26.09.2009

Malgré les ruines et la mort - Sophia de Mello Breyner

Malgré les ruines et la mort - Sophia de Mello Breyner - Traduit du portugais par Joaquim Vital - Editions de la Différence
malgré les ruines et la mort.gifVoilà une anthologie magnifique de la poésie de Sophia de Mello Breyner. Son nom est peu connu en France où pourtant elle a obtenu le prestigieux prix "Max Jacob"
L’antiquité parcours son oeuvre, son amour pour le Portugal, pour la Grèce dont elle chante la lumière et les îles. Elle dit avoir une relation privilégiée à "la mer, à la vague, à la roche, au vent, au soleil, à la lumière, au sable, à la terre, aux arbres "
C’est une oeuvre pleine de lumière et de chaleur, d’un poète qui se met sous la protection d’Homère et de la Bible " Le plus beau poème est dans la Bible, c'est le Magnificat, parce que c'est un poème d'exultation et d'humilité et puis il marque l'alliance de l'homme avec l'Eternel"
Certains des poèmes évoquent l’exil, le temps qui passe et la mort, le poète Pessoa " Ton chant si juste qui dédaigne les ombres" mais Sophie de Mello souhaite aussi une poésie heureuse " Je demande à la poésie aussi de la joie, elle aime les fleurs, la nuit, le rêve."


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Poème d’amour d’Antoine et de Cléopâtre
Par tes mains je mesurai le monde
Et sur la balance pure de tes épaules
Je pesai l’or du soleil et la pâleur de la lune

 

 

 

Alors surgirent les îles lumineuses
d’un bleu si pur et si violent
Qu’il dépasse l’éclat du firmament
Et en nous s’effacèrent la mémoire et le temps

 

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Lusitanie
Ceux qui tout droit avancent vers la mer
Et - tel un couteau - aiguisé - en elle plongent
La proue très noire de leurs bateaux
Vivent de peu de pain et de clair de lune

 

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Tableau de Mario Eloy ( Du bleu dans mes nuages)


L’auteur
SophiadeMelloBreynerpoetisaPortuguesa.jpgSophia de Mello Breyner est née en 1919 à Porto, dans une famille aristocratique.
Elle a reçu le prestigieux prix Camões en 1999. Ses livres ont été traduits dans de nombreuses langues. Elle même avait traduit de nombreux auteurs en portugais, notamment Shakespeare, Dante et Paul Claudel.
En France elle a reçu le prix Max Jacob de la poésie, prix rarement décerné à un poète de langue étrangère
Engagée politiquement Sophia de Mello Breyner fut de tous les combats qui ont porté la démocratie au Portugal

Lali est une passionnée de ce poète, vous trouverez chez elle les Vers de Sophia

Un billet sur l'auteur chez Armando

01.09.2009

La présence - Kathleen Raine

La Présence - Kathleen Raine - Traduit de l’Anglais par Philippe Giraudon - Edition Verdier (édition bilingue)
lapresence.gifUne poésie toute de spiritualité et de sagesse, Kathleen Raine a puisé largement dans les images de son enfance pour voir la beauté en toute chose.
La plupart de ses oeuvres sont aujourd’hui indisponibles en français et c’est pourquoi ce recueil m’est particulièrement cher



Dis que tout est illusionmerle.jpg
Néanmoins ce néant est tout
Cet inépuisable
Trésor d’apparences,
Le merle qui chante,
La pluie qui commence à tomber,
Les feuilles qui verdoient
L’arc en ciel qui se montre,
Réalité ou rêve
Quelle différence ? J’ai vu




Ancolies.JPGAncolies Bleues
Brûlant d’un sombre
Feu, mystère
Allumé de graine en graine,
De jardins en jardins, de printemps en printemps
Indigo
Ombre illuminée
S’enflammant à midi, couleur de ciel nocturne
Des sept rayons le plus intense
Solennité de la cathédrale bleue splendeur
D’entrailles, secrets ombrage,
Embrasées dans mon dernier jardin, profonde
Rumeur du lointain, de l’au-delà.

