17.10.2011
Le Soleil d'Alexandre - André Markowicz
L’ âme Russe - Episode 1 La Conversation des poètes

Révolte des décembristes, tableau peint par le peintre russe Vasili Timm (1820-1895).
Une lecture des poèmes de Pouchkine dans l’émission de Guillaume Gallienne « ça peut pas faire de mal » avait titillé ma curiosité.
le titre flamboyant de ce livre Le soleil d’Alexandre était fait pour m’attirer.
La poésie de Pouchkine, celle que tous les russes se récitent sans se lasser était déjà d’un intérêt certain mais sous la plume d’André Markowicz c’est beaucoup plus que cela.
En 1825 le 14 décembre, la tentative désespérée de 200 aristocrates d’imposer une constitution au Tsar pour supprimer l’ignoble servage et mettre à bas l’absolutisme va de finir dans le sang, les procès, des exécutions, le bagne en Sibérie pour tous ces hommes. « Une génération brisée » dit André Markowicz et c’est cette génération que l’on entend dans ce livre.

Révolte des décembristes - Vasili Timm (1820-1895).
« Organisé autour de la voix de Pouchkine » ce poète qui est selon Tchekhov « comme l’air que l’on respire » le livre est une vaste fresque de la vie culturelle, intellectuelle, poétique ce cette Russie sous le joug.
Elle commence avec Radichtchev condamné pour ses écrits par la Grande Catherine et qui revenu du bagne finira pas se suicider, il a laissé une élégie « La Mélancolie passion des coeurs purs qu’un sort injuste oppresse »
En avançant et en déroulant la vie de Pouchkine ( 1802-1841) la liste des noms amis prend de l’ampleur, pour la plupart inconnus faute de traduction jusqu’à aujourd’hui.
Joukovski, Radichtchev, Batiouchkov, Delvig, Baratynski, Viazemsky..............

Lermontov Griboïedov (haut) Karamzine
Pouchkine est le fil lumineux qui éclaire cette époque. Il est le centre des conversations qu’entretiennent tous ces hommes, dans leurs rencontres mais plus encore dans leurs oeuvres.
Ils chantent leur jeunesse, la guerre contre Napoléon, les amis morts. Ils traduisent la poésie étrangère. Ils sont surveillés, épiés, traqués parfois. Tous subiront peu ou prou le terrible poids de la répression tsariste, écoutez Pouchkine dans un magnifique A Ovide dire la souffrance de l’exil, de la condamnation inique et l’espoir du pardon :
.. l’isolement, l’abandon et l’oubli,
Tu n’entends plus les sons de ta langue natale,
Vers tes lointains amis ta complainte s’exhale
(...) Adoucissez la main qui châtie même juste....
Ils ont une même vision du destin de la Russie, de la littérature, un même amour de la poésie et malgré les dangers, les deuils, les séparations
« Tous ces hommes, tout au long de leur vie, se fréquentent, échanges, s’écrivent, écrivent en fonction les uns des autres, entretiennent une conversation destinée à devenir la base même de la culture russe »
L’admiration d’André Markowicz pour Pouchkine transparaît tout au long des pages, cet exceptionnel traducteur réalise ici un pari impossible, rassembler et traduire tous ces poètes inconnus en France, nous donner à comprendre cette période bouillonnante.
Les pages de poèmes, d’apports biographiques alternent, Pouchkine au Caucase par exemple :
« Si Pouchkine n’avait écrit, de toute sa vie, que ce qu’il a écrit au cours de ces trois mois d’isolement fiévreux, il serait déjà l’écrivain le plus important de son siècle en Russie » dit André Markowicz !

