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A sauts et à gambades - Page 3

  • Adieu - Honoré de Balzac

    Après la Grande Bretèche et l'Auberge rouge voilà encore une superbe nouvelle, moi qui ne suis pas fan du genre en temps normal, je dois dire que j’apprécie celles de Balzac qui réservent de belles surprises.

    Je vais tenter d’en dire suffisamment pour vous faire précipiter sur cette nouvelle et cependant ne pas vous gâcher la lecture.

    C’est la Restauration, le baron Philippe de Sucy revenu de Sibérie après la défaite de Napoléon, fait une partie de chasse avec son ami le marquis d’Albon. Ils s’égarent et arrivent à un prieuré, celui des Bons-Hommes. Les bâtiments et dépendances sont à l’abandon, le parc est retourné à l’état sauvage. 

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    Peut être le prieuré qui a inspiré Balzac

    « Les fenêtres vermoulues étaient usées par la pluie, creusées par le temps ; les balcons étaient brisés, les terrasses démolies. Quelques persiennes ne tenaient plus que par un de leurs gonds. Les portes disjointes paraissaient ne pas devoir résister à un assaillant. Chargées des touffes luisantes du gui, les branches des arbres fruitiers négligés s’étendaient au loin sans donner de récolte. De hautes herbes croissaient dans les allées. Ces débris jetaient dans le tableau des effets d’une poésie ravissante, et des idées rêveuses dans l’âme du spectateur. »

    Ils aperçoivent une femme :

    « Les deux chasseurs étonnés la virent sauter sur une branche de pommier et s’y attacher avec la légèreté d’un oiseau. Elle y saisit des fruits, les mangea, puis se laissa tomber à terre avec la gracieuse mollesse qu’on admire chez les écureuils. Ses membres possédaient une élasticité qui ôtait à ses moindres mouvements jusqu’à l’apparence de la gêne ou de l’effort. Elle joua sur le gazon, s’y roula comme aurait pu le faire un enfant ; puis, tout à coup, elle jeta ses pieds et ses mains en avant, et resta étendue sur l’herbe avec l’abandon, la grâce, le naturel d’une jeune chatte endormie au soleil »

    Philippe de Sucy la reconnait. C’est Stéphanie de Vandières, son amie et amour, elle ne semble plus avoir toute sa raison et murmure sans interruption : Adieu.

    La rencontre provoque un tel bouleversement chez Philippe qu’il perd connaissance. Son ami cherche à comprendre. C’est l’oncle de Stéphanie qui va les éclairer.

    La trame est simple et même banale, mais voilà c’est Balzac et je vous assure qu’il n’y a pas un mot de trop dans ce récit. 

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    L’évocation du désastre de la Bérézina est particulièrement réussi, cela vaut tous les livres d’histoire par la justesse, la précision et l’ampleur du récit.

    « L’apathie de ces pauvres soldats ne peut être comprise que par ceux qui se souviennent d’avoir traversé ces vastes déserts de neige, sans autre boisson que la neige, sans autre lit que la neige, sans autre perspective qu’un horizon de neige, sans autre aliment que la neige ou quelques betteraves gelées, quelques poignées de farine ou de la chair de cheval »

    Mais il y a plus dans cette nouvelle, la folie dont est atteinte Stéphanie de Vandières est très bien décrite et l’on sent que Balzac c’est intéressé de près à la psychiatrie balbutiante à l’époque.

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    Le Dr Pinel psychiatre lyonnais - Tony Robert-Fleury 

    J’ai aimé le personnage de Stéphanie dont Balzac fait une belle héroïne victime d’une période tragique. Il y a beaucoup de violence dans le récit de la déroute, le tableau est ample, les personnages sous l’emprise de la peur ou du courage sont très bien campés et l’on comprend bien que les rescapés ne reviennent pas indemnes. On retrouvera ce thème dans le Colonel Chabert.

    C’est une belle réflexion sur la capacité de l’homme à supporter l’adversité ou à tenter de l’oublier. 

