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Les Indispensables - Page 4

  • Le Temps des offrandes - Patrick Leigh Fermor

    L' Europe de Londres à Esztergom

     

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    Mon troisième billet européen sera double car Patrick Leigh Fermor a écrit deux volumes qui se font suite et je ne pouvais pas vous parler de l’un sans l’autre

    Un jour de décembre 1933, un jeune homme de dix-huit ans décide de partir à pied « Comme Childe Harold ! » pour traverser l’Europe, de la Corne de Hollande jusqu’au Bosphore. 

    Patrick Leigh Fermor, écrivain-voyageur d'origine britannique a retracé ce voyage en deux livres magnifiques Le temps des offrandes  et Entre fleuve et forêts 

     

    Patrick Leigh Fermor in 2008. Photograph - Eamonnb McCabe.jpg

    Toujours à la recherche de récits de voyage quand ces livres sont parus en 1991 je les ai achetés sans savoir qu’il serait mes préférés dans une bibliothèque pourtant riche de livres de ce genre. 

    Un peu plus tard je découvrais chez Bernard Pivot le visage de l’auteur, ce n’était plus évidemment le jeune homme fringant du livre mais je dois dire qu’il portait encore beau. 

    Récit de voyage et journal d’un jeune homme qui jusque là s’est contenté de vivre en dilettante, c’est donc en même temps un récit initiatique, celui de l’entrée dans un monde d’adultes, une pérégrination dans une Europe aujourd’hui disparue.

     

    Après une scolarité très chaotique, échappant de peu (trop mauvais en math) à Sandhurst, le jeune homme s’interroge sur son avenir quand l’hiver par trop mélancolique fut venu. 

    Examinant les cartes il décide d’abandonner l’Angleterre et de

    « traverser l’Europe comme un clochard ». 

     

    Le temps de rassembler un sac à dos, un bâton de marche, de glisser dans le sac carnet, crayons, une anthologie de vers et un petit Horace de poche, il débarque un matin de décembre à Rotterdam où « la neige s’empilait sur les épaules de la statue d’Erasme ».

    Dans une taverne il annonce sa destination : Constantinople ! le patron  « me fit signe d’attendre, produisit deux petits verres, les remplit d’un liquide transparent issu d’une longue bouteille en grès. Nous trinquâmes ; il vida le sien d’un coup et je l’imitai. Les oreilles pleine de ses souhaits de bon voyage et l’estomac brûlé par le bols, la main broyée par sa poignée d’adieu, je me mis en chemin. »

     

    Dès les premiers jours il trouve chaque soir un gîte sans problème, parfois dans une grange, un édredon chez l’habitant ou dans une cellule de prison offerte aux voyageurs pauvres. 

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    « Dès que pointait une ferme ou un village, j’entrais dans le monde de Pierre Brueghel.»
    Les chemins glacés, des landes couvertes de neige « la couleur, la lumière, le ciel, l’amplitude de l’espace, l’étendue et les détails des villages et des villes s’entremêlaient pour tisser un charme merveilleusement consolant et réparateur. »

     

    La Hollande vite traversée il entre en Allemagne « La barrière était peinte en noir, blanc et rouge, et je discernai bientôt le drapeau écarlate avec son disque blanc et sa croix gammée. »

     

    La journée il marche en déclamant tout ce qu’il sait de poésie anglaise, de tirades de shakespeare, Pour passer le temps en marchant, il récite à haute voix « la plupart des Odes de Keats » ainsi que  Tennyson, Browning et Coleridge. De la poésie française et quand la journée est longue il a recours au latin, Virgile et son Enéïde, la Pharsale et bien sûr Horace toujours présent.

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    Le soir il respecte un rituel « je m’installais devant une lourde table d’auberge, avec ma neige fondante, des fourmillements dans tout le corps et, à portée de la main, du pain, du vin, du fromage et mes papiers, mes livres et mon journal. »

    Il est heureux !!

     

    Les haltes sont parfois un rien coquines, quelques jours passés chez deux jeunes filles où il écluse la cave du propriétaire des lieux sans vergogne tel un « bois-sans-soif  »

     

    Il est à Ulm un jour de marché, une ville magnifique où il se serait attardé s’il avait pu deviner que « les trois quarts de la vieille ville périraient dans les flammes et les bombes quelques années plus tard »

     

    A Munich une halte un peu trop prolongée à la Höfbrauhaus lui valut une superbe Katzenjammer, son vocabulaire allemand s’est brutalement élargi jusqu’à la gueule de bois.

