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A sauts et à gambades - Page 2

  • Volia Volnaïa - Victor Remizov

    A la rentrée je me suis régalée avec le roman d’Andreï Makine, c’était malgré de dures péripéties, un roman chaleureux avec un arrière fond d’espérance. Avec Remizov vous pouvez ranger toute espérance au placard. 

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    Cabanes dans l'immensité Russe

    La nature sauvage des fins fonds de la Russie est la toile de fond de ce récit, la taïga, la forêt habitée par les ours, elle est habitée cette nature par des hommes et des femmes qui lui sont pour certains viscéralement attachés. Bon on est pas dans la nature genre petits oiseaux et petites fleurs, non là c’est la pêche au saumon pour les oeufs, c’est  la chasse à la zibeline seul moyen de gagner décemment sa vie, ajouter par là-dessus des litres et des litres de vodka et vous aurez l’ambiance.

     

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    « Dans la taïga court la libre zibeline. On la chasse, pour sa fourrure, pour l’argent qu’on en retire. On lui tend des pièges. Et tandis qu'il en suit la trace à travers la sauvage taïga, le fusil à l'épaule, l’homme ne cesse de crier sa puissance et sa liberté »

    Pour gagner péniblement sa vie tout le monde se livre au marché noir, le trafic organisé avec la complaisance des autorités. Qui rêve d’une datcha au bord de la mer noire, qui espère remplir son congélateur d’oeufs précieux. Et il y a de quoi trafiquer car le terrain est vaste, chacun a sa cabane de chasse où il oublie les contraintes, les règles et se gave de solitude. 

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    L'ïle de Rybatchi

    Oui mais voilà un jour un accident, trois fois rien, va mettre le feu aux poudres à cette presqu’île de Rybatchi. La police locale va se mettre à jouer sérieusement, les petits dicateurs locaux se prennent au jeu et d’un seul coup s’organise une chasse à l’homme.

    Stepane Kobiakov, chasseur redouté ridiculise la milice locale qui va alors se déchainer, on fait appel à un corps d’élite et les choses se gâtent. En arrière fond sonore si vous tendez l’oreille vous entendrez le chant des partisans : Volia Volnaïa.

    Un roman où le dépaysement est garanti, où vous vous direz « ben elle est vraiment pourrie la Russie de Poutine », lâcheté et courage mais aussi corruption et brigandage sont au programme.
    J’ai aimé les personnages : Oncle Sacha, Stepane mais surtout Balabane capable de fredonner le Requiem de Mozart lui dont la « voix s’épanouissait, l’immensité de la vie se déployait devant ses auditeurs » 

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    « Sa force et sa magie ne tiennent pas à la présence d'arbres gigantesques ni à la profondeur de son silence sépulcral, mais au fait que seuls les oiseaux migrateurs en connaissent les limites. » Anton Tchekhov 

     

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    Le livre : Volia Volnaïa - Victor Remizov - Traduit par Luba Jurgenson - Editions Belfond

     

  • Forêt à perte de vue

    Et si nous restions encore un peu dans la forêt ? Mais une forêt plus lointaine, plus sauvage, voilà ce qu’en disait Tchékhov

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    « Sa force et sa magie ne tiennent pas à la présence d'arbres gigantesques ni à la profondeur de son silence sépulcral, mais au fait que seuls les oiseaux migrateurs en connaissent les limites. » 

     En route pour la Taïga où ce n’est pas encore le printemps c'est ici dès demain

  • La vie secrète des arbres - Peter Wohlleben

    « Suivez-moi, partageons ensemble le bonheur que les arbres peuvent nous donner. Qui sait, lors d’une prochaine promenade en forêt, peut-être découvrirez vous à votre tour quelque petit ou grand miracle. »

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    Suivez le guide

    C’est l’invitation que fait Peter Wohlleben dans les premières pages de son livre, je l’ai pris au mot et je l’ai suivi.

    J’ai découvert grâce à lui l’organisation d’une forêt, pas celle voulue par l’ONF, non celle que les arbres eux-mêmes créent, suivent, préparent pour grandir, pour se reproduire, pour se protéger, pour être dans le livre des records par la taille, pour maintenir des relations de bon voisinage. 

    J’avais lu avec plaisir et étonnement Une année dans la vie d’une forêt  ici l’auteur qui est un forestier se concentre sur les arbres qui agissent de façon concertée, je suis certaine qu’après ce livre vous ne regarderez plus les arbres de la même façon. 

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    C’est le livre d’un raconteur d’histoires comme je les aime, il nous dit que les arbres peuvent nous donner des leçons en terme de communication réussie, et dieu sait si en ce moment la communication va bon train, et bien imaginez un réseau de filaments au tissage complexe qui a un petit air de web je dois le dire et qui permet aux arbres d’échanger des infos météo, d’alerter sur des attaques de parasites bref de vivre ensemble. Des envois de signaux d’alerte en somme.

