17.06.2011

Eloge de l'ombre

 

                   陰翳礼讃

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Jardins de Kyoto


D’aucuns diront que la fallacieuse beauté créée par la pénombre n’est pas la beauté authentique. Toutefois, ainsi que je le disais plus haut, nous autres Orientaux nous créons de la beauté en faisant naître des ombres dans des endroits par eux-mêmes insignifiants.

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Paravent à six feuilles en laque noir décoré au laque d'or. Canton, 18ème siècle

Je crois que le beau n’est pas une substance en soi, mais rien qu’un dessin d’ombres, qu’un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre.

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En fait, la beauté d’une pièce d’habitation japonaise, produite uniquement par un jeu sur le degré d’opacité de l’ombre, se passe de tout accessoire.

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 ''La cuisine japonaise, a-t-on pu dire, n'est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde ; dans un cas comme celui-là, je serais tenté de dire: qui se regarde, et mieux encore, qui se médite !''


Le livre : Eloge de l'ombre - Junichirô Tanizaki - Editions  Verdier

16.04.2011

La mort de Tusitala - Nakakima Atsushi

Les derniers jours du père de Jim Hawkins dans les mers du sud

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Ne vous fiez pas à la couverture qui vous montre une superbe photo de Stevenson, ceci n’est pas un biographie !
Quoi alors ? Difficile de qualifier ce récit, l’auteur Atsushi Nakajima écrivain japonais nourri de littérature occidentale livre ici un récit en double partie, le journal de Stevenson à Samoa et ses propres commentaires sur la situation, sur l’écrivain, sur son oeuvre, sur son combat pour les samoans. Si le journal est fictif l'auteur pour l'écrire s'est largement inspiré des lettres, des écrits de Stevenson

L’écrivain japonais s’est intéressé aux derniers mois de vie de Stevenson, son installation aux îles Samoa bien loin de l’Angleterre, désormais son nom est  Tusitala  son nom samoan qui signifie  Raconteur d’histoire  pouvait-il rêver plus beau patronyme ?
L’auteur imagine donc les derniers mois de vie de l’auteur de L'île au trésor , le défrichage, la cosntruction de la maison et surtout la défense des  samoans face aux allemands et aux anglais qui ont colonisé l’île, ses ressources et appliquent leurs lois au mépris du droit coutumier local.

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La maison de Stevenson à Vailima

"Je continue en rêve d'arracher les vrilles tenances, de me battre avec les piquants d'ortie, les épines de citronnier et les dards enflammés des guêpes. La glaise qui colle à mes pieds, les racines qui résistent, la chaleur effroyable, les sautes de vent léger, les cris d'oiseaux dans les bois alentour....."

L’aspect le plus intéressant à mon avis est la proximité, je dirais même la fraternité qui unit ces deux hommes, d’un côté un écrivain écossais, loin de chez lui, dont la gloire littéraire n’efface pas le rejet familial, de l’autre un jeune écrivain japonais aux prises avec la maladie et le regard des critiques de l’époque.
Un écrivain empruntant le chemin de son aîné, de son modèle, la mort même les rassemblera, Stevenson meurt à 44 ans dans son île de Vailima et Nakajima meurt à 33 ans terrassé par une crise d’asthme.

Ce mélange du vrai et de l’invention, du réel et de l’interprétation, est très agréable. La poste face de la traductrice éclaire bien le livre. Bien sûr cela donne envie d’aller lire les lettres de Stevenson mais aussi les autres écrits de Nakajima
Un article sur l’auteur sur le blog de littérature japonaise

Le livre : La mort de Tusitala - Nakajima Atsushi - Traduit du Japonais par Véronique Perrin - Editions Anacharsis

L’auteur
nakajima-atsushi.jpgMort à l'âge de trente trois ans, Nakajima Atsushi, issu d'une famille d'érudits chinois, avait lui-même une connaissance approfondie des œuvres chinoises classiques. Il était également féru de littérature européenne. Ses nouvelles qui lui valurent immédiatement la célébrité portent la marque d'une culture et d'une imagination très personnelles. C'est néanmoins son style qui fit sa réputation. La langue de Nakajima a une sorte de rigueur et de clarté qui dénote la forte influence du style chinois classique.
(source le site Shunkin )

 

 

20.03.2011

Une langue venue d'ailleurs - Akira Mizubayashi

Merci à Aifelle qui a pu s'entretenir avec l'auteur et nous rapporter une photodu salon du livre

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Tout commence avec un magnétophone

 

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C’est un essai un peu hors norme que celui-là, écrit en français par un japonais, Akira Mizubayashi à 18 ans quand il décide d’apprendre le français. Il est un perfectionniste,  son apprentissage n’a rien à voir avec celui pratiqué ordinairement par un étudiant.
Il écoute  les leçons de la radio, ils les écoutent, les apprend, les répète jusqu’à ce que son rythme, son accent frisent la perfection.
Son père ne comprend pas bien cette obsession mais sacrifiant pour lui une bonne partie de son salaire, il lui offre un magnétophone qui va permettre à Akira de se glisser dans cette nouvelle langue avec passion.
A la même période il découvre Mozart dont la musique l’accompagnera toute sa vie.



