24.06.2011
Père et fils
Flaubert et Maupassant, le père et le fils, le maître et l'élève

Gustave Flaubert à Guy de Maupassant
" Quant à moi je travaille avec violence, ne voyant personne, ne lisant aucun journal, et gueulant dans le silence du cabinet, comme un énergumène."
" Enfin, mon cher ami, vous m’avez l’air bien embêté et votre ennui m’afflige, car vous pourriez employer plus agréablement votre temps. Il faut, entendez-vous, jeune homme, il faut travailler plus que ça. J’arrive à vous soupçonner d’être légèrement caleux.
Trop de putains, trop de canotage, trop d’exercice ! "

Micheline Presle dans Boule de Suif de Christian-Jaque
" Mais il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un Chef d’oeuvre ! Oui jeune homme ! Ni plus, ni moins, cela est d’un maître. C’est bien original de conception, entièrement bien compris et d’un excellent style. Le paysage, les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref je suis ravi."
Guy de Maupassant à Gustave Flaubert
" Mon cher Maître, j’ai vu Zola hier soir et il m’a dit que vous ne viendriez pas cet hiver ! Cette nouvelle m’a tellement étonné et désolé que je vous prie de me dire tout de suite si elle est vraie. Passer l’hiver sans vous voir ne me paraît pas possible ; c’est mon plus grand plaisir de l’année d’aller causer avec vous chaque dimanche pendant trois ou quatre mois."
Le livre : Gustave Flaubert /Guy de Maupassant - Correspondance - Editions La Part Commune
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17.06.2011
Eloge de l'ombre
陰翳礼讃

Jardins de Kyoto
D’aucuns diront que la fallacieuse beauté créée par la pénombre n’est pas la beauté authentique. Toutefois, ainsi que je le disais plus haut, nous autres Orientaux nous créons de la beauté en faisant naître des ombres dans des endroits par eux-mêmes insignifiants.
Paravent à six feuilles en laque noir décoré au laque d'or. Canton, 18ème siècle
Je crois que le beau n’est pas une substance en soi, mais rien qu’un dessin d’ombres, qu’un jeu de clair-obscur produit par la juxtaposition de substances diverses. De même qu’une pierre phosphorescente qui, placée dans l’obscurité émet un rayonnement, perd, exposée au plein jour, toute sa fascination de joyau précieux, de même le beau perd son existence si l’on supprime les effets d’ombre.

En fait, la beauté d’une pièce d’habitation japonaise, produite uniquement par un jeu sur le degré d’opacité de l’ombre, se passe de tout accessoire.
''La cuisine japonaise, a-t-on pu dire, n'est pas chose qui se mange, mais chose qui se regarde ; dans un cas comme celui-là, je serais tenté de dire: qui se regarde, et mieux encore, qui se médite !''
Le livre : Eloge de l'ombre - Junichirô Tanizaki - Editions Verdier
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12.06.2011
Le Louvre entrouvert
Puissance et réalisme

Les Mendiants - Pierre Brueghel - Musée du Louvre
Un émerveillement de lumière compose en couleurs Les Mendiants (1568) de Brueghel l’Ancien. S’il y eut cour des miracles c’est bien là qu’elle se tient. Tant de misère, d’abomination d’un coup transfigurées par le pinceau en une pièce musicale verte et blanche, et brun et rouge, et le ciel est très loin dans la trouée de quelques branches, au fond d’une enfilade de mures en briques là-bas, derrière une muraille percée d’une ouverture voûtée.
Abominable contradiction : avoir fait de ce coin d’enfer un paradis pour l’oeil.
Maître Flamand