    Ayant déposer tous ses bien dans une auberge de jeunesse avant cela, le lendemain est dur, tout à disparu, le sac, son argent, son journal.

    Le gouvernement bienveillant de sa Majesté lui permit de poursuive sa route en lui allouant un prêt. 

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                Munich et la Höfbrauhaus 

     

    Ici intervient la première halte d'un genre nouveau et qui va devenir un rituel.

    Des amis de sa famille ont écrit un peu partout en Europe pour que l’on accueille ce vagabond dissipé. Ces étapes de schloss en palais sont les bienvenues après le confort précaire des granges, une hospitalité pleine de noblesse, un bain chaud, parfois un bon whisky et toujours l’accès à de somptueuses bibliothèques.

    Un petit Horace in-12 est venu remplacé celui disparu et « il ennoblit aussitôt le clochard que j’étais en fait »

     

    En janvier 1934 il est à Salzbourg, il lorgne sans espoir vers les sommets enneigés rêvant de ski, un nouveau Schloss, une nouvelle recommandation et le soir il paie son écot en racontant son voyage.

    Faisons des sauts, Linz, l’abbaye de Melk

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    Vienne enfin,  Vienne, « La splendeur d’une capitale et l’intimité familière d’un village.» 

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    Là, grâce à un compagnon de rencontre, il va gagner quelques sous en crayonnant des portraits mais n’oubliera de voir ni le ring, ni la crypte des capucins, ni les musées. Trois jours se transforment en trois semaines, il est temps de reprendre la route.

     

    Il va devoir ajouter deux langues à son répertoire dans les villes et villages traversés

    « le petit brouhaha de magyar et de slovaque étaient noyé par les voix parlant allemand prononcé à l’autrichienne ou avec l’accent invariable du hongrois. Le plus souvent on conversait en Yiddish, dont l’inflexion allemande me faisait toujours croire que j’allais saisir un semblant de sens. »

    A Vienne il a fait connaissance de Hans qui est tchèque et qui va lui proposer un détour jusqu’à Prague.

    Trois jours bénis où il tombe amoureux de la ville, Prague dont Patrick Leigh Fermor dit « Aujourd’hui quand je regarde les photos de cette belle ville perdue, le charme opère encore »
    A l’heure ou PL Fermor écrit Prague est encore une ville derrière le rideau de fer !

     

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    La fin de cette première grande étape arrive, l’hiver s’en est allé, notre vagabond va faire une dernière halte dans un château, chez le Baron Pips qui l’accueille un livre de Proust en main « J’ai commencé le premier volume en octobre et j’ai poursuivi ma lecture tout l’hiver.(...) Je me sens si proche de tous ces personnages, je suis au désespoir à l’idée de les quitter » 

     

    Les boiseries de la bibliothèque sont invisibles sous les livres, le baron à un air de Charles Haas et fait un peu l’éducation du jeune homme «  Ces jours passés à Kövecses furent une période de complet bonheur et une étape importante dans mon évolution personnelle. »

     

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                           Esztergom sur le Danube

     

    Quelques villages hongrois, des douaniers qui le prennent pour un contrebandier et notre Child Harold va passer sa première nuit à la belle étoile, le printemps est là, les cigognes sont revenues, et le dimanche de Pâques au milieu de la foule endimanchée il va atteindre Esztergom

    « sur le quai, les quelques personnes encore sur l’embarcadère se hâtaient toutes dans la même direction, je leur emboîtai le pas à mon tour. Je ne voulais pas être en retard. »

     

    Dans le prochain billet la fin du périple et une petit biographie de l’auteur

     
    Le livre : Le Temps des offrandes - Patrick Leigh Fermor - Editions Payot 1991
  • Aux frontières de l'Europe - Paolo Rumiz

    L'Europe l'Europe l'Europe 

     

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    Dans mon triptyque européen voici le deuxième élément. 

    Après le journaliste historien voici l'amoureux des voyages, des frontières, des grands espaces. Normal me direz-vous pour un homme né à Trieste ville chargée de la folle histoire européenne. Autrichienne du temps de l’empire austro-hongrois, flirtant avec les Balkans.

