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Les Indispensables - Page 3

  • L'obèle - Martine Mairal

    Une fille d'Alliance

     

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    Je me suis promenée chez Montaigne au début de l'été et voici un billet pour clore ma balade un livre que Rosa m'a soufflé

     

    Marie de Gournay est née quelques années avant que Montaigne ne se retire de la vie publique et n’écrive les premières pages de ses Essais.

    Bien que fille, elle réussit à obtenir de ses parents de faire des études, elle apprend le latin, le grec et les sciences et elle lit autant que faire se peut.

    Dix sept ans est le tournant de sa vie, l’âge auquel elle découvre les écrits de Montaigne

     

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    Le temps de la Saint Barthélémy

    « A dix-sept ans, j'entrais en érudition comme on entre en religion; la religion d'un livre qui les contient tous : les Essais de Michel, Seigneur de Montaigne ».

    Ce livre la comble totalement, il « parlait à mon esprit avec une limpidité et une force jamais éprouvées» dit-elle

     

     

    Aujourd’hui les lecteurs qui veulent rencontrer leur auteur favori se rendent au salon du Livre, à l’époque rien de tel, surtout pour une fille qui est déjà en délicatesse avec sa famille ayant systématiquement refusé tous les partis qu’on veut lui faire épouser. 

    Lorsqu'elle apprend que Montaigne est à Paris pour des raisons politiques, elle lui écrit une missive pour solliciter une entrevue et espère que Montaigne saura l'entendre

     

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                                Le Paris des guerres de religion

     

    «  Si je provisoire échapper, fût-ce une fois dans ma vie,à la mauvaise réputation que me veut ma féminine complexion » lui écrit-elle.

     

    Et le miracle se produit, l'auteur lui rend visite en sa demeure.

    « Au premier regard, il pénétra l'extraordinaire de cette rencontre, sut tout de moi, me saisit d'emblée différente, me décida son égale en esprit sinon en âge ... ».  

    Elle craint d'être déçue « Je tremblais d'angoisse, non de ne point lui plaire, mais bien qu'il ne me plût point.»

    Mais bien vite il la reconnaît comme une âme sœur :  « Rares sont les vrais lecteurs labourant à moissonner toute l'étendue du champ de la pensée » et l'amitié littéraire est immédiate.

    Cette amitié se poursuivit jusqu’à la mort de Montaigne.

     

    Il la fait sa fille d'alliance, ce qui sera souvent contesté par certains des amis de Montaigne car  «  Rares sont les femmes que leur noblesse, leur richesse ou leurs alliances tiennent quittes d'obéir au sort commun qui les veut niaises à douze ans, belles à quinze, mère à dix-sept, résignées à vingt, vieilles à vingt-cinq et dévotes à trente si elles ont survécu. »

     

    Marie apprenait son futur rôle d'éditrice. Il lui expliqua l'obèle :

     

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    « Voyez ce signe, Marie. Trois traits  y suffisent. Une barre verticale ferrée de deux traits brefs à chaque extrémité. Tant me plaît cette petite broche que les copistes alexandrins dénommaient obélos. J'ai fait mien ce signet de leurs hésitations sur l'authenticité de tel ou tel vers d'Homère. Il saura vous parler quand je me serai tu. Suivez-le à la trace. Il indique le point de bifurcation où enchâsser mon ajout dans mon texte ».

     

    Montaigne utilisait ces signes en permanence, ses Esssais se voyaient enrichir en permanence d’allongeails qu'il signalait d'un obèle.

     

    Marie de Gournay a tenu salon et aurait pu être académicienne, seul l’acharnement de quelqu’uns l’en empêchèrent, elle put ainsi consacrer sa vie à l’édition des Essais «  Sans la vigile fidélité de Pierre de Brach, sans la volonté de Françoise de Montaigne de faire respecter les vœux de son époux, j'eusse été écartée de l'histoire des Essais, notre amitié niée, sa langue épurée, censurée et ses papiers détournés »

    Elle fut à l’origine des éditions de 1595 et 1598 pour lesquelles elle demeura dans le manoir de Montaigne et travailla librement dans sa librairie car elle détenait la confiance de la femme et de la fille de Montaigne.

