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A sauts et à gambades - Page 9

  • Le bal de Sceaux - Honoré de Balzac

    Les quiproquos amoureux sont légion en littérature, parfois la fin est heureuse, par exemple chez Jane Austen, mais parfois le récit prend une teinte plus sombre.

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    les guerres de Vendée

     Paul-Émile BoutignyMusée d'art et d'histoire de Cholet

    Sous la Restauration « Le comte de Fontaine, chef de l’une des plus anciennes familles du Poitou » tente de récupérer un peu de fortune, il a laissé tous ses biens au service de sa cause dans les guerres de Vendée. Il est presque ruiné.

    Le retour sur le trône de Louis XVIII après les Cent jours devrait lui valoir remerciements et honneurs mais hélas les têtes couronnées sont parfois bien oublieuses des services rendus. Si le Comte a retrouvé son rang il est malgré tout contraint de marier ses enfants hors de la noblesse. L’argent appartient désormais à la magistrature, à la finance, au commerce

     

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    Le Paris de la Restauration

    Emilie est la plus jeune de ses enfants, choyée flattée, elle est au centre de toutes les attentions de la famille.

    « Le luxe de Paris lui semblait tout aussi naturel que la richesse en fleurs ou en fruits, et que cette opulence champêtre qui firent le bonheur de ses premières années. »

    Elle est habituée « aux jouissances de la fortune, les recherches de la toilette, l’élégance des salons dorés et des équipages »

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    Cette jeune fille est pleine de morgue, elle méprise souverainement les roturiers, les marchands, les financiers, seule la noblesse trouve grâce à ses yeux. C’est le moment où la Pairie reprend du service et devient l’ ambition et le but des jeunes aristocrates.

    Elle est « assez belle pour avoir le droit de choisir parmi tous les princes du monde » elle aime l’éclat des fêtes, les dorures des salons.

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    Toilette de bal de l'époque

    Mais l’amour va en décider autrement et « ses parents allaient bientôt recueillir les fruits amers » de leur éducation nous avertit Balzac.

    Au bal de Sceau où elle est allée voir de près cette société qu’elle dédaigne, elle remarque un inconnu, elle remarqua « la finesse de son linge, la fraîcheur de ses gants de chevreau évidemment pris chez le bon faiseur, et la petitesse d’un pied bien chaussé dans une botte de peau d’Irlande.» bref il lui plait.

    Son oncle, le Comte de Kergarouët, un vieil amiral lui apprend le nom de l’inconnu : Maximilien Longueville. Est-ce l'élu de son coeur ?

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    Maximilien de Longueville peut être 

     

    Balzac n’est pas Jane Austen et le destin de ses personnages est beaucoup plus noir que ceux d’Elizabeth Benett et M Darcy. 

    Il y a une belle analyse de cette société qui après la Révolution et l’Empire tente de reconquérir ses privilèges perdus. L’argent, le goût du pouvoir sont toujours en première ligne. 

    J’ai beaucoup aimé cette nouvelle et je vous invite à mettre vos pas dans ceux de Balzac, tenue de soirée obligatoire. 

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    Le livre : Le bal de Sceaux - Honoré de Balzac - Edition numérique Arvensa

  • Bribes de critique

    On raconte que Balzac se trouvant un jour en face d’un beau tableau, un tableau d’hiver, tout mélancolique et chargé de frimas, clair-semé de cabanes et de paysans chétifs, — après avoir contemplé une maisonnette d’où montait une maigre fumée, s’écria : « Que c’est beau ! Mais que font-ils dans cette cabane ? à quoi pensent-ils ? quels sont leurs chagrins ? les récoltes ont-elles été bonnes ? ils ont sans doute des échéances à payer ? »

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    Barend Cornelis Koekkoek Paysage d'hiver

    Rira qui voudra de M. de Balzac. J’ignore quel est le peintre qui a eu l’honneur de faire vibrer, conjecturer et s’inquiéter l’âme du grand romancier, mais je pense qu’il nous a donné ainsi, avec son adorable naïveté, une excellente leçon de critique. Il m’arrivera souvent d’apprécier un tableau uniquement par la somme d’idées ou de rêveries qu’il apportera dans mon esprit.

     

    Le livre : Charles Baudelaire  Curiosités esthétiques

  • L'Invention de la nature - Andrea Wulf


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    Portrait par  FG Weitsch, 1806

    Cet homme a donné son nom à un courant marin, à des chaînes de montagnes, à un manchot, à une mer sur la lune, et même à un calmar géant. 

    Je vous livre en vrac quelques adjectifs et autres épithètes pour qualifier cet homme :

    Un visionnaire

    le grand scientifique des Lumières

    L'homme le plus célèbre de son temps

    Le plus grand homme depuis le déluge

    Et son influence fut telle que : 

    Ses livres sont dans la bibliothèque de Nemo sur le Nautilus

    Il inspira Walt Withman, Thoreau et John Muir 

    Darwin s'est embarqué sur le Beagle à cause de lui ……..