Le duel de Pouchkine - Alexandre Avvakmovich Naumov
Ce « Soleil d’Alexandre » titre que Markowicz emprunte à un autre poète : Ossip Mandelstam, brille de mille feux. La parole au poète pour terminer :
....N’avoir pour maître que soi seul ; être en repos, devoir
Ne contenter que soi ; pour quelque honneur infâme
Ne rien devoir courber, le cou, les rêves, l’âme ;
Selon sa fantaisie, vagabonder, errer,
Admirer la nature en sa splendeur sacrée,
Et frissonner de joie, plein de larmes sereines,
Devant la création de la pensée humaine........
Le livre : Le Soleil d'Alexandre - André Markowicz - Editions Actes Sud 2011
04:47 Publié dans Littérature Russe, Poésie | Lien permanent | Commentaires (41) | Envoyer cette note
02.10.2011
Cent poèmes - Thomas Hardy
Cent poèmes Thomas Hardy épisode 4
Tout le monde connaît l’écrivain mais beaucoup moins le poète, faute de traduction disponible sans doute.
La parution de cette anthologie bilingue datant de 2008 est venue à point.
Les deux traducteurs sont enseignants en Suisse et c’est un éditeur Suisse qui permet cette parution.
Dans l’introduction les traducteurs font la longue liste des admirateurs du poète : Virginia Woolf, D.H. Lawrence, W.H. Auden, Ted Hughes, Philip Larkin, Seamus Heaney, certains d’entre eux le considère comme un modèle.
Le poète plein d’empathie pour les expériences humaines, se fait chantre universel de l’homme, de ses rêves, des sa sensibilité.
On retrouve dans les poèmes des thèmes abordés dans les romans : généalogie, mémoire, tourment de l’homme révolté, et tout l’amour de Thomas Hardy pour les landes et les forêts, les animaux "Les plus humbles créatures de Dieu! Eux connaissent des secrets de la Terre que moi, je ne connais pas"
Ils sont nombreux chez Thomas Hardy " Un faucheux, un papillon de nuit et un scarabée" ce sont des invités permanents " Mes hôtes barbouillent la ligne que je viens d’écrire"
Thomas Hardy et sa seconde femme Florence
Des poèmes hommages : à son éditeur Leslie Stephen (père de Virginia Woolf) , à « La poussière de l’alouette que Shelley entendit » poème hommage à Gibbon dont il admire l’oeuvre.
Poèmes influencés par les poètes antiques, Ovide, Horace...

La Voie Romaine s’avance droite et nue,
A travers la lande. Et des hommes pensifs
Opposent son Aujourd’hui à son Jadis
Sa femme Emma est à la source de plusieurs écrits celle qui « Ouvrit pour moi la route du Romanesque » et très souvent le thème de la maison où vivre :

Je veux bâtir un manoir sans tarder.
Et l’orner de deux tourterelles,
Et d’un large escalier à pilastres,
Et d’un puits frais pour de l’eau cristalline;
Oui je vais bâtir un manoir sans tarder,
Planter des rosiers qui nourrirons l’amour,
Et des pommiers et des poiriers.
Les poèmes sont classés par thèmes : jeunesse, guerre, la mort, la méditation ....
L’anthologie est enrichie de repères biographiques et d’un cahier de photographies des lieux habités par Thomas Hardy et pour les amateurs le livre est accompagné d’un CD proposant une sélection de poèmes bilingues.
Le livre : Cent poèmes - Thomas Hardy - Choisis et traduits par Eric Christen et Françoise Baud - Editions de L’Aire
05:00 Publié dans Littérature Anglaise, Poésie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
19.06.2011
Les roses de Samode - Serge Airoldi
A mi-chemin de la poésie, du récit de voyage, des réminiscences de l’enfance, ce livre doucement mélancolique invite à rêver, à se replonger dans le bonheur et la gravité des souvenirs.
Un lien existe entre le voyage en Inde de l’auteur et son enfance, les roses, les roses qui « embaumaient l’air » dont sa grand-mère faisait des bouquets semés dans toute la maison « dans sa chambre, près du missel ».
Les pétales de roses que sa grand-mère éparpillait et glissait dans des endroits secrets « auge des vaches, dessus de l’armoire, tas de bûches » ces pétales de roses qu’il va retrouver à Samode comme si les lieux de l’enfance et ceux du voyage pouvaient dialoguer par dessus les mers et le temps.
C’est un livre nostalgique que celui-là, il tisse les brins de la mémoire ensemble, les rassemble et en fait un réseau secret où l’enfance répond au monde d’aujourd’hui, où la tendresse d’une grand-mère reste une musique indispensable devant les dureté des visions de l’Inde, où les paysages de l’enfance sont remplacés par « un minaret, des coupoles et des temples » souvenirs d’autres voyages « de Pienza à Jaïpur »
La disparition d’un ami trouve son écho dans un bûcher funèbre indien près du Taj Mahal.
J’ai tout aimé, la poésie, le voyage, les mots, la « beauté altière » du récit. Un livre que l’on range dans un coin secret de sa bibliothèque pour le rouvrir un soir où le parfum des roses réveillera le souvenir.

