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Art Peinture Musique - Page 2

  • Dictionnaire amoureux de Stendhal

    Quand on aime on ne résiste pas au Dictionnaire amoureux d’un auteur. En plus écrit sous la houlette de Dominique Fernandez ça ne se refuse pas.

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    D Fernandez a lu Stendhal très jeune et depuis accumule notes et commentaires, autant dire que son dico s’est écrit presque tout seul.

    Parfois dans ce genre de livre on aime certains articles et on en saute allègrement certains moins attrayants, là je dois dire que j’ai lu tout de bout en bout ET dans l’ordre, un exploit pour moi qui aime bien aller à sauts et à gambades.....

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    Stendahl passa par Vilnius lors de la retraite de Russie 

    J’ai aimé le portrait de cet homme, rougeaud, court sur pattes, laid, un rien paralysé devant les femmes qui  nous a donné des portraits de jeunes hommes fringands, beaux, et faisant pâmer les femmes !  Jolie revanche.

    D Fernandez nous promène dans la vie et l’oeuvre avec bonheur, humour, éloquence, passion.

    On suit Henri à la suite de l’armée impériale, on est avec lui en Italie et en Russie, à l’opéra, dans les musées et les concerts, les salons et les bals.

     

    C’est un chant d’amour pour l’Italie qu’il partage avec son auteur fétiche et que D Fernandez sait nous transmettre.

    J’ai aimé qu’il me tente fortement avec la Vie d’Henry Brulard que je n’ai pas lu contrairement à Keisha, une « autobiographie extraordinaire de liberté et d’insolence » un livre sans vanité ni prétention nous dit Fernandez contrairement à Chateaubriand et Flaubert, ces deux là il ne les aime pas beaucoup.

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    J’ai aimé l’accent que Fernandez met sur le style de l’auteur, sur son admiration pour des peintres ou des auteurs peu reconnus à l’époque mais qu’il défend parce qu’il les apprécie.

     

    J’ai aimé l’explication qu’il donne devant la vie amoureuse catastrophique de son héros «  Il avait sans doute la passion des conquêtes, des débuts, beaucoup moins celle des relations inscrites dans la durée. Et il était trop libre pour envisager de se marier. Il ne vécut en ménage que quinze jours dans sa vie. »

    J’ai découvert la passion de Stendhal pour Shakespeare que j’ignorais.

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    Ses manuscrits 

     

    Bref à travers les articles de ce dictionnaire c’est un homme à l’intelligence étincellante, à l’humour parfois un peu lourd, à l’anticléricalisme notoire, à la liberté totale face aux conventions, à une indifférence totale aux modes de son temps que l’on découvre. 

     

    Un dictionnaire pour les amateurs de Stendhal et ceux qui veulent faire mieux connaissance

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    Le livre : Le Dictionnaire amoureux de Stendhal - Dominique Fernandez - Editions Plon

  • Le déserteur - Jean Giono

    Giono est le roi de l’imaginaire, capable d’inventer même sa biographie ! Aussi quand j’ai commencé Le Déserteur j’ai cru qu’il s’agissait de fiction, mais au fil des pages j’ai eu un gros doute et bien sûr après recherche j’ai découvert que ce déserteur là avait bel et bien existé et que Giono l’a mis en lumière à la demande d’un artiste-éditeur

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    Une région magnifique 

    Il était ce qu’on appelle un peintre itinérant, il travaillait sur commande et réalisait des ex-voto, des images pieuses, des portraits. Il a fait tout ça sous un nom d’emprunt : Charles Frédéric Brun, or cet homme n’a jamais existé si l’on en croit les registres de l’Etat civil et pourtant il est bien réel.

    C’est là que le talent de Giono opère, certes on ne sait que peut de chose de ce peintre mais Giono lui crée une vie, fabrique une identité à cet homme sans passeport qui arrive dans le Haut Valais en 1843 par des chemins empruntés par les contrebandiers ou les hors la loi.
    Si comme moi vous connaissez la région on est du côté de Nendaz, d’Hérémence mais aussi la vallée d’Abondance.

    En lisant le roman on pense immédiatement à Jean Valjean, il faut dire que Giono quand il écrit le Déserteur vient de relire les Misérables.

     

    Charles Frédéric trouve le gîte chez l’habitant, dans les granges ou les raccards « On lui a fait un lit avec des vieux sacs à côté du poêle » Il vit simplement, frugalement et il peint.