     

     

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    Le titre peut éloigner des lecteurs et ce serait dommage, mais il faut bien dire que Martine Mairal s’en donne à coeur joie avec les mots disparus de la langue française, obèle est de ceux là, ces mots même que l’Académie de l’époque voulait voir supprimer du dictionnaire au grand dam de Marie de Gournay.

    Martine Mairal croit à l’amitié amoureuse entre ces deux êtres « Il me fut Michel, je lui fus Marie. Le reste ne regarde que nous. » fait-elle dire à Marie de Gournay.

     

    Quand on sait que pendant des années, l’Université Française a fait la fine bouche à propos de Montaigne, ne lui reconnaissant pas le titre de philosophe, on s’étonne moins que ce roman magnifique soit passé quasi inaperçu à sa sortie.

    En ces temps de rentrée littéraire il est bon de se rappeler qu’il ne suffit pas d’être de paraitre à l'automne pour être un bon roman. 

     

    Merci à Rosa 

     

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    Le livre : L’Obèle - Martine Mairal - Editions Flammarion 

     

  • Comment vivre ? Une vie de Montaigne

    Pourquoi ne pas tenter l'aventure ?

     

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    Vous êtes déjà un lecteur assidu des Essais ? ce livre va vous enchanter par la richesse des points de vue développés.

    Vous êtes un nouveau lecteur de Montaigne ? c’est une entrée en matière splendide, familière, éclairante. 

    J’ai acheté ce livre parce que je suis toujours à l’affut de livres sur Montaigne et aussi parce que l’auteure dans sa prestation à la Grande Librairie m’a paru simple et joyeuse.

     

    Ma bibliothèque Montainienne est déjà bien fournie et pourtant ce livre m’a vraiment enchanté. 

    Ce que j’ai aimé ? 

    Tout d’abord le ton : gai, jovial, enlevé et savoureux. Il y a un joli clin d’oeil à Montaigne et ses Essais , à l’homme qui aimait tant la conversation, car c’est à une conversation entre amis que nous convie Sarah Bakewell.

     

     

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    L’auteur a fait le choix de chapitres qui questionnent le texte des Essais.

    Y a t-il une bonne façon de vivre ?  Sarah Bakewell balaie ainsi tous les thèmes chers à Montaigne et pour chacun propose une tentative de réponse, une solution, un truc, un conseil qu’elle va chercher chez le philosophe qui lui, préfère parfois nous livrer son point de vue par petits bouts, bien caché au milieu d’anecdotes, de digressions ou de citations latines.

     

    Comment vivre ? 

    - Lire beaucoup, oublier l’essentiel de ce qu’on a lu (ohhhhh)

    - Utiliser de petites ruses

    - Tout remettre en question

    - S’arracher au sommeil de l’habitude

    - Faire du bon boulot sans trop ( je l’aime beaucoup ce chapitre là) 

    Et beaucoup d’autres comme : Garder son humanité, un thème qui revient souvent sous la plume de Montaigne lui si résolu contre la torture, les procès en sorcellerie, l’intolérance, les conflits armés. 

     

     

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    Une façon de revisiter les essais tout à fait réussie, pas une fausse note, pas un moment d’ennui. L’auteure nous invite avec espièglerie à retrouver Montaigne dans ses successeurs qui furent parfois des frères ennemis : Pascal ou Rousseau qui le pillèrent tout en le critiquant, s’en inspirèrent tout en le moquant. 

    Pas possible de sortir du livre avant d’avoir croiser Shakespeare ou John Florio, Nietzsche, Virginia Wolf ou Stefan Zweig, admirateurs inconditionnels.