 

 

Joie
Ce matin sur le ciel clair
Les brindilles du sycomore sans feuilles
s’agitent doucement
Dans l’air glacé

 

L’auteur
raine.jpgKathleen Raine est née en 1908 à Londres. Son autobiographie Adieu prairies heureuses, Le Royaume inconnu, La Gueule du Lion et ses poèmes (Isis errante, Sur un rivage désert, Le Premier Jour) lui ont valu, en France et à travers le monde, l’attention d’un vaste public. Son œuvre s’inscrit dans l’héritage spirituel de Blake et de Yeats, auxquels elle a consacré de nombreux essais, elle porte aussi l’empreinte de sa longue fréquentation des sages de l’Inde, Kathleen Raine donne avec La Présence une magistrale synthèse de son expérience poétique. Ce livre paru en Angleterre en 1987 est, à ce jour, son avant-dernier recueil de poèmes. (source l’éditeur)

photos L'ancolie de chez Ballades photographiques et le merle est prêté par un ornithologue

23.07.2009

J'ai un arbre dans ma pirogue - Rodney Saint-Eloi

J’ai un arbre dans ma pirogue - Rodney Saint-Eloi - Editions Mémoire d’encrier
Ce recueil de poèmes m’attendait sur le stand du Canada au salon du livre de Paris. La rencontre avec l’auteur fut un moment de plaisir partagé autour de la poésie.
Ces textes et poèmes disent la souffrance de l’exil, l’amour d’une terre perdue mais célèbrent aussi la vie et l’amour.

haiti 1.jpgPourquoi écrire ce poème, ce dit testamentaire ? Peut-être pour revisiter les bris-îles, célébrer la vie, ses excès, sa musique, marquer les périmètres de sang et de deuil,
interpeller les dieux, les rues de l’enfance, traverser les clôtures du village.

Peinture Mabel Alvarez

 

 

 

Les mots disent toute la souffrance d’un peuple « nous avons compté un à un les fusils » «  la guerre a chassé le printemps » pourtant reste les couleurs de la vie et de l’amour

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Légende et fleurs de l’enfance
Jardin et sentiers ombrageux
Coquelicot, oeillet, lys pivoine, marguerite
recensement des leçons de choses
tu contais les secrets de l’amaryllis aux trois trompettes
qui balayaient les aurores
les couleurs avaient la complicité du ciel


Tableau de Vicsama


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Nous avons gardé intacte
la clarté des chemins fleuris
la chaleur des manguiers
comme le premier été du prisonnier
Nos baisers ont effacé les étangs de sang
ô sang qui baigne les rues de l’enfance

Tableau de Vicsama

 

L'auteur
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Né à Haïti Rodney Saint-Eloi est écrivain et éditeur.

Il a fondé "Maison d'encrier" et habite Montréal, partage son temps entre écriture, édition et voyages.

10.06.2009

Les coqs et les vautours - Albert-Paul Granier

Les coqs et les vautours - Albert-Paul Granier - Editions des Equateurs
les coqs .gifC’est après une émission de radio que j’ai eu envie de lire les poèmes d’Albert-Paul Granier, Claude Duneton a lu plusieurs des poèmes et je suis restée abasourdie que l’on ignore ce poète jusqu’à aujourd’hui.

L’histoire que raconte Duneton est trop jolie pour ne pas vous la livrer : un petit opuscule de poésie très vieux, dont les pages ne sont pas coupées, est trouvé par un de ses amis dans un vide-grenier....Bien sûr l’ami en question l’offre sans l’avoir lu à Claude Duneton...lecture et aussitôt recherche d’un éditeur qu’il trouve aux éditions des Equateurs

Les poèmes ont été écrits pendant la 1ère guerre mondiale par un sous-lieutenant qui ne verra jamais la publication de ses poèmes car volontaire pour l’observation aérienne des lignes ennemies, son avion est touché par un obus en 1917.
Cet opuscule a été envoyé juste avant à l'Académie Française pour un concours, l’ Académie Française le récompensa en 1918.