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    Si vous êtes tenté de faire connaissance avec Alexander von Humboldt, et je sens que vous l'êtes, en avant avec tous vos instruments de mesure, vos cartes, vos atlas numériques ou non et je vous promets un moment de lecture passionnant. 

    La biographie d'un tel homme c'est à la fois découvrir un naturaliste amoureux du monde vivant,  un explorateur intrépide,  un géographe arpenteur du monde, un touche à tout de génie.

    Il est l'inventeur de l'idée de nature telle qu'aujourd'hui nous la concevons.

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    Humboldt en Amazonie © Muséum d'Histoire Naturelle

    Il est né en Prusse en 1769, sa famille gravite autour de la famille royale et ses parents souhaitent pour lui un destin politique de grand commis de l'état. Mais Alexander a une passion : la science, tout en suivant une formation conforme au souhait de sa mère, il s'initie à la zoologie, la botanique, tout est bon à prendre. Il suit les cours à l'université de Göttingen, il fait des études de géologie et entreprend une carrière d'ingénieur des mines à laquelle il met fin à la mort de sa mère. 

    Libre de ses choix et en possession de son héritage il va se tourner vers sa passion.
    A partir de là sa vie donne le tournis. 

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    Humboldt et le français Aimé Bonpland par Edouard Ender

    Impossible de tout raconter ici mais sachez que Humblodt va gravir les Andes avec l'équipement de l'époque ! explorer les volcans parmi les plus hauts de la planète, naviguer sur l'Amazone et l'Orénoque,  explorer le Mexique. Traverser la Russie de bout en bout alors qu'une épidémie sévit.

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    Il escalade le Chimborazo 

    C'est Tintin avant l'heure cet homme, rien ne lui fait peur, rien ne l'abat et il a une puissance de travail fabuleuse. Il engrange tous les relevés possibles, il cueille toutes les plantes, il s'intéresse à la faune, il invente des instruments quand ceux qu'il a ne lui conviennent pas, et il remplit des carnets et des carnets de notes. 

    C'est un européen avant l'heure, il envoie à ses collègues anglais, français des récits de ses trouvailles, il aime partager, la science pour lui n'a pas de frontières. Il envoya des plantes à : Chateaubriand pour son domaine de La vallée aux loups.

    Ses ambitions furent freinées par les guerres napoléoniennes qui l'empêchèrent de circuler comme bon lui semblait. 

     

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    Savez-vous que nous lui devons la notion de zone climatique qu'il fut le premier à analyser, il alerta au retour de ses voyages sur les changements climatiques induits par l'homme, sur les ravages de la déforestation.

    Il fut le premier à établir des liens entre la météorologie, la géologie, la zoologie, bref à voir notre planète comme un tout, c'est le père de la notion d'écosystème

    Il étudia les courants, découvrit l'équateur magnétique.

    Il fit les premiers relevés des isothermes, les lignes de températures qui traversent les cartes météorologiques et il a inauguré une chaîne de stations à travers le monde pour mesurer le géomagnétisme.

    Il fut l'ami d'Arago, de Gay-Lussac, il correspondit avec tous les savants européens sur tous les sujets.

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    On rêve à imaginer ce qu'il aurait pu découvrir si les anglais lui avait permis d'explorer l'Asie et l'Inde en particulier, possibilité qui lui a toujours été refusée. Pourquoi ?

    Alexander Humblodt est un scientifique doublé d'un humaniste, il est viscéralement dès le début de son voyage, anti-colonialiste et anti-esclavagiste. 
    Il est un des premier à considérer les ravages du colonialisme en Amérique du Sud alors sous domination espagnole, on comprend mieux la crainte des anglais que cet homme aille dénoncer certains de leurs abus.

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    Doté d'un ambition énorme mais aussi d'une capacité à comprendre le monde qui l'entoure, Alexander Humboldt impressionna tous ceux qui croisèrent sa route.

    Il fut un ami de Goethe, l'hôte de Jefferson alors président avec lequel il ferrailla sur l'esclavage, il inspira Simon Bolivar dans sa conquête pour l'indépendance sans pour autant cautionner les excès de celui-ci. 

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    Mondialement célèbre on le trouve partout

    Voyageur, humaniste ET écrivain.

    Le manque d'argent et les contraintes politiques l'empêchèrent de faire plus de voyages aussi se consacra-t-il à l'écriture.

    Ses livres eurent un succès fulgurant, le récit de son voyage dans les Andes fut édité en  …34 volumes !!

    « Cosmos: une esquisse de la description physique de l'univers » son livre le plus célèbre fut traduit en de multiples langues et connut des tirages jamais atteints jusque là.
    Le scientifique sait se faire écrivain, ses livres ne sont exempts ni de lyrisme ni de poésie.

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    Impossible de tout dire dans ce billet mais qu'importe l'essentiel et de vous donner envie de découvrir cet homme.