     

     

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    un article de la société des amis sur le livre de Sarah Bakewell

    Ce livre doit se lire avec à côté de soi une version des Essais comme celle d’Arléa qui permet une approche simple de la langue et une traduction immédiate des citations sans avoir recours à des notes.

    Ce livre sera votre allié, votre aide, votre lampe de secours quand Montaigne se fera un peu obscur, quand vous errerez un peu dans  son maquis, quand vous perdrez le fil de sa conversation.

    Le père de Montaigne souhaitait que son fils apprenne avec « douceur et liberté sans rigueur et contrainte »  c’est exactement ce que Sarah Bakewell nous propose. La traduction est parfaite !!

     

    On sent dans ce livre toute la richesse des Essais, ce livre « à hauteur d’homme » et toute la passion de Mme Bakewell qui dit à la manière de Montaigne « Quand j’aime, j’aime »  

     

     

                    Une interview de l'auteure

     

     

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    Le livre :   Comment vivre? Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse  - Sarah Bakewell - Traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat - Editions Albin Michel

  • La Tristesse des anges- Le coeur de l'homme - Jón Kalman Stefánsson

    Une saga islandaise

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    Pour le résumé du premier roman de la série Entre ciel et terre  je vous invite à relire le billet que j’avais fait à la sortie du premier tome de cette saga islandaise.

     

    Après nous avoir retracé l’histoire du gamin féru de poésie, nous repartons dans La tristesse des anges en compagnie de Jens le postier

    Postier dans ces contrées c’est un métier à risque, le froid et les tourmentes de neige peuvent vous faire disparaître comme un rien. Il est aimé Jens, il est celui qui apporte les nouvelles du monde, qui emporte avec lui les messages d’amour, qui livre le journal local avec ses potins. Son patron le déteste et se fait un malin plaisir de l’expédier porter le courrier vers un fjord qu’il ne connait pas et dont l’accès doit se faire par bateau. La mer le terrifie aussi est-il décidé de lui adjoindre le gamin qui lui a le pied marin. 

     

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                                       "La Rive de l'hiver"

     

    Le gamin qui venait juste de commencer son apprentissage de l’anglais et de découvrir les sentiments amoureux, va devoir accompagner Jens et affronter avec lui la mer hostile, les tempêtes de neige, le brouillard qui rend tous les repères inutiles pour atteindre « la rive de l’hiver ».

    L’homme et l’enfant vont devoir trouver leur chemin, de hameau en hameau il leur faut porter les lourdes sacoches, trouver le gîte et le couvert auprès de familles dépourvues de tout et ensevelies dans le froid l’hiver durant.

     

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    « Il neige. Une charpie de flocons emplit la voûte du ciel et s’amoncelle sur le monde »

     

    L’auteur est habile et je n’ai jamais eu envie d’abandonner là Jens et le gamin, j’ai vibré avec eux, les personnes rencontrées sont autant de héros singuliers et discrets, Kjartan le pasteur en proie au doute, une femme pour qui un livre est plus précieux que du pain. Au milieu de la tempête où la tragédie affleure en permanence, la pulsion de vie qui anime les hommes et les femmes rend la lecture pleine d’allégresse.

     

    Dans le Coeur de l'homme dernier volume de ce long périple nous retrouvons le gamin qui a trouvé asile chez un médecin. L’hiver se termine, les jours allongent et la lumière emplie le paysage. Une nouvelle campagne de pêche va commencer. 

    Le gamin est bientôt de retour auprès de Kolbeinn.et tous les personnages s’animent autour de lui, Andrea, Pétur et Einar, l’imprimeur Olaf, Gisli avec qui il se gave de ces mots qui « sont nos armes contre le temps, la mort, l’oubli, le malheur.» 

     

    Il rêve et ses rêves «  proviennent de l'intérieur, ils arrivent, goutte à goutte, filtrés, depuis l'univers que chacun de nous porte en lui » . Souvent il pense à son ami Bárður qui l’a poussé vers la lecture qui « élargit l’horizon de la vie ».

