Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

A sauts et à gambades - Page 212

  • Hirbat- Hiza - S. Yizhar

    1948 indépendance d'Israël un écrivain s'interroge

    9782351760901FS.gif

    Un jeune soldat israélien participe aux opérations de regroupement et d’expulsion des populations qui jusqu’alors vivaient sur ces terres, cultivaient le sol et il commence ainsi son récit : « Il est temps de rompre le silence et d’exposer les faits ». Les jeunes soldats se sont vus fixer une mission, tout d’abord « se méfier de la perfidie des habitants » et aussi « isoler l’ennemi sur une colline » , ils combattent depuis des jours, certains sont épuisés, d’autres appréhendent les événements à venir.
    Lorsque le peloton entre dans les villages ils trouvent des maisons abandonnées « la rumeur et la peur avaient porté leurs fruits » , les quelques arabes encore présents sont terrifiés.

    al nacqba.jpg

    Le peloton détruit les biens des villageois, expulse femmes et enfants « avec fermeté mais sans débordement ni dérapages » du moins ce sont les ordres reçus. Car en fait  moqueries, humiliations, coups rien n’est épargné aux derniers occupants composés essentiellement de vieillards, de femmes, de bébés. Des hommes et des femmes qui passeront des années dans de camps de fortune.

    camps 1948.jpg

    Camp de réfugiés palestinien, 1948 (photo UNRWA)

    Et S.Yizhar nous fait entrer dans la tête des membres de ce peloton, ceux qui sont effrayés par les ordres, qui éprouvent remords et culpabilité et ceux qui aveuglés par la haine sont près à invectiver, terroriser, tuer sans s'interroger.
    Après son passage dans le village d’Hirbat Hiza l’armée laisse un village déserté où pourront venir s’installer dans quelques jours des colons israéliens.

    Palestine-Village-1945-1.jpg

    Un village en 1945

    Et pourtant la terre palestinienne et la terre israélienne se ressemble, c’est toute la beauté des paysages de cette terre que l’auteur  parvient à nous restituer «  la vallée se dévoila soudainement à nous. Elle était baignée de la lumière limpide de ces matins hivernaux aux reflets bleutés qui deviennent presque dorés à mesure que le soleil inonde la terre et révèle une palette infinie de teintes, entre le vert et l’ocre, autant de taches riantes et généreuses, de bandes formant les champs, de sinuosités que décrivent des sentiers : tout un riche tapis subtilement tissé par des générations de paysans. »

    2_Vallee_jourdain_a_Magdal_Beni_Fadil_-_bill_Dienst.jpg

    En 1949 350 000 Palestiniens  prennent la route de l'exode, fuyant les combats ou expulsés des zones contrôlées ou conquises par Israël. Exode, diaspora, un vocabulaire qui sonne d’étrange façon lorsqu’il s’agit d’un  peuple victime lui même et qui l’impose à un autre peuple.
    Ecrit en 1949 ce texte n’a rien perdu de sa force, de sa vérité et bien que l’auteur ait été qualifié de traitre à l’époque, on peut estimer qu’ « Il y a un lien direct entre Hirbat-Hiza et les mouvements pacifistes d’aujourd’hui, constitués d’êtres humains ordinaires qui refusent, quelles que soient les circonstances, de prêter la main à l’injustice. » Voici les paroles de David Shulman qui écrit la postface à cette édition et qui milite lui aussi dans les mouvements pacifistes.
    J’ai lu ce livre après ma lecture de  Naguère en Palestine, c’est Miriam qui m’a offert cette référence, car il s’agit bien là d’un cadeau.
    A mon tour je vous l’offre pour qu’il prenne place dans votre bibliothèque.

    Des avis sur ce livre
    « Passer à côté de ce livre très intelligemment édité par Galaade serait une erreur capitale » dit Miriam
    « Yizhar était un grand écrivain. Peut-être le plus grand des écrivains du jeune État d’Israël. » – Shimon Peres
    « Le récit de S.Yizhar s'offre avec l'évidence et la simplicité des chefs-d'oeuvre. »  Livres Hebdo
    « Des années après les événements tragiques qu’il décrit, Hirbat-Hiza continue à déranger par son à-propos. » The Times Literary Supplement


    Le livre : Hirbat-Hiza - S Yizhar - Traduit de l'hébreu par Laurent Shuman - Editions Galaade 2010

    L’auteur
    yizhar.jpgSon nom est yizhar Smilansky, il est né en Israël en 1916 dans une famille d’émigrants russes. Combattant en 1948 il entre en politique aux côté de David Ben Gourion et occupe un siège à la Knesset pendants 17 années.
    Professeur de littérature à l’université de Tel Aviv il a publié trente romans et essais. Lauréat de nombreux prix il est considéré comme un des plus grands écrivains israéliens. ( source l’éditeur)



  • Printemps des poètes Infinis paysages des flandres

    Les "Infinis paysages" des Flandres

     

    62516055_p.jpg

     

     

     

    Le canal s’en allait
    Ainsi depuis des ans.
    Où donc s’en allait-il
    Au pas lent d’un mule

    jongkind-johan-barthold-pr-s-de-delft.jpg

    Johan Barthold Jongkind

     

    Ou bien au pas tranquille
    D’un homme satisfait
    En traînant ses chalands
    Sous le ciel nonchalant ?

