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A sauts et à gambades - Page 2

  • Celle-qui-sait-les herbes - Marc Graciano

    graciano

    Si vous venez régulièrement sur ce blog vous connaissez l’auteur.
    J’aime les sujets de ses romans, j’aime son écriture même quand elle est un rien difficile.

    Je ne l’avais pas lu depuis ses romans sur Jeanne d’Arc j’étais heureuse de le retrouver.
    On fait un bond en arrière car nous voilà au temps des premiers hommes. Enfin pas tout à fait les premiers, le feu est déjà là, l’agriculture commence, les voyages se développent.

    graciano

    Faisons connaissance avec deux protagonistes dont nous ne connaitrons jamais le nom.
    Il y a une vieille chamane et celui dont elle doit faire son successeur. Il sera son disciple il doit être formé.

    graciano

    Au fil des pages se fait l’initiation du jeune homme, il apprend à respecter la nature, à desceller les signes annonciateurs de nourriture ou de danger, ceux indiquant la présence d’autres hommes.
    Sa charge sera lourde « Je ne devrais pas à l'avenir uniquement me préoccuper de la santé des gens, mais aussi de tout ce qui existe et nous entoure, en particulier de ces animaux qui depuis des temps immémoriaux assurent la survie de notre peuple, et avec qui, désormais, nous sommes pour ainsi dire en parenté. »

    La vieille chamane lui confie une mission tu dois « caresser le monde ».
    « Et je sentis alors monter dans mon cœur et dans tout mon corps, et bien sûr dans mon esprit, une grande allégresse. »
    Ils entreprennent un long voyage. Lui découvre la mer, il développe son rôle protecteur en construisant un radeau, un abri où trouve refuge une enfant prise son aile, Nuage une enfant silencieuse. Le duo devient trio.

    graciano

    La vie sauvage n’est jamais loin « Les loups se déployèrent en un cercle presque parfait et entamèrent en jappant une ronde autour d'elle »
    La prêtresse va passer le flambeau à celui qui n’a pas de nom.

    graciano

    J’aime l’écriture de Marc Graciano, des chapitres courts, le choix des mots et la poésie qui passe par là.
    « Le matin, au jusant, dans une lumière blême, avant que l'astre radieux ait réapparu par-dessus la pinède qui s'étendait derrière le cordon dunaire, et que ses rayons soient passés par-dessus la dune pour éclairer les flots, mais alors, à la différence du couchant, d'une lumière rose plutôt que rouge, Grande-Rivière, qui se retirait, laissait derrière elle une surface plate de sable humide et frais. »

    Des répétitions nous disent l’apprentissage avec une cadence pleine d’énergie.
    La langue est parfois émaillée de tournures rares et parfois très anciennes.
    J’ai pris un grand plaisir à cette lecture.

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    Le livre : Celle-qui-sait-les-herbes – Marc Graciano – Editions du Tripode

  • Djamilia - Tchinguiz Aïtmatov

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    Petit roman ou grande nouvelle, ce récit est celui par lequel l’auteur s’est fait connaître en France.
    C’est Manou qui m’a donné envie de lire ce roman dont Aragon disait que c’était la plus belle histoire d’amour qui soit. Avec un laisser passer comme celui-là le succès est assuré.

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    Rendez-vous au Kirghizistan en temps de guerre.
    Voilà le village,l'aïl, entre la Chine et le Tadjikistan.
    Ce que j’ai le plus aimé dans ce roman et bien ce n’est pas le lien qui unit Djamilia et Daniiar , les amoureux non c’est le pays où ils vivent, la steppe qu’ils traversent, la nature qui les entoure et qui momentanément peut leur faire oublier la guerre et ses dangers.

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    Le film tiré du livre 

    On y entend la voix des vieux restés au pays, des jeunes partis loin de leurs champs de leur ferme.
    Djamilia est mariée et son époux Sadyk est au front. Elle prend sa place dans le transport des denrées qu’ils doivent envoyer au front et Daniiar le frère de son mari va l’accompagner dans cette mission épuisante et dangereuse.

    Daniiar est fier, blessé au début du conflit, c’est un taiseux, il porte un regard aigu sur toutes choses, derrière ce vernis un peu hautain il cache orgueil, fierté et sens du devoir.
    Profitons-en pour jeter un petit coup d’œil sur la steppe, sur la nature qui tressaille.
    Tout cela donne à Daniiar l’envie de chanter.
    Les chants qu’il entonne font vibrer les cœurs, à travers eux c’est la vie nomade qu’il se rappelle, l’exaltation transmises par les ancêtres, le bonheur de suivre les chemins, de s’inventer un ailleurs.