     

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                                 Trieste © Kevin Galvin/Alamy

     

    "Agrippée à l'extrémité septentrionale de la mer Méditerranée, Trieste, ma ville, est un sismographe, une balustrade vers d'autres horizons. Dans les cafés, il était normal de parler de ce qui se passait à l'étranger. Les hommes qui sont nés à mon époque ont été nourris au pain de la géopolitique."

     

    En un long périple de 6000 km de la mer de Barents à la mer Noire, il effectue une traversée verticale de l’Europe et comme il ne craint pas les zigzags, on le suit de la Norvège du Cap Nord à Odessa en passant par la Biélorussie, l’Ukraine.

    Journaliste un peu désabusé après avoir couvert la guerre des Balkans c’est pour lui l’occasion de vivre à son rythme. amoureux des confins, il a choisi de nous mener au plus proche de « l’âme slave »
    Un mois de pérégrinations, le passage des frontières de dix pays sac sur le dos, carnet et crayon en main pour satisfaire sa curiosité, son goût des rencontres. 

     

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                           Ferme de Mazurie  © Przed 

     

    Il traverse des territoires qui ont changé de nom, des contrées oubliées par l’histoire, des pays tout nouvellement créés, des villes aux noms imprononçables et magiques,« ces anciennes provinces frontalières englouties par la géopolitique »  la Carélie, la Courlande qui porte un nom de princesse, la Bucovine, la Mazurie et ses lacs...

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               Sur le lac Onega © Christine Barber

    « c'est ici que bat le coeur, à des centaines de km au-delà de l'ex-rideau de fer, entre les bouleaux et les grands fleuves méandreux, dans une terra incognita faite de périphéries oubliées.» 

    Paolo Rumiz préfère les trains bringuebalants au TGV, les horaires improbables et les correspondances impossibles qui obligent à demander l’hospitalité. Au gré des rencontres son périple nous fait prendre  « un bain d’humanité » : Un prêtre orthodoxe qui fut soldat dans les forces spéciales russes, des moines et des vieux-croyants,  l’écrivain Mariusz Wilk qui a choisi de vivre au bord du lac Oniega, Allia et ses blinis, les vieux juifs de la synagogue de Grodno.

     

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                   Synagogue de Grodno en Biélorussie © Thierry Jamard

     

    Son regard est sensible, plein de curiosité, de chaleur humaine qui s’épanouit dans les rencontres, il est à classer dans la famille des grands écrivains voyageurs, celle des Colin Thubron, des William Darymple. En le lisant on pense au Danube de Magris, à  L’usage du monde  de Bouvier. Des estampilles bien tentantes non ?

     

    A l’origine ce texte a été publié en feuilleton dans la presse italienne, et c’est bien d’un feuilleton qu’il s’agit car on attend avec impatience le passage de la prochaine frontière, si vous ne fermez pas ce livre avec du vague à l’âme ou l’envie de partir je suis prête à manger mon chapeau !!

     

    Une interview de l’auteur dans Courrier international.

     

    L'avis de miriam dans ses carnets de voyages

     

    Le livre :  Aux frontières de l’Europe - Paolo Rumiz - Traduit par - Editions Hoëbeke

     

    rumiz.jpgL’auteur

    Paolo Rumiz n’est pas un étranger pour moi car je l’ai déjà suivi sur les traces d’ Hannibal avec grand plaisir 

  • Voyage d'un européen à travers le xx ème siècle - Geert Mak

    L'Europe l'Europe l'Europe 

     

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    Sur le thème de l’Europe il est bon de commencer par l’histoire. Quand elle est vue par un journaliste on s’éloigne des livres lourds et un peu ennuyeux pour plonger immédiatement dans un reportage large, embrassant le siècle. 

    Le voyage s’ouvre avec l’ Exposition universelle de 1900 et se ferme en 1999 à Sarajevo. Geert Mak entre temps aura porté ses pas sur les bords de la Sprée, du Danube, de la Seine, bref dans la plupart des villes européennes témoins des événements qui ont fait le turbulent XX ème siècle.

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                       Du Verdun d'aujourd'hui 

     

    Il observe les traces d’hier dans les villes d’aujourd’hui, il s’intéresse aux bibliothèques, aux cafés, aux tracteurs dans les champs, aux passagers des trains. Il cherche les fils qui relient une capitale à un coin de campagne, qui tissent un réseau très fin entre les nations, les personnages et les guerres.

