28.10.2011

Pause automnale

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25.10.2011

Repas de morts - Dimitri Bortnikov

L'âme Russe  - Episode 3

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Après deux géants des lettres russes, Pouchkine et Soljenitsyne, je voulais faire un billet sur un auteur russe contemporain.
J’ai hésité entre deux auteurs Vladimir Sorokine qui m’avait estomaqué avec Roman et qui m’a énormément plu avec  Tourmente son dernier roman chez Verdier mais je prends le risque de vous parler d’un auteur inconnu, ahurissant, russe mais écrivant en français et auteur d’un petit livre tout à fait stupéfiant.
Tout au long de ma lecture j’ai hésité, j’ai été tentée de fermer ce livre :  illisible  mais toujours je l’ai rouvert pour rattraper cet auteur sur sa route vers les steppes et le passé.

Premier avertissement les premières pages peuvent rebuter, mais allez y continuez cela vaut la peine
Un retour vers le passé et la famille : 
la mère rongée par la culpabilité liée à son métier, elle a avorté des femmes et voit dans ses cauchemars les âmes des enfants jamais nés « Elle était faite pour soigner les morts. Son chef c’était la mort (...) et elle attendait que la mort vienne la soigner. »

L’auteur nous invite à un  bal des revenants  : le grand-père alcoolique qui a fait deux guerres « dans les forêts de Finlande »  la grand-mère babouchka bienveillante « toi Babania ...Toi ma vieille vielle grand-mère. Tant de gens ne savent pas que tu as vécu. »
Le père violent et autour d’eux la steppe « dans la steppe en hiver - l’agonie. Dans ce blanc - l’agonie. »

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Babania ....Je vois notre cour .......


Tout vient s’entrechoquer : les saisons, lArctique, les amis, la prison, la guerre et par là-dessus la poésie plane « Et puis l’odeur du coucher de soleil. L’odeur du soleil endormi. Et l’herbe presque bleue. »

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La mer de Laptev


On perçoit dans les phrases haletantes les cris de douleur jusqu’à l’intolérable, la rage absolue, les mots  vidés de leur sens, et l’on se sent tanguer à la lecture de ce texte qui interpelle chacun

« Toute la vie on cherche... Quelqu'un. Qui nous vivra après. Qui après notre mort recueillera notre âme. Quelqu'un devant qui t'as pas honte de crever. Quelqu'un à qui tu feras confiance quand il te murmurera - t'es mort. »

A ce repas de funérailles nous sommes convié comme à une descente en enfer. C’est comme s’inviter à l’intérieur d’un tableau de Jérôme Bosch.

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L'enfer - Jérôme Bosch

Un écrivain qui crache, qui vomit les mots, un récit autobiographique aux antipodes des textes nombrilistes, Dimitri Bortnikov torture notre langue, il invente avec lyrisme, il nous choque au point de ne pas pouvoir oublier sa prose fascinante.
A lui plus qu’à tout autre on peut appliquer les mots de Kafka :
« Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous » à cela je laisse répondre Bortnikov  « Deux ans de pôle Nord. Deux ans sur les rives du Styx glacé. Blanc à perdre la vue. Glaces…Je transe. »


Lisez ce livre difficile d’accès certes mais dont la libre écriture explose ligne après ligne, Bortnikov l’insoumis qui nous emporte de la Steppe glaciale à un Paris de solitude dans un long monologue.

Le livre : Repas de morts - Dimitri Bortnikov - Editions Allia

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L'auteur : Né en 1968 en Russie, l’auteur est installé en France depuis 2000 et écrit pour la première fois en français.

21.10.2011

Alexandre Soljenitsyne Le courage d'écrire

L’ âme Russe - Episode 2 Dans les pas d'un géant

« A tous ceux à qui la vie a manqué pour raconter cette histoire »

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J’ai eu envie d’intituler ce billet dans les pas d’un géant  car « Des millions de lecteurs ont eu leur vie accompagnée par Alexandre Soljenitsyne »

Une exposition et un livre consacré au géant de la littérature russe, de la littérature du Goulag. Pour une fois l’expo n’est pas parisienne mais Genevoise, Lyon Genève 1H30 de route qui hésiterais ?
Septembre est magnifique et ce fut un plaisir de découvrir la Fondation Bodmer dominant le lac Léman.