     

    168_prodvisuel.jpg

    Canaux des Flandres

     

    Il ne le savait pas
    Il allait pour aller
    Il s’arrêtait parfois,
    Surpris, au bord d’un pré


    Le livre
    Du ciel dans l’eau - Maurice Carême - Editions l’Age d’homme

  • Le Printemps des poètes au nord

    Les Infinis paysages du nord

     

    Vignette-rectangle-petit.jpg

     


    Première neige

    L’air est froid et immobile.
    Là-haut, planant, le faucon en chasse.
    L’approche des jours d’hiver.

     

    harfangdesneigesmirabel160106pb.jpg

     

    Tranquille, chaque maison devient un point fixe,
    Tourne son mur contre le froid.
    Sauvage, le nuage de neige éclate.

     

    petite-maison-immeubles-maisons-c38bc0T650.jpg

     

    On voit bientôt les premières traces
    sur notre cour blanchie.
    L’hiver est arrivé au Nord.

     

    Le livre : Lisières du givre - Tarjei Vesaas - Editions Grègres

  • Correspondance - Virginia Woolf Vita Sackville West


    Deux femmes d’exception...........

     

    woolf604.jpg

    Virginia Woolf    Vita Sackville-West

    Vingt ans de correspondance, entamée en 1923, elle ne s’achève qu’avec la mort de V Woolf.
    Une correspondance qui séduit en raison de la personnalité des deux femmes mais plus encore par le style des lettres, chacun connaît l’art de Virginia Woolf mais le style des lettres de Vita est une surprise, il est magnifique, enlevé, brillant, éclatant. Vita aime la vie, le jeu, les plaisirs et les voyages, ne s’embarrasse pas de fidélité.
    Quand elles font connaissance Virginia a atteint une certaine notoriété, elle a déjà écrit trois romans et déjà fait face à trois crise d’aliénation mentale,  Vita est en train de devenir un auteur à succès et a déjà publié roman et surtout de la poésie.
    Ce n’est qu’en 1925 que commence réellement leur liaison, Vita est impressionnée par la publication de Mrs Dalloway et Virginia sort d’une période d’épuisantes migraines.

     

    monks.gif

    Monk's House

    De badin le ton des lettres prend une tournure amoureuse puis le ton de la passion. Temps béni vite interrompu par le départ de Vita pour Téhéran où elle doit rejoindre son diplomate de mari, du coup la passion fuse dans les lettres, les mots tendres, mais aussi les affres de la jalousie.   
    La séparation est plus douloureuse pour Virginia, et les voyages donnent à Vita l’occasion de lettres drôles, alertes, vivantes, elle sait décrire à merveille les lieux traversés, les personnages rencontrés.
    Virginia que l’on attend plus réservée sait se défaire du carcan des moeurs de l’époque et fait preuve d’audace épistolaire surprenante
    L’une a besoin de protéger, l’autre a besoin de l’être, toujours en proie à l’angoisse et à la peur de la folie.
    Mais  “La plus longue et la plus charmante lettre d’amour de la littérature” c’est Virginia qui l’écrira, avec la parution d’Orlando dédié à son amour.

    Siss4.jpg

    Sissinghurst

    C’est la proximité intellectuelle entre les deux femmes qui va permettre à leur relation de passer de la passion à l’amitié amoureuse puis à l’amitié tout court. Vita se tourne vers d’autres amours et grâce à l’argent que lui rapporte ses livres va se consacrer à entretenir, embellir sa propriété de Sissinghurst qui devient le centre de son univers.
    Les lettres prendront un tour différent, parfois frivoles et ne dédaignant ni les ragots ni les moqueries sur la société qui les entoure.
    Deux femmes sont passionnées par la vie culturelle et intellectuelle de leur temps. Elles fréquentent tout ce qui compte en littérature à l’époque : Thomas Hardy, Aldoux Huxley, D.H Lawrence. Leurs échanges portent souvent sur l’écriture, elles comparent leurs lectures, s’enthousiasment pour Proust.
    Virginia Woolf écrit à Vita une dernière fois le 22 mars 1941 quelques jours avant son suicide.

    Virginia admirait Vita comme femme et Vita admirait l’écrivain, elles nous donnent à voir cet amour et cette admiration dans leur superbe correspondance.