Herengracht d'Amsterdam - Jan van der Heyden - Musée du Louvre
Et je m’arrête encore happé, face au Herengracht d’Amsterdam de Jan van der Heyden; toile petite, mais pleine comme un oeuf où la brique et le bois, le fret, la frondaison se mêlent à l’eau , s’en éclairant, empanachés de nuages voyageurs qui ont scrupule à s’emparer de tout le bleu.
Le livre : Le Louvre entrouvert - Robert Marteau - Champ Vallon
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07.06.2011
Trop ou trop peu ?
Deux extrêmes
© Thomas Allen
700 000 nouveaux titres ont été publiés dans le monde en 1998
859 000 en 2003 et 976 000 en 2007.
Malgré la régression économique actuelle, bientôt il paraîtra un million de livres par année.
Car, à présent que n’importe qui est libre d’imprimer, ce qu’il veut, on ignore souvent le meilleur et on écrit au contraire, simplement pour le divertissement, ce qu’il serait préférable d’oublier ou , mieux encore, d’effacer de tous les livres. Et même quand on écrit quelque chose qui mérite d’être lu, on le tord, on le corrompt au point qu’il vaudrait bien mieux se passer de tels livres, plutôt que d’en avoir mille exemplaires qui répandent des faussetés par le vaste monde.
(Lettre de Niccolo Perotti humaniste et érudit italien - 1471)
Le livre : Apologie du livre - Robert Darnton - Editions Gallimard
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29.05.2011
La sagesse et la joie
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23.05.2011
Convictions de l'intellectuel
La réputation n’est qu’un songe
"Je suis comme un enfant qui va montrer à tout le monde les hochets qu’on lui a donnés. Heureux qui ne vit que pour ses amis : malheureux qui ne vit que pour le public ! "
" Je mène une vie philosophique troublée par des coliques, et par la sainte inquisition qui est à présent sur la littérature. Il est triste de souffrir, mais il est plus dur encore de ne pouvoir penser avec une honnête liberté, et que le plus beau privilège de l’humanité nous soit ravi : la vie d’un homme de lettres est la liberté.
Je finirai par renoncer ou à mon pays, ou à la passion de penser tout haut. C’est le parti le plus sage. Il ne faut songer qu’à vivre avec soi-même et avec ses amis, et non à s’établir une seconde existence chimérique dans l’esprit des autres hommes.
La réputation n’est qu’un songe."
Le livre : Voltaire en sa correspondance - Edtions l’Escampette
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18.05.2011
Une amitié littéraire
Mon chère Maître


George Sand à Flaubert
Nos vraies discussions doivent rester entre nous comme des caresses entre amants et plus douces, puisque l’amitié a ses mystères aussi, sans les orages de la personnalité.
Moi, je crois que dans cinquante ans je serai parfaitement oubliée et peut-être durement méconnue. C’est la loi des choses qui ne sont pas de premier ordre et je ne me suis jamais crue de 1er ordre. Mon idée a été plutôt d’agir sur mes contemporains, ne fût-ce que sur quelques uns, et de leur faire partager mon idéal de douceur et de poésie.
Chez George Sand à Nohant
Tu aimes trop la littérature, elle te tuera et tu ne tueras pas la bêtise humaine.
L'art n'est pas seulement de la peinture. La vraie peinture est, d'ailleurs, pleine de l'âme qui pousse la brosse. L'art n'est pas seulement de la critique et de la satire. Critique et satire ne peignent qu'une face du vrai. Je veux voir l'homme tel qu'il est. Il n'est pas bon ou mauvais. Il est bon et mauvais. Mais il est quelque chose encore, la nuance, la nuance qui est pour moi le but de l'art. Etant bon et mauvais, il a une force intérieure qui le conduit à être très mauvais et peu bon, ou très bon et peu mauvais.
Nos vraies discussions doivent rester entre nous comme des caresses entre amants et plus douces, puisque l’amitié a ses mystères aussi, sans les orages de la personnalité.
C’est une bonne leçon que la souffrance physique quand elle vous laisse la liberté d’esprit. On apprend à la supporter et à la vaincre. On a bien quelques moments de découragements où l’on se jette sur son lit ; mais moi je pense toujours à ce que me disait mon vieux curé quand il avait la goutte : ça passera ou je passerai.
Flaubert à George Sand
Ne vous ayant pas près de moi, je vous lis ou plutôt relis. J’ai pris Consuelo, que j’avais dévoré jadis dans la Revue Indépendante.
J’en suis, derechef, charmé. Quel talent, nom de Dieu ! Quel talent ! C’est le cri que je pousse par intervalles, dans le «silence du cabinet». J’ai tant pleuré pour de vrai, au baiser que Porpora met sur le front de Consuelo !... Je ne peux mieux vous comparer qu’à un grand fleuve d’Amérique. énormité et douceur.
Croisset chez Gustave Flaubert
Non, chère maître, vous n’êtes pas près de votre fin. Tant pis pour vous, peut-être. Mais vous vivrez vieille et très vieille, comme vivent les géants, puisque vous êtes de cette race-là ; seulement, il faut se reposer. Une chose m’étonne, c’est que vous ne soyez pas morte vingt fois, ayant tant pensé, tant écrit, et tant souffert. Allez donc un peu, comme vous en aviez tant envie, au bord de la Méditerranée. L’azur détend et retrempe. Il y a des pays de jouvence, comme la baie de Naples. En de certains moments, ils rendent peut-être plus triste ? Je n’en sais rien.
La vie n’est pas facile ! Quelle affaire compliquée et dispendieuse !
Vous m’écrivez de belles choses sur «l’affection désintéressée». Cela est vrai, mais le contraire aussi ! Nous faisons toujours Dieu à notre image.
Au fond de tous nos amours et de toutes nos admirations, nous retrouvons nous, ou quelque chose d’approchant. Qu’importe, si nous est bien !
Mon moi m’assomme pour le quart d’heure. Comme ce coco-là me pèse sur les épaules par moments ! Il écrit trop lentement et ne pose pas le moins du monde quand il se plaint de son travail. Quel pensum ! Et quelle diable d’idée d’avoir été chercher un sujet pareil ! Vous devriez bien me donner une recette pour aller plus vite ; et vous vous plaignez de chercher fortune ! Vous !
Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols, et j’ai entendu de jolis mots à la prud’homme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.
C’est la haine que l’on porte au bédouin, à l’hérétique, au philosophe, au solitaire, au poète, et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Il est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton.
Le livre : Gustave Flaubert George Sand - Correspondance - Editions Flammarion
05:17 Publié dans Bribes et Brindilles, Correspondance | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note
13.05.2011
Le génie de la Renaissance
Michelangelo di Ludovico Buonarroti

