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A sauts et à gambades - Page 215

  • Le Jardin d'Epicure

     

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    Demander une morale à la science, s’est s’exposer à de cruels mécomptes. On croyait il y a trois cent ans, que la terre était le centre de la création. Nous savons aujourd’hui qu’elle n’est qu’une goutte figée du soleil. (...) Mais en quoi notre morale a-t-elle été changée par de si prodigieuses découvertes ?

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    L’intolérance est de tous les temps. Il n’est point de religion qui n’ait eu ses fanatiques. Nous sommes tous enclins à l’adoration. Tout nous semble excellent dans ce que nous aimons, et cela nous fâche quand on nous montre le défaut de nos idoles. Les hommes ont grand-peine à mettre un peu de critique dans les sources de leurs croyances et dans l’origine de leur foi.

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    Gravure représentant la chasse aux sorcières de Salem en 1692.

    L’ ignorance est la condition nécessaire, je ne dis pas du bonheur, mais de l’existence même. Si nous savions tout, nous ne pourrions pas supporter la vie une heure. Les sentiments qui nous la rendent ou douce ou du moins tolérable, naissent d’un mensonge et se nourrissent d’illusions.

    Le livre : Le Jardin d’Epicure - Anatole France - Editions Coda

  • Le Pays oublié du temps - Xavier-Marie Bonnot

    Papou quoi ?

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    Très déçue par toute une série de polars je n’avais plus rien lu depuis des semaines. Et voilà un bon livre du genre que je vous recommande.
    Tout d’abord dire qu’il s’adresse à ceux et celles qui aime les bonnes histoires, bien ficelées, des personnages bien campés qu’on ne détesterait pas rencontrer à nouveau au détour d’un livre.
    Un récit qui va vous emporter de Marseille en Papouasie....où ça ?? oui en Papouasie Nouvelle-Guinée, je vous avoue que j’ai fait une petite recherche géographique car si je situais bien ça dans l’Océan Indien après ...c’était nettement plus flou.
    Tout commence en Nouvelle- Guinée en 1936, deux explorateurs,  Robert Ballancourt et Fernand Delorme remontent des rivières, sont accueillis dans des villages, ils sont à la recherche d’objets rares et surtout de têtes, de crânes, car ils sont ici au pays des coupeurs de têtes et accessoirement au pays des cannibales.

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    Un grand bond dans le temps pour nous retrouver à Marseille, au domicile de Fernand Delorme qui vient d’être assassiné. Michel de Palma, dit « Baron » flic très compétent et amateur d’opéra, est chargé de l’enquête.
    Très vite l’enquête va s’orienter vers le marché de l’art et ses circuits parallèles. Ce n’était que le premier meurtre, d’autres vont suivre.

    Voilà la trame, elle va vous faire voyager du Musée des Arts Premiers aux quartiers si pittoresques de Marseille, de Freud aux peuplades d’Océanie, de la goélette la Marie-Jeanne, à Port Moresby.

    C’est intelligent, stimulant, Lévi-Strauss dans un polar ce n’est pas courant et ça déclenche la curiosité. 
    Un seul conseil : embarquez sur la Marie-Jeanne vous ferez un voyage très sympathique. Moi j’ai déjà prix un ticket pour les autres polars de l’auteur.

    Si vous voulez faites un petit tour au Musée

    Le livre :  Le pays oublié du temps - Xavier-Marie Bonnot - Actes Sud 2011

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  • Ararat - Frank Westerman

    Une étape de mon tour du monde  à la fois réel et imaginaire.

    Le déluge, l'arche de Noé, je vous emmène vers un lieu mythique

     

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    Le mont Ararat : un lieu mythique qui a tout à voir avec la religion, qui est depuis des décennies un enjeu entre des pays ennemis, le sommet qui sera le plus élevé d’Europe (5165 m) si la Turquie intègre l’Union Européenne, voilà ce qui m’a poussé à lire ce livre.