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La Fondation Bodmer Cologny

La Suisse qui accueillit Soljenitsyne en 1974 chassé d’URSS.
Je dois dire que j’avais une petite appréhension car une expo de peintures c’est une évidence, une expo autour d’un écrivain je craignais un peu la sécheresse ou la mise en valeur d’objets sans intérêt et peut-être l’ennui.
Combien de fois lisant Chalamov et ses Récits de la Kolyma j’ai eu l’envie de rencontrer l’homme, de l’entendre parler de son expérience, ici grâce à la qualité de l’exposition on entend Soljenitsyne.
C’est une exposition tout à fait impressionnante et fascinante consacré à un monument de la littérature du XX ème siècle et sans doute à son plus grand écrivain.
J’ai eu l’envie d’en garder la trace, le souvenir à travers le livre édité à cette occasion.
Quand je publierai ce billet l’expo sera fermée mais vous pourrez vous tourner vers le livre qui est lui-même un événement.

Le titre du livre d’abord  Le courage d’écrire  et le préambule écrit par C Méla directeur de la fondation qui dit dans la préface
« Soljenitsyne a mené une lutte clandestine, puis ouverte, au nom de la vérité, pour révéler au monde une entreprise de servitude sans précédent » justifiant ainsi immédiatement le titr
e
Le livre/catalogue est réalisé par Georges Nivat que tout lecteur amateur de littérature Russe connaît. Il est professeur honoraire à l'université de Genève et commissaire de l’exposition, ses liens personnels et amicaux avec Soljenitsyne ont permis la réalisation et la réussite de l’ensemble.

J’ai été fasciné dans l’exposition par les  textes inconnu, les articles de journaux, les objets, les lettres, les manuscrits dont certains étaient parmi les fameux samizdat imprimés ou copiés clandestinement. J’ai ressenti de la ferveur, de l’admiration et de la stupéfaction devant l’ampleur du travail d’un homme, travail réalisé sous le joug permanent de la peur. On retrouve tout cela dans le livre.

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Le Zek matricule CHth-854

Le livre permet cette découverte avec les fac-similés des feuillets, 466 feuillets autographes de l’Archipel du Goulag dont le manuscrit est resté enfoui en Estonie Le livre qui  est venu réveiller la conscience de l’occident sur la réalité du Goulag.
Tout est magnifique et émouvant dans ce livre, les photos de Soljenitsyne portant sa veste de Zek , les bouts de crayons qui ont tracé les mots de son oeuvre, des objets personnels issus de sa maison de Troïtse-Lykovo. Les souvenirs des années de labeur, des années d’exil  à Cavendish et du temps du retour.

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Ce livre qui raconte une destinée d’écrivain est magnifique, j’ai découvert la gestation de la Roue rouge qui se se veut la généalogie de la révolution russe, son explication, ses noeuds (une oeuvre qui me reste à lire).
Les efforts de l’écrivain pour maintenir en détention sa mémoire intacte sont particulièrement impressionnants. Les pages de Georges Nivat, pour éclairer chaque période, sont riches, les extraits nombreux et les photos toutes choisies avec soin.

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1998 le temps du retour  Photo : Grigory Dukor/ Reuters

J’ai croisé avec bonheur dans ce livre/catalogue : Nikita Struve l’éditeur de l’Archipel du Goulag, Claude Durand son agent littéraire pour le monde entier ; Bernard Pivot qui a donné à la France entière l’envie de lire Soljenitsyne et dont les entretiens sont aujourd’hui disponibles en DVD, les photos de Soljenitsyne instituteur ou recevant son Prix Nobel.

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Bernard Pivot reçoit Alexandre Soljénitsyne à Apostrophes
le 11 avril 1975.

Ce livre est un cadeau, cadeau pour nous lecteur, cadeau à faire. Lisez le, offrez le et faites lui une place dans votre bibliothèque.
 
Le livre : Alexandre Soljenitsyne Le courage d’écrire - Sous la direction de Georges Nivat - Editions des Syrtes
 

 

17.10.2011

Le Soleil d'Alexandre - André Markowicz

L’ âme Russe - Episode 1 La Conversation des poètes

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Révolte des décembristes, tableau peint par le peintre russe Vasili Timm (1820-1895).



Une lecture des poèmes de Pouchkine dans l’émission de Guillaume Gallienne « ça peut pas faire de mal » avait titillé ma curiosité.
le titre  flamboyant de ce livre  Le soleil d’Alexandre  était fait pour m’attirer.
La poésie de Pouchkine, celle que tous les russes se récitent sans se lasser était déjà d’un intérêt certain mais sous la plume d’André Markowicz c’est beaucoup plus que cela.