    Le gamin fait aussi son apprentissage amoureux et  tente de résister à la séduction de Ragnheiður. Bref il grandit.

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    Tout au long de ces trois livres on est fasciné par les flot des pensées des personnages, leur inquiétude spirituelle, leur culpabilité parfois, le flux des sensations qui les assaillent, tout est amené avec habileté et délicatesse. On est pris d’une totale empathie pour eux et l’on a aucune envie de les quitter.

    On a parfois l’impression de se perdre, mais au détour d’une phrase on retrouve une pensée, une émotion, le commentaire parfois drolatique d’un personnage ou un proverbe et l’on poursuit sa route.

     

    Cette trilogie détient un fort pouvoir de fascination. L’écriture demande parfois un effort : les noms, la multitude de personnages sont de légers obstacles qui valent d’être surmontés.

    L’ écriture de Jón Kalman Stefánsson est pareille au climat islandais, il peut vous perdre dans ses brumes, ses méandres, ses bourrasques de neige mais son lyrisme vous tient toujours sous sa coupe. 

    Il faut dire et redire que sans l’extraordinaire traduction d’Eric Boury l’écriture de Stefánsson ne nous toucherait pas autant.

     

    Cette saga est un hymne à l’Islande et aux islandais férus de récits et de poésie et vous pouvez lui faire une place dans votre bibliothèque

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    Jérôme est tout aussi enthousiaste que moi pour les 2 romans

     Les livres : La Tristesse des anges et Le coeur de l’homme - Jón Kalman Stefánsson - Traduction Eric Boury - Editions Gallimard

  • Liberté dans la montagne - Marc Graciano

    Le temps de l'imaginaire

     

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    Comment parler d’un livre que l’on a énormément aimé au point d’avoir envie de le garder pour soi ? 

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    « Depuis bien des jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivière. »

     

    Le livre débute comme un récit initiatique, vous ne saurez jamais où se passe le récit, ni le nom des deux personnages, ni d’où ils viennent, ni où ils vont.  

    Le vieux et la petite vont cheminer ensemble tout au long du roman, le vieux protégeant la petite, l’éveillant à ce qui l’entoure, la portant quand elle est fatiguée, la réchauffant quand elle a froid, la nourrissant avec amour. 

    Ce que l’on devine c’est que le récit fait retour vers un monde médiéval, un monde ancien. L’homme et l’enfant vont affronter ensemble des épreuves. 

    Un moyen-âge imaginaire se déploie, le village et ses remparts, un tournoi avec des chevaliers en cotte de mailles et des dames portant hennin, le travail des artisans le long de la rivière. 

     

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    Ils vont croiser la route d’une série de personnages, bienveillants ou dangereux, comme les figures d’un ancien jeu de cartes, l’auteur les nomme : il y a le géant, l’abbé, le veneur. Les lieux traversés sont nommés avec le même laconisme : le marais, la ville….

    Le vieux se fait éducateur :

     

    « Il lui dit qu’ils possédaient le ciel et il lui dit qu’ils possédaient la forêt et il lui dit qu’ils possédaient les poissons dedans la rivière et aussi les animaux de la forêt. Il lui dit qu’ils possédaient les plantes et il lui redit qu’ils possédaient le ciel et aussi les oiseaux dedans le ciel »

     

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    « De grands et nobles animaux enfantés par la nuit des forêts et le vieux lui parla de leur vie de bêtes traquées. Il lui parla de leur vie de proies fugitives et lui parla de leurs moeurs. Il lui parla des rudes combats entre mâles et  lui parla des femelles faonnant dans les chambres de feuillage. »

     

    Il lui nomme le monde, lui montre ses beautés et ses pièges

    « Chaque fois qu’il le pouvait, le vieux enseignait la petite sur les êtres et sur les choses qu’ils rencontraient. Le vieux nommait à la petite toutes les choses qu’elle découvrait et, quand il le connaissait, il lui en décrivait l’usage. »

     

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    Il l’avertie de la folie des hommes lorsqu’ils assistent à un exécution 

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    « le vieux dit à la petite qu’il n’existait pas de mot pour le décrire et il se tut en poursuivant sa marche puis, après un moment encore, le vieux reprit la parole et il dit à la petite fille que, de surcroît, il n’aurait servi à rien de l’inventer. »

     

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    Avec lui elle découvre le monde, sa violence, ses lois, sa beauté.

