20.04.2011
La Peste de Londres
Le Fléau après Florence : Londres
Ce fut vers le début de septembre 1666 que, comme mes voisins, j'entendis dire incidemment que la peste avait reparu en Hollande, car elle y avait été très violente, particulièrement à Amsterdam et à Rotterdam, en l'année 1663. Daniel Defoe
Ce soir, en rentrant pour souper, j’apprends que la peste vient de faire son apparition dans la Cité, et cela justement dans Fenchurch Street, chez le docteur Burnett, mon bon ami et voisin.....Au bureau pour terminer mes lettres, préoccupé de mettre mes affaires et ma fortune en ordre, au cas ou il plairait à Dieu de m’appeler à Lui. Que sa volonté soit faite! Samuel Pepys

La cour était pleine de chariots et de gens prêts à quitter la ville... Dans cette partie de la ville, la peste gagne chaque jour du terrain. Le bulletin de mortalité est déjà de deux cent soixante-sept; quatre-vingt-dix de plus que le dernier. Samuel Pepys
Je me prépare à déménager à Woolwich, la peste ayant augmenté cette semaine au-delà de toute prévision: plus de six mille morts. Samuel Pepys

Pierre Brueghel – Le triomphe de la mort 1562 Musée du Prado, Madrid
Il faut le reconnaître, les Londoniens absents qui, bien que s'étant enfuis pour trouver la sécurité à la campagne, portaient un très grand intérêt au bien-être de ceux qu'ils avaient laissés. Daniel Defoe
Toute ma famille et tous mes amis se sont bien portés pendant la peste. Samuel Pepys
Les livres
Journal - Samuel Pepys - Robert Laffont Bouquins
Le journal de l’année de la peste - Daniel Defoe - Gallimard
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13.04.2011
La marche du philosophe

La Côte Ligure
Et puis un beau matin, il ne reconnu plus le paysage. La lumière a réveillé les couleurs. La mer n’a plus la teinte argentée ds oliviers, elle est bleue comme dans les rêves, d’un bleu de plus en plus profond à mesure que les yeux se portent ver le large. Le chemin est sec et rend la marche plus légère. Les mimosas que l’on croyait morts à tout jamais s’ouvrent en gerbes d’or. Sanctus Januarius.

Les nuages s’accrochent au sommet des montagnes et ne semblent pas vouloir libérer le ciel. Le lac de Silvaplana se teinte d’ardoise : il a perdu sa lumière. Pourtant Nietzsche continue sa marche. Tout son corps est parcouru de « frissons ténus » qu’il sait maintenant reconnaître. Il reconnaît l’inspiration ce « quelque chose qui vous ébranle au plus intime de vous-même » et vous bouleverse comme une révélation.
Le livre : La danse de Nietzsche - Béatrice Commengé - Editions Gallimard
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06.04.2011
Faire la queue aujourd'hui
Faire la queue
A Paris pendant la guerre
Faire la queue, cela réveille en nous le souvenir des temps qui de détresse, la famine, la conscription. Quand nous faisions la queue avant la guerre, c’était une joie, pour une jouissance artistique. On se mettait en file devant l’Opéra, devant un théâtre, rongeant notre frein, mais joyeux, brûlant d’impatience, l’attente même augmentait le plaisir, enthousiastes, nous nous rassemblions en une allègre cohue, jeunes gens, amis camarades, étrangers.
Aujourd'hui à Maputo au Mozambique
Nous n’y étions pas contraints, poussés par quelque nécessité.(...) Ce n’est que pendant la guerre, et après, que le monde à découvert cette humiliation, cette nouvelle forme d’attente dictée par la contrainte, la peur et la nécessité, comme on attend un interrogatoire, un jugement, et c’est pourquoi, chaque fois qu’on nous l’inflige, ne fût-ce que pour quelques minutes, s’éveillent au profond de moi-même la révolte et la colère.
Le livre : Journaux 1912-1940 - Stefan Zweig - Editions Belfond
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30.03.2011
La souffrance de l'écrivain
Les affres de la création littéraire

Les romanciers scribes incontinents, décochent inlassablement des mots contre la mort, comme des archers postés sur les créneaux d’un château fort en ruine.
Aussi longtemps qu’ils restent dans les limbes rutilantes de l’imaginaire, dans le domaine des projets et des idées, nos livres sont absolument merveilleux, les meilleurs qu’on ait jamais écrit. C’est plus tard que les choses se gâtent, au moment où on se met à les fixer mot après mot dans la réalité, comme Nabokov épinglait ses malheureux papillons sur du liège, quand on les transforme inexorablement en choses mortes, en insectes crucifiés, même si alors on les recouvre de poudre d’or.

comme Nabokov épinglait ses malheureux papillons
Dans ces périodes amères, vous devez vous traîner jour après jour jusqu’à l’ordinateur, vous vous prenez par la peau du cou comme on transporte un chaton hors de la maison et, dans ces moments-là, vous sentez que vous êtes en train de gagner votre paradis car, de toute évidence, vous traversez le purgatoire.
Elles se sont mises à deux pour me tenter, vous pouvez retrouver Rosa Montero chez Tania ou chez Colo
Le livre : La folle du logis - Rosa Montero - Traduit de l’espagnol par - Editions Métailié
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23.03.2011
Nicolas de Staël
Le peintre, le sens du beau et du sublime
Si malgré ce temps qui est là, je vous disais dans mon esprit, un an , deux ans, dix ans ne sont rien, qu’être artiste ce n’est pas compter, mais vivre comme l’arbre sans presser sa sève, attendre l’été, et l’été vient, mais qu’il faut avoir de la patience, de la patience...

