20.12.2010
Le Louvre à votre main
Pour provinciaux en visite, pour parisien afficionado du Louvre, offrez cette Promenade qu'ils pourront faire livre en main et passer du livre aux tableaux et des tableaux aux écrivains, un format maniable pour glisser dans une (grande) poche
Promenades au Louvre - Jean Galard - Editions Bouquins Robert Laffont
700 chefs-d'oeuvres du musée le plus visité et le plus prestigieux du monde et tout ça en un livre que l’on peut glisser dans son sac pour parcourir le Louvre avec lui.
Ils sont nombreux à avoir écrit sur l’art, les tableaux, les sculptures qu’ils aiment et comme en plus ils savent l’écrire avec talent imaginez le plaisir du parcours.
On voit l’évolution du goût à travers les siècles, Jean Galard n’est pas avare avec le talent il propose 500 auteurs pour nous servir de compagnons.
De Baudelaire à Claudel , de Diderot à Pascal Quignard, d’Yves Bonnefoy à Eugène Delacroix.
Avis, critiques, jugements parfois enthousiastes, extasiés, indignés, horrifiés, toute la palette est présente mais toujours la liberté d’expression et la passion sont là qui font de ce livre un petit trésor.
Prenons le livre et parcourons quelques salles de tableaux archi connus aux oeuvres plus secrètes.

Le plus célèbre et le plus recherché : La Joconde
George Sand : "Le fugitif sourire de la Joconde, ce rayonnement divin d'une émotion inconnue, un grand génie a su le fixer sur la toile, arrachant ainsi à l'empire de la mort un éclair de cette vie exquise qui fait la beauté exquise."
Jules Michelet : "Je suis attiré par elle comme l'oiseau par les serpents."
Georges Clémenceau : " Léonard a tout vu, tout connu, tout compris, presque tout réalisé"

Un tableau que j’aime particulièrement Le chancelier Rolin en prière devant la vierge de Jan Van Eyck
Friedrich Schlegel " C’est l’un des petits tableaux les plus remarquables parmi ceux que l’on peut voir ici "
Giacometti est plus réservé " Le paysage de Van Eyck au Louvre qui m’attire, qui m’étonne et qui m’agace un peu "
Mais Huysmans lui est plus sévère " La vierge est humble et ingénue, et malgré son indéniable laideur, elle séduit par un certain sentiment de tristesse"

Chardin dont les tableaux sont nombreux au Louvre : Autoportrait aux bésicles
" Allez voir dans la galerie des Pastels, les portraits que Chardin fit de lui-même à soixante-dix ans.(..) Le moindre pli de la peau, le moindre relief d’une veine est la traduction très fidèle et très curieuse de trois originaux correspondants : le caractère, la vie, l’émotion présente " et c’est Marcel Proust qui vous sert ici de guide.
De la culture pure sous un modeste volume et accessible en prix, si vous ajoutez une carte d’abonnement au musée, imaginez le somptueux cadeau que vous offrirez !

04:00 Publié dans Art, Hotte de Noël, Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note
13.12.2010
Cadeau pour un amoureux de l'Italie

Un beau cadeau pour un amoureux de l'Italie, pour un amateur de Stenhal, pour un ami voyageur, un cadeau à s'offrir
Rome, Naples et Florence - Stendhal - Editions Diane de Selliers
Tous les amoureux de l’Italie ont rêvé de se retrouver au temps du « Grand Tour » où tous les jeunes gens fortunés déboulaient en Italie pour admirer monuments et peintures et se gaver de soleil et de douceur de vivre.
Prendre Stendhal pour cicérone c’est découvrir une Italie mythique, un pays idéal « L’Italie était pour Stendhal le pays où son âme pouvait flamboyer librement et exprimer toutes les palettes de ses émotions. »
Il s’approprie l’Italie fréquente les lieux élégants, cultivés, l’opéra, les ateliers des peintres mais aussi les réceptions du moment
Il nous donne rendez-vous au Duomo de Florence, à la Scala de Milan, à Pompéi ou sous les arcades de Bologne.