     

    Le livre : Adieu - Honoré de Balzac - Editions numériques Arvensa

  • Carnet de lecture


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    « J’achève à l’instant Guerre et Paix. Commencé le premier jour de voyage ; terminé le dernier. Jamais je crois, je n’ai tant vécu dans le livre. »

     

    «  Les Mémoires de Retz. Voilà longtemps que je n’avais goûté pareille joie. Etrange style, qui semble tout en substantifs et en verbes, et qui marche sur les talons. »

     

    « Matinée au Louvre ; matinée délicieuse. J’avais un petit Montaigne avec moi, mais n’en lisais que par instants, en marchant et juste ce qu’il faut pour entretenir l’exaltation joyeuse de ma pensée. »

     

    «  Je retrouve chaque été les volumes de Jean Henri Fabre que je laisse à regret chaque automne. J’étais « naturaliste » avant d’être littérateur et les aventures naturelles m’ont toujours plus instruit que celles des romans » 

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    «  J’avance dans Robinson Crusoé, pas à pas, avec l’admiration la plus vive. »

     

    « Ce soir j’achève ma relecture des Possédés. Accablante admiration. »

     

    «  Le Rouge et le Noir m’a paru magistral. Chaque phrase est tendue comme une corde d’arc ; mais la flèche vole toujours dans le même sens, et vers un but toujours visible - ce qui permet d’autant mieux de voir qu’elle l’atteint. »

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    Maison de Gide à Cuverville

     

    Le livre : Journal une anthologie 1889-1949 - André Gide - Gallimard Folio

  • Luther - Matthieu Arnold

    J'aime les anniversaires qui sont l'occasion d'éditions nouvelles, de belles biographies, de faire sortir de l'ombre des personnages célèbres mais parfois mal connus ou oubliés. C'est aussi l'occasion de concerts ou d'expositions.

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    Le 31 octobre 2017 sonneront les cinq cents ans d'un événement qui secoua l'Europe et ébranla le monde chrétien. 

    Ce jour là Martin Luther placarda sur les portes de l'église et du château de Wittemberg ses 95 thèses sur les indulgences.  

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    2017 célèbre les débuts de la Réforme protestante et c'est la bonne occasion de comprendre le destin de ce « génie religieux » qui a « repensé tout le christianisme ».

    Il y avait le choix entre plusieurs biographies j'ai choisi Matthieu Arnold qui est un fin connaisseur de Luther et qui a participé à l'édition des écrits et lettres de ce fougueux moine en pléiade.

     

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    Statue de Luther à Eisleben

    Ressortez vos livres d'histoire, rassemblez vous souvenirs. 

    On est au temps du Saint Empire romain germanique, le moment où l'empereur est élu par les princes grands électeurs, où 350 micro-états se partagent le territoire.

    On est au temps où la ferveur religieuse est grande et où le purgatoire (heureuse invention !) faisait tellement peur que les fidèles étaient prêts à y échapper moyennant une partie de leur fortune

    Un temps où le clergé et les moines donnaient parfois une image peu reluisante de la foi bien loin de la simplicité d'un Saint François d'Assise.

    La Bible commence a être traduite et les humanistes tentent un retour au source vers le grec et l'hébreu à l'instar d'Erasme.

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    Une impression de la Genèse 

    Issue d'un milieu paysan à l'origine, la famille de Luther s'est embourgeoisée avec le travail du cuivre et l'exploitation de mines et forges. Luther est entré jeune au couvent après des études universitaires à Erfurt, il avait alors une bonne connaissance des auteurs latins, il sait le grec et étudiera l'hébreu.

    Au couvent sa vocation éclate et elle est portée par une crainte irrépressible de la mort et du diableAssez vite il enseigne.

    « Il a juré ma mort, je le sens bien, et il n’a de cesse de m’avoir dévoré. Eh bien, s’il me dévore »  

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    Film Luther avec Joseph Fiennes

    Il fait un voyage à Rome vers 1511, la ville est en chantier, la Basilique Saint Pierre est en construction, « la piété mercantile qui s'étalait sur les places et dans les églises ne pouvait lui échapper. »

    Il devient enseignant et prédicateur à l'université de Wittenberg. Il donne des cours très suivis sur les Psaumes et les Epitres de Paul. 