En 1825 le 14 décembre, la tentative désespérée de 200 aristocrates d’imposer une constitution au Tsar pour supprimer l’ignoble servage et mettre à bas l’absolutisme va de finir dans le sang, les procès, des exécutions, le bagne en Sibérie pour tous ces hommes.  « Une génération brisée » dit André Markowicz et c’est cette génération que l’on entend dans ce livre.

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Révolte des décembristes - Vasili Timm (1820-1895).


« Organisé autour de la voix de Pouchkine » ce poète qui est selon Tchekhov « comme l’air que l’on respire » le livre est une vaste fresque de la vie culturelle, intellectuelle, poétique ce cette Russie sous le joug.
Elle commence avec Radichtchev  condamné pour ses écrits par la Grande Catherine et qui revenu du bagne finira pas se suicider, il a laissé une élégie « La Mélancolie  passion des coeurs purs qu’un sort injuste oppresse »
En avançant et en déroulant la vie de Pouchkine ( 1802-1841) la liste des noms amis prend de l’ampleur, pour la plupart inconnus faute de traduction jusqu’à aujourd’hui.
Joukovski, Radichtchev, Batiouchkov, Delvig, Baratynski, Viazemsky..............

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                           Lermontov    Griboïedov (haut)  Karamzine

Pouchkine est le fil lumineux qui éclaire cette époque. Il est le centre des conversations qu’entretiennent tous ces hommes, dans leurs rencontres mais plus encore dans leurs oeuvres.
Ils chantent leur jeunesse, la guerre contre Napoléon, les amis morts. Ils traduisent la poésie étrangère. Ils sont  surveillés, épiés, traqués parfois. Tous subiront peu ou prou le terrible poids de la répression tsariste, écoutez Pouchkine dans un magnifique A Ovide dire la souffrance de l’exil, de la condamnation inique et l’espoir du pardon :


.. l’isolement, l’abandon et l’oubli,
Tu n’entends plus les sons de ta langue natale,
Vers tes lointains amis ta complainte s’exhale
(...) Adoucissez la main qui châtie même juste....

 
Ils ont une même vision du destin de la Russie, de la littérature, un même amour de la poésie et malgré les dangers, les deuils, les séparations

« Tous ces hommes, tout au long de leur vie, se fréquentent, échanges, s’écrivent, écrivent en fonction les uns des autres, entretiennent une conversation destinée à devenir la base même de la culture russe »

L’admiration d’André Markowicz pour Pouchkine transparaît tout au long des pages, cet exceptionnel traducteur réalise ici un pari impossible, rassembler et traduire tous ces poètes inconnus en France, nous donner à comprendre cette période bouillonnante.
Les pages de poèmes, d’apports biographiques alternent, Pouchkine au Caucase par exemple :

« Si Pouchkine n’avait écrit, de toute sa vie, que ce qu’il a écrit au cours de ces trois mois d’isolement fiévreux, il serait déjà l’écrivain le plus important de son siècle en Russie » dit André Markowicz !

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Le duel de Pouchkine - Alexandre Avvakmovich Naumov

 

Ce  « Soleil d’Alexandre » titre que Markowicz emprunte à un autre poète : Ossip Mandelstam, brille de mille feux. La parole au poète pour terminer :


....N’avoir pour maître que soi seul ; être en repos, devoir
Ne contenter que soi ; pour quelque honneur infâme
Ne rien devoir courber, le cou, les rêves, l’âme ;
Selon sa fantaisie, vagabonder, errer,
Admirer la nature en sa splendeur sacrée,
Et frissonner de joie, plein de larmes sereines,
Devant la création de la pensée humaine........


Le livre : Le Soleil d'Alexandre - André Markowicz - Editions Actes Sud 2011


13.10.2011

En la forêt de longue attente - Hella Haasse

En remontant les siècles : an 1394...

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Après un concile vengeur, une reine au pied trop grand, voici le prince poète.
Comme pour la troisième fois je vous embarque dans un roman historique il est juste que je vous donne un coup de pouce. Je vais jouer le Petit Mourre

La méchante Isabeau de Bavière qui livre la France aux anglais, les Armagnacs et les Bourguigons, Azincourt et Henry V et bien entendu la Pucelle d’Orléans...Vous y êtes ? mais si ...cent ans...la fameuse guerre ....Ah je vois votre oeil s’éclairer, suivez moi.