Florence par Carlo Canella
On l’envie quand il dit visiter seul les loges de Raphaël ou quand il évoque sa lecture de Gibbon « in situ » dans les Thermes de Caracalla.
Sa flânerie est toujours pleine de noblesse, parfois de volupté (ah les Corrèges) ou de charme agreste lorsqu’il écoute les cigales du Pincio.
Pourtant attention de ne pas confondre ce livre avec un guide, on est loin du Baedeker, rien de descriptif ici, rien de clair et précis, tout est affaire d’émotions, de sensations, d’évocations. Les fresques, qu’il ne décrit pas, sont « touchantes » un jardin est dit « délicieux » et la cathédrale de Milan « La gaieté d’un coeur mélancolique » et il peut s’étendre sur la mauvaise humeur des habitants ou le regard des moines dans une procession !

Les collines de Volterra par Camille Corot
Son ironie parfois grinçante vient tempérer ce qui pourrait être un catalogue d’éloges, amoureux des contradictions et très très peu des détails, Stendhal n’hésite pas à sauter même totalement certains hauts lieux comme Saint Pierre de Rome.

Nikanor Grigorievich Cernecov - Au Colisée
Dans ce journal de voyage curieusement la musique, la peinture sont omniprésentes mais la littérature est pratiquement absente.
Ce livre a remplacé dans ma bibliothèque mon vieil exemplaire en édition Folio, tout craquelé et jauni.
Quel plaisir ! Chacun des textes de Stendhal est illustré par la peinture correspondante d’un peintre contemporain de l’écrivain.
Nous voyons ce qui voyait l’écrivain, qu’il évoque l’opéra, un monument, un lieu ou un paysage.
Du même coup le côté « recueil de sensations » du livre de Stendhal est pleinement mis en valeur par ce choix de peintures, ces regards croisés qui sont fascinants et donnent toute sa plénitude à ce livre magnifique.
361 peintures retenues parmi plus de 6000 consultées, 40 peintres de toute l’Europe car les peintres de l’époque faisaient tous le voyage vers l’Italie.
Une iconographie somptueuse et une préface éclairante de Philippe Berthier grand spécialiste et biographe de Stendhal font de ce livre « une fête totale du corps et de l’esprit » pour le dire comme Stendhal.
Un très beau cadeau à faire ou à se faire

04:00 Publié dans Art, Hotte de Noël, Littérature Française, Récits de voyage | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
04.12.2010
Cadeau pour un amateur d'art
Une idée de cadeau pour un amateur d'art
Après la peste noire retour à la beauté pure .......................................
Le roman vrai de l’impressionnisme - Thomas Schlesser et Bertrand Tillier - Editions Beaux Arts -
Les auteurs vous offre un voyage en 30 journées qui vous font parcourir le monde de l’impressionnisme à travers ses peintres, les évènements qui ont façonné chacun, les lieux qui vont inspirer leurs tableaux: les promenades en barque, les loges à l’opéra, les bals populaires.
Des débuts parfois douloureux vers 1870 aux somptueux Nymphéas offerts à l’état en 1918, les histoires racontées sont parfois connues, quelquefois ignorées ou surprenantes. Elles éclairent de façon attrayante des oeuvres, des peintres, un style, sans jamais se faire leçon.
Le 2 décembre 1874
Berthe Morisot épouse Eugène Manet
Elève et modèle d’Edouard, elle épouse le frère, son mari lui sert de modèle ainsi que sa fille Julie.
Eugène et elle acquière les oeuvres d’Edouard à la mort de celui-ci, alors qu’elle même est sur le point de faire sa première exposition
29 Mars 1880
Dans un café parisien Caillebote et Degas se disputant comme des chiffonniers autour de l’affiche qui annonce l’exposition des renégats en marge du Salon officiel.
Une bagarre épique, des noms d’oiseaux fusent, « les injures claquent comme des soufflets »
Qui reproche à l’autre son amour des médailles et des récompenses, qui condamne Monet, Sisley ou Renoir de s’être laissé séduire par les sirènes de la notoriété officielle.
4 avril 1886
Cézanne vient d’envoyer une lettre à Zola pour le « remercier » de son envoi de l’oeuvre.
Trahison, dans le roman Lantier incarne l’échec de l’artiste, Cézanne est atteint au coeur, le roman devient « l’épopée intolérable d’une décennie de peinture moderne » L'amitié qui le liait à Zola est rompue
Ce ne sont que quelques exemples de ces 30 histoires qui permettent de comprendre la vie de ces artistes, Degas et ses danseuses, Gachet à Auvers sur Oise ou Monet à Giverny
Un livre riche et bien illustré, un beau papier de qualité, un livre qui fera plaisir à un amateur et ne vous ruinera pas, un point à ne pas négliger.