    « Il se fait l'interprète de cette Ecriture sainte dans laquelle il croyait reconnaître l’expression directe de la parole même de Dieu. » 

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    En octobre 1517 il invita à débattre de vive voix ou par écrit et « par amour de la vérité » les thèses et la critique des indulgences.  

    Le marché des indulgences, car c'était bien un marché, je donne de l'argent et je m'évite quelques années de purgatoire, enrichissait l'Eglise au-delà de ce que l'on peut imaginer, que ce soit à Rome ou dans les différents diocèses. Le pape Léon X finançait la basilique Saint-Pierre avec cette manne.

    Quand Luther affirmera que « c'est la foi et uniquement la foi qui sauve » et non les indulgences, imaginez le manque à gagner ! 

    La sanction tombe rapidement : excommunié par Rome, banni par Charles Quint, Luther dût à quelques amis et soutiens de rester en vie et de continuer à publier. Plusieurs princes allemands dont Frédéric de Saxe, le soutinrent et lui permirent de propager ses idées.

    Pour Luther l'autorité ne reposait pas dans les mains du Pape ou des cardinaux mais bien dans les écritures, dans la Bible dont la connaissance et la lecture étaient les bases même de la foi.

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    Luther brûlant la bulle d'excommunication 

    L'imprimerie va lui permettre de propager ses idées, ses écrits, la réforme qu'il prône qui se fonde sur la lecture des Ecritures va se répandre comme une trainée de poudre et ébranler Rome et toute la chrétienté.

    L'homme a une face sombre qui apparait lorsqu'il n'hésite pas à prôner la violence pour réprimer les Anabaptistes qu'il jugeait séditieux, ou à approuver la guerre contre les paysans révoltés ou lorsque un antisémitisme violent et effrayant se fait jour dans ses écrits alors que quelques années auparavant il avait appeler  « à traiter amicalement les juifs ».

    Heureusement le réformateur a aussi une face nettement plus solaire, lorsqu'il prône l'instruction des filles, il est laïc avant l'heure lorsqu'il contribue à ce que le pouvoir politique s'émancipe de la tutelle de l'Eglise.  

    Matthieu Arnold dit qu'il est l'inventeur de la langue allemande, avec sa traduction pour rendre accessible la Bible à tous.

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    La Bible de Luther  

     

    Cette biographie s'étend aussi sur les différentes crises traversées par Luther, sur son mariage et sa vie familiale.

     Ce n'est pas une biographie légère, il est parfois difficile de suivre les tours et détours de la pensée de Luther, c'est très dense, très riche, Matthieu Arnold n'hésite pas à briser quelques idées reçues mais ne fait pas l'impasse sur les aspects gênants de la personnalité de Luther. 

    Une bonne façon de comprendre un peu mieux, à travers son inspirateur, la réforme protestante. 

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    Le livre : Luther - Matthieu Arnold - Editions Fayard

  • Le Rouge et le Noir - Stendhal

    « Je l'ai fait en un quart d'heure, avec l'expérience de toute ma vie » *

     

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    Une jolie édition reliée contre mes vieux poches, c'était la bonne occasion pour relire ce roman qui m'a enthousiasmé à l'adolescence, relu lorsque j'en avais proposé la lecture à mes filles, alors aujourd'hui mon goût a-t-il changé ?

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    Un vieux poche

    Oui assurément car si mon penchant pour ce roman reste intact je m'aperçois que ce qui me plait le plus dans ce roman n'est pas du tout ce qui me plaisait il y a des lustres.

    Bon ne comptez pas sur moi pour un résumé, pas un mot, par contre je ne résiste pas à l'envie de parler des quelques passages qui m'ont surpris, ou qui ont pris une tonalité nouvelle.