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    Frank Westerman fait un voyage en Arménie en 1999 comme correspondant d’un journal, à Erevan le Mont Ararat est omniprésent, « Son image se trouve sur les billets de banque, les timbres et en hologramme sur les cartes de crédit  » oui mais on ne peut atteindre le sommet qui est sur le sol turc.
    Elevé d’une façon assez stricte, il a reçu une éducation religieuse, il a grandi dans le respect des textes sacrés et celui du déluge est un de ceux qui dont le souvenir est vivace, il comprend donc parfaitement les arméniens qui « habitaient le pays de Noé, où pour la première fois était apparu un arc-en-ciel. Comme dans la Bible, ils croyaient qu’une arche avait existé, longue de trois cents aunes, large de cinquante et haute de trente, un bateau de sauvetage enduit de goudron dans lequel hommes et bêtes avaient survécu à l’inondation du globe terrestre tout entier »
    Frank Westerman est étonné « Je ne m’étais encore jamais fait la réflexion qu’il existait des lieux bibliques que l’on pouvait tout bonnement aller visiter » et c’est ce qu’il entreprend.
    La quête de l’auteur va passer par tout une série de rencontres. Scientifiques quand il retourne voir son vieux prof de math, un géologue spécialiste des éruptions volcaniques, ne pas oublier qu’Ararat est un volcan ! Sans oublier les alpinistes car l’ascension n’est pas un promenade du dimanche et exige matériel et préparation.


    A la fois récit de voyage et interrogation personnelle, ce livre, entrepris au moment où l’auteur devient père, est tout à fait original. L’auteur s’interroge sur la foi qui l’a quitté, sa pratique religieuse d’enfant, ses doutes ou questions d’adulte. Il va se frotter aussi aux conflits qui sont à peine éteints aujourd’hui : la question arménienne, le conflit kurde, une petite poudrière aux portes de l’Europe.
    Le récit est agréable à suivre, les rencontres de l’auteur sont empreintes de chaleur et parfois de cocasserie.  

    Le livre : Ararat - Frank Westerman - Traduit du néerlandais par Danielle Losman - Editions Chrisitian Bourgois 2010

  • Ma vie à Saint Domingue - Jean-Jacques Salgon

    Un an après le séïsme et alors que l’on voit parader devant les télévisions le dictateur Duvallier, j’ai eu envie de lire un livre sur Haïti qui réponde à certaines de mes questions.

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    Ni livre d’histoire, ni roman, le livre de Jean-Jacques Salgon a été un guide parfait. Il dédit son livre « A tous ceux que cette catastrophe a meurtris dans leur chair et dans leur âme »

    Pourquoi un ardéchois « coeur fidèle » viendrait-il parler d’Haïti ?
    c’est que son histoire personnelle va croiser à un moment celle de l’île, il va ainsi par de fréquents allers-retours nous transporter des côtes africaines à Saint Domingue, des ors de Louis XIV aux apparats de l’Empire napoléonien.
    Ce livre pour l’auteur répond à son besoin de savoir, de comprendre cette histoire d’Haïti et dresse le portrait d’un homme extraordinaire : Toussaint Louverture.

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    Son histoire commence sur les côtes africaines où son père va se faire enlever, capturer par des négriers et être envoyé en esclavage.
    Toussaint naît en 1743. On suit la vie de l’esclave affranchi et éduqué, le fin statège qui va à la tête de ses troupes devenir le héros de Saint Domingue. Fidèle à la France jusqu’à l’aveuglement, croyant aux promesses de Bonaparte « Vous lui direz que moi, premier magistrat du peuple français, je lui promets protection, gloire et honneur »
    Il n’aura que le temps de croire à l’indépendance, ses enfants Isaac et Placide seront reçus par le Premier Consul mais « Bonaparte va le faire jeter comme un brigand au fin fond d’un Jura couvert de sapins et de neige et vitrifié par le froid »
    Toussaint Louverture est mort oublié au fond des geôles françaises en 1802. L’esclavage et la traite des noirs sont rétablis à la Martinique et à la Guadeloupe

