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Bribes et brindilles

  • le génie de la langue

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    Jardin des roses de Muzot 

    Oui, j’aime écrire en français, quoique je ne sois jamais arrivé à écrire cette langue (qui plus que toute autre oblige à la perfection, puisqu’elle la permet) sans incorrections et même sans d’insidieuses fautes. Une grande partie de ma correspondance se passe en français. J’ai pensé, de cette façon, de dégager l’autre langue de presque tout emploi qui n’est pas d’art et d’en faire la pure matière de mon travail verbal.

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    J’ai réussi pendant quelque temps, puis, tout d’un coup, cet hiver, le français commençait à empiéter sur le terrain qu’il devait protéger. Un peu malgré moi j’ai fini par remplir tout un cahier de « vers » français qui ne sont pas (vous le devinez) bien avouables.

     

    Le livre : Lettres autour d’un jardin - Rainer Maria Rilke - Editions La Délirante

  • Peinture et littérature

    Quand un tableau est à la fois peinture et littérature 

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    « Il ne suffit pas de regarder pour voir. Proust le savait, lui qui avait remarqué que le tableau du Mauritshuis de La Haye s’était imprimé dans sa mémoire, non par impression de l’ensemble, mais par ce « petit pan de mur jaune » qu’on aperçoit immédiatement à gauche des tours de la porte de Rotterdam, l’une des deux portes, celle de droite, qui ferme l’enceinte, séparée par un pont sous l’arche duquel l’eau du Zuidkolk pénètre dans la ville et irrigue ses canaux. 

    A bien le regarder, le « petit pan de mur jaune » n’est pas vraiment jaune, il est plutôt d’or liquéfié, émulsionné sous le coup de soleil, presque dématérialisé par le rayonnement de la lumière. »

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    « Enfin il fut devant le Ver Meer qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à l’article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. (…) C’est ainsi que j’aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune

     

    Le livre 

    Vermeer le jour et l’heure - Jacques Darriulat et Raphaël Enthoven - Editions Fayard
    La prisonnière - Marcel Proust - Editions Gallimard

     

  • Noire splendeur

     

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    « Il importe de se rappeler que l’auteur de cette suite extraordinaire, n’avait que vingt-deux-ans. »

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    « Regardons les ces Prisons, qui sont, avec les Peintures noires de Goya, une des oeuvres les plus secrètes que nous ait léguées un homme du XVIII ème siècle. »

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    « Aucun connaisseur en matière onirique n’hésitera un moment en présences de ces pages marquées par les principales caractéristiques de l’état de songe »

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    « Ce monde factice et pourtant sinistrement réel, claustrophobique, et pourtant mégalomane, n’est pas sans nous rappeler celui où l’humanité moderne s’enferme chaque jour davantage, et dont nous commençons à reconnaître les mortels dangers. »

     Les 16 gravures 

    Le livre : Le cerveau noir de Piranèse - Marguerite Yourcenar - Editions Pagine d’Arte

  • fleur de saison

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    « Chandelle du curé, soleil, fleur du tonnerre, minou, mimi voyageur, doudou, soufflet, souffle de la vierge, ventoux, vol au vent, voyageur et voyageuse, bonne nouvelle, fleur horloge » 

    « Voilà autant de noms colorés que le peuple s’est donnés, dans les pays de langue française, pour nommer la fleur du pissenlit quand les fruits mûrs forment la célèbre boule d’aigrettes soyeuses. »

    morency

     

    Le livre : L’oeil américain - Pierre Morency - Editions Boréal 

     

  • La météo se joue de nous

    La météo se joue de nous en ce moment, mais où est passé le printemps ? 

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    © ivre de livres

    «  Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais deux huppes amoureuses, deux levrauts dans un buisson, une bergeronnette qui court sur la route, deux écureuils qui grimpent aux branches d’un sapin, le font assurément.

    Si, par ailleurs,  on remarque un frelon bruyant, un papillon appelé aria, un ver de terre, si on entend chanter un chardonneret, c’est bien le printemps même si le lendemain il neige. »

     

    Le Livre : Les Saisons - Mario Rigoni Stern - Traduction Marie Hélène Angélini - Editions La Fosse aux ours

  • Bribes russes

    Hommage et secret de la création

     

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    Un cri de colère, l’odeur du goudron frais,

    Le mystère d’une tâche de moisi sur un mur...

    Et voilà qu’un vers tinte, malicieux et tendre,

    Pour votre joie et pour mon tourment.

                                                  Extrait de Les secrets du métiers

     

     

     

     

    Le pays a la fièvre, mais le bagnard d’Omsk ¹

    A tout compris, fait une croix sur tout,

    Voilà maintenant qu’il mélange tout,

    Et qu’il s’élance, planant tel un esprit

    Au dessus du chaos originel. Minuit sonne.

    La plume grince et de bien des pages

    Emanent des relents de potence.

     

    ¹ Dostoievski

     

    Le livre : Elégies du nord et Les secrets du métier - Anna Akhmatova - Traduit  par Sophie Benech - Editions Interférences