    Andrea Wulf a choisi d'intercaler des chapitres sur les scientifiques ou philosophes que Humboldt a influencé, ainsi on retrouve Thoreau, Darwin, et les écologistes : Marsh et Muir 

    J'ai été fasciné par cet homme que son entourage avait bien de la peine à suivre, toujours en avance d'une idée, qui parlait à une vitesse extraordinaire, un homme à l'intelligence étincelante

    Je crois que je vais élire cette biographie Livre de l'année 2017 

     

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    Le livre : L'Invention de la nature - Andrea Wulf - Traduit par Florence Hertz - Editions Noir sur Blanc

     

  • Bribes de géographie


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    Si la terre était plate

    Cinq siècles après les navigateurs qui sillonnèrent deux océans, il fallut encore renoncer dans l’enfance à la représentation médiévale d’une terre posée à plat, comme sur ce tapis de salle à manger dont les motifs permettaient d’inventer des flores et des pays.

    Nous aussi nous avons imaginé des hommes la tête en bas quand nous avons appris que la terre était ronde ; et quand nous avons su qu’elle tournait sur elle-même nous avons été pris d’un léger vertige, à l’idée qu’il faudrait tenir debout sur cette toupie lancée à toute allure.

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    Le livre : L'autre hémisphère du temps - Gérard Macé - Editions Gallimard

  • Washington Square - Henry James

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    Tous les bienfaits de la relecture sont concentrés dans ce moment si excitant que celui où l’on rouvre un livre déjà deux fois lu en gardant la même impatience que la première fois.

    J’ai lu Washington Square une première fois à froid si je puis dire, je ne connaissais pas Henry James du tout et ce fut une découverte époustouflante, tant de finesse et de noirceur rassemblées ! 

    Puis une de mes filles l'a lu et là c’est tout le charme des échanges, le partage d’un plaisir.

    Et pour cette relecture j’ai vraiment pris mon temps, je me suis délectée, avançant en terrain connu et pourtant redécouvrant encore des passages oubliés.

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    Le New York d'Henry James

     

    L’histoire ? Au départ c’est une anecdote racontée à James par une actrice à propos de son frère, James transforme l’anecdote en un roman situé au XIXe siècle à New-York.

    Catherine Sloper a été élevé par son père praticien très respecté par la bonne société, elle a perdu sa mère très jeune, une mère adulée par le Dr Sloper. C’est Lavinia Penniman, sa tante, qui a assuré la présence féminine indispensable. 

    Autant sa mère était belle et avait non seulement « dix mille dollars de revenus » mais surtout « les yeux les plus charmants de l'île de Manhattan. », autant Catherine est terne, soumise, timide, pour tout dire banale. Lorsqu’elle rencontre Morris Townsend les antennes du père se mettent à vibrer et malgré les encouragements de Mrs Penniman et l’immédiate passion de Catherine pour ce beau jeune homme, Sloper n’est pas prêt à faire confiance à cet intrus et à le laisser disposer de la fortune de sa fille.

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    New York par William James Glackens

    Une histoire mille fois lue et mille fois racontée du séducteur intéressé mais l’art d’Henry James transforme cette banale histoire, chez James rien n’est jamais acquis, ni la naïveté d’une héroïne, ni la noirceur d’un prétendant, ni la sévérité d’un père. 

    Tout est en demi-teinte laissant toujours le lecteur un rien frustré. Catherine est naïve certes mais aussi résolue voire têtue, Townsend est intéressé certes mais il a des élans sincères, Mrs Penniman est plus bête que méchante et ne comprend pas qu’elle va être la cause d’un malheur.

    Les personnages se revèlent  chacun à leur façon incapables d’aimer et vont s’en trouver profondément affectés.

     

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    l'adaptation superbe avec Montgomery Clift et Olivia de Haviland 

     

    On retrouve ici la même dérision que chez Edith Wharton, le même cynisme vis à vis de cette société rompue à l’hypocrisie et critiquant sévèrement tout comportement qui sort un peu du moule.

    Le roman ne présente aucun suspense, ce qui fait sa force c’est la somptueuse analyse des sentiments, l’observation aigre-douce de cette société, l’ironie qui n’est jamais loin.

     

    Je me suis régalée mais Cléanthe aussi

     

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    Le livre : Washington Square dans Portrait de femme et autres récits - Henry James - Traduit par - Editions Gallimard Pléiade

     

  • Bribes de Victor Hugo

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    Lettre de Victor Hugo à sa femme, Bruxelles, 18 août 1837. BNF, Manuscrits
    © Bibliothèque nationale de France / Gallica

    « Un livre est un engrenage. Prenez garde à ces lignes noires sur du papier blanc ; ce sont des forces ; elles se combinent, se composent, se décomposent, entrent l'une dans l'autre, pivotent l'une sur l'autre, se dévident, se nouent, s'accouplent, travaillent.»

     

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    Le livre : L'Aquarium de la nuit - Victor Hugo - Editions Interférences