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    Dans ce pays de traditions, l'intrigue amoureuse n'arrive pas d'emblée et prend du temps à s'installer.
    Djamilia est une femme fière et forte, pleine d’énergie, qui sait se faire obéir. Son grand-père lui a appris à conduire les troupeaux de chevaux sauvages, elle excelle, Djamilia est belle avec ses nattes, sa peau burinée par le vent et le soleil quand Djamilia sourit elle dit tout de son ardeur, de sa joie de vivre.

    Djamilia est seule et petit à petit le nouveau venu s’impose à elle.
    L’auteur avec beaucoup d’astuce nous raconte cet amour débutant par l’intermédiaire du frère Seït qui veille sur Djamilia sa Djéné ( sa belle sœur).

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    Le frère observe tout mais ne comprend pas immédiatement ce qui se passe. N’oublions pas qu’on est en pays musulman et le divorce est totalement tabou. Djamilia va se révéler et Seït va lui aussi suivre une voie que l’on n’attendait pas en se tournant vers le dessin et la peinture, le couple amoureux vivra-t-il à travers l’art de Seït.

    J’ai beaucoup aimé la langue de Tchinguiz Aïtmatov, les tournures de phrases parfois surprenantes, ses descriptions de la rudesse des hommes et femmes, de la dureté du pays.

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    Le Livre : Djamilia -  Tchinguiz Aïtmatov – Éditions Folio

  • Les poètes et le printemps

    Bon j'avoue je n'aime pas Michel Houellebecq, je n'aime pas ses romans, je n'aime pas sa voix, bref je bloque.

    Seulement voilà il arrive que l'on fasse fausse route et là je viens de me prendre un mur, ce week-end en lisant le numéro de La Croix j'ai découvert un poème de Houellebecq et je dois dire que ça a fait tilt.

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    Ukraine ©AFP - Aris Messinis / AFP

    Je ne résiste pas à l'envie de vous le faire partager pour que si vous êtes comme moi avec des à priori et bien lisez ce qui suit 

    Nous avons traversé en ombres maladives
    Tous les effondrements d'un monde comdamné
    Nous avons bien souvent regretté d'être nés
    Dans un pays maudit, une époque tardive.

    Nos ancêtres ont failli, n'ont laissé que décombres
    Pour marquer leur passage
    Et nous avons vécu la pauvre vie des ombres
    Sans amour, sans partage.

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    Iran 

     

    Aucun d'entre nous n'a réussi
    A reformer des liens sensibles
    Nos corps écrasés, aplatis,
    Secoués de convulsions pénibles

    Traversent lentement les contrées solitaires,
    De pâles survivants regroupés en factions
    Consentent sans un mot à leur disparition,
    Au terne écrasement d'une mort ordinaire

    Avant de crier de terreur
    Devant l'abîme sans pardon,
    De se voir refuser le don
    D'un dernier instant de bonheur.

     

    Le livre : Combat toujours perdant - Éditions Flammarion 

     

     

  • Loin de Byzance - Joseph Brodsky

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    Je connaissais Brodsky le poète et j’ai voulu connaître l’essayiste, celui qui nous livre des essais éclairants ; lumineux, pleins de tendresse envers les auteurs mis sur la sellette.

    Il consacre l’ensemble de ce livre aux auteurs qui nous dit-il l’on fait ce qu’il est. 
    La gamme est large de Cavafy à Mandelstam, d’Auden à Tsvétaïeva, d’Akhmatova à Dostoïevski.

    A part un ou deux textes qui n’ont pas trouvé d’écho chez moi la plupart des chapitres m’ont enchanté.
    Il mêle sa sensibilité à la tradition littéraire ; il rend hommage dans ses textes aux autrices et auteurs bien entendu mais aussi à sa famille, à sa ville natale.

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    Brodsky Jeune à Londres

    Ce sont des essais d’une qualité rare, c’est à la fois savant, sophistiqué et pourtant à la portée de lecteurs comme vous et moi , c’est plein d’un charme subtil.
    Il ne semble pas tenir une place énorme en France et c’est bien dommage car c’est un trésor littéraire.
    Ses essais d’une grande richesse mêlent humour, analyse virtuose, érudition.
    Je ne parlerai pas de sa poésie ici car je la connais insuffisamment.
    Ses écrits parfois audacieux sont surtout des hymnes à la liberté, il dit « La poésie est un extraordinaire accélérateur de conscience »

    brodsky

    Lors de son Prix Nobel 

    Le connaître mieux ?  Il est né à Léningrad en 1940, issu d’une famille juive.
    Il exerce des petits métiers tout en se formant à l’anglais, à l’histoire. La poésie l’attire et il fait connaissance avec Anna Akhmatova qui l’encourage à poursuivre dans ce sens. Les pages qu’il lui adresse dans Loin de Byzance sont magnifiques. La mort d’Akhmatova fut pour Brodsky une tragédie personnelle. Sur la photo de ses funérailles, il est à l’extrême droite.