    Le chemin sera long et semé d’embûches, de belles rencontres, de dangers évités pour atteindre le but du voyage.

     

    Le récit se déploie et l’auteur utilise un mode d’écriture basé sur la répétition, ces répétitions transforment les phrases en litanies, donnent au récit un rythme lent et procure une sensation un peu hypnotique.

    C’est une écriture qui envoûte mais qui aussi se mérite, l’auteur vous fait parcourir des lieux escarpés et sa langue est elle-même une épreuve initiatique.

    Pour le lecteur aussi il s’agit d’apprentissage, les mots du travail, des outils, de la chasse, de la pêches, les mots des joutes et des tournois. Ils sont autant de pièges et de détours qu’il vous faudra passer. 

     

    J’ai noté au fur et à mesure tout un vocabulaire inconnu, inusité, rare, et j’ai béni mon Littré et mon Dictionnaire historique de la langue française. 

                       brousser   cabarer    eubage    

                    cosnil    camail  archiatre  faonner 

                         muid  brassin  abeausir 

                   toue   achevaler  ablais   dosse 

                         ébarouir    adamantin

              

    Pour apprécier ce livre il faut accepter de se laisser surprendre, ensuite on est envoûté et on pénètre dans les terres secrètes de Marc Graciano.

    Ce livre est beaucoup plus qu’une bonne surprise, c’est un récit splendide auquel il faut faire une place dans votre bibliothèque.

     

    Le Livre : Liberté dans la montagne - Marc Graciano - Editions José Corti

     

    L’auteur : C’est le premier roman de Marc Graciano qui est infirmier en psychiatrie et vit près du plateau du retord dont les paysages ont sans doute inspiré plusieurs pages de ce roman

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  • Wilderness - Lance Weller

    Le pays et le temps de Lincoln

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    Bien loin d’Autant en emporte le vent, ce roman nous plonge dans la guerre de Sécession. Une lecture récente, celle de la biographie de Lincoln, m’avait donné envie de lire quelque chose d’un peu documenté sur cette guerre. En fait c’est un roman que j’ai choisi et quel roman !!

     

    1864 en Virginie, la guerre bat son plein et même si les armées confédérées donnent de vrais signes de fatigue, les combats sont encore très très violents.

    Abel Truman est un des ces soldats, de ceux qui chantent Dixie, il s’est laissé enrôlé non par conviction mais parce qu’il pense mériter cette punition.

    Une grande bataille se prépare dans la forêt de Wilderness près de Spotsylvania. 

     

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                         la bataille de Wilderness - Bibliothèque du Congrès

     

    Et pourtant la nature est magnique et rien ne prédispose les lieux a être champs de bataille

     

     

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    « Ce matin-là était rempli de chants d’oiseau et les branches étaient traversées de rayons de soleil pâles et obliques, si bien que la lumière éclatante s’étalait sur les feuilles et qu’une légère vapeur s’élevait de la mousse sur le sol de la forêt. Ce matin-là le soleil faisait briller la rosée comme des perles minuscules enfilées sur la résille délicate et précise des toiles d’araignées. Ce matin-là il flottait dans l’air une odeur de soleil, de chaleur et de toutes les bonnes choses en train de pousser. »

     

    1899 Un vieil homme qui vit en compagnie d’un vieux chien quitte sa cabane en bois flotté au bord du Pacifique, quelque part dans l’état de Washington. Il est vieux, malade, il a le corps et le coeur couturé de cicatrices, il prend la route de l’est, la route du retour vers le passé.