08:37 Publié dans Art, Beaux Livres, Hotte de Noël | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
16.08.2010
Turner ses maîtres et ses héritiers
Turner ses maîtres et ses héritiers - Editions Beaux Arts collection 19/19
Quand on rate une exposition on se rabat sur un livre, c’est ce que j’ai fait et celui ci dans son format carré est un bon choix.
Bougon, râleur, acariâtre, un peu mythomane, sûr de son génie, voilà quelques traits du joyeux caractère de John Mallord William Turner. Ce devait être un frère en mauvais caractère de Schopenhauer.
Il refusa toute sa vie de donner sa date et son lieu de naissance ! Voilà pour le pittoresque le reste relève du génie.
Dans la première partie du livre on voit les influences, les admirations de Turner pour ses maîtres en peinture et le dialogue qu’il entretint avec eux tout au long de sa vie.
Contrairement à la littérature où si l’on imite on est aussitôt taxé de plagiaire, en peinture, un artiste peut s’inspirer d’autres artistes et en tirer la « substantifique moëlle ». Très tôt admis à l’Académie Royale, Turner n’a jamais cessé d’admirer et de s’inspirer d’autres peintres.
Quelques exemples : il aime peindre des paysages, il sait s’inspirer des peintres hollandais dans ses brumes et clair obscur, dans ses marines. Rembrandt est son maître
La preuve en images Le moulin de Turner Le moulin de Rembrandt (un clic pour agrandir)
Il comprend très tôt l’importance des couleurs et de la lumière, un voyage en Italie et surtout à Venise va décider de la suite de son art. Il va lui l’admirateur de Canaletto, de Claude Gellée dit Le Lorrain, révolutionner l’art du paysage, inventer un flou inimitable, doté ses marines de ciels et de couleurs fantastiques. Le public ne suit pas forcément et crie parfois à la folie et une grande partie de ses tableaux restent invendus.
La preuve en images Vues de Venise Canaletto et Turner (un clic pour agrandir)
Il a peut être un caractère exécrable mais il sait rendre hommage avouons le. Mais passons des maîtres aux héritiers, car c’est à ça que l’on reconnaît le vrai génie. Ses héritiers ont moins de grandeur quant à l’hommage car ni Monet, ni même Pissaro, Ensor qui le découvrirent au gré d’un exil londonien au moment de la commune, n’avouent son influence, et pourtant
La preuve en image Pluie vapeur et vitesse de Turner Monet La Gare Saint Lazare
Un livre très agréablement illustré, très didactique sans être lourd. Un texte simple mis au service de ce génie de la lumière et de la couleur qui disait « Voir est un art »