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    On peut se passer de l'adaptation 

    A l'occasion de cette relecture j'ai rouvert des essais sur Stendhal et je vais m'en servir largement pour ce billet.

    Tout d'abord la surprise  d'avoir eu envie de rire, je ne ne souviens pas d'avoir ri adolescente tellement prise par la passion de Julien.
    La critique féroce de la société est jubilatoire, mêlée à un anticléricalisme forcené cela donne lieu à des scènes très très croquignolettes, l'Evêque d'Agde s'entrainant à bénir la foule est tout à fait hilarant. Il faut dire que contre le clergé Stendhal ne fait pas dans la demi-mesure.

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    Mais je n'ai pas toujours ri, car par exemple les pages sur le passage au séminaire de Julien Sorel sont parfois sordides , Alain dit « Les pages du séminaire, dans le Rouge et le Noir, sont atroces » 

    Rappelons nous que Stendhal est celui qui a écrit « La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas », une phrase à rendre vert de jalousie Nietzsche ou Michel Onfray. 

    Bien entendu les pages superbes sur la naissance de l'amour entre Mme de Rênal et Julien je les avais bien en tête, les mains qui se frôlent, le parfum des tilleuls, la douceur de la nuit, le jeu des échelles posées, cachées, déplacées. 

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    Mme de Rênal et Julien Sorel

    Di Lampedusa dit  « A travers son Julien Sorel, Stendhal s'est exprimé lui-même, tel qu'il était réellement, avec ses ambitieux désirs. » Stendhal l'amoureux parfois éconduit a su transmettre ses désirs en effet.

    Adolescente j'ai eu l'impression de céder au romantisme alors que Jean Prévost est d'un avis contraire « Cette fête de l'intelligence, servie par une technique si nouvelle, était profondément contraire à la tradition, à la mode romantique »  

    Parce que ce roman n'est pas bien évidement qu'une histoire d'amour fou, Di Lampedusa nous dit :

    « Le Rouge et le noir est, principalement, une effusion lyrique et un roman d'analyse psychologique, mais c'est aussi la peinture d'une époque et un livre où les faits se succèdent rapidement »

    J'ai été très sensible à cette troisième lecture à la peinture d'une société où l'hypocrisie est reine, le conformisme total, où il y a collusion entre la religion et la morale bourgeoise, où l'envie de puissance, l'ambition, le culte de la réussite régnent en maître.

    Enfin comme le dit Italo Calvino, l'âge mûr porte à être attentif aux détails. J'ai été très sensible au style. 

    Voici ce que dit Alain du style de Stendhal

    « Les traits fulgurants que vous trouverez partout dans notre auteur, et qui font comme ces nettoyages de tableaux, les couleurs soudainement sont fraîches, les gens vivent, sans qu'on voie par quels ressorts, car le récit va courant. On commence peut être à comprendre le miracle de ce style dépouillé, si émouvant »

    Vous remarquerez que les  dialogues 

    « relèvent d'une technique si raffinée qu'à première vue elle passe inaperçue.(…) le caractère des gens, nous le comprenons généralement à travers leurs actions, leurs regards, leurs balbutiements, la crispation de leurs doigts, leur silence ou leur éloquence soudaine, la couleur de leurs joues, le rythme de leurs pas, presque jamais à travers leurs propos, qui sont toujours des masques pudiques ou insolents de leur intériorité » nous dit l'essayiste italien.

     

    Une dernière remarque : Stendhal ne décrit pas les lieux, et pourtant on y est, comment fait-il ?

    «  Les lieux qui doivent servir de décor aux épisodes cruciaux ne sont absolument pas décrits, mais suggérés par une simple présentation préalable : ensuite quand la scène s'y déroulera, le lecteur pourra utiliser l'image mentale qui s'est formée en lui avant », dixit Lampedusa, j'ai feuilleté certaines pages et on ne peut qu'être d'accord.

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    Voilà comme promis je n'ai pas dis un mot de l'intrigue, j'espère néanmoins vous avoir donné l'envie de relire le roman comme Luocine l'a fait il y a peu.