Le livre : Les roses de Samode - Serge Airoldi -Cheyne Editeur
05:33 Publié dans Littérature Française, Poésie | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note
20.03.2011
Printemps des poètes Infinis paysages du Japon
Les "Infinis paysages" du Japon
Même si aujourd'hui les préoccupations ne vont pas à la beauté des paysages, une façon de dire que le Japon fait partie de nos pensées


Je m’en suis allé
Au rivage de Tago
Et j’ai vu la neige
Sur la cime du Fuji
Toute immaculée tomber
Yamabé no Akahito

Sur la haute dune
Le cerisier de la cime
S’est épanoui
Ah puisse ne le voiler
La brume de ces collines
Le Moyen conseiller Masafusa
Les livres pour le Japon
De cent poètes un poème - René Sieffert Sôryû Uésugi - Publications orientalistes de France
Les Trente six vues du Mont Fuji - Hokusai - Editions du Seuil/BNF
05:10 Publié dans Littérature Japonaise, Poésie | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
16.03.2011
Printemps des poètes Infinis paysage d'Irlande
Les Infinis paysages d'Irlande

Que je me lève et je parte, que je parte pour Innisfree
Que je me bâtisse là une hutte, faite d’argile et de joncs.
J’aurai neuf rangs de haricots, j’aurai une ruche
Et dans ma clairière je vivrai seul, devenu le bruit des abeilles.

Et là j’aurai quelque paix car goutte à goutte la paix retombre
Des brumes du matin sur l’herbe où le grillon chante,
Et là minuit n’est qu’une lueur et midi est un rayon rouge
Et d’ailes de passereaux déborde le ciel du soir.

Que je me lève et je parte, car nuit et jour
J’entends clapoter l’eau paisible contre la rive.
Vais-je sur la grand route ou le pavé incolore,
Je l’entends dans l’âme du coeur.
les photos du lac d'Innisfree de jour et de nuit
Le livre : Quarante cinq poèmes - W.B Yeats - Traduction Yves Bonnefoy - Gallimard
05:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note
13.03.2011
Printemps des poètes Infinis paysages des flandres
Les "Infinis paysages" des Flandres

Le canal s’en allait
Ainsi depuis des ans.
Où donc s’en allait-il
Au pas lent d’un mule

Johan Barthold Jongkind
Ou bien au pas tranquille
D’un homme satisfait
En traînant ses chalands
Sous le ciel nonchalant ?

Il ne le savait pas
Il allait pour aller
Il s’arrêtait parfois,
Surpris, au bord d’un pré
Le livre
Du ciel dans l’eau - Maurice Carême - Editions l’Age d’homme
05:18 Publié dans Littérature Néerlandaise et Flammande, Poésie | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note
10.03.2011
Le Printemps des poètes au nord
Les Infinis paysages du nord

Première neige
L’air est froid et immobile.
Là-haut, planant, le faucon en chasse.
L’approche des jours d’hiver.

Tranquille, chaque maison devient un point fixe,
Tourne son mur contre le froid.
Sauvage, le nuage de neige éclate.

On voit bientôt les premières traces
sur notre cour blanchie.
L’hiver est arrivé au Nord.
Le livre : Lisières du givre - Tarjei Vesaas - Editions Grègres
05:05 Publié dans Littérature Norvégienne, Poésie | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
07.03.2011
Printemps des poètes Infinis paysages de Chine
Les "Infinis paysages " de la Chine


Il y a dans la cour un arbre merveilleux
La profusion des fleurs jaillit du vert feuillage
J’attire les rameaux, je cueille leur splendeur
Je vais en faire hommage à l’ami de mon coeur

