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Poésie - Page 10

  • Bribes de poésie chinoise

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    Ni fleur ni brume

    Fleur. Est-ce une fleur ?

    Brume. Est-ce la brume ?

    Arrivant à minuit,

    S’en allant avant l’aube.

    Elle est là : douceur d’un printemps éphémère.

    Elle est partie : nuée du matin, nulle trace.

                        Po Chü-i

                                                

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    Pensée nocturne

    Devant mon lit clarté lunaire

    Est-ce du givre couvrant la terre ?

    Tête levée, je vois la lune ;

    Yeux baissés songe au sol natal.

                               Li Po

     

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    Le livre : Entre Fleuve et nuages Voix de poètes dans la chine d’hier et d’aujourd’hui - François Cheng - Editions Albin Michel

  • Vla le bon vent Vla l'joli vent

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    « C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde.
    De très grands vents en liesse par le monde, qui n’avaient d’aire ni de gîte…
    C’étaient de très grandes forces en croissance sur toutes les pistes de ce monde, et qui prenaient source plus haute qu’en nos chants… »

     

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    « Le vent sauvage de Novembre, le vent,
    L'avez-vous rencontré le vent,
    Au carrefour des trois cents routes,
    Criant de froid, soufflant d'ahan,
    L'avez-vous rencontré le vent,
    Celui des peurs et des déroutes ;
    L'avez-vous vu, cette nuit-là,
    Quand il jeta la lune à bas,
    Et que, n'en pouvant plus,
    Tous les villages vermoulus
    Criaient, comme des bêtes,
    Sous la tempête ?
    Sur la bruyère, infiniment,
    Voici le vent hurlant,
    Voici le vent cornant Novembre. »

     

    « Avec le vent de l'est, écoutez-le vouloir

    Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
    Avec le vent du nord, écoutez-le craquer

    Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé
    Quand le vent est au sud, écoutez-le chanter »

     

     

    Les sources :

    Vents - Saint John Perse - Editions Gallimard 
    Le vent - Emile Verhaeren 
    Le Plat pays - Jacques Brel 

     

  • Ecrits de nature tome 1 et 2 - Alexis Gloaguen

    Observateur de la nature et poète voilà un auteur fait pour moi. Son oeuvre sera rassemblée en trois tomes chez Maurice Nadeau, à ce jour seuls les deux premiers sont sortis. 

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    Baie d'Audierne

    Les deux livres sont constitués d’écrits invitant au voyage : Cornouailles, Ecosse ou Pays de Galles, Vannes ou la Baie d’Audierne. Le troisième tome qui devrait nous emporter à Saint Pierre et Miquelon.

    J’ai erré tout l’été en sa compagnie, ce sont des textes qui défient le temps, la géographie, la poésie car c’est un mélange des trois. 
    Alexis Gloaguen nous promène dans des friches, des mines abandonnées, des écluses ou estuaires, des marais, des sentiers cachés à l’oeil du passant ordinaire. 

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    Ecluse bretonne

    Sa relation aux lieux, aux plantes, aux insectes est toute personnelle, elle est irriguée de poésie, on s’immerge dans des marais salants, on se fait pêcheur d’oiseaux, observateurs de libellules, la nature sauvage nous est donnée, offerte

    Un monde sauvage de vent et de pluie avec en arrière fond les connaissances de l’entomologiste :

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    « Voir la danse de l’æschne bleue au-dessus d’un étang forestier peut donner l’approximation rapide de l’éternité. Oblique, elle gobe les moucherons et semble téter le ciel. Imprévisible, elle va du sommet des chênes au col des joncs en passant par les ramures basses des saules. Elle vire et roule en quête d’une image mentale sur laquelle soudain ressortent les proies. Sa rapidité presque sans limites n’autorise que les plus prompts des oiseaux, et les moins réticents aux pirouettes aériennes, à la capturer en vol. »

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    Du botaniste :

    « À mes pieds vibre une hampe de ciguë de l’année passée. Elle est sèche, marquée par les trous que les insectes de l’hiver y ont faits pour s’abriter. De ce cylindre cloisonné, qu’ils ont bouché puis rouvert au printemps, il reste aujourd’hui la longue archéologie d’un train vertical. » 

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    De l’ornithologue

    « Lors du vol migratoire, l’oie de tête, source d’ondes aériennes qui aident les suivantes et les orientent, est fréquemment relayée. Et lorsque la troupe s’alimente au bord des rives, chaque oiseau veille à son tour, laissant les autres tamiser la vase au filtre sensible de leurs becs, chicaner pour des raisons mystérieuses, émettre leurs cris tragi-comiques, se lisser les plumes, osciller sur le clapot. »

     

    J’ai aimé le côté contemplatif mais aussi crapahuteur de l’auteur. J’ai aimé le rythme de l’écriture, la passion du vent, des paysages, d’une nature en train hélas de disparaitre « C’est pour moi une source perpétuelle d’inspiration… C’est la montagne, l’estuaire, les oiseaux qui écrivent. »

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    Si vous êtes lecteur des Souvenirs entomologiques ou de Walden vous êtes prêts pour explorer la nature d’Alexis Gloaguen 

    Les photos de Rémy Basque et les dessins de Jean-Pierre Delapré illustrent parfaitement les textes.