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                                         Isabeau entrant dans Paris par Jean Fouquet

1394 le XV ème siècle va s’ouvrir. c’est la date de naissance de Charles d’Orléans prince des poètes et roi de la mélancolie. Vous me direz que vient-il faire ici ? Et bien sa vie est totalement liée à cette fameuse guerre de cent ans.

Par son père d’abord Louis d’Orléans, poète lui même, grand séducteur devant l’éternel et soucieux du bon état du royaume de France qui est hélas aux mains de son frère Charles VI atteint de démence, c’est de fait sa femme qui gouverne la fameuse Isabeau dont Louis fera sa maîtresse pour le bien du royaume bien entendu.

Vous l’avez compris ce n’est pas l’enfance de tout le monde. Heureusement pour Charles d’Orléans sa mère Valentine Visconti, l’aime et le soutient, avec elle il explore le monde de la musique, des livres et des poètes.

Cette mère toute d’amour est pourtant accusée de vouloir la mort du roi et est donc renvoyée sur ses terres loin de la cour. Lorsqu’elle meurt Charles a douze ans et le voilà propulsé à la tête de la famille d’Orléans.

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Il partage ses jeux avec son demi frère Dunois, un rien bâtard mais promis à un bel avenir comme compagnon d’armes de Jeanne d’Arc !
On lui trouve une épouse, elle a déjà un long parcours puisque mariée au roi d’Angleterre, Isabelle est aujourd’hui une toute jeune veuve et mourra très jeune en donnant à Charles une fille.


Une époque difficile toute de combats perdus, de serments non tenus, de traîtrise. Les temps où la noblesse française ne luttait pas pour le bien du royaume mais pour augmenter ses possessions, enrichir ses domaines !
Que peut faire dans ce milieu un jeune homme épris de poésie, de douceur et de calme ? Qui rêve de troubadours et de trouvères et qui doit prendre les armes contre son gré ?
Il erre dans cette « Forêt de longue attente » qu’en son temps son père déjà avait arpentée. Un lieu imaginaire qui le tient à l’abri de la violence, des guerres civiles et de la mort.
Mais l’histoire le rattrape et lors de la bataille d’Azincourt il est fait prisonnier. Prisonnier il le restera 25 ans ! otage attendant le paiement d’un rançon que personne n’est pressé de payer.

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Henry V à Azincourt (Lawrence Olivier)

Pendant toutes ces années la poésie sera sa fidèle compagne. « En regardant vers le pays de France »  une poésie qui porte le souvenir de ce prince jusqu’à aujourd’hui, une oeuvre véritable née dans les geôles anglaises.

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La tour de Londres - British Muséum

Si vous voulez cheminer aux côtés de ce prince poète suivez Hella Haasse, elle restitue à merveille la dureté de l’époque. Elle retrace avec un talent fou la vie de ce prince né à Amboise et mort à Blois qui dut se dépouiller de tous ses biens pour retrouver la liberté.
Qui fut toujours du côté des plus humbles, qui croisa François Villon et ses « frères humains » et qui arpente encore cette forêt de longue attente.

Un grand roman historique, magnifiquement écrit et traduit, un roman riche et ample qui prendra place dans votre bibliothèque.

L'avis de ClaudiaLucia et son billet où vous trouverez une galerie de portraits

Le livre :  En la forêt de longue attente - Hella S. Haasse - Traduit du néerlandais par Anne Marie de Both -Diez -  Editions du Seuil 1991 ou Points Seuil
Les poèmes de Charles d’Orléans Gallimard Poésie


Quelques poèmes de Charles d’Orléans

En la forêt de Longue Attente
Chevauchant par divers sentiers
M'en vais, cette année présente,
Au voyage de Desiriers.
Devant sont allés mes fourriers
Pour appareiller mon logis
En la cité de Destinée ;
Et pour mon coeur et moi ont pris
L'hôtellerie de Pensée.

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Les très riches heures du Duc de Berry



    Le temps a laissé son manteau
    De vent, de froidure et de pluie
    Et s'est vêtu de broderie,
    De soleil luisant, clair et beau.