Une de ses plus belles de ses toiles ( merci Aifelle)
06:10 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note
22.07.2010
Le Blanc Fouquet - Franck Herbet-Pain
Le Blanc Fouquet - Franck Herbet-Pain - Editions Gallimard
Une mini biographie de Jean Fouquet peintre dont on sait très peu de choses et qui fut pourtant en son temps le peintre officielle de la cour et du roi Louis XI.
Un peintre né, au temps de la guerre de Cent ans, des amours illicites d’un prêtre et d’une femme du peuple. Il grandit sur les bords de Loire où il fait l’expérience pour la première fois des couleurs « le rouge des radis qu’il suçote, le jaune des champignons, l’orange des citrouilles » puis des enluminures qui égayent le livre dans lequel son père lui apprend à lire.
Bientôt c’est lui qui tient la plume pour dessiner le visage de son père, de sa mère et ajouter de la couleur, il « cherche le rouge des mûres aux buissons épineux, le marron de la vase, le vert des algues translucides, mais le jaune, comment faire le jaune ? »
Il fait un long et dur apprentissage dans l’atelier de Maître Royer. Miniaturiste, enlumineur, il devient bientôt l’égal du maître mais fils de prêtre il n’a droit à aucun salaire.
Ses premières oeuvres attirent l’attention de l’évêque de Tours et de celui de Paris. Il va parfaire son art dans l’atelier de Van Eyck à Gand, il apprend l’art de la perspective, voyage en Italie où il rencontre Fra Angelico et découvre émerveillé les oeuvres de Masaccio « Adam et Eve en marche dans le mouvement de leur désespoir, chassés du Paradis, une lumière qui donne à leur corps et à leur visage le relief des peines et de la sueur à endurer. »

Portrait de Charles VII
Son style est en train de naître, sa main « rallie la précision des Flandres à la légèreté italienne »
Il travaille beaucoup et lorsqu’il se voit confier la réalisation d’un diptyque où la vierge a le visage d’Agnès Sorel, la maîtresse du roi, c’est le succès. Toute la cours commente l’oeuvre et il devient le peintre officiel.

Agnès Sorel
Tout au long de sa vie il travaille les couleurs, le blanc surtout qui fera sa gloire et dont il détient le secret blanc « Il reste le soir seul dans l'atelier, dispose les coupelles des différents dosages de blancs obtenus, les applique sur des feuilles différentes, puis dans d'autres coupelles mélange les blancs premiers entre eux, les numérote comme les feuilles qu'il dispose dans tout l'atelier, enfin sort faire quelques pas dans la rue noire laver ses rétines, les lancer vers la nuit d'hiver opaque comme la suie, les plumes des corbeaux. Quand il revient, il note enfin celui qui a percé l'obscurité, le blanc royal, le blanc Fouquet, qui le fait soudain vomir dans la rue. »
Blanc qui se révélera mortel.
C’est un plaisir très doux de lire cette biographie dans la collection où j'avais déjà découvert Ambroise Paré
C'est un plaisir lumineux aussi car l’auteur trace ce portrait par petites touches courtes comme un artisan attentionné, il sait décrire avec des mots très justes le travail du peintre, les couleurs, la lumière, la vie personnelle de Jean Fouquet est évoquée avec tendresse et pudeur et vient rendre ce portrait très vivant.
Pour continuer le site magnifique de la BNF l'atelier de Fouquet
06:02 Publié dans Art, Biographies | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
02.06.2010
Ciel et terre et ciel et terre et ciel - jacques Roubaud
Ciel et terre et ciel et terre et ciel - Jacques Roubaud - Editions Argol
C’est un enfant qui court dans la garrigue, « son territoire personnel, la tranquillité sans menaces, la solitude, son bien.»
Un enfant rêveur qui se cache parce qu’on est en 1943 et qu’on devine que l’enfant n’est pas d’ici. Il aime regarder le ciel, les nuages qui le font voyager « Il pouvait reconnaître en eux à volonté, des navires, des barques, des goélettes, des steamers, des yachts, des pirogues, des radeaux, des îles. » il voudrait les conserver intacts dans sa mémoire.
Dans la chambre où il est réfugié avec sa mère, il y a au mur quatre tableaux qui lui permettent de quitter la chambre par l’imagination, de faire accélérer le temps, il leur donne des noms à lui et quand il ferme les yeux il peut les reconstituer « la rivière, la prairie, le moulin, la barque ». C’étaient des images d’Angleterre, un pays qui rimait avec liberté si sa mère et lui y parvenaient.