    brodsky

    Aux obsèques d'Anna Akhmatova

    Il exerça tous les métiers pour survivre : géologue, ouvrier, employé dans une morgue, il fut enfermé et soigné pour des maux imaginaires
    Il était un électron libre et est obligé de s’exiler en but au régime qui le poursuit pour parasitisme social, il part aux Etats-Unis où il enseigne, Il a 32 ans. Il publie des recueils de poésie, des pièces de théâtre et obtient le prix Nobel en 1987. Il fut en son temps le plus jeune Nobel.

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    Le Livre : Loin de Byzance -Joseph Brodsky – Éditions Fayard

  • Un Tableau un livre Le départ de Jacob

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    « Dans ce grand tableau, fantaisie et art rivalisent. La Fantaisie (les divers éléments de la composition) est un défi aux moyens du peintre et ceux ci sont en quelque sorte exaltés.
    Nature morte, scène animalière, paysage, occupent chacun une place au sein de la composition. »

     

    Le Livre : Au jour le jour - Paul de Roux - Editions Le Temps qu’il fait
    Le Tableau : Départ de Jacob pour la Mésopotamie - Pieter Boel - Musée du Louvre

  • Les Contes de Shakespeare - Mary et Charles Lamb

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    Bon allez j’avoue tout : je n’aime pas lire du théâtre. J’aime le théâtre mais je n’aime pas lire une pièce, je peux relire un monologue de ceux qui sont inoubliables mais de là à lire une pièce en totalité …non ce n’est pas pour moi.

    Alors Shakespeare, le grand Shakespeare dont bien entendu je n’ai pas vu toutes les pièces, comment prendre connaissance de son œuvre ?

    Je vous donne un truc faites confiance à Mary et Charles Lamb. Vous me direz « mais ils écrivent pour les enfants » oui peut-être mais les lire est un réel plaisir.

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    Chaque conte reprend une pièce du dramaturge, la trame vous est raconté comme un conte pour enfant. Les personnages sont là, l’intrigue est racontée parfois avec fougue, parfois sur un ton de conspirateur. Et parfois même avec quelques dialogues du grand Will.

    Allez hop embarquez-vous, c’est parfaitement rythmé, bien ficelé et vous vous laissez porter.
    Et puis rien de mièvre chez Shakespeare donc on a évidemment droit à tout : le mensonge, l’amour fou, la vengeance, la haine, le pouvoir et l’ambition, l’honneur, la jalousie, et même un assassinat.

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    Et si vous avez déjà lu la pièce ou même si vous l’avez vu au théâtre vous trouverez dans ces contes matières à vous enthousiasmer.
    Autre avantage quand une pièce a des passages un peu trop longs, un peu trop soulignés, Mary et Charles font l’impasse et nous délivrent une histoire parfaite en quelques pages, la lecture est aisée et les personnages sont hauts en couleurs et très vivants.

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    Presque tout Shakespeare est là en vingt pièces, les plus connues bien sûr : Othello, Hamlet, Roméo et Juliette, la Tempête, la Mégère apprivoisée, le Roi Lear, Macbeth, et d’autres qui le sont moins : Timon d’Athènes, Cymbeline ou la Comédie des erreurs.

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    Publiés en 1807 ce recueil fut un triomphe, ces contes ont certainement contribué à faire de Shakespeare l’auteur adulé qu’il est, ils permettent de découvrir les grands classiques avec bonheur et délectation.

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    Charles Lamb 

    Au fait vous connaissiez déjà Charles et Mary Lamb, rappelez-vous : Charles Lamb est très apprécié par le héros des Amateurs d’épluchures de patates ou encore vous le croiserez dans le célèbre livre d’Helen Hanff  84 Charing Cross road.

    Vous voulez l’offrir à vos petits-enfants ? écoutez le podcast qui en parle et vous serez convaincu.

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    Les livres :
    Les contes de Shakespeare – Mary et Charles Lamb – Éditions les Belles Lettres
    Les contes de Shakespeare de Mary et Charles Lamb, illustrés par Joëlle Jolivet, traduction de Michelle Nikly, éditions Hélium