Quand je dis que A Mizubayashi fait des progrès c’est un euphémisme, il entreprend la lecture de .....Rousseau dont l’oeuvre et la langue deviennent ses compagnons de chaque jour.
1973 il obtient une bourse d’études pour une Université française, ce sera Montpellier, il étudie la littérature française et enrage contre ses erreurs de langage, contre sont accent imparfait et surtout il travaille.
Une compagne, un retour au Japon et c’est à nouveau la France pour 3 années à l’ENS de la rue d’Ulm. De retour au Japon avec sa compagne française il devient enseignant à l’université.

Cet essai très intime est assez fascinant, suivre le parcours de cet homme qui est littéralement ensorcelé, envoûté par une langue, langue qu’il appelle joliment langue paternelle en hommage à son père pour le soutien que celui-ci lui a apporté.
C’est une dévotion qu’il porte aux auteurs, à ses maîtres.
Il développe une réflexion passionnante sur le bilinguisme qui rappelle bien sûr les expériences d’un Nabokov ou d’un Cioran et vous serez surpris par le rôle tenu en la matière pas sa chienne qu'il soupçonne avec un brin d’humour d’être elle aussi bilingue.
Un critique a écrit que ce livre était une déclaration d’amour à la langue française, laissez vous séduire.

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Qu'en pense Keisha ? Découvrez absolument ce récit éblouissant, intelligent, un vrai velours... Coup de coeur...
Le livre : Une langue venue d’ailleurs - Akira Mizubayashi - Editions Gallimard 2011

 

Printemps des poètes Infinis paysages du Japon

Les "Infinis paysages" du Japon

Même si aujourd'hui les préoccupations ne vont pas à la beauté des paysages, une façon de dire que le Japon fait partie de nos pensées

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Je m’en suis allé
Au rivage de Tago
Et j’ai vu la neige
Sur la cime du Fuji
Toute immaculée tomber
                             Yamabé no Akahito

 

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Sur la haute dune
Le cerisier de la cime
S’est épanoui
Ah puisse ne le voiler
La brume de ces collines
                   Le Moyen conseiller Masafusa

 

Les livres pour le Japon
De cent poètes un poème - René Sieffert Sôryû Uésugi - Publications orientalistes de France
Les Trente six vues du Mont Fuji - Hokusai - Editions du Seuil/BNF



29.12.2010

Sage résolution

Pourquoi ne pas finir l'année sur une note de sagesse ?

Où faudrait-il s'installer, que faudrait-il faire pour goûter ne serait-ce qu'un instant le contentement du coeur ?


notes.gifNotes de ma cabane de moine - Kamo no Chômei - Editions Le Bruit du temps
Un classique qui date du XII ème siècle et qui aujourd’hui parle à tous. Traduit de belle façon par le Révérend Père Sauveur Candau.

Qui est Kamo ? Un lettré du  Bureau de la poésie  qui après bien des déconvenues décide de se retiré dans un ermitage, une cabane et d’y vivre dans la simplicité.
Il décide de  "quitter le monde", de choisir " la voie du renoncement" et ce retrait, cet isolement nous donne un texte dépouillé, simple, d’une grande poésie, apaisant pour l’esprit
Vivre au plus près de la nature et s’en contenter car dit-il "l'ambition de toute ma vie est de pouvoir, selon les saisons, contempler un beau paysage" sentir le passage des saisons " En hiver, je contemple la neige, qui s´accumule ou non, comme nos péchés qui apparaissent et disparaissent " sans pour autant oublier le monde " Si par une soirée tranquille, à ma fenêtre, je pense à de vieux amis tout en contemplant la lune, et si j'entends les cris du singe, je mouille ma manche de mes larmes "
Cet homme qui vivait à une époque troublée, mais laquelle ne l’est pas ?, cet homme nous donne un leçon de sagesse, nous propose de vivre conscient de " l'impermanence de toutes choses en ce monde et la précarité de sa propre vie »
A qui s’adresse ce petit livre ? à toute personne qui " approfondirait ses pensées et essaierait d'acquérir un savoir profond "

Un de ces petits livres indispensables dans une bibliothèque et qui est déjà sur les étagères de Cécile

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18.11.2010

Silence - Shûsaku Endô

silence.gifSilence - Shûsaku Endô - Traduit de l’anglais par Henriette Guex-Rolle - Editions Gallimard Folio
1614 au Japon, le Shogun Tokugawa  décide d’expluser tous les missionnaires catholiques, depuis de longues années les catholiques japonais sont chassés et torturés, contraints à renier leur foi.
Les prêtres se cachent et tentent d’informer leurs congrégations. Certains sont emprisonnés, torturés. On perd leurs traces.
Quelques années plus tard quatre prêtres font le projet de se rendre au Japon pour poursuivre l’évangélisation mais surtout retrouver les prêtres disparus dont on dit que certains auraient apostasier renonçant publiquement à leur religion.