    Trente ans plus tard de nouveau confronté à la violence lorsque deux hommes s’en prennent à son chien, il va retrouver de vieux réflexes oubliés mais aussi trouvé sur son chemin des hommes et des femmes capables de bienveillance.

     

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    « Le vent faisait doucement grincer la cabane tandis que les vagues sifflaient le long du rivage sombre et rocheux. »

     

    Un récit somptueux et sombre et des personnages « humains, trop humains ». Pas de recherche particulière dans la forme du récit, un classique aller retour entre hier et aujourd’hui. Mais quelle écriture ! Une langue imagée, lyrique, riche, qui restitue parfaitement cette guerre, frère contre frère, cette tuerie ignoble dont les scènes semblent sortir tout droit de l’enfer.

    L’auteur possède une aptitude rare pour nous faire entendre les plaintes des hommes, le rugissement de la bataille et nous faire entrevoir Abel l’homme hanté par son passé qui gravit son Golgotha.

     

    L’auteur fait un récit presque halluciné des scènes de batailles, je n’ai pu m’empêcher de penser à Andersonville le film de Frankenheimer; mais l’auteur est également parfait dans les scènes plus intimistes, très visuelles, en total opposition à la férocité des combats. Les héros secondaires sont également magnifiques et je gage que vous n’oublierez ni Ned, ni David ni Helen et encore moins Hypatie l’esclave en fuite qui va tenter de ramener Abel à la vie.

     

    La traduction est mieux que bonne, elle est excellente et participe grandement au plaisir de lecture.

    La très grande et magnifique tradition du roman américain, dans la lignée des Raisins de la colère ou de la Route du retour. 

     

    Le livre : Wilderness - Lance Weller - Traduit par François Happe - Editions Gallmeister

  • Entre fleuve et forêt - Patrick Leigh Fermor

     L'Europe de Paddy

     

     

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    Il est temps de reprendre la route et de remettre nos pas dans ceux de Patrick Leigh Fermor, nous sommes devenus un peu ami avec lui et je vous propose pour le reste du voyage de lui donner du Paddy, son diminutif pour les amis.

     

    Ce deuxième volume va nous conduire de la frontière Hongroise à la Yougoslavie. 

    Vous savez maintenant que les recommandations ne manquent pas à ce jeune homme, il en a une pour le maire d’Esztergom « Veuillez être gentil avec ce jeune homme qui se rend à pied à Constantinople »

    Voilà la recommandation reçue par le maire en ce jour de Pâques 1934, ce qui lui permet de finir la journée dignement

    «  un souper chez le maire avec du Barack pour commencer, des flots de vin tout au long, du Tokay enfin, et une brume finit par entourer ces silhouettes superbement vêtues. »

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    Le coup d’envoi est donné de cette deuxième partie du voyage, il a été un vagabond sans le sous, un peu mendiant même à Vienne, mais à partir d’aujourd’hui c’est la vie de château qui l’attend.

     

    Toutes les familles de la vieille Europe rencontrées au fil des routes se sont données le mot pour lui ouvrir les portes des demeures suivantes.

    Tenez à Budapest, sa halte se fait chez des amis balto-russes de ses hôtes de Munich, Tibor l’accueille et « la manière dont les hongrois entendaient l’hospitalité tenait du miracle à répétition ».

    Il va donc en profiter, découvrir Budapest et la langue hongroise, suivre les traces des Turcs ou de Sissi.

     

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                              Budapest

     

    Ses hôtes lui font un cadeau inestimable pour quelques jours de voyage : Malek un bel alezan, des étapes prévues pour assurer le gîte et le couvert au cheval et à son jockey !!

    C’est ainsi qu’il appréhende la steppe hongroise, l’Alföld et ses bohémiens avec qui il chante auprès d’un feu de camp, ou partage un dîner de hérisson.