    C'est un roman inépuisable, la marque du classique absolu, Albert Thibaudet avait raison lorsqu'il écrivait :

    « Les contemporains n'ont à peu près rien compris au Rouge et noir, et Stendhal ne s'en est guère soucié résigné à l'inévitable, et confiant dans le billet de loterie dont le gros lot était : être lu cent ans après » 

    Songez que Le Rouge et le Noir en est à dix versions en chinois !  

     

    Si vous cherchez une biographie de Stendhal c'est là 

     

    * la phrase est de Whistler mais Jean Prévost qui la note dans son essai, la trouve totalement adapté à Stendhal.

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    Petite bibliothèque Stendhalienne

     

    Les livres

    Le Rouge et le Noir - Stendhal
    La création chez Stendhal - Jean Prévost - Folio
    Stendhal - Alain - PUF
    Stendhal - Albert Thibaudet - Hachette (uniquement à chercher d'occasion)
    Stendhal - Giuseppe Tomasi Di Lampedusa - Allia

  • Des lectures classiques et renouvelées

    De plus en plus souvent je cherche à remplacer mes vieux livres de poche (très vieux parfois) par des éditions reliées,  les sites de livres d’occasion sont une petite bénédiction.

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    Bien sûr mon choix se fait sur les classiques indémodables et qui seront transmis un jour à mes enfants et petits enfants

    Ces acquisitions sont l'occasion d'une relecture 

     « à l'âge mûr on apprécie ou l'on devrait apprécier, beaucoup plus de détails, on repère des niveaux, on distingue des sens »

    « En relisant ce livre à l'âge mûr, il nous arrive d'y retrouver ces constantes dont nous avions oublié l'origine, et qui font désormais partie de nos mécanismes intérieurs. L'oeuvre littéraire possède cette force spécifique : se faire oublier est tant qu'oeuvre tout en laissant sa semence. »

    Le livre : Pourquoi lire les classiques - Italo Calvino - Editions du Seuil

     

     

  • La légende des montagnes qui naviguent - Paolo Rumiz

    Quand on est un peu accro à un auteur on saute sur tout ce qui parait, sans se poser trop de questions, par fidélité en somme.
    C'est ce qui m'a fait acheter ce livre et non seulement je n'ai aucun regret mais j'ai des petites étincelles dans les yeux.

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    Attention c'est un livre qui date un peu, enfin tout est relatif, mais quand même, les articles ont été écrit par P Rumiz pour les journaux dans les années 2003 à 2006. Mais qu'importe car ils mettent déjà l'accent sur les changements que connaissent les territoires de montagne, en Italie, en Suisse, en Autriche et en France. Et aujourd'hui les choses n'ont fait qu'empirer.

    Paolo Rumiz a entrepris un voyage de 7000 Km le long des Alpes et des Apennins, son voyage l'emporte du golfe de Kvarner jusqu'au bout de la botte italienne.

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    Golf et îles de Croatie

    Les Alpes pas de problème, je voyais bien les paysages, les lieux, les vallées, les sommets. Par contre les Apennins c'était plus nébuleux pour moi malgré plusieurs séjours en Italie ça ne me parlait pas vraiment.

    Mon regret ? Ne plus avoir sous la main l'équivalent du fabuleux atlas que j'avais enfant, celui du Reader Digest qui à l'époque m'a fait voyager partout, l'Europe était mon terrain de jeux et j'ai passé bien des heures penchée sur les doubles pages à la taille démesurée ( il faut dire que j'étais petite et gringalette ) je me suis vengée sur ma tablette.

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    Vous êtes prêt pour le voyage ?

    Un mot d'abord des moyens de circulation, à pied évidement, en vélo, et plus insolite en Topolino de 1954  « Sur le marché, c'est celle qui se rapproche le plus de la mule. » dit Paolo Rumiz 

    Tout commence dans les Alpes en Slovénie, surprenant voyage dans un pays qui n'attire pas l'attention et que les pages de Rumiz m'ont donné envie de découvrir même si le penchant des slovènes va plus vers les ours que vers les étrangers. 