Vue d'Agrigente
Il faut beaucoup travailler, une tonne de passion et cent grammes de patience.

Méditerannée
Ce que j’essaie, c’est un renouvellement continu, vraiment continu, et ce n’est pas facile. Ma peinture, je sais ce qu’elle est sous ses apparences, sa violence, ses perpétuels jeux de force, c’est une chose fragile, dans le sens du bon, du sublime.
Le livre
Lettres - Nicolas de Staël - Editions Ides et Calendes - 1998
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23.02.2011
Avec Camus

Le désir de grandeur, la nostalgie de la noblesse apparaissaient même dans le choix des choses qui l’entouraient. Sa réserve naturelle n’excluait pas son don de sympathie ; elle donnait à son noli me tangere une simple valeur de défense contre le banal et l’indigne et conférait encore plus de prix à son estime et à son amitié.(1)

Camus prolongeait Giono, que j'aimais, mais me rapprochait de de la Grèce et de Rome. De l'Afrique aussi. C'était le printemps, le soleil donnait, je vivais. Quand je fermais les yeux, je respirais l'odeur des absinthes dans les ruines de Tipasa (2)
J’ai dit que Camus fut heureux dans son métier d’éditorialiste. Devant certains portraits que l’on a pu tracer de lui , l’impatience vient de ce que les images de bonheur y sont par trop négligées. Or pour ceux qui l’ont connu, ces images restent en définitive les plus vives.
Pour savoir ce que peut être un homme heureux, il faut sans doute avoir vu Camus devant la mer et dans le soleil, passionné par un match de football, ou ravi de se mêler aux danseurs dans un bal populaire. (3)

Il pressent un avenir sombre, les hommes emportés par la fureur, « exilés dans la haine » contraints à « une étreinte mortelle » Ses articles parlent de réconciliation, de justice, de raison et de liberté. De solidarité aussi. Camus refuse de désespérer. Il appelle ses lecteurs à ne pas fuir ni à adorer l’histoire, cette force qui dépasse les hommes mais qu’ils doivent affronter en gardant les yeux ouverts.(entre guillemets : Lettre à un militant algérien. A Camus)(2)
Les livres
1 Albert Camus - Jean Grenier - Gallimard
2 Camus ou les promesses de la vie - Daniel Rondeau - Editions Menges
3 Avec Camus - Jean Daniel - Gallimard
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16.02.2011
Le mot et la chose
Quand la vie est pleine de présences, riche d’échanges, heureuse de vraies paroles, lorsqu’elle est bien remplie, grosse comme un bourgeon bientôt en fleur, gonflée comme le ventre d’une femme enceinte, il n’y a guère de place pour l’écriture — sauf pour ne pas oublier que ces moments pleins ne furent pas, comme parviendrait presque à vous le faire croire la fuite inutile des jours , un rêve — une pure illusion.

Le mot vient après, comme une nostalgie : envers du plein, c’est à dire en creux, empreinte d’un pas dans l’argile, masque mortuaire d’un visage aimé disparu, chiffre bientôt illisible.
Le mot apparaît quand la chose disparaît. Il vient à la rescousse quand la chose manque. Le mot est la jauge de l’absence.

La persistance de la mémoire - Salvador Dali
L’écriture est maladie de la mémoire et santé de l’oubli.
un billet complet sur ce livre chez Ex Libris
Le livre : Orient intime - Yves Leclair - Gallimard l’Arpenteur
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09.02.2011
Le Jardin d'Epicure

Demander une morale à la science, s’est s’exposer à de cruels mécomptes. On croyait il y a trois cent ans, que la terre était le centre de la création. Nous savons aujourd’hui qu’elle n’est qu’une goutte figée du soleil. (...) Mais en quoi notre morale a-t-elle été changée par de si prodigieuses découvertes ?

L’intolérance est de tous les temps. Il n’est point de religion qui n’ait eu ses fanatiques. Nous sommes tous enclins à l’adoration. Tout nous semble excellent dans ce que nous aimons, et cela nous fâche quand on nous montre le défaut de nos idoles. Les hommes ont grand-peine à mettre un peu de critique dans les sources de leurs croyances et dans l’origine de leur foi.

Gravure représentant la chasse aux sorcières de Salem en 1692.
L’ ignorance est la condition nécessaire, je ne dis pas du bonheur, mais de l’existence même. Si nous savions tout, nous ne pourrions pas supporter la vie une heure. Les sentiments qui nous la rendent ou douce ou du moins tolérable, naissent d’un mensonge et se nourrissent d’illusions.
Le livre : Le Jardin d’Epicure - Anatole France - Editions Coda
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02.02.2011
Pourquoi lire des classiques ?

La bibliothèque idéale est-elle faite de classiques ?
Il ne nous reste plus qu'à nous inventer chacun la bibliothèque idéale de nos classiques ; et je dirais que cette bibliothèque devra être composée pour moitié des livres que nous avons lus et qui ont compté pour nous, pour moitié des livres que nous nous proposons de lire et dont nous pensons qu'ils pourront compter.
On appelle classique un livre qui à l'instar des anciens talismans se présente comme un équivalent de l'univers.
Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu'ils ont laissée dans la ou les cultures qu'ils ont traversées.

Combien de classiques dans la bibliothèque d'Alberto Manguel ?
Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : Je suis en train de le relire...
et jamais : Je suis en train de le lire
Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire
Le livre : Pourquoi lire des classiques ? Italo Calvino - Editions du Seuil 1993
04:15 Publié dans Bribes et Brindilles | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note
























































































































































































































