    Il arpente d’anciens champs de batailles, des villes martyres, des camps de funeste mémoire, des tranchées de la Grande Guerre à Check Point Charly, de la ligne Maginot aux Pays Baltes.

    Tout est bon pour enrichir ce parcours, les récits autobiographiques, les coupures de journaux. Il interroge, interviewe. On croise des poètes, des écrivains, des historiens, il mêle les témoignages rares à l’histoire connue de tous.

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                        Aux forêts de Lituanie © Miriam Panigel

     

    Il brosse à la fois le destin collectif des peuples et les destins individuels, ceux de héros inconnus qui ont tenté un jour d’aider leur prochain y laissant parfois la vie, ceux qui ont subi les événements sans pouvoir s’y soustraire comme ce petit fils de Guillaume II,  réfugiés, exilés, population sous les bombardements à Londres ou à Dresde. Ceux qui ont fait preuve de courage comme ces journaliste du Münchner Post qui tinrent tête à Hitler.

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                               De  Guernica 

    Ce qui rend le livre passionnant c’est que la rigueur et la méthode se cachent sous les raccourcis qu’il prend, les chemins de traverse qu’il emprunte,  en voici quelques exemples pour vous mettre un peu l’eau à la bouche :

     - A Sarajevo en 1914 voyez l’Archiduc François Ferdinant

    « Dans le col de l’uniforme qui est à droite, on distingue près de l’étoile de général, un petit trou de quelques millimètres. C’est tout. »
     

    - Le voyage de retour vers la Russie d’un Lénine qui fait ses premières armes au pays de la bureaucratie en  décidant qu’il est interdit de fumer sauf aux toilettes et tant pis pour les embouteillages à la porte 

    « Lénine résolut le problème en instituant des laissez-passer : les fumeurs eurent un laissez-passer de deuxième catégorie, les autres un laissez-passer de première catégorie. »

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    A Moscou 

     - Une visite du Berlin de l’entre-deux guerres où se regroupent des réfugiés de toutes provenance
    « Quand les chauffeurs d’autobus s’arrêtaient près de la Bülowstraße, ils s’écriaient : « Russie !» La ville comptait vingt librairies russes.»
     

    - Un cimetière enneigé de la banlieue de Linz en Autriche, Geert Mak est à la recherche d’une tombe
    « Voilà que je tombe dessus, d’un seul coup. Et fait étrange, ce n’est pas du contentement que j’éprouve, mais de la peur. La pierre, ornée d’une grande croix noire, penche un peu. Sur la fosse s’élève un énorme sapin. Les petits portraits en émail des défunts ne sont que trop connus. Alois Hitler (...) Frau Klara Hitler » 

    - Ou encore cette crèche épatante et vide
    « Dans les placards de la crèche les petites chaussures d’enfants sont encore dans la position où elles ont été laissées il y a treize ans » nous sommes à Pripiat, à quelques kilomètres de Tchernobyl le « Pompéi du vingtième siècle »

    Lecteur pressé passe ton chemin, ici on s’arrête sur des détails, des personnes que la célébrité ne touchera jamais, ce sont mille pages où les langues se mélangent, où l’on entend la voix des sans grades et de leur famille.

    On ressort assez estomaqué par la très large culture de l’auteur, sa connaissance de l’histoire : quelle leçon !

     

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                                      ou à la chute du mur de Berlin 

     

    L’auteur de ce livre indispensable nous dit que l’espace économique européen est insuffisant, qu’il faut y ajouter la culture, la coopération, la solidarité, des projets en commun. Qui peut en douter aujourd’hui ?

     

    Ce voyage c’est notre histoire et en cette période agitée où la destinée de l’Europe est interrogée, lisez Geert Mak !!

     

    L'avis tout aussi enthousiaste de Luocine 

     

    Le livre : Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle - Geert Mak - Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham - Editions Gallimard

  • Les Adages - Erasme

    Penser  Philosopher Croire 

                                           Le soleil de la renaissance 

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    Erasme a pris place dans ma bibli

    Fous de latin et de grec ce billet est pour vous. Je n’ai pas pu résister et j’ai fait l’acquisition du coffret des Belles Lettres ! oui je sais je me suis mis un peu sur la paille mais je vais peut être y gagner en sagesse et en érudition !!!