Clouds study with birds John Constable - Yale Center of British Art
Quarante ans ont passé et M Goodman regarde un ciel d’Ecosse, il étudie le ciel, c’est un scientifique, il veut comprendre les nuages et un jour il voit un tableau « Clouds study with birds » un tableau de John Constable mais les tableaux du peintre n’évoque rien pour lui, ne lui rappellent rien, jusqu’au jour où « un coin de voile d’oubli opaque qui plus de quarante ans auparavant était tombé devant ses yeux se leva. Il se souvint. »

Lors d’un voyage sur les traces de Constable « Peu à peu, par pans entiers, les images de son passé qui s’étaient refusées à lui obstinément, par vagues successives l’envahirent. Il revit la garrigue et ses nuages, il revit l’écluse du canal, il revit la maison où il était resté des semaines attendant le départ pour l’Espagne »

Une réconciliation avec le passé par le filtre de la peinture, la force de l’oubli des événements tragiques, c’est ce qu’offre Jacques Roubaud dans un magnifique récit construit comme une énigme.
Il évoque comment les images de l’enfance sont transformées, recomposées par la mémoire, la fascination qu’exercent les nuages, il nous permet de cerner le génie de Constable qui « avait fait d’une quête du temps la forme centrale de sa peinture, et découvert, là était son génie, une solution picturale à son mystère dans le contraste entre ciel et terre, entre une terre peuplée des images fixes du passé, des lieux de l’enfance, et un ciel peuplé des images mobiles du présent perpétué en futur, les nuages »
Ce livre avait déjà été publié aux éditions Flohic en 1997.
Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque
L’ auteur
Né en 1932 à Caluire, Jacques Roubaud est mathématicien de profession et membre de l'Oulipo depuis 1966. il a consacré des études qui ont fait date à l’histoire du vers français ou à la poésie des troubadours. Il est également traducteur, de l’anglais et du provençal.
17:53 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
18.12.2009
Comment regarder un tableau - Françoise Barbe-Gall
A offrir ou à s’offrir un superbe livre sur l’art de voir

Comment regarder un tableau - Françoise Barbe-Gall - Editions du Chêne
J’aime la peinture et les livres qui m’ouvrent ce monde particulier sont pour moi des amis. Edouard Dor, Sylvie Germain, ou Siri Hustvedt m’ont accompagné en 2009.
J’aime qu’on me parle de peinture et que l’on permette à mon regard de voir autrement
Aujourd’hui le livre de Françoise Barbe-Gall m’enchante totalement, un livre riche, lumineux, parfait.
Pour vous donner une idée juste de ce livre il faut vous dire que l’auteur part du principe que celui qui regarde le fait à partir d’attitudes particulières : il observe, il médite, il analyse..
Elle propose donc en 6 chapitres et 36 tableaux un parcours pour votre oeil, votre esprit, vos émotions. Vous pouvez être surpris, ne pas aimer, mais elle vous propose toujours de comprendre et d’y revenir.
Comme c’est une dame savante elle enrichit ce parcours de thèmes de réflexion, de repères historiques ou culturels. Un voyage complet donc et passionnant.
Les titres des chapitres et les thèmes de réflexion ont des intitulés qui vous donnent le ton du livre, mais rien ne vaut les exemples, j’en ai choisi trois, très différents les uns des autres pour bien rendre la richesse du livre.
Observer une simple réalité et éprouver une impression de déjà vu

C’est pour l'auteur une constante dans les tableaux de ce peintre, qui peint le quotidien, la vie sans histoire, " le répertoire de l’anodin"
un paysage "délesté de ses ambitions et de ses utopies".
Pour élargir notre savoir et notre approche Françoise Barbe-Gall nous invite dans le Suffolk de Constable en complément.
Dans le chapitre Contempler un monde sublimé

" une journée de congé, une heure éblouissante dans un monde béni"
j’ai choisi le thème Percevoir la grâce du présent illustré par Renoir "un tableau accueillant, ouvert à tous...on danse sans façon" Un tableau très connu, souvent admiré mais renouvelé par une remarque comme celle-ci " le peintre bat la cadence" Oui c’est vrai regardez bien et votre pied va se mettre à bouger...au rythme de la peinture. "Le devenir ne signifie plus rien. Le présent seul existe."
En complément un article sur le moulin de la Galette et la collection Caillebotte.
Enfin dernier exemple je vous propose de Vous abandonner à la douceur du tableau