Michel-Ange par Volterra
"Un caractère épouvantable qui s’était affirmé à mesure qu’il croissait en âge et en génie : coléreux, jaloux, cupide, menteur, avare, méprisant, fourbe vaniteux."

La création
" On vit tout le monde accourir de partout pour la découvrir, et cela laissa les personnes ébahies et muettes "

Le jugement dernier
"Le public choisi qui se pressait au pide du mur se trouva en un éclair comme frappé par la foudre, émerveillé par la splendeur de cette peinture, effrayé par la noirceur de cette vision qui participait de l’orgie et du massacre. "
Le livre : Michel-Ange face aux murs - Armand Farrachi - Gallimard
05:10 Publié dans Bribes et Brindilles, Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
05.05.2011
Le chant de la terre
Sur les pas de Virgile
Vois encore l’amandier, quand au bois mille fleurs
Vont vêtir et ployer ses branches odorantes
Fresque de la Maison de Livia Musée des Thermes Rome
Ainsi le souple osier et le genêt flexible.
Le tremble, le blanc saule et son feuillage glauque.
Tel sort d’un germe au sol : c’est le haut châtaignier,
feuillage cher au Dieu, géant des bois le chêne,
ou le rouvre qu’en Grèce on croit riche d’oracles.
Fresque Pompéi La déesse Flora
En mai, forêt feuillue, en mai, bosquet fleuri
Oui, mai gonfle la terre et veut le grain de vie
Voici l’abeille emplir les fourrés et les bois.
Goûtant aux riches fleurs, à fleur d’onde elle boit.
Légère. Alors joyeuse, une douceur l’habite.
Le livre : Bucoliques - Géorgiques - Virgile - Editions De La Différence
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20.04.2011
La Peste de Londres
Le Fléau après Florence : Londres
Ce fut vers le début de septembre 1666 que, comme mes voisins, j'entendis dire incidemment que la peste avait reparu en Hollande, car elle y avait été très violente, particulièrement à Amsterdam et à Rotterdam, en l'année 1663. Daniel Defoe
Ce soir, en rentrant pour souper, j’apprends que la peste vient de faire son apparition dans la Cité, et cela justement dans Fenchurch Street, chez le docteur Burnett, mon bon ami et voisin.....Au bureau pour terminer mes lettres, préoccupé de mettre mes affaires et ma fortune en ordre, au cas ou il plairait à Dieu de m’appeler à Lui. Que sa volonté soit faite! Samuel Pepys

La cour était pleine de chariots et de gens prêts à quitter la ville... Dans cette partie de la ville, la peste gagne chaque jour du terrain. Le bulletin de mortalité est déjà de deux cent soixante-sept; quatre-vingt-dix de plus que le dernier. Samuel Pepys
Je me prépare à déménager à Woolwich, la peste ayant augmenté cette semaine au-delà de toute prévision: plus de six mille morts. Samuel Pepys

Pierre Brueghel – Le triomphe de la mort 1562 Musée du Prado, Madrid
Il faut le reconnaître, les Londoniens absents qui, bien que s'étant enfuis pour trouver la sécurité à la campagne, portaient un très grand intérêt au bien-être de ceux qu'ils avaient laissés. Daniel Defoe
Toute ma famille et tous mes amis se sont bien portés pendant la peste. Samuel Pepys
Les livres
Journal - Samuel Pepys - Robert Laffont Bouquins
Le journal de l’année de la peste - Daniel Defoe - Gallimard
05:00 Publié dans Bribes et Brindilles | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note




































































































































































































































































