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« Joubert, le plus léger, le plus délicat des moralistes français, celui qui m’est le plus cher »Elias Canetti
« Tout son dans la musique doit avoir un écho ; toute figure doit avoir un ciel dans la peinture ; et nous qui chantons avec des pensées et peignons avec des paroles, toute phrase et chaque mot devrait aussi dans nos écrits avoir son horizon et son écho. »
« Le transparent, le diaphane, le magique ; l’imitation du divin qui a fait toutes choses avec peu et , pour ainsi dire, avec rien : voilà l’un des caractères essentiels de la poésie »
« Le poète a un souffle qui enfle les mots, les rends légers et leur donne de la couleur ; une teinture, une liqueur, comme ce nectar de l’abeille qui change en miel la poussière des fleurs»
Le livre : Le repos dans la lumière - Joseph Joubert - Editions Arfuyen
Publiée dans la petite collection (par la taille, pas par son intérêt) Actes Sud Léméac, cette biographie m’a tout de suite fait de l'oeil.
L’envie de la lire m’est venue après la lecture du « Journal d’un lecteur » du même Manguel, il évoque le roman de Kipling, Kim, celui dont Juliette Binoche lit un extrait à son « Patient anglais… »
Pour moi kipling c’était un écrivain magnifique ET un affreux colonialiste, les histoires comme ça, le livre de la jungle et le poème If et ....rien d’autre. J’ai donc cherché à en savoir un peu plus.
Il s’agit plus d’un portrait que d’une biographie, mais un portrait très attachant, très court, donc Manguel va à l’essentiel et fait revivre Kipling en quelques pages.
Reconstitution de la maison d'enfance de Kipling à Bombay
Né à Bombay au moment où le terme Empire britannique est à son apogée, il est expédié à 6 ans avec sa soeur qui en a trois vers l’Angleterre car il n’est pas concevable d’éduqué un enfant hors de la patrie.
Confié à de parfaits inconnus, Kipling souffre et se souviendra toute sa vie de ce traitement qu’on qualifierait aujourd’hui de maltraitance à enfant, Dickens n’est pas loin.
Réfugié dans l’imaginaire Kipling n’eut aucune peine devenu écrivain, à évoquer l’enfant abandonné, Kim et Mowgli sont là pour en témoigner.
Les premiers écrits
Marié, c’est en Afrique du Sud qu’il va se rendre, celle de la guerre des Boers où déjà apparaît le nom deWinston Churchill. Il écrit dans ces années là, Histoires comme ça et comme il aimait bien mettre un poème en exergue de ses écrits, cela a donné If traduit pour nous en français par André Maurois.
A ma grande honte je dois dire que j’ai longtemps ignoré que Kipling avait reçu le Nobel (en 1907) Il devient un écrivain et un poéte reconnu et admiré.
Film sur la perte d'un fils
En 1914 Kipling persuada son fils de s’engager dans l’armée, refusé pour sa vue déficiente celui-ci est finalement incorporé dans le corps des Irish Guard après l’intervention de son père. En 1915 quand Kipling apprend la disparition de son fils il ne s’en remet pas et écrit pour calmer sa culpabilité un poème My boy Jack
Mort en 1936 vous pouvez le retrouver à Westminster mais surtout dans ses livres et c’est ce que Manguel nous fait sentir à travers un un portrait chargé d’humanité.
Le poème de kipling If Traduit par André Maurois en 1918
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour, Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre, Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles Travesties par des gueux pour exciter des sots, Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire, Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, Et si tu peux aimer tous tes amis en frère, Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître, Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, Penser sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage, Si tu peux être brave et jamais imprudent, Si tu sais être bon, si tu sais être sage, Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite Et recevoir ces deux menteurs d'un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire Seront à tous jamais tes esclaves soumis, Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire Tu seras un homme, mon fils
Le livre : Kipling - Une brève biographie - Alberto Manguel - Editions Actes Sud
C’est d’un livre datant de quelques années dont j’ai envie de parler aujourd’hui. Un livre à admirer, à feuilleter, livre que vous ouvrirez les jours moroses, les jours où vous avez besoin d’un petit surplus de bonheur.
C’est tout le japon traditionnel qui nous est proposé dans ces deux carnets du maître japonais Hiroshige
« Il a su inspirer les Impressionnistes européens et leurs successeurs - Whistler, Cézanne, Gauguin, Van Gogh - leur inculquer une vision neuve du paysage »
Cinquante dessins sont présentées dans ce livre, dessins à l’encre et au crayon, rehaussés de lavis et d’aquarelles.
L’esquisse est un art pratiqué au Japon mais les oeuvres conservées par la bibliothèque du Congrès ont longtemps été jugées sans grande valeur. Les carnets sont longtemps restés enfermés et ce livre est le premier qui nous permet de les admirer.
Le premier carnet est composé de vingt cinq dessins de paysages et de scènes de la vie quotidienne. On croise des barques de pêcheurs, un homme jugé sur sa mule au pied du Mont Fuji, un envol d’oiseau, une barque sous la lune.
Ces scènes dégagent une grande sérénité, les traits estompés, les couleurs, la composition, tout nous fait entrer dans un monde de délicatesse et de légèreté.
Hiroshige utilise l’espace avec bonheur et l’oeil de promène libre et serein.