De mon amour m’écarte un long chemin
Je me retourne, cherche des yeux mon vieux village
La longue route à l’infini coule et s’écoule
Quand les coeurs sont unis mais les lieux séparés,
Quel douloureux chagrin nous mène au bout de la vieillesse !
Les livres pour la Chine
Les Dix neuf poèmes anciens - Traduits par Jean Pierre Dieny - Editions Les Belles lettres
La peinture des paysages de la Chine ancienne - Mingsong Geng - China Intercontinental Press
05:00 Publié dans Littérature Chinoise, Poésie | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
02.03.2011
La poésie c'est autre chose
En attendant le 7 mars et l’ouverture du printemps des poètes placé cette année sous le signe « D’infinis paysages »
La poésie est une parole essentielle libérée du bruit. Un silence qui parle.
Jean Bastaire

La poésie est l’art du voyage immobile
Yves Leclair

La poésie est une eau à laquelle on demande de donner soif
Jean-Yves Masson

C’est quand un mot rencontre un autre mot pour la première fois Jacques Lacarrière *

L’univers concentré dans une poignée déclats
Valérie-Catherine Richez

Le poète véritable est un dieu sage, pour une moitié,
qui maîtrise un dieu fou, son autre moitié
Juan RamónJimenez

Tu comprendras qu’un poète ne peut rien dire de la Poésie.
Laisse cela aux critiques, et aux professeurs.
Mais ni toi ni moi ni aucun poète,
nous ne savons ce qu’est la poésie
Federico García Lorca

La poésie c’est autre chose.
Eugène Guillevic
* Réponse qu’un berger grec fit à Jacques Lacarrière qui demandait la définition du mot poésie
Le livre
La Poésie c’est autre chose 1001 définitions de la poésie - Sous la direction de Gérard Pfister - Editions Arfuyen
05:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note
17.02.2011
Traduire la poésie
Juste après avoir lu la biographie de Shakespeare j’ai lu la nouvelle traduction des sonnets parue chez P.O.L, dans le même temps j’ai lu chez BOL un poème de Francisco de Quevedo que j’aime particulièrement mais qui dans mon exemplaire est assez différent.....alors je vous propose une petite expérience


Deux exemples, chaque fois après la langue originale les deux traductions avec le nom du traducteur et l’année de la traduction.
Les choix sont différents, il y a ou non respect total de la forme.
Je suis frappée par la différence qui se dégage dans chaque exemple, cela confirme quel art difficile est celui de la traduction et que dire de la traduction de poèmes !
L’original en Espagnol
"¡Ah de la vida!"... ¿Nadie me responde?
¡Aquí de los antaños que he vivido!
La Fortuna mis tiempos ha mordido;
las Horas mi locura las esconde.
Jacques Ancet 2011
"Hé là ! la vie !" ... Personne ne m´entend ?
À moi, les autrefois que j´ai vécus !
Dans mes années, la Fortune a mordu;
Les Heures, ma folie leur fait écran.
Bernard Pons 2003
« Holà, vivants ! »....Personne qui réponde ?
A moi jadis et antans de ma vie !
La Fortune dans mes jours a mordu ;
Les Heures, ma folie me les dérobe
Et pour la langue anglaise
Un sonnet fameux qui a fait les beaux jours du cinéma
les quatre premiers vers du poème et la chute en deux vers
Let me not to the marriage of true minds
Admit impediments, love is not love
Which alters when it alteration finds,
Or bends with the remover to remove.
If this be error and upon me proved,
I never writ, nor no man ever loved.
Frédéric Boyer 2010
non pour moi un mariage d’amour
ne connaît pas d’obstacle amour
n’est pas l’amour s’il change pour changer
ou suit le premier à quitter la place
si j’ai tord et qu’on me le prouve alors
jamais je n’ai écrit jamais personne n’a aimé
Henri Thomas 1994
Non, je n’admettrai pas d’obstacle au mariage
Des coeurs sincères. Cet amour n’est pas l’amour,
Qui change quand il trouve ailleurs un changement,
Ou se détourne dès que l’autre se détourne,
Si c’est erreur, s’il est prouvé qu’elle soit mienne,
Je n’ai jamais écrit, nul n’a jamais aimé.
Où vont vos préférences ?
Les livres :
Sonnets de Francisco de Quevedo - Edition bilingue José Corti 2003
Les Furies et les peines - Editions Gallimard Poésie 2011
Sonnets de William Shakespeare - Editions Le Temps qu’il fait 1994
Sonnets de William Shakespeare - Editions P.O.L 2010
05:54 Publié dans Littérature Anglaise, Littérature Espagnole, Poésie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note

























































































































































































































