    Il n'y a bête ni oiseau,
    Qu'en son jargon ne chante ou crie:
    "Le temps a laissé son manteau!"
    De vent, de froidure et de pluie

    Rivière, fontaine et ruisseau
    Portent en livrée jolie,
    Gouttes d'argent, d'orfèvrerie,
    Chacun s'habille de nouveau
    Le temps a laissé son manteau.

09.10.2011

Berthe au grand pied - Martina Kempff

En remontant les siècles : an 741

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Bertrade ou Berthe de Laon dite Berthe au Grand Pied
Le jardin du Luxembourg - Paris - France

Amateurs de romans historiques vous avez tapé à la bonne porte!
Avant l’an mil les rois occupaient les chroniques qui se transmettaient de bouche à oreille, viols, mariages, adultères étaient (déjà) très à la mode.
Saviez vous que la mère du grand Charlemagne eut une jeunesse quelque peu aventureuse. Mais au fait la mère de Charlemagne vous la remettez ? Berthe ! Berthe au grand pied.
D’ailleurs ce n’est pas vraiment son nom, si on veut être exact c’est de Bertrade de Laon qu’il va s’agir ici.
En plein VIII ème  siècle, au temps des maires du palais, des luttes fratricides pour le pouvoir.

Sa voie est toute tracée, elle doit épouser Pépin le Bref, les unions de l’époque avaient peu avoir avec les sentiments mais tout à voir avec le tracé des frontières, l’accroissement des domaines, le maintien ou la naissance des dynasties.



C’est à ce moment qu’intervient Martina Kempff.
Bertrade à qui l’on a promis qu’elle serait un jour « épouse et mère de rois » est pour le moment victime d’un complot ourdi par Liutberga sa sœur de lait. Evincée, contrainte de prendre la fuite, Bertrade trouve refuge auprès de Bertrade l’Ancienne son aïeule. Elle vit à ses côtés à l’abbaye de Prüm.

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Abbaye de Prüm dans le Palatinat allemand

Le roman nous raconte sa survie auprès des plus humbles où elle va apprendre l'art de guérisseuse, son parcours de l’abbaye au lit de Pépin le Bref, sa conquête du pouvoir. Son ambition est non seulement de reconquérir sa place mais de faire couronner Pépin roi des Francs. Elle a appris auprès de son aïeule à diriger une abbaye, elle va mettre son savoir au service de la couronne.

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Sacre de Pépin le Bref par le pape Etienne III à Saint Denis, François DUBOIS

Musée National du château et des Trianons de Versailles.

L’époque est rude, trahisons, batailles, meurtres, luttes fratricides, négociations diplomatique, la dynastie carolingienne est en train de naître, l’Empire d’occident prend forme.
Un roman très réussi qui allie la savoir faire de conteuse de Martina Kempff et la réalité historique dont l’auteur remplit les blancs avec une grande habileté.
Bertrade apparaît comme une femme avide de pouvoir et pleine d’amour pour ses enfants, sachant faire preuve de diplomatie, de ruse et douée d’une vitalité extraordinaire. Discutant d’égal à égal avec les rois ou les papes, participant aux tractations politiques de l’époque.
Quel portrait attachant et flamboyant de cette femme qui fut sans doute une grande reine.

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Martina Kempff tient le pari d’allier histoire et roman de la plus belle façon qui soit; elle a publié plusieurs autres romans historiques, j’espère que les éditions Actes Sud  nous donnerons les traductions.

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Le Livre : Berthe au grand pied - Martina Kempff -  Traduit de l'allemand par Claude-Cyrille Laurent - Editions Actes Sud

L’auteur : Martina Kempff, journaliste allemande, a publié son premier roman historique en 1988. Depuis elle a publié de nombreux romans historiques dont des policiers.   


05.10.2011

Le Concile des maudits - Peter Tremayne

En remontant les siècles  an 670, an 741, an 1394...............

 

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Dans la série des bons polars historiques cela vaut la peine de faire connaissance avec soeur Fidelma et frère Eadulf.
Un couple marié au temps où l’Eglise n’avait pas encore imposé le célibat ! Ces deux là s’aiment, sont complices, et appliquent la loi de l’égalité des sexes, avouez qu’ils ont tout pour être sympathiques !
Un polar qui se situe avant que le Vatican soit le Vatican , à l’époque où les différentes Eglises tentaient de garder une indépendance vis à vis de Rome.