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    Les Livres : Ecrits de Nature Tome 1 et 2 - Alexis Gloaguen - Editions Maurice Nadeau

     

  • Un temps d'hiver pour noël

    Les anges la neige et le poète 

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    Les anges les anges dans le ciel

    L’un est vêtu en officier

    L’un est vêtu en cuisinier

    Et les autres chantent

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    Bel officier couleur du ciel

    Le doux printemps longtemps après Noël

    Te médaillera d’un beau soleil

    D’un beau soleil

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    Le cuisinier plume les oies

    Ah ! tombe neige

    Tombe et que n’ai-je

    Ma bien-aimée entre mes bras

     

    Le livre : Alcools - Guillaume Appolinaire

  • Le noël des animaux

    Le noel des animaux 

     

    On dit qu’à Noël, dans les étables, à minuit,

    l’âne et le bœuf, dans l’ombre pieuse, causent.

    Je le crois. Pourquoi pas ? Alors, la nuit grésille :

    les étoiles font un reposoir et sont des roses.

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    Entre le boeuf et l'âne gris 

    L’âne et le bœuf ont ce secret pendant l’année.

    On ne s’en douterait pas. Mais, moi, je sais qu’ils ont

    un grand mystère sous leurs humbles fronts.

    Leurs yeux et les miens savent très bien se parler.

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    Ils sont les amis des grandes prairies luisantes

    où des lins minces, aux fleurs en ciel bleu, tremblent

    auprès des marguerites pour qui c’est dimanche

    tous les jours puisqu’elles ont des robes blanches.

     

    Ils sont les amis des grillons aux grosses têtes

    qui chantent une sorte de petite messe

    délicieuse dont les boutons d’or sont les clochettes

    et les fleurs des trèfles les admirables cierges.

     

    L’âne et le bœuf ne disent rien de tout cela

    parce qu’ils ont une grande simplicité

    et qu’ils savent bien que toutes les vérités

    ne sont pas bonnes à dire. Bien loin de là.

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    Mais moi, lorsque l’Été, les piquantes abeilles

    volent comme de petits morceaux de soleil,

    je plains le petit âne et je veux qu’on lui mette

    de petits pantalons en étoffe grossière.

     

    Et je veux que le bœuf qui, aussi, parle au Bon Dieu,

    ait, entre ses cornes, un bouquet frais de fougères

    qui préserve sa pauvre tête douloureuse

    de l’horrible chaleur qui lui donne la fièvre.

     

    Le Livre : De l’angelus à l’aube à l’angélus du soir  - Francis Jammes 

  • Quand le poète se mêle des traditions

    Quand le poète se mêle de traditions

     

    Il était trois petits enfants

    Qui s’en allaient glaner aux champs.

     

    S’en vont au soir chez un boucher.

    « Boucher, voudrais-tu nous loger ?

    Entrez, entrez, petits enfants,

    Il y a de la place assurément. »

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    Ils n’étaient pas sitôt entrés,

    Que le boucher les a tués,

    Les a coupés en petits morceaux,

    Mis au saloir comme pourceaux.

     

    Saint Nicolas au bout d’sept ans,

    Saint Nicolas vint dans ce champ.

    Il s’en alla chez le boucher :

    « Boucher, voudrais-tu me loger ? »

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    « Entrez, entrez, saint Nicolas,

    Il y a d’la place, il n’en manque pas. »

    Il n’était pas sitôt entré,

    Qu’il a demandé à souper.

     

    « Voulez-vous un morceau d’jambon ?

    Je n’en veux pas, il n’est pas bon.

    Voulez-vous un morceau de veau ?

    Je n’en veux pas, il n’est pas beau !

     

    Du p’tit salé je veux avoir,

    Qu’il y a sept ans qu’est dans l’saloir.

    Quand le boucher entendit cela,

    Hors de sa porte il s’enfuya.

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    « Boucher, boucher, ne t’enfuis pas,

    Repens-toi, Dieu te pardonn’ra. »

    Saint Nicolas posa trois doigts.

    Dessus le bord de ce saloir :

    Le premier dit : « J’ai bien dormi ! »

    Le second dit : « Et moi aussi ! »

    Et le troisième répondit :

    « Je croyais être en paradis ! »

     

     

    Le livre : Les filles de feu - Gérard de Nerval