    Certains l’ont qualifiés de chef-d’œuvre de l’humanisme européen  de « Soleil de la Renaissance »  de  « Bible païenne » enfin de «  Voie royale d’accès à la littérature gréco-latine. » inutile que j’en rajoute !

    Erasme fut le grand collationneur de ces citations, sentences, proverbes que lui fournirent les auteurs antiques mais aussi la Bible. Pour chacun  Erasme nomme les auteurs qui ont utilisé, créé l’expression. Il accompagne l'expression d’exemples, l’illustre, le  commente, fait vivre le texte, parfois brièvement et souvent longuement jusqu’à transformer la note en quasi traité. 

     

     

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            11 des 4140 et un adages 

     

    Toute l’Europe admira cette oeuvre, toute ? non pas tout à fait car les Adages furent mis à l’Index en 1557, ce qui ne l’empêcha pas de devenir le plus grand succès de libraire de la Renaissance, juste revanche.

    Erudition, réflexion, ironie, critique, tout est mêlé et c’est ce qui fait de ces 4151 adages une oeuvre où il fait bon se perdre, les Adages se répondent et quand vous ouvrez un des tomes, vous glissez de pages en pages, vous sautez d’un adage à l’autre. J’ai retrouvé en les feuilletant, en les lisant, la magie que l’on éprouve enfant dans nos premières visites au dictionnaire. Pour l’avoir mis dans les mains d’un visiteur récemment j’ai pu observé les effets de près, il est resté scotché sur le tome 1 plus du tout près à le poser !! 
    Vous croisez du beau monde venu de Grèce ou de Rome au choix : Euripide au coude à coude avec Aristophane, Senèque entre Virgile et Ovide, et bien entendu les historiens : Tite-Live et Tacite.

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          A lire sur un support : gare à la tendinite 

     

    Presque soixante personnes, latinistes experts mais pas forcément universitaires, ont collaboré à cet ouvrage sous la direction de Jean-Christophe Saladin. Une entreprise gigantesque, traduire fidèlement le grec et le latin des Adages est une entreprise colossale et excitante. Sur la page de gauche le texte en VO, latin mais aussi grec, et à droite le commentaire d’Erasme. 

     

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               Beau papier et typographie impeccable

     

    Des classements croisés pour retrouver n’importe quel adages, par son numéro, son nom latin, français, par lieu, par thème, bref de la belle ouvrage.

    Une splendide édition, cinq volumes sous coffret, superbement reliés, un papier magnifique d’un beau crème, mon exemplaire porte le numéro  1101.

     Une interview du maître d’oeuvre de cette édition

  • En lieu sûr - Wallace Stegner

    Pas de frontière à l'amour et l'amitié : direction les US

     

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        Plus précisément  le Wisconsin

     

    Comment sait on dès les premières lignes que l’on vient d’ouvrir un très bon roman

    L’histoire avance lentement mais vous ne remarquez pas cette lenteur, vous êtes suspendu aux mots, ils vous tiennent en haleine. En quelques paragraphes les héros semblent faire partie de votre univers depuis toujours. 

    Un roman sans armes à feu, sans passions exacerbées, sans divorce, sans drogue, rien de spectaculaire ici.

    Des vies pleines, riches, parfois difficiles, une amitié qui repose sur de fortes différences et qui pourtant ne vacille pas même dans la tempête. 

     

    Il est temps de faire connaissance avec les deux couples d’universitaires car vous allez passer la moitié d'un siècle avec eux.

    Dans les années trente, Larry Morgan, le narrateur, vient d’épouser Sally qui attend un bébé. 

    Il a obtenu un poste à Madison, Wisconsin, ils sont désespérément fauchés et Larry s’acharne à l’écriture de nouvelles qu’il espère vendre à des magazines.

    La rencontre avec Sid et Charity Lang va changer le cours de leur vie. Le couple Lang représente la notoriété, la richesse, les relations mondaines. C’est une véritable adoption plénière qui va avoir lieu, ils vont tout partager : Les soirées à parler littérature, les espoirs des uns et des autres, les pique-niques qui deviennent un rituel mémorable, les naissances, les vacances dans le Vermont, la guerre, les échecs. 

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     Les vacances  dans le Vermont

     

    Des liens fort se créent qui gomment les différences et font accepter les contraintes de la vie quotidienne. 