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    On navigue, car c'est bien de navigation qu'il s'agit, entre le pays des loups, des ours et du miel, le Tessin italien, les sommets avec Walter Bonatti un guide idéal dans les Alpes ou Mario Rigoni Stern qui devait disparaitre peu après.

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    Walter Bonatti 

    Ce début de voyage m'a enchanté et a ravivé des journées en montagne, des cueillettes de fleurs, des photos de sommets, des vallées presque inconnues, des glaciers et de somptueux coups de soleil.
    Une belle randonnée dans les Alpes que j'ai parcouru au fil des années et le récit de Rumiz a réveillé bien des souvenirs pour moi.

    On croise des musiciens, des experts, des gardiens d'auberges de montagne, il est à Chamonix juste avant que ne soit décidé la réouverture aux poids lourds après la catastrophe du tunnel du Mont Blanc, entrainant la catastrophe écologique qui sévit aujourd'hui si vous avez écouté les dernières constations sanitaires sur la vallée de l'Arve.

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    Il évoque la catastrophe du Vajont en 1963 qui tua 2000 personnes et anéantit une partie de la Vénétie.
    Ces Alpes où la neige est de plus en plus rare, où les stations plongent dans un marasme économique et écologique.

    On croise Õtzi l'homme des glaciers découvert par Helmut Simon, avec autour de cette découverte un peu de ce qu'à connu chez nous la Grotte Chauvet et les enjeux médiatiques qui s'y rattachent.

     

     

    Les Apennins c'est différent, je ne me sentais pas en pays connu. Ces montagnes nécessitent la lenteur, la recherche d'une certaine harmonie. Les lieux ont été parfois saccagés, parfois épargnés, les témoignages sont là pour appuyer les propos. 
    Et puis les Apennins vivent encore dans l'ombre d'Hannibal.

    Traverser ces montagnes « sans croiser un gendarme ou une autoroute » cela tient d'une gageure. On peut lire les marques sur le paysage de la désertification, du manque d'eau, l'installation de la « grande peur climatique »

    Paolo Rumiz déniche une Topolino, datant de 1954. Un véhicule pour se faire instantanément des amis. La sienne prend l'eau, a des ratés mais avance vaille que vaille.

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    On s'enfonce dans « un labyrinthe aussi fascinant qu’infini » qui va des côtes ligures jusqu'au bout du bout de la Calabre.

    On navigue dans des villages déserts, uniquement habité de vieillards et de leurs auxiliaires de vie, Paolo Rumiz rivalise d'anecdotes pour faire oublier la tristesse des lieux.

    Vous pensez que cela va vous plomber le moral ? Et bien pas du tout, l'humour de l'auteur est là, et puis il y a ces personnages hors du temps qui enchantent le récit.
    Certains noms de lieu ne parlent pas à nos oreilles françaises et la magie d'internet est là pour combler le vide

     

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    « Vous verrez des merveilles. Des fleuves de lumière, des villages abandonnés, des maquis impénétrables, des cascades.»

    Un journal de voyage plein de surprises, sans GPS mais avec carte. Des sites hors des itinéraires touristiques, où la cuisine est savoureuse et les villages dépeuplés.

    Un livre par un écrivain de la lenteur, pour les fous de voyage, de montagne, de protection des territoires, d'écologie. 

    Pour clore ce billet je laisse la parole à Paolo Rumiz

    « Parti pour m'échapper du monde, j'ai fini, au contraire, par en trouver un autre : à ma grande surprise, mon voyage s'est transformé en révélation d'un univers vivant et secret. Je l'ai décrit avec rage et émerveillement. Émerveillé par la beauté fabuleuse du paysage humain et naturel, mis en rage par le pouvoir qui n'en tient aucun compte. »

     

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    Le Livre : La légende des montagnes qui naviguent - Paolo Rumiz - Traduit par Béatrice Vierne  - Editions Arthaud