     L’intrigue est on ne peut plus simple mais elle est magnifiée par le talent de Faulkner et comme moi je pense vous serez admiratif du retournement qui se produit entre la première scène, celle du sauvetage de Charlie Mollison et la scène finale.

    Dès le début on se perd dans ses digressions, ses parenthèses, ses incises. On suit le monologue intérieur de Charlie, fil rouge du roman, son sentiment de culpabilité, son besoin de payer sa dette, il est intelligent et fier mais sait déjà que les blancs, les petits fermiers autour de lui, se font une autre idée de la justice et du droit et Gavin Stevens son oncle juge et attorney n’est pas exempt des mêmes préjugés.

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    Oxford Mississipi la ville de Faulkner

     

    Si vous aimez Virginia Woolf vous êtes déjà initié au flux de conscience, Faulkner est dans le même registre avec une dureté beaucoup plus prégnante et une permanence parfois déroutante. Les retours en arrière ne sont pas signalés alors on se perd parfois en route mais un coup de rétroviseur et l’on retrouve le bon chemin.

    Ce roman initiatique splendide que Faulkner écrit à la veille d’être couronné par le Nobel est une bonne façon d’entrer dans son univers pas toujours simple d’accès, beaucoup plus facilement que ses grands romans qui peuvent décourager plus d’un lecteur. 

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    Le livre : L’intrus - William Faulkner - Traduit par RN Rimbauld et Michel Gresset - Editions Gallimard Folio

     

  • La bibliothèque Universelle et Magie du livre - Hermann Hesse

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    Après ma lecture de l’Ornière j’ai eu envie de rouvrir les deux livres de Hermann Hesse qui m’accompagnent depuis bien des années maintenant. Lorsque j’ai allégé ma bibliothèque ils ont fait partie des livres mis immédiatement de côté comme indispensables et heureuse chose ces deux livres sont toujours disponibles chez l’éditeur.

     

    La Bibliothèque Universelle

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    Ce livre est un recueil de textes de longueur très variable, de quelques lignes à plusieurs pages. C’est un tour d’horizon des lectures d’Hermann Hesse et dieu sait que l’écrivain était un lecteur extrêmement éclectique.

    Il fut certainement parmi les premiers à s’intéresser aux littératures asiatiques et Confucius est en bonne place à côté de Bouddha mais aussi des textes sacrés ou de l’épopée de Gilgamesh.

    On découvre un auteur féru de contes et légendes mais bien sûr les pages les plus nombreuses sont pour la littérature allemandes et j’ai découvert là lors de ma première lecture bien des auteurs vers lesquels je suis revenue plus tard : Keller, Stifter, Schiller qu’à cette époque je ne connaissais que de nom. 

    Goethe trône en majesté au milieu de ce livre et de longues pages lui sont consacrées. 

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    Mais c’est toute l’Europe qu’Hermann Hesse fait défiler par ordre chronologique, de Plutarque à Gide en passant par Casanova, Voltaire ou Defoe.

    Bien sûr il a ses préférences et ses à priori mais j’aime qu’un auteur prenne parti, qu’il ose dire qu’une oeuvre révérée ne l’enchante pas du tout et au contraire que tel livre n’a pas la place qu’il mérite selon lui.

    C’est grâce à ce livre que j’ai lu Nathan le sage, Henri le vert de Gottfried Keller. Il se réjouit des traductions de Stendhal dont « une partie de l’oeuvre restera immortelle »  Il aime Dumas « quel plaisir de lire ce que raconte cet homme incroyable plein de santé, de joie de vivre et de confiance en soi (...) ce gaillard n’est pas seulement un tableur et un joyeux farceur, mais aussi un remarquable écrivain. »

    De Victor Hugo il retient l’Homme qui rit que je me propose de lire bientôt.

    De Balzac il dit que ce qu’il trouve remarquable c’est que « l’on peut le lire de plusieurs manières différentes. On peut en effet, ce qui est impossible chez la plupart des grands auteurs, le lire à chacun des stades de la vie, que l’on soit un jeune homme ou chargé d’années. »

    Je trouve magnifique qu’il se soit passionné pour la littérature jusqu’à la fin de sa vie et que sa Bibliothèque universelle se soit enrichie des écrivains qui n’avaient pas encore atteint la notoriété : Kafka dont il fut l'un des découvreurs, Gide, Wells, Proust ou Thomas Woolf ou JD Salinger.

    Bien entendu il consacre de longues pages à Dostoievski qu’il aimait énormément mais qui nous dit-il « garde toujours son halo de mystère lorsque nous l’abordons dans nos moments de désarroi ou de recueillement. »

    Un tour du monde littéraire que l’on a plaisir à entamer et à refaire au gré des saisons, des années, des envies.

     

     

    Magie du livre 

     

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    C’est à la fois le lecteur et l’écrivain qui prend la plume ici, quelques articles un peu convenus : discours, préface à une édition , mais surtout l’expression de la passion d’Hermann Hesse pour la poésie, la littérature et l’écriture bien sûr.

    Les différents articles sont tous intéressants, certains égratignent, d’autres expriment une certaine colère, la sincérité de l’auteur est toujours là jusque dans ses partis pris et ses exagérations.

    On a des études du style littéraire, sur l’art du récit, Hesse par en guerre contre les classifications «  A quoi me sert de savoir si un tel ou un tel est un symboliste, un naturaliste ? »

     

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    La place de la littérature et de la poésie allemandes est grande et beaucoup de noms inconnus apparaissent, certains sont oubliés mais d’autres à découvrir et c’est tout le sel de ces chapitres là.

     Ce qui ressort de façon absolue c’est l’exigence de qualité, à bas les lectures faiblardes et trop faciles, il est pour laisser tomber un texte qui ne se révèle pas de qualité ! pas de quartier à bas la qualité médiocre. 

    Pour lui lire c’est lire plusieurs fois « la lecture unique, obligatoire ou seulement curieuse, n’apporte jamais de véritable plaisir. » 

    l’auteur a eu une éducation très puritaine et très rigide et cela se sent dans ses jugements littéraires qui sont parfois un rien figés mais le plus souvent ses articles sont enthousiasmant, c’est un aristocrate de la lecture.

    Il investigue tout : la façon d’acheter, de classer, de conserver les livres, c’est un lecteur toujours à l’affut d’un trésor inconnu. Un article est consacrer aux traductions, aux lectures de vacances et à la lecture au lit.

    Le chapitre central c’est celui de sa bibliothèque idéale qui reprend ses livres favoris, c’est là que son éclectisme éclate vraiment, quel extraordinaire lecteur et quelle fraicheur dans les propos de ce vieux monsieur. Ses articles sont parfois un peu polémiques mais que serait la passion sans un peu de mauvaise foi. 

    Hermann Hesse romancier, critique et passeur, je vous propose dans un prochain billet de retrouver le promeneur.

     

    Les Livres

    La bibliothèque universelle - Hermann Hesse - Traduit par Jacques Duvernet - Editions José Corti 1995

    Magie du livre - Hermann Hesse - Traduit par François Mathieu et Britta Rupp - Editions José Corti 1994