Ce petit livre est d’une modernité étonnante et d’une émotion puissante, la folie meurtrière, la souffrance, le froid, la peur, le bruit de la mitraille, tout est là dans ces quelques pages d’une beauté sombre.


« Et puis, voici pour ceux des guerres,
les coqs cambrés et claironnants et les vautours,
de haine lourds, avec leurs serres
teintes du sang des souvenirs.... »


Tout fait poème : l’exode des populations,  les villages pilonnés, les nuits d’attente et de peur, la mort omniprésente.


Par les chemins gluants qui viennent
du fond des plaines,
les gens s’en vont, comme des fous,
comme des fous qui seraient sages
les gens s’en vont vers n’importe où...

 

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Par les ravins crépus, d’horreur échevelés,
où les obus aigus mordent à crocs avides,
des cadavres blêmis crispent leurs poings rigides
sur le Néant obscur près d’eux agenouillé.

 

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La mort, soûle et joyeuse, danse,
et gambille et se déhanche,
la mort muette se trémousse,
et joue et jongle avec des crânes,
Comme avec des osselets



Rien n’est épargné, le symbole même de la paix la cathédrale agonise

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Vengez les saints des hauts vitraux
dont les doux gestes de lumière
absolvaient depuis des siècles
vengez les anges qui n’ont plus d’ailes
et les gargouilles de plomb gris
dissoutes parmi l’incendie.

 

Faite une place à ce livre dans votre bibliothèque

02.05.2009

Voyage poétique en chine

Poèmes chan - Traduits du chinois par Jacques Pimpaneau - Editions Philippe Picquier

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Un petit étang - Yongjue Yuanxian ( 1578-1657) Photo Céanothe

Par delà ma fenêtre, une moitié d’are en friche,
J’y ai creusé la terre pou en faire un étang,
Traversé par les nuages, il retient leur image,
Quand la lune survient, il commence à briller,
J’en arrose les fleurs que le printemps nous prête,
J’y lave ma pierre à encre et un parfum se répand,
Oui, ce n’est que de l’eau au milieu d’un étang
Mais s’en d’égage un calme qui fait tout oublier

 

 

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Monüni nonne (date inconnue)
Van Gogh amandier

Tout le jour j’ai cherché le printemps sans le voir,
J’ai chaussé mes sandales et couru la région,
Au retour j’ai souri en sentant un prunus,
le printemps sur la branche s’y trouvait au complet

 

 

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Baofen Weizhao (1084-1128)
Le printemps à Giverny - Monet (Merci Servanne)

 

La pluie a lavé les pétales roses des pêchers,
Le vent a épousseté les branches vertes des saules,
De la blancheur des nuages sort un rocher étrange,
De l’émeraude des eaux, la droiture de vieux arbres.

 

 


Pour poursuivre

vous pouvez retrouver Jacques Pimpaneau et la poésie chinoise chez Tania
La Chine et Yang Wan Li chez Aifelle
Van Gogh à Berne chez Souvenires et impressions

 


19.04.2009

Le Vésuve - Martial

Le Vésuve

Vésuve qu’ombrageaient jadis les pampres verts
Dont les pressoirs croulaient de grappes purpurines
Où de Nysa bacchus délaissait les collines`
Où dansaient autrefois les satyres pervers
Mieux qu’à Sparte, Vénus aimait chez toi descendre,
Hercule de son nom faisait gloire à ces lieux
La flamme a tout détruit, tout recouvert de cendres
Avoir eut ce pourvoir est le remord des dieux

 

Le poète Marcus Valerius Martialis  est plus connu pour ses vers licencieux mais j’aime cette évocation de la colère du Vésuve et l'idée du remord des dieux.