    Il traverse des villages où« les oies surgissaient de leurs mares pour se précipiter sur le chemin en sifflant »

    il est de nouveau le vagabond qui se contente de peu « je m’assis sous un arbre, mangeai du pain et du fromage saupoudré de paprika, puis une pomme, en écoutant le coucou, la chanson du merle et le bis de les grive, pendant que Malek broutait l’herbe à un mètre de moi. »

    kastely.jpg               château Körtvélyesi tableau de József Rippl-Rónai

     

    Une fois Malek rendu à son propriétaire, la tournée des schloss reprend sauf que maintenant il s’agit de Kastély. Partout il est accueilli avec joie, invité à des bals, à des pique-niques, fume le chibouque et arrive ainsi doucement en Transylvanie où va se situer une des plus charmantes de ses aventures, elle porte un joli prénom Balasha Cantacuzene que pudiquement Paddy nommera Angela dans son livre. Il faut dire que la jeune femme est tout ce qu’il y a de plus mariée !!

     

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                      Il faut dire qu'ils étaient beaux !

     

    Découvrir l’Europe et l’amour à la fois avouez que cela mérite quelques pages d’un journal. 

    Bien entendu le rythme de son voyage s’en ressent « Tout sentiment de durée s’était évanoui, et c’est seulement aujourd’hui, un demi-siècle trop tard que j’éprouve des remords soudains et rétrospectifs »

     

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                       Un château des Carpates

     

    Mais tout à une fin même les plus jolies idylles et notre Roméo reprend la route direction les Carpates. Il se fera bûcheron pendant quelques jours, descent le Danube et ses Portes de fer « C’était de tout le cours du fleuve, la longueur la plus sauvage. » Les villes ont changées d’allure « Des maisons pourvues de balcons se regroupaient autour de la mosquée » et il passe une nouvelle frontière à Orsova. 

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                      Les portes de fer : la fin du voyage

     

    Hélas trois fois hélas, là s’interrompt le voyage de Paddy. En 1935 il parviendra à Andrinople mais nous ne verrons jamais Constantinople sauf si un esprit joueur souffle sur les lignes écrites et jamais publiées de la suite du voyage. 

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                             La carte du voyage 

     

    J’espère que je vous ai donné l’envie de lire ses livres, son écriture enrichit par son expérience, est superbe, ses souvenirs sont magnifiés par l’âge de l’auteur, toutes les scènes de la vie quotidienne, toutes les anecdotes prennent un sens profond. C’est une civilisation au bord du gouffre qu’il nous décrit. 

     

    Cicerone curieux de tout, l’auteur nous fait le tableau d’une Europe qui va se déliter, par là il touche à l’universel.

    L’érudition, la folle culture de l’auteur, amplifiées par les années, rendent ces livres indispensables à toute bibliothèque.

    Cet homme que ces professeurs avaient qualifié de « mélange dangereux de sophistication et d'insouciance» se révèle un écrivain inoubliable.

    Ce sont des livres que j’ai lu et relu , je ne les prête pas je préfère les offrir, ces deux livres sont selon Nicolas Bouvier : « à ranger au rayon des chefs-d’œuvre de l’humanisme nomade

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    Quelques mots de biographie 

    Après ce voyage Paddy participera à la Seconde Guerre, après avoir été un jeune homme aventureux et intrépide, il sera un soldat courageux.

    Il s’illustrera en Crète en faisant prisonnier un général allemand en avril 1944. 

    PLF.jpgUne anecdote s’attache à lui à ce moment là : après la capture le général lors d’une pause et admirant le paysage, se met à réciter une ode d’Horace, lorsque la mémoire lui fait défaut Patrick Leigh Fermor, très bon latiniste, murmure les vers suivants. Une belle façon de nous rappeler notre culture commune, un désir d’Europe que la férocité et la barbarie du nazisme ont anéantie pour longtemps mais dont nous pouvons aujourd'hui être les héritiers.

     

    Le Livre : Entre fleuve et forêt - Patrick Leigh Fermor - Traduit par Guillaume Villeneuve - Editions Payot 1992