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    la forêt de Peter Wolhleben 

    Savez-vous comment fait un arbre pour protéger ses rejetons ? Saviez-vous les arbres capables de produire leur propre anti-parasite et parfois sous forme de gaz, un arbre en difficulté voit ses congénères lui apporter le minimum vital par le réseau des racines. 

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    « Pour se débarrasser de ses prédateurs, les acacias augmentent en quelques minutes la teneur en substances toxiques de leurs feuilles. Les mêmes acacias émettent aussi un gaz avertisseur -de l’éthylène- pour informer les arbres voisins d’une agression imminente ». 

    Les arbres ont ceci de commun avec nous, ils ont besoin de l’autre pour grandir, pour survivre, ils peuvent faire preuve de solidarité, jolie leçon non ?

    Ce sont des experts climatiques et météorologiques qui se protègent des journées trop chaudes, des nuits trop froides et ça sans cartes ni satellite météo. Vous apprendrez que les arbres savent compter ! si je vous assure ou comment ils se protègent du poids de la neige avec astuce.

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    J’ai aimé infiniment ces explications tout à fait scientifiques mais teintées de passion, j’ai aimé les titres des chapitres qui parlent d’eux-mêmes : Echange de bons procédés, éloge de la lenteur, le temps des amours ou irriguer le monde.

    J’ai aimé suive la vie d’un arbre de ses graines à son houppier et si vous trouvez là un rien d’anthropomorphisme et bien Peter Wohlleben assume, ne dit-il pas

    « Quand on sait qu’un arbre est sensible à la douleur et a une mémoire, que des parents-arbres vivent avec leurs enfants, on ne peut plus les abattre sans réfléchir, ni ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l’assaut des sous-bois »

     

    Vous avez deviné que j’ai aimé ce livre qui va trouver sa place à côté de celui de David Haskell tout près de la libellule d’Alain Cugno.

    L’avis de Patrice qui vous apportera des détails techniques que je n’ai pas répétés dans mon billet 

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     Le livre : La Vie secrète des arbres - Peter Wohlleben - Traduit par Corinne Tresca - Editions Les Arènes

  • La météo se joue de nous

    La météo se joue de nous en ce moment, mais où est passé le printemps ? 

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    © ivre de livres

    «  Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais deux huppes amoureuses, deux levrauts dans un buisson, une bergeronnette qui court sur la route, deux écureuils qui grimpent aux branches d’un sapin, le font assurément.

    Si, par ailleurs,  on remarque un frelon bruyant, un papillon appelé aria, un ver de terre, si on entend chanter un chardonneret, c’est bien le printemps même si le lendemain il neige. »

     

    Le Livre : Les Saisons - Mario Rigoni Stern - Traduction Marie Hélène Angélini - Editions La Fosse aux ours

  • Job Roman d'un homme simple - Joseph Roth

    Un juif ordinaire 

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    C’est un roman que vous avez peut être déjà lu sous un autre titre : le poids de la grâce. Il est reparu depuis peu avec une nouvelle traduction et un nouveau titre. 

    Dans ses romans Joseph Roth ne parle jamais de judéité sauf dans ce roman, roman que Stefan Zweig aimait particulièrement.

    Dans ce roman il reprend le thème biblique du livre de Job :

    «  Il y avait dans le pays d'Uts un homme qui s'appelait Job. Et cet homme était intègre et droit; il craignait Dieu, se détournait du mal »

    dit la Bible, si vous voulez en savoir plus je vous invite à lire le billet que j’ai consacré au livre de Pierre Assouline sur Job.

    Mais maintenant place au roman.

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    Les pogroms dans les Shetls - Nikolay Pimonenko 1899

    Transportons nous dans un petit Shetl d’Europe centrale à l’époque des Tsars et des pogroms. 

    « Il y a de nombreuses années vivait à Zuchnow un homme qui avait pour nom Mendel Singer. Il était pieux, craignait Dieu et n’avait rien d’exceptionnel, c’était un Juif tout à fait ordinaire »

    Mendel Singer est un maître d’école pauvre ...comme Job.
    Sa femme Deborah n’est pas toujours facile 

    « Elle lui reprochait les enfants, la grossesse, la hausse des prix et souvent même le mauvais temps. »

    et en cette veille de guerre mondiale une catastrophe s’abat sur sa tête, ses deux fils ont tiré le mauvais numéro et doivent partir au service militaire. 
    Son fils cadet choisit de déserter et de s’embarquer pour l’Amérique afin d’échapper à la conscription. Le second lui rejoint l’armée.

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    Le sort s’était déjà acharné sur Mendel car son dernier enfant, Menuchim, est sévèrement handicapé ET sa fille  Mirjam n’a pas trouvé mieux que de s’amouracher d’un cosaque ! Un comble en ces temps de pogroms.