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    Un raccard

    Il fait halte dans le Chablais, on le voit passer à Vallorcine. Il va par les sentiers muletiers, s’arrête dans les hameaux.

    Mais c’est dans le Valais qu’il est le mieux accueilli et pourtant « Ce n’était pas facile en 1850 de se faire adopter par un village de montagne du Valais »

    Ses peintures plaisent  « Elles ont été conservées ici parce qu’elles plaisaient au coeur populaire » Il ne fut jamais dénoncé, il a une place dans le coeur des villageois qui lui passent commande ainsi le portrait de Mme Fragnière :

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    « Marie-Jeanne Bournissay de son nom de jeune fille, préside son ménage. On ne peut pas distraire un quignon de pain et un quart de fromage de ses placards sans qu’elle en soit avertie. »

     

    Le peintre se diversifie « il voudrait tout enrubanner de rose, fleurir ces neiges livides et réchauffer ces autans, donner à tout le monde le paradis naïf qui s’émerveille en lui. »

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    Il peint des saints, des vierges à l’enfant, les rois mages et autres scènes bibliques et il peint même Geneviève de Brabant, voilà qui aurait plu à Proust

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    « la robe de Geneviève a des plis, son voile de mariée est brodé d’un liséré de fleurs et sa couleur imite la transparence, etc., rien n’est passé au pochoir, tout est peint délicatement »

    J’ai trouvé d’occasion un livre qui outre le texte de Giono rassemble les oeuvres du peintre et c’est magnifique de couleurs, de vivacité et d’une foi naïve de celle qu’on appelle la foi du charbonnier. C’est grâce à un curé de campagne qui commença à collectionner les oeuvres et récolta ces peintures colorées auprès de ses paroissiens que ce livre put se faire. 

    Vous pouvez voir certaines des oeuvres de ce peintre au musée de Sion en Suisse mais aussi à la Chapelle Saint Michel à Nendaz signalée par Tania 

    un billet de Cléanthe sur ce livre

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    Le livre : Le déserteur - Jean Giono - Editions de Fontainemore  ou Gallimard Folio

     

  • Le Moulin et la Croix - Michael Francis Gibson

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    Les critiques de ce livre parlent de roman d’espionnage, de sonder l’âme d’une oeuvre. 
    C’est bien de cela qu’il s’agit. Michael Francis Gibson critique d’art choisit de ne nous présenter qu’une seule oeuvre.

    On a envie de dire « c’est un peu court jeune homme » et bien non détrompez-vous ce livre est une réussite totale, un parcours sans faute passionnant et dont on voudrait que l’auteur en ait fait bien d’autres.

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    Clic sur les tableaux pour voir mieux

    C’est parce qu’il a eu le privilège pendant toute une matinée de rester au plus près de la toile de Brueghel Le Portement de la croix, que nous avons droit à cette fine analyse, à cette profusion de détails. 

    Tout est traité, tous les coins du tableau, mêmes les plus reculés, ceux que vous n’avez jamais distingué et dont même quand on vous les met sous le nez vous avez du mal à les replacer sur l’immense puzzle. Le Golgotha loin dans le fond, les gibets qui rappellent l'époque troublée et la foule qui va assister au supplice. 

    MF Gibson fut immédiatement ébloui et parle de Brueghel comme du Shakespeare des Flandres, bel hommage venant d’un anglais.

    Il n’est pas pressé et vous propose même de ...ne pas le lire immédiatement, de vous reporter au tableau dans son ensemble et de « pénétrer librement » dans le monde du peintre.

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    Il va élargir notre horizon d’observateur en apportant mille détails : les conditions météorologiques, la botanique, les sciences du moment qui intriguaient déjà Brueghel, il vient de pleuvoir nous dit-il et pour preuve ces enfants qui enjambent la boue, qui s’élancent par dessus les flaques.

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    Il examine la foule, il détecte les métiers, les attitudes, les habillements, la vie de chacun. 

    Les effets voulus par le peintre par exemple ce moulin perché sur un énorme rocher avec un minuscule meunier

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    L’aviez-vous vu cette petite fille qui attend de l’aide pour traverser le gué ?

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    Les côtés lumineux et les zones sombres, derrière lui on explore les bosquets où l’on découvre des personnages ou des animaux cachés.

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    Il y a de quoi faire car Brueghel n’a pas peint moins de 500 personnages sur cette toile !!