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    Toussaint Louverture aujourd'hui à Haïti

    Jean-Jacques Salgon à vécu, travaillé dans plusieurs pays dAfrique, sa curiosité, sa sensibilité personnelle, transparaissent dans les pages où il revient sur son expérience. Comment il est passé des peintures de Jean Michel Basquiat à ses recherches sur Toussaint Louverture, comment il a élargi son point de vue par les détours de l’histoire (guerre d’Algérie, Mai 68) pris des chemins peu fréquentés, explorant le passé de cette ïle.

    Son voyage est un voyage dans le temps et l’on part à la rencontre de figures de l’histoire de Haïti, certains peu connues, des hommes au destin parfois tragique,
    les souvenirs de l’auteur faisant écho aux événements. Il garde un certain optimisme car dit-il « J’ai pu constaté combien la France, en dépit de tous les abus propres au régime colonial; pouvait encore être aimée » qu’il attribue à l’apport de la lecture, de la culture, moyens d’émancipation.

    J’ai aimé ce livre court et dense, l’oeil bien ouvert de l’auteur, sa façon bien à lui de nous rappeler un passé qui peut nous rendre honteux mais dont parfois on peut être fier. j’ai aimé une franche simplicité doublée d’une hauteur de vue, le tout servi par des phrases parfois mordantes ou d’une douceur trompeuse.
    Un excellent moment de lecture, de ceux qui vous donnent l’impression d’être un peu plus intelligent.

    Le livre : Ma vie à Saint-Domingue - Jean-Jacques Salgon - Editions Verdier 2011


  • Pourquoi lire des classiques ?

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    La bibliothèque idéale est-elle faite de classiques ?

    Il ne nous reste plus qu'à nous inventer chacun la bibliothèque idéale de nos classiques ; et je dirais que cette bibliothèque devra être composée pour moitié des livres que nous avons lus et qui ont compté pour nous, pour moitié des livres que nous nous proposons de lire et dont nous pensons qu'ils pourront compter.

    On appelle classique un livre qui à l'instar des anciens talismans se présente comme un équivalent de l'univers.

    Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre et traînent derrière eux la trace qu'ils ont laissée dans la ou les cultures qu'ils ont traversées.

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    Combien de classiques dans la bibliothèque d'Alberto Manguel ?

    Les classiques sont ces livres dont on entend toujours dire : Je suis en train de le relire...
    et jamais : Je suis en train de le lire

    Un classique est un livre qui n’a jamais fini de dire ce qu’il a à dire

    Le livre : Pourquoi lire des classiques ? Italo Calvino - Editions du Seuil 1993

  • Voyage au pays des Ze-Ka - Julius Margolin

    Un témoignage irremplaçable

     

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    Julius Margolin est un intellectuel juif polonais qui a émigré en Palestine à la fin des années 30, l’été 1939 il est en visite en Pologne, du jour au lendemain les frontières se ferment, le pacte Germano-Soviétique va conduire cet agrégé de philosophie à chercher refuge dans sa ville natale de Pinsk où se retrouvent beaucoup de juifs fuyant les nazis.
    Pendant une année Margolin va tenter de sortir du pays, faisant valoir son passeport palestinien, lui qui a au cours de sa vie changer plusieurs fois de nationalité au gré des guerres, va se retrouver sans nationalité, toutes ses tentatives échouent et il est finalement arrêté pour infraction aux lois sur les passeports !
    Condamné, un voyage interminable aux conditions matérielles épouvantables, va le conduire au fin fond de la Sibérie. Il n’est plus un homme, il est devenu un Ze-Ka terme qui désignait les prisonniers qui creusaient le canal de la mer