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En 670 un concile se prépare à Autun, tous les chefs des Eglises européennes et particulièrement les représentants des Eglises Celtiques (déjà l’Europe) doivent se réunir et débattre de grands problèmes théologiques.

Nos deux héros sont invités en Bourgogne comme conseillers juridiques.
Les chefs des délégations n’en sont pas moins des hommes aussi la première journée est-elle  marquée par des conflits, jeux d’influence, inimitié, deux représentants en viennent aux mains. Sacrés moines !
Le lendemain c’est un meurtre qui est commis, doublé de la disparition curieuse d’une femme de la congrégation.

Soeur Fidelma a déjà joué le rôle d’enquêtrice auprès d’un évêque présent à Autun, aussi le couple se voit-il confier la mission de trouver le meurtrier. Pour se faire on leur attribue un statut particulier car dans ce monastère hommes et femmes sont séparés selon les nouvelles règles imposées par Rome.

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Quand l'Eglise se rassemble

L’intrigue va de rebondissement en rebondissement, disparitions mystérieuses, poison, portes déroblées, souterrains, tout y est pour rester accrocher à la robe de bure de Fidelma qui est pleine d’audace et sait faire entendre sa voix dans un monde d’hommes.
Le récit est fidèle à une certaine réalité historique et vous découvrirez comment le célibat des religieux devint à la mode.
Je n’avais jamais lu Peter Tremayne et je me suis bien amusée.

Tout savoir sur Fidelma (site en VO)

Le livre : Le concile des maudits - Peter Tremayne - Traduit par Hélène Prouteau -  Editions 10 /18

02.10.2011

Cent poèmes - Thomas Hardy

Cent poèmes  Thomas Hardy épisode 4

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Tout le monde connaît l’écrivain mais beaucoup moins le poète, faute de traduction disponible sans doute.
La parution de cette anthologie bilingue datant de 2008 est venue à point.
Les deux traducteurs sont enseignants en Suisse et c’est un éditeur Suisse qui permet cette parution.
Dans l’introduction les traducteurs font la longue liste des admirateurs du poète :  Virginia Woolf, D.H. Lawrence, W.H. Auden, Ted Hughes, Philip Larkin, Seamus Heaney, certains d’entre eux le considère comme un modèle.

Le poète plein d’empathie pour les expériences humaines, se fait chantre universel de l’homme, de ses rêves, des sa sensibilité.
On retrouve dans les poèmes des thèmes abordés dans les romans : généalogie, mémoire, tourment de l’homme révolté,  et tout l’amour de Thomas Hardy pour les landes et les forêts, les animaux "Les plus humbles créatures de Dieu! Eux connaissent des secrets de la Terre que moi, je ne connais pas"
Ils sont nombreux chez Thomas Hardy " Un faucheux, un papillon de nuit et un scarabée" ce sont des invités permanents " Mes hôtes barbouillent la ligne que je viens d’écrire"

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Thomas Hardy et sa seconde femme Florence

 

Des poèmes  hommages :  à son éditeur Leslie Stephen (père de Virginia Woolf) , à « La poussière de l’alouette que Shelley entendit » poème hommage à Gibbon dont il admire l’oeuvre.
Poèmes influencés par les poètes antiques, Ovide, Horace...

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La Voie Romaine s’avance droite et nue,
A travers la lande. Et des hommes pensifs
Opposent son Aujourd’hui à son Jadis


Sa femme Emma est à la source de plusieurs écrits celle qui « Ouvrit pour moi la route du Romanesque » et très souvent le thème de la maison où vivre :

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Je veux bâtir un manoir sans tarder.
Et l’orner de deux tourterelles,
Et d’un large escalier à pilastres,
Et d’un puits frais pour de l’eau cristalline;
Oui je vais bâtir un manoir sans tarder,
Planter des rosiers qui nourrirons l’amour,
Et des pommiers et des poiriers.


Les poèmes sont classés par thèmes : jeunesse, guerre, la mort, la méditation ....
L’anthologie est enrichie de repères biographiques et d’un cahier de photographies des lieux habités par Thomas Hardy et pour les amateurs le livre est accompagné d’un CD proposant une sélection de poèmes bilingues.

Le livre : Cent poèmes - Thomas Hardy - Choisis et traduits par Eric Christen et Françoise Baud - Editions de L’Aire

29.09.2011

Loin de la foule déchainée - Thomas Hardy

Autour d'un auteur  Thomas Hardy Episode 4

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