    L'auteur en vient bien sûr à nous brosser l’envers du décor, ce temps de guerres, de persécutions religieuses, catholiques contre protestants qui ensanglantèrent pour longtemps la terre des Flandres. Le peintre proteste à sa manière en vêtant les soldats de Charles Quint d’un rouge sang qui marque toute la trajectoire de la montée au calvaire.

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    Le peintre joue aussi des symboles, si vous regardez le groupe des « saintes femmes » sur la droite du tableau, elles sont clairement mises en valeur par leur expression de douleur, par leurs vêtements qui en fait des personnages importants, pourtant elles sont au milieu du petit peuple et c’est là un message à destination de l’Eglise qui regardait de très près la composition des tableaux et peut être aussi pour équilibrer le fait que le Jésus lui est un personnage perdu au milieu de la foule, petit, presque caché sous la croix !

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    J’ai vraiment été passionnée par cette leçon d’observation faite d’une façon simple, complète, très aisée à lire et qui m’a encouragé à relire les autres tableaux du peintre

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    Le livre : Le Moulin et la croix - Michael Francis Gibson - Editions The University Levant Press

  • Brueghel , la ferveur des hivers

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    Une toute autre façon de lire un peintre, faire le lien entre tableaux et poésie, entre oeuvre et philosophie.

    L’auteur de ce petit livre fait jouer une série de correspondances entre les personnages et celui qui tient le pinceau, il parle plus de ce qui est suggéré que de ce qui est vraiment montré.

    Là aussi l’oeil vagabonde au gré des tableaux, s’attarde, remarque des détails qui jusqu’ici n’avaient pas fait sens.

    Un livre délicat autour d’un peintre qui est nous dis CH Roquet l’héritier des livres d’heures. 

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    Un peintre dont le temps était celui de la Kermesse héroïque et qui a du croiser Rabelais à Lyon et peut-être Du Bellay à Rome.

    Brueghel est « le peintre de la terre et du temps (...) le peintre des climats et des saisons, de la roue de l’année. »

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    Il fut le peintre des paysans, des rustres « de leurs danses, de leurs noces, de leurs kermesses. »

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    Par dessus tout ce fut le peintre de l’hiver, de la ferveur des hivers, de la neige et du silence.

     

    « Des deux versants de l’année, Brueghel préfère le plus rude, et l’hiver plutôt que l’automne. Il est le peintre des hivers et des neiges »

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    « Il a neigé toute la nuit. La cloche de l’église 

    Sonne comme le pas des anges dans le blanc Paradis !

    Entends-tu le silence du monde engourdi dans l’éclat de l’hiver »

     

    Son tableau peut être le plus célèbre 

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    « D’abord viennent les chasseurs (...) Ils descendent vers la plaine où la neige est douce et vers le village dont les maisons les attendent : dans l’air pâle monte la fumée. Ils songent dans le givre de leur barbe à la cheminée, à la marmite sur la table, à la soupe chaleureuse. Comme c’est loin encore ! »

     

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    « A cause de la neige partout et de la glace qui change les fossés en et les mares des chemins, on dirait que tout le monde n’habite plus qu’un seul village, disséminé dans la plaine blanche de l’hiver. »

    Un peintre qui fut un homme solitaire et silencieux et qui confiait ses pensées à ses pinceaux 

     

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    « Brueghel fut l’un de ces enfants qui glissent sur les mares et les ruisseaux gelés, et sa peinture s’en souvient. »

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    Le livre : Brueghel la ferveur des hivers - Claude-Henri Rocquet - Editions Mame  à chercher d’occasion

  • Un sombre pressentiment - Cees Nooteboom

    Leçons de ténèbres 

     

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    Le jugement dernier - Groeningemuseum- Bruges

    Mon meilleur souvenir de Hieronymus Bosch remonte à un voyage à Bruges, le musée Groeninge possède le Jugement dernier et je suis allée à plusieurs reprises durant mon séjour voir et revoir ce tableau qui m’intriguait, m’effrayait mais m’hypnotisait.

    A l’occasion de la commémoration des 500 ans de la mort de H Bosch une grande expo fut organisée à Bois le Duc sa ville natale, expo qui s’est transportée depuis au Prado de Madrid. 

    Cees Nooteboom écrivain hollandais mais vivant en Espagne était tout désigné pour proposé SA version de Bosch, ce peintre tellement atypique qu’on ne sait en regardant ses toiles s’il est dans la provocation ou dans la folie.