 

1637 Sébastien Rodrigues s’embarque pour le Japon avec deux compagnons, son principal objectif est de retrouver Christophe Ferreira dont il fut l’élève appliqué à Lisbonne et qui a cessé de donner de ses nouvelles, la rumeur fait de lui un apostat, Rodrigues refuse de croire cela de son maître en théologie.
Le voyage est périlleux et une fois au Japon Rodrigues va envoyer fidèlement des rapports à sa congrégation. Des convertis les accueillent, les cachent, ils dispensent des sacrements ici ou là toujours en cachette. Mais l’aventure tourne court, arrêtés ils doivent être témoins des supplices infligés aux japonais convertis. Tous les paysans qui les ont aidés sont torturés savamment, ils meurent en martyrs, un martyr « misérable et douloureux ».

 

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Rodrigues prend la fuite pour ne plus mettre en danger la population, mais dénoncé il se retrouve face au commissaire Inoue qui refuse le christianisme non parce que c’est une mauvaise religion mais parce qu’il n’est pas fait pour le Japon.
Alors s’engage une bataille d’idées, de conviction«  un procès en persuasion » !
Lorsqu’enfin il retrouve Ferreira un autre combat commencera pour lui, sa foi vacille car Dieu reste obstinément silencieux devant les persécutions des chrétiens «  Il était venu dans ce pays afin de donner sa vie pour les autres et c’étaient ces Japonais qui, un à un, donnaient la leur pour lui » peut-il encore croire « Dieu existait-il vraiment ? S’il n’existait pas, quelle dérision que les années de sa vie passées sur des mers sans limites à seule fin de venir semer sur cette île aride une graine menue »

 

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Un bon roman sur une période historique particulière de l’histoire du Japon. Sébastien Rodrigues livre un vrai combat avec sa foi et n’est pas sans rappeler Blanche de la Force l’héroïne du Dialogue des carmélites de Bernanos.
J’ai aimé découvrir les relations complexes qui ont existé entre Orient et Occident à cette époque, relations qui se sont terminées par une fermeture totale du pays aux étrangers pendant deux siècles.

Pour en savoir un peu plus sur l’histoire du christianisme au Japon : le site de Clio
Le billet d'Anna sur ce livre

 

 

06.05.2010

Le poids des secrets - Aki Shimazaki

le poidsdessecrets.gifLe poids des secrets - Aki Shimazaki - Editions Actes Sud Babel
Chacun des cinq tomes de cette série porte un nom différent, tous un peu mystérieux ce qui ajoute à l’atmosphère de mystère et de secret de ce récit.
Bien que l’auteure soit Canadienne d’adoption c’est bien le Japon le centre de ses romans, le Japon avec ses codes, ses traditions et son histoire.
Par un tissage savant et sensible l’auteure lie l’histoire d’un pays à l’histoire d’une famille, elle trouve cinq façons de la raconter et de faire appel à la mémoire, cinq mensonges aussi et pour le lecteur cinq regards portés pudiques et émouvants.

Tout commence lors d’un tremblement de terre et par le choix que fait une femme de changer de nom et de nationalité, le temps passe et nous assistons à une adoption, à un adultère, à un amour interdit entre deux adolescents, à la perte d’un frère, d’un père, au terrible besoin de faire justice sois-même devant une trahison inacceptable.
A travers le destin et les souvenirs de Mariko, Yukio, Tsubaki l’auteure explore les sentiments de perte liés à l’exil, la souffrance engendrée par la quête des origines, le racisme ordinaire avec son côté irrationnel mais aussi la fidélité par delà le temps illustrée très poétiquement par un coquillage.

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Tout l’art de Aki Shimazaki réside dans ces changements de perspectives, le personnage central est différent à chaque roman, un même événement est vu ainsi par un personnage jeune puis par une femme âgée, par un homme puis par une femme, au fil des romans le tissu du récit s’enrichit et prends des reflets différents.
J’ai aimé ces récits et j’ai apprécié l’art de Aki Shimazaki pour restituer en filigrane l’histoire de son pays, y compris les épisodes les plus douloureux comme la destruction de Nagasaki et les plus honteux comme la chasse aux Coréens installés au Japon.

Bientôt la fête des mères ce coffret est une jolie idée de cadeau

Vous pouvez trouver sur les blogs un billet pour chaque tome, chez Aifelle par exemple mais chez bien d’autres car cette série a connu un grand succès.