Sur le grand pont au loin pins et cerisiers
« Le voyageur occidental qui n’aurait jamais eu la chance de visiter le Japon ou de connaître la langue japonaise ne pourra manquer de ressentir ici la magie proprement nippone des paysages. »
La chasse aux lucioles
« L’élégance toute en rythmes et nuances des costumes traditionnels »
Le deuxième carnet lui est tourné vers le monde des contes et du merveilleux au Japon et vers des personnages : samouraï et son flacon de saké ou jeune femme se coupant les ongles des pieds, chats.
Le chat de la troisième princesse
« S’ouvir enfin à la leçon fabuleuse d’une sagesse en étrange symbiose avec le monde animal. »
Chaque esquisse est commentée dans un cahier à part, rien ne vient rompre l’enchantement. Chaque dessin est un petit miracle de perfection, de drôlerie, de subtilité ou de rêve
Les citations de ce billet sont extraites de la préface de Daniel Boorstin et de la présentation de Sherman Lee
Le livre : Carnets d’esquisses - Hiroshige - Textes de Sherman Lee - Editions Phébus
« Paradis bien rude, certes, et stérile d’apparence, mais paradis pour celui qui sait regarder, jardin d’Eden au printemps lorsque dans toutes les fissures de la roche tranchante le miracle de la vie fait pousser des fleurs délicates et étranges. »
Falaises d'Aran : Dun Aengus
« Paradis des oiseaux qui nichent dans les falaises l’abri des prédateurs depuis que le dernier renard de l’île a disparu comme par magie. »
« Paradis de silence où l’on n’entend que le vient, l’océan et les cris des oiseaux, où l’on s’écoute surpris du rythme apaisé du coeur et de l’esprit. »
« Paradis de pierre, dur et si tendre à la fois qu’il tombe dans les plis des eaux »
Le livre : Grain d’aran - Dominique Beugras - Editions La Bibliothèque
La culture japonaise m’a toujours fascinée avec ses paradoxes, ses traditions, sa société, et son histoire. J’ai déjà fait plusieurs voyages au Japon, Sur les chemins de Sata, à la rencontre de poètesou de peintres.
Alex Kerr
Le récit d’Alex Kerr m’a enchanté, écrit en japonais à l’origine, il permet de suivre trente ans de la vie de cet homme « Au début des années 1970, Alex Kerr, jeune étudiant américain, acquiert une maison abandonnée, plusieurs fois centenaire, sur l'île japonaise de Shikoku. Ce sera le point de départ d'une vie d'écrivain, d'antiquaire, d'expert érudit et passionné du Japon. »
Alex Kerr a fait connaissance très jeune avec le Japon ses parents étant nommé à Yokohama après la guerre. Il fait des études pour apprendre le japonais et l’histoire du pays. Il arpente le pays. Quelques années plus tard fasciné par la beauté des lieux il achète une maison ancienne, abandonnée, dans la vallée de l’Iya sur l’île de Shikoku qu’il nommera Chiiori. « En entrant dans ces habitations vides, j'ai été frappé par leur obscurité, la paix qui y régnait. Je me souviens encore parfaitement qu’en ressortant des maisons, j’étais ébloui par la lumière du soleil qui contrastait avec la pénombre intérieure. Les montagnes de l'autre côté de la vallée étaient couvertes de brume. »
Pont dans la vallée de l'Iya
Il faut des efforts intenses pour payer les travaux nécessaires, la réparation des toits, trouver les artisans capables, préserver la beauté prête à disparaitre. Alex Kerr va vous permettre de découvrir le Japon ancien, sa calligraphie; la cérémonie du thé; le théâtre Kabuki, vestiges d’un temps passé.
Nostalgique de ce monde perdu, critique de la quête effrénée de modernité si destructrice du patrimoine culturel et naturel, Alex Kerr continue pourtant d'aimer le Japon de tout son être. « Ma mère m'a emmené un jour dans une boutique d'antiquités dans le quartier de Motomachi. J'observais avec émerveillement de vieux objets en porcelaine d'Imari, que l'on sortait avec grande précaution de leur emballage de paille. À cette vue, j'ai ressenti une fascination indescriptible. C’est à ce moment-là que je suis tombé amoureux du Japon. »
Temple de Tenmangû
Il parle de sa vie au Japon, son travail pour des fondations, la recherche d’une maison plus proche de son travail, il trouve Kameoka une demeure dans un sanctuaire Tenmangû. Son savoir énorme à propos des objets anciens, de leur restauration : paravents, écrans, manuscrits.
Pour reboiser !! faire pousser des arbres sur des arbres
Il attire l’attention sur les pertes générées par le Japon d’aujourd’hui, par les désastres écologiques comme le déboisement brutal et catastrophique. Il dit qu’au Japon aucune ville, aucun village n’est préservé.
Son livre a surpris les japonais qui n’étaient guère intéressés par leur patrimoine. Japon Perdu a reçu en 1994 le prix Shincho Gatugei et fait d’Alex Kerr le premier étranger à recevoir ce prix, qui récompense chaque année la meilleure oeuvre de non fiction publiée au Japon.
Lire Japon perdu c’est entrer dans un monde fascinant, revivre un monde qui n’existe pratiquement plus, c’est faire provision de nostalgie. Je suis très attiré par le Japon mais guère par celui d’aujourd’hui, j’ai donc trouvé là mon bonheur.
Le Livre : Japon perduAlex Kerr - Traduit par Guillaume Villeneuve - Editions Nevicata 2020