 

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02.04.2009

Nord profond - Olav H Hauge

Nord Profond - Olav H. Hauge - traduit par François Monnet - Editions Bleu autour
nordprofond.gifEncore une acquisition au salon du livre, je n’avais jamais entendu le nom d’Olav Hauge et c’est une découverte totale. Poète Norvégien né en 1908 et mort en 1994.
La préface et postface de François Graveline livre un poète en quête d’une vie, Hauge dit « Nous ne sommes rien, ce que nous cherchons est tout.  » Une vie difficile et parfois douloureuse Hauge ayant souffert de schizophrénie, sa quête va l’ouvrir à la littérature, à la poésie. Il vit en milieu rural mais parvient à lire beaucoup en volant du temps aux travaux de la ferme.
Interné plusieurs fois, Hauge ne publiera qu’après la guerre, il a toute sa vie tenu un « journal de l’âme » qui a été publié en Norvège en 2000.
Le recueil est accompagné des photos de François Monnet qui explique ainsi sa participation à ce recueil « J’ai éprouvé une urgence. Je n’ai pas connu Hauge mais je me suis senti proche de lui. Ses poèmes ramènent à l’essentiel dans un monde trop bruyant, trop bavard. »

 

NE VIENS PAS AVEC TOUTE LA VÉRITÉ

08-pierre-450.jpgNe viens pas avec toute la vérité,
ne viens pas avec l’océan pour ma soif,
ne viens pas avec le ciel quand
je demande une lampe,
viens avec une étincelle,
de la rosée,
un flocon,
comme les oiseaux emportent
des gouttelettes après le bain
et le vent  un grain de sel.

 


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CE MATIN À MON REVEIL
Ce matin à mon réveil,
les vitres étaient couvertes de givre,
je me tenais au chaud dans les braises d’un bon rêve
et le poêle répandait
dans la pièce
la chaleur
d’une bûche mijotée  toute la nuit.

 

 

 

 

 

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CHANT CHEMINE LEGER SUR MON COEUR
Chant, chemine léger sur mon cœur,
chemine léger
comme la bruyère des marais
sur la fagne détrempée,
comme l’oiseau du matin
sur la glace d’une nuit.
Briserais-tu l’écorce de ma peine,
tu te noierais,
chant.

DEMANDE AU VENT
Demande au vent
quand il est à bout de souffle.
Il voyage loin
et revient souvent
avec les bonnes réponses.

 

 

 

 

 

 

 

La page d'un bloggeur sur Olav H Hauge

L'auteur

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Né en 1908 à Ulvik et mort en 1994 dans la même commune. Il a vécu toute sa vie à Ulvik, un village situé au cœur du Hardanger où il exerçait la profession de jardinier et où il dirigeait un petit verger.
Il a été fortement inspiré par la poésie chinoise. D'une forme classique à ses débuts la poésie d'Hauge s'est progressivement affranchie de tous les codes, il a été un important rénovateur de la poésie norvégienne. Son oeuvre a été traduite dans une trentaine de langues.

04.03.2009

Le printemps des poètes

 

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Le Printemps des Poètes

Qu’est donc lire un poème ? c’est voir danser ma voix
pour entendre tes yeux chanter avant les mots
en miettes d’autrefois, dans nos lettres muettes

Claude Vigée - Mon heure sur la terre - Galaade Editions

 

 

 

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je mets ma vie en jeu 
je mets ma nuit en feu
réclamant sans répit
ce qui laisse sans voix
un grand vent étoilé 
qui secoue les vertèbres
je le reconnais bien 
c’est l’infini parlant
Zéno Bianu - Extrait de Scantate
Zao Wou ki

 

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Et pour occupation ceci :
Ouvrir bien grandes mes étroites mains
Pour ramasser le paradis
Emily Dickinson
Fresque de Stabies-Musée archéologique de Naples

 

 

 

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Ce là-bas
Ce chant c’est l’aube
Cet envol de ramiers
Cet horizon comme un jardin
Qui repose dans la lumière
Et les aromates
Anne Perrier - La voie nomade - Editions La Dogana

Pierre Bonnard - La Côte d'Azur

 

 

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Survivre au désir
Porter la soif
Plus loin que l’oasis
François Cheng - Double chant - Edition Encre Marine
Shitao - Conversation avec la montage -Musée de Shangai