    Tout n’est pas parfait, Sid rêve d’écrire de la poésie mais pragmatique et ambitieuse Charity le pousse à écrire des articles et livres pour servir sa carrière, elle organise tout, est indispensable à tous, mène d’une poigne de fer toute sa tribu et les Morgan très vite en font partie. Larry regimbe parfois devant tant d’autorité mais toujours les quatre amis sont soudés face aux réussites joyeuses comme aux accidents de l’existence. L’amitié encaisse tout les chocs car dit Larry :

    « Mon sentiment pour eux est une part de moi-même avec laquelle je ne me suis jamais querellé, même si mes rapports avec eux ont pu être plus d’une fois quelque peu raboteux. »

     

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    En plusieurs retours vers le passé Wallace Stegner décrit à merveille la vie qui s’écoule, le partage permanent, la mémoire des instants heureux.  Voilà ce qu’il dit de ses intentions à la parution de ce qui fut son dernier roman :

    « Je voulais faire toucher du doigt une vérité moins fardée encore que d’habitude, une vérité vraiment nue. Faire entendre une musique qui ne remuerait que de tout petits bruits, mais dont les échos iraient un peu plus loin. » , il tient parole je vous l'assure.

     

    Un roman pour lequel un critique américain parle de « rasade de sagesse » j’aime bien l’expression. Un livre qui est  une belle méditation sur l’amitié, la création littéraire, la compassion et l’amour entre les êtres, servi par une écriture sans effet, dépouillée 

    mais jamais mièvre.

    Vous pouvez le trouver sur les sites de livres d’occasion, je viens de le relire avec un plaisir intact, je vous propose de lui faire une place dans votre bibliothèque.

     

    D’autres romans de Wallace Stegner sur la toile : La Bonne grosse montagne en sucre ou Angle d’équilibre tous chez Phébus

     

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    Le livre : En lieu sûr - Wallace Stegner - Traduit de l’américain par Eric Chédaille - Editions Phébus - 2003

     

    L'auteur :Il est né en 1904 dans l'Iowa. Il grandit à Great Falls dans le Montana ainsi qu'à Salt Lake City dans l'Utah. De 1946 à 1971 il dirige l'atelier d'écriture à l'Université de Stanford, il enseigne également à l'université de Harvard. Stegner compte parmi ses étudiants Thomas McGuane, Raymond Carver, Larry McMurtry, Edward Abbey.

    Wallace Stegner a écrit une soixantaine d'ouvrages, pour la majeure partie des biographies et des livres d'histoire.

     

  • Cosette, Gavroche et les autres........

    Pour moi les Misérables c’est avant tout un film, c’est Jean Gabin, Bourvil en Thénardier et Bernard Blier en Javert,  les visages de Sylvia Montfort ou Danièle Delorme, tout était extraordinaire, j’avais 10 ans, le film connaissait un succès extraordinaire et j'étais envoûtée par cette histoire.


                                    

      Un extrait du film

    La lecture du roman quelques années après fut plus difficile, je découvrais à l’époque le côté  réducteur  d’un film et surprise !! les personnages ne se réduisaient pas à Cosette et Gavroche. Les digressions nombreuses freinaient ma lecture.
    Relu à l’âge adulte on y trouve tout autre chose, la volonté d’Hugo de pointer du doigt l’horreur du bagne, les injustices sociales, le portrait d’un Paris sordide, les bruits d’une révolution.

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    Je n’ai pas résisté à la sortie des livres audio et aujourd’hui que le 4 ème vient de sortir je vous invite à les écouter, à retrouver les amours de Cosette et Marius ( ah Gianni Esposito ...un amour de jeunesse) le père Fauchelevent et sa clochette accrochée aux genoux, Monseigneur Myriel et ses chandeleliers, le mensonge de la soeur Simplice, Monsieur Madeleine au tribunal, Gavroche tombant sous les balles en chantant.

    André Gide avait beau dire, Victor Hugo tient une place toute particulière dans mon coeur et je suis toujours prête à suivre Jean Valjean dans les égoûts de Paris ou porter avec lui  le seau de Cosette.
    Tous les lecteurs sont excellents, la qualité de l'enregistrement est parfaite.

    Les Livres audio : Les Misérables - Editions Thélème - Lus par Michel Vuillermoz, Elodie Huber, Pierre-François Garel, Louis Arène