" le moelleux des châtaignes ou le croquant des pommes dures que l’on fait briller au revers de sa manche"
Je vous invite à Goûter la paix de ce qui dure avec Chardin. Le gobelet d’argent du tableau appartient à Chardin il " a gardé tout son éclat et remplit l’office d’un miroir"
Chardin ne cherche pas à éblouir, à enseigner dans ses tableaux "les objets qu’il choisit illustrent les incontournables nécéssités du quotidien" En complément le symbole de la pomme et Diderot critique de Chardin.
Vous avez bien compris que ce livre va trouver place dans ma bibliothèque, mais j’ai un problème, ce livre, dans lequel je plonge depuis déjà plusieurs jours avec délices, m’a été soufflé par l’un ou l’une d’entre vous et impossible de retrouver qui, alors n’hésitez pas à vous signaler pour que je paie ma dette.
John Constable-Helmingham Dell, vallon dans le parc de Helmingham (Suffolk) - Musée du Louvre
Pierre- Auguste Renoir - Bal du Moulin de la Galette - Musée d'Orsay
Jean-Baptiste Chardin - Le Gobelet d'argent - Musée du Louvre
14:49 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
11.11.2009
Patience et songe de lumière - Sylvie Germain
Patience et songe de lumière - Sylvie Germain - Editions Flohic
En 1996 j’ai eu la chance de me rendre à La Haye pour voir l’exposition Vermeer au Mauritshuis. C’était la plus importante exposition avec 22 des 35 tableaux attribués à Vermeer.
Je me souviens du voyage en voiture jusqu’à Amsterdam, des canaux encore gelés car nous étions en mars, le ciel était bas, le train d’Amsterdam à La Haye pris tôt le matin, la foule qui se pressait à l’entrée malgré les billets achetés plusieurs mois auparavant , et ensuite...la magie de la peinture, de la lumière, des tableaux.
Il y avait presque tout : Le Géographe et la Dentellière du Louvre, « Le petit pan de mur jaune » cher à Proust, La laitière avant qu’elle ne devienne publicité, La jeune fille à la perle avant le roman et le film.
Les tableaux des grands musées du monde, ceux de part delà l’océan et que je n’aurai peut être jamais l’occasion de voir une seconde fois.
Avant cette exposition j’avais rêvé sur les tableaux de Vermeer grâce à Sylvie Germain, son livre est actuellement indisponible mais vous pouvez sans doute le trouver en bibliothèque et il vous proposera d’entrer dans l’atelier du peintre et de faire un voyage vers la lumière et une fois poussé le rideau de vous absorber dans la contemplation.
Tout d'abord il vous faut faire connaissance avec la ville.

« Il est sept heures dix au cadran de l’horloge de la porte de Schiedam. Le mât oblique d’une barque amarrée devant l’arche de la porte pointe le clocher de la Nouvelle Eglise que le soleil levant blondit doucement »
Vermeer est là dans son atelier, il cherche la perspective, les couleurs « Il a reçu le don de la lumière - l’amour et l’intelligence de la lumière montée des confins de la terre et de l’eau »

Suivons Sylvie Germain dans l’atelier. « Le rideau s’ouvre d’un grand coup d’aile marquetée sur la scène où oeuvre le peintre » le peintre est là « Il est le maître des couleurs et dicte à chacune son rôle dans le grand jeu du visible pour mieux en révéler la mission au sein de la dramaturgie de l’invisible »
Continuons la visite et approchons nous :
« Car c’est lui seul le peintre qui préside ici à la cérémonie des noces entre la poésie et la peinture, entre le chant et la lumières, entre la beauté et les couleurs, entre le visible et l’invisible »
S Germain nous emporte de l’atelier à la chambre, elle s’efface devant l' « Harmonie en bleu ardoise et ocre nuancé de roux et de rosé »

L’écrivain s’absente pour laisser place à un chant de lumière : « Les doigts égrènent des notes, des mots, des fleurs de dentelle, des gouttes de lait, des perles »
Mais elle peut aussi se pencher sur les cartes, compas en main et évoquer Spinoza « Le solitaire polisseur de verres d’optique, l’artisan philosophe dont la vision du monde et l’oeuvre qui en émane, font écho à celle de Vermeer : un écho de cristal, sec, net et limpide. »