     

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    Détail du Jardin des délices - Musée du Prado

    C’est un livre court, très bien illustré. Nooteboom propose un parcours géographique, de ville en ville, de musée en musée il s’agit d’admirer et de tenter de comprendre une des peintures les plus mystérieuses de ce siècle tourmenté qui a vu la réforme et la contre-réforme, qui a vu s’enchainer guerres et massacres. On va de Gand à Paris, de Lisbonne à Madrid. 

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    Le chariot de foin panneau central - Musée du Prado

    Comment un même peintre a-t-il pu peintre à la fois l’Adoration des mages et Le Chariot de foin, Saint Christophe et le Jardin des délices.

    En six courts chapitres et cinq post-scriptum, Cees Nooteboom s’attache à décortiquer les toiles, nous les faire vivre. Nous permettre d’approcher la vie qui grouille dans ces tableaux, ces visions de l’enfer plus que du paradis, ces êtres difformes, ce pendu au battant d’une cloche, ces animaux extravagants. 

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    l'enfer musical 

    Nooteboom nous dit que chez H Bosch le diable et le mal ne sont jamais très loin. Personnages aux pieds fourchus, soldat lutinant une servante, instrument de musique démesuré... Il nous montre aussi la richesse inventive du peintre qui avait pour maxime « Misérable est celui qui utilise toujours les trouvailles d’autrui et n’en invente aucune par lui-même. »

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    La tentation de Saint Antoine - Musée Arte Antigua Lisbonne

    J’ai beaucoup aimé ce livre, j’ai aimé le centrage sur les détails des tableaux qu’il est très difficile d’apprécier dans un musée faute de pouvoir s’approcher suffisamment.

    Pour un avant goût voici en anglais un commentaire de l'oeuvre maitresse Le jardin des délices

    Si vous aimé la peinture ce livre devrait vous réjouir   

     

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    le livre : Un sombre pressentiment - Cees Nooteboom - Traduit par Philippe Noble - Editions Phébus

  • La Bible Quelles histoires - Thomas Römer

    Après avoir parcouru les chemins de l’Exode avec Moïse je vous propose de faire mieux connaissance avec l’auteur, son parcours, la façon dont il a très tôt un peu révolutionner le monde de l’exégèse biblique. 

    Vous pouvez emprunter deux chemins, celui du livre et celui des cours qu’il donne.

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    C’est un livre d’entretien avec une archéologue. Il démarre avec l’aventure personnelle de Thomas Römer et son entrée dans le monde de l’exégèse de la Bible.

    Il est immédiatement passionné et va rapidement se faire un nom. De l’Allemagne à la Suisse puis à la France son parcours est impressionnant.

    Très vite l’on en vient au coeur du travail de Römer, et l’on découvre un homme qui fait des suppositions mais garde une grande humilité et beaucoup de doutes face à un texte que dit-il  « Vous pensez avoir compris quelque chose, vous approfondissez encore et, non, ce n’était pas tout à fait cela. C’est aussi cela qui est fascinant avec la Bible. Dans le fond, c’est un livre qui dérange tout le temps. Il n’est pas fait pour endormir les consciences. »

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    Fresques de la synagogue de Doura Europos 

     

    Il montre combien il est difficile d’être certain de l’origine des écrits, les lieux, les périodes historiques sont sujets à questionnement. Il explore les liens entres l’histoire et la Bible et les danger des sur interprétations et instrumentalisation toujours possibles.

    Son travail a principalement porté sur le Pentateuque où « le thème de l’exil est présent entre toutes les lignes ; il est la clé de lecture qui donne sens à l’édifice rédactionnel.» nous dit-il.

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    Meggido haut lieu des recherches archéologiques © Richard T. Nowitz / Corbis

    C’est un travail de déconstruction pour mieux comprendre, contourner les anachronismes et reconstituer les étapes qui ont conduit à l’écriture définitive. Ses propositions sont parfois surprenantes, souvent inédites et loin de tout dogmatisme.
    C’est un livre riche où l’on croise Abraham et Jacob et qui pousse à reconsidérer la façon que l’on a de lire LE livre.

    A la suite de cette lecture je suis allée suivre une grande partie des cours de Thomas Römer, titulaire de la chaire Milieux bibliques au Collège de France,  il a l’art d’accrocher son auditoire. 

     

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    Le livre : La Bible Quelles histoires - Thomas Römer - Editions Labor et Fides