    Comment ne pas se sentir accablé, comment ne pas maudire Dieu après cela ?
    Mendel ne baisse pas les bras et lorsque l’occasion d’émigrer aux Etats-Unis lui est offerte, il ne la laisse pas passer. Mais, car il y a un mais, il laisse derrière lui son plus jeune fils incapable de supporter le voyage.

     

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    C’est un superbe roman, le monde juif de la fin du XIXème siècle nous emporte de part et d’autre de l’Atlantique, nous faisant passer de la vie du Shetl à celle d’Ellis Island.

    Comme dans la Bible, Mendel reste digne et fier malgré les vicissitudes qui s’abattent sur lui. Le roman est une magnifique allégorie, une parabole qui a valeur universelle.

    Joseph Roth s’attache à ne jamais nous arracher des larmes et l’écriture est d’une grande sobriété. Il y a pourtant des passages très lyriques comme cette marche dans la neige des deux fils, l’arrivée dans ce nouveau pays où pourrait enfin couler le lait et le miel, les rapports de Deborah et Mendel toujours sous tension. 

    Nul besoin de connaitre bien la Bible, même si je crois que vous irez relire le livre de Job pour l’occasion, laissez Joseph Roth vous séduire avec en bonus une excellent traduction. 

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    Le livre : Job, roman d’un homme simple - Joseph Roth - traduit par Stéphane Pesnel - Editions du Seuil 2012

  • Celui qui va vers elle ne revient pas - Shulem Deen

    כָּל־בָּאֶיהָ לֹא יְשׁוּבוּן וְלֹא־יַשִּׂיגוּ אָרְחוֹת חַיִּים

    Proverbes 2:19  Celui qui va vers elle ne revient pas  

    La religion dans ce qu’elle peut avoir de pire, de destructeur pour l’individu, voilà un thème qui m’intéresse. 

    J’avais lu avec grand intérêt un roman d'Anouk Markovits sur le sujet il y a quelques mois, ce livre-ci est l’autobiographie d’un homme qui dès l’enfance appartient à un milieu religieux orthodoxe, c’est une famille juive de la mouvance hassidique. 

    Ce sont ces hommes (on ne voit que très peu les femmes) qui passent la majorité de leur temps à l’étude de la Bible et du Talmud.

    Enfants ces jeunes juifs se voient refuser des études normales, pas de littérature, pas de sciences, pas d’histoire,  matières censées corrompre l’individu. 

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    Les filles sont exclues, cachées, oubliées

    Une vie en circuit fermé, une union bien entendu arrangée avec une jeune femme qu’il rencontre quelques minutes avant le mariage. 

    Une famille nombreuse évidement, une vie très difficile financièrement et épuisante. Impossible pour Shulem de trouver un emploi correctement rémunéré n’ayant aucun bagage, aucune formation professionnelle. 

    Le quotidien de la famille repose sur des règles, des lois, plus restrictives et contraignantes les unes que les autres. 

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    Etudes centrées sur la Bible et le Talmud

    En écrivant cela j’ai l’impression de faire le portrait d’une famille du quart-monde et pourtant tout cela se passe aux Etats-Unis à une heure de New York !

    Une fois dépeint ce milieu hyper religieux où le moindre faux pas se paie de représailles de l’entourage, Shulem Deen s’attache à nous révéler son parcours propre, ses interrogations, ses doutes, sa lassitude mais aussi sa soif de savoir, de lecture, sa curiosité toujours en éveil.

    Il nous révèle à quel moment il a perdu la foi, comment il a longtemps fait semblant pour ne pas perturber sa femme et ses enfants.

    Sa communauté le surveille, il enfreint les règles d’abord en cachette, puis plus ouvertement. Quand je parle de transgression n’allez pas imaginer des choses effrayantes,par exemple il se met à écouter la radio, il apprend à lire et écrire l’anglais, il emprunte des livres en bibliothèque, il se forme à l’informatique et même au scandale de tous y compris de son épouse, il va sur internet

    C’est un récit peut être un peu trop long mais tellement prenant qu’on oublie qu’il se passe aujourd’hui, dans le monde dit civilisé ! 

    Vous avez déjà deviné que cela se termine mal pour lui, la religion juive orthodoxe n’est pas tendre pour les renégats de son espèce, il est littéralement chassé de chez lui, privé de ses enfants. Il doit faire le deuil de sa famille.

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    Comme ça c'est clair

    L’hérétique ne peut revenir car la société « normale » est comparée à une prostituée, et celui qui va vers elle ne revient pas c'est la Bible qui le dit hélas. 

    Il lui faut reconstruire sa vie et oeuvrer pour aider d’autres juifs qui comme lui ont quitté le milieu hassidique.

    C’est un récit sobre, d’une grande honnêteté et poignant. Shulem Deen ne garde aucune haine, aucune rancune et l’humour juif n’est jamais loin. 

    Un grand merci à Keisha qui m’a orienté vers ce livre 

     

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    Le livre : Celui qui va vers elle ne revient pas - Shulem Deen - traduit par Karine Reignier-Guerre - Editions Globe