    9782234065024FS.gif

     

    Le Livre : Correspondance - Virginia Woolf / Vita Sackville-West - Traduit par Raymond Las Vergnas - Editions Stock

  • Printemps des poètes Infinis paysages de Chine

    Les "Infinis paysages " de la Chine

    62516055_p.jpg

     

    jardin.jpg

     

    Il y a dans la cour un arbre merveilleux
    La profusion des fleurs jaillit du vert feuillage
    J’attire les rameaux, je cueille leur splendeur
    Je vais en faire hommage à l’ami de mon coeur


    chaumiere.jpg

    De mon amour m’écarte un long chemin
    Je me retourne, cherche des yeux mon vieux village
    La longue route à l’infini coule et s’écoule
    Quand les coeurs sont unis mais les lieux séparés,
    Quel douloureux chagrin nous mène au bout de la vieillesse !

     

    Les livres pour la Chine
    Les Dix neuf poèmes anciens - Traduits par Jean Pierre Dieny - Editions Les Belles lettres
    La peinture des paysages de la Chine ancienne - Mingsong Geng - China Intercontinental Press

  • Les Empires de l'Indus - Alice Albinia

    Venez remonter un des plus grands fleuves du monde

    9782742794768FS.gif

    « L'un des plus longs fleuves du monde, l'Indus, a été vénéré tel un dieu pendant des millénaires, il est celui qui arrose des déserts, des terres fertiles, qui traversent l’inde, le Tibet et pour finir le Pakistan »
    Alice Albinia  a fait seule ce long voyage du delta de l’Indus à sa source, doublant ce voyage géographique d’une remontée dans le temps, du Pakistan d’aujourd’hui à la conquête d’Alexandre.

    g156a.jpg

    Delta de l'Indus - Photo de Tariq Mamhood

    Elle ouvre ainsi son récit « Dans un pays où il pleut rarement, une rivière est aussi précieuse que l'or. L'eau est puissante: elle ruisselle à travers les rêves de l'homme, imprègne la vie, dicte l'agriculture, la religion et la guerre. »

     

    indus-river.gif

                                        Juste pour situer

     

    Le voyage dans le temps commence avec la partition en 1947 , Alice Albinia tente en interrogeant les habitants de collecter les souvenirs de cette période qui vit naître un Pakistant « mutilé et manger aux mites » qui vit dix millions de personnes être déplacées et qui vit se perpétrer des massacres opposant deux communautés religieuses, musulmans et hindouistes qui jusque là vivaient dans une paix relative.
    Remontant toujours le cours du fleuve et du temps, nous voici après avoir quitté un delta de l’Indus moribond pour cause de barrages mulitiples, nous voici dans le Sind que les anglais eurent tant de mal à conquérir, des terres devenues fertiles par le miracle de l’irrigation. Remontant toujours plus loin, elle flirte dangereusement avec la frontière de l’Afghanistan d’où sont venus d’autres conquérants tel Babur descendu d’Ouzbékistan.

     

    Sikh.man.at.the.Golden.Temple.jpg
    Le temple d'Amritsar situé en Inde

    Elle rencontre la communauté Sikh écartelée entre deux pays, dont les traditions vieilles de cinq millénaires prévoient un pèlerinage à Amritsar dans son temple d’or surmonté de dôme et de flèches mais ...situé en Inde.
    Poussant encore le voyage plus au nord c’est la célèbre Khyber Pass, puis les Territoires du Nord fief des Talibans et le pays où Alexandre célébré par les grecs à l’égal d’un Dieu est sans doute parvenu.
    C’est l’occasion pour Alice Albinia de quelques mises au point qui détruisent un peu la légende mais qu’elle fait avec verve et érudition. Le périple se termine sur les plateaux tibétains après une marche harassante.

     

    indus-620223.jpg

    Aux sources du grand fleuve

    J’ai été impressionnée par le courage de cette intrépide jeune femme, n’hésitant pas à prendre des risques dans ces zones où la vie et a fortiori la vie d’une femme ont peu de prix. Revêtant la burqa pour être reçue partout, parlant couramment l’ourdou ce qui lui ouvre bien des portes. Ses rencontres très diverses : Imam, étudiants, femmes et toujours empreintes d’une grande attention et écoute.
    Elle ne fait pas silence sur les exactions, les massacres, les destructions de temples et de statues, les attentats. Ni sur le sort des populations.
    Elle prédit un avenir noir à la région, aux pêcheurs, aux cultivateurs, le fleuve Indus se réduit comme peau de chagrin, les nombreux barrages l’ont presque détruit le delta « Un jour lorsqu’il ne restera plus que des lits asséchés et de la poussière, on entendra des lamentations amères ».

    Son travail d’historienne est passionnant et fait apparaître sous un jour nouveau les conflits actuels et l’avenir politique de cette région.


    Le livre : Les Empires de l’Indus - Alice Albinia - Editions Actes Sud  2011

    L’auteur
    alice2.jpgAlice Albinia a fait des études de littérature anglaise à l'université de Cambridge, avant de présenter un Masters à la "School of Oriental and African Studies" de Londres.Elle a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste à Delhi et réside actuellement dans le Sussex.(source l’éditeur)