12.04.2010

La cristallisation secrète - Yoko Ogawa

cristallisation secrete.gifCristallisation secrète - Yoko Ogawa - Traduit du japonais par Rose-Marie Makino - Editions Actes Sud
Après m’être régalée avec " La formule préférée du professeur" que m’avait fait découvrir Tania je me suis plongée dans ce nouveau roman avec délices. Dans ce récit l’auteur touche au fantastique et à l’absurde avec un grand talent.

Dans une île jamais nommée, les habitants ont pris l’habitude de voir disparaître les objets, petits ou gros, utiles ou décoratifs, objets de la vie de tous les jours.
Un jour les rubans ne sont plus là, puis les bonbons, un matin les oiseaux sont absents et ne chantent plus, les fleurs perdent leurs pétales.
Tout le monde ignore le pourquoi de ces disparitions et  quand se produira la prochaine.
Curieusement toute la population semble renoncer sans efforts à ces objets, les gens ne gardent aucun souvenir des choses disparues, ils n’en souffrent pas, simplement elles ne sont plus là et ils acceptent cette situation.
On ne sait pas non plus qui décide et pourquoi. Un monde étrange est né sans mémoire, sans souvenir, sans émotion.

La narratrice a une mère artiste, enfant elle ne comprenait pas que sa mère conserve pieusement au fond d’un tiroir un ticket du ferry disparu qui permettait de quitter l’île, un flacon de parfum, un bonbon à la limonade.
L’enfant est devenue adulte et romancière. Elle soumet régulièrement ses manuscrits à son éditeur et écrit un roman mettant en scène une dactylo qui tape sur une machine dont les touches disparaissent progressivement, puis c’est la voix de la dactylo qui lui fait défaut, l’éditeur est très satisfait de son travail.
La jeune femme n’est pas choquée de ce qui se passe autour d’elle, pourtant on murmure que parmi les habitants de l’île certains ont la malchance de conserver la mémoire ou ne se résignent pas à l’oubli. Ils sont alors poursuivis par les traqueurs, une milice toute puissante capable de détecter la persistance des souvenirs. Les arrestations se multiplient, les personnes montent dans des camions pour une destination inconnue, d’un jour à l’autre ils ne sont plus là, comme les objets ils sont portés disparus.

 

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L'oubli (le site de l'image)

Les disparitions s’accélèrent, la nourriture devient rare, on ne peut plus mesurer le temps car les calendriers disparaissent à leur tour,  les livres et les bibliothèques sont anéantis, les mots vont-ils eux aussi disparaître ? 
Son éditeur est en danger car réfractaire à l’oubli programmé il garde en lui des souvenirs. Malgré les risques et avec l’aide d’un vieil homme, elle va le cacher dans un réduit de la maison "une caverne en plein ciel" protectrice certes mais qui isole cet homme du reste du monde. Elle a franchi le pas, elle est entrée en résistance.
Ces trois personnages vont s’apporter assistance, amitié et affection malgré les risques, malgré la peur, ils ont décidés de ne plus obéir.

Un roman d’une grande originalité, d’une grande justesse de ton. Yoko Ogawa avec des mots simples réussit à nous faire ressentir l’oppression, l’étouffement d’une société sous surveillance où règne l’arbitraire ; elle nous emporte dans un monde fantastique où l’oubli est la règle. Un roman profondément métaphorique et inquiétant tout en faisant la part belle à la poésie.  Un vrai plaisir de lecture
Je n’ai pu m’empêcher de penser à Anne Franck enfermée dans l'arrière maison mais aussi au film " Soleil vert " et à la scène superbe où un vieil homme interprété par Edward G Robinson revoit sur un écran un monde disparu, on lui projette une prairie heureuse pleine de fleurs où s’ébattent des chevaux, une rivière court sur l’écran, le bruit de la cascade est la dernière image pour l’homme qui va mourir.
Yoko Ogawa fait dire à un de ses personnages :  " Mes souvenirs ne sont jamais détruits définitivement comme s’ils avaient été déracinés. Même s’ils ont l’air d’avoir disparu, il en reste des réminiscence quelque part. Comme des petites graines. Si la pluie vient à tomber dessus, elles germent à nouveau. Et en plus, même si les souvenirs ne sont plu là, il arrive que le cœur en garde quelque chose. Un tremblement, une larme " (page 102)


D’autres billets : Chez Voyelle et Consonne ou  le terrier de chiffonnette et just read it

 

L'auteur
yokoogawa.jpgYoko Ogawa auteure japonaise  a reçu de nombreux prix japonais et français. Elle est incontestablement l’un des plus grands écrivains de sa génération. Ses livres, traduits dans le monde entier, ont fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques et théâtrales. Ses romans ont été traduits en français chez Actes Sud qui publie un recueil de ses romans.