C’est un parcours initiatique car « Vermeer ne raconte rien, ni narration, ni fable ni histoire. Il montre, réfléchit, il présente. Son oeuvre est une mise en miroir, sa peinture une vision. »
Laissez vous porter par les mots de Sylvie Germain, sobres, denses et par le génie de Vermeer dont la peinture est

« Un voyage dans l’immensité close au coeur de l’apparence, une lente dérive dans les remous de l’immobilité, un embarquement de l’instant dans l’absolu et pour l'éternité"
Bon voyage au pays des couleurs et de la lumière.
09:56 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note
29.09.2009
L'ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat
L’Ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat - Editions LePassage
Une histoire de fratrie et de fraternité, l’unei se déroule aujourd’hui entre Gérard Rataud et son frère Gilbert, l’autre au dix-septième siècle dans la famille Le Nain, les peintres de la paysannerie.
Gérard et Gilbert tout d’abord, ces deux là c’est l’huile et l’eau, ils ne se sont plus revus depuis des années, Gilbert accuse Gérard d’être responsable de la mort de leur mère et le considère comme un raté. Gérard handicapé par une obésité très importante vivote d’allocations, mange pour passer le temps et pour oublier qu’il a un frère brillant, professeur d’histoire de l’art et Don Juan à ses heures, mettant dans son lit les étudiantes qui peuplent son amphithéâtre.
Gérard le solitaire va se prendre d’amitié pour un gamin un peu voleur et en quête de son père, contre toute attente cette rencontre va lui insuffler courage et détermination " Soudain son coeur malade battit à vive allure, il lui vint des suées d’angoisse en même temps qu’il lui poussait des ailes "

La paysannerie - Le Nain - Musée du Louvre
De nos jours faire copain copain avec un enfant fait immédiatement crier à la pédophilie et le naïf Gérard va droit vers les ennuis.
Gilbert un peu las des conquêtes faciles a un jardin secret, il cherche depuis des mois à en savoir plus sur trois peintres, trois frères énigmatiques : Antoine, Mathieu et Louis Le Nain.
La famille Le Nain est originaire de Laon, trois des cinq frères font carrière à Paris, l’ainé gère les biens familiaux à Laon. Ils sont curieux ces trois frères, les tableaux qui sortent de leur atelier sont signés Le Nain sans mention de prénom, trois talents réunis en un seul au point que " nul n’a pu attribuer un tableau entier à l'un ou l’autre ". Ce qui intrigue Gilbert Rataud c’est que il manque un cinquième frère à l’appel, Isaac, il apparaît sur les tableaux mais rien de plus, pas d’archives, pas de traces. Gilbert Rataud se fixe un but " Il m’appartient de retrouver Isaac ; de mettre mes pas dans les siens, de suivre sa route : de le ramener à la maison, vivant, parmi les siens."

Le Repas du paysan - Le Nain - Musée du Louvre
Hélène Bonafous-Murat nous emmène avec elle et l’on suit avec un demi-sourire la cavale de Gérard jusqu’en Bretagne. Mais elle fait plus et nous offre une entrée au Louvre très privée et nous fait pénétrer dans l’intimité des tableaux des frères Le Nain.
Les pages autour de la peinture sont excellentes, l’auteur dit toute sa gratitude à Jacques Thuillier grand spécialiste de cette époque.
L'histoire des deux frères se suit sans aucun déplaisir mais si comme moi vous aimez la peinture ce livre sera pour vous un excellent compagnon dans votre découverte des frères Le Nain
L'auteur

Normalienne, Hélène Bonafous-Murat est expert en estampes, au cœur du marché de l’art parisien. Pour Morsures, son premier roman, elle a obtenu le Prix Alain-Fournier 2006, le Prix du Premier Roman du Rotary Club international 2006, le Prix du Premier Roman du Salon du Livre de Sablet 2006, le Prix des bibliothèques du Vaucluse 2006 (source l'éditeur)
08:16 Publié dans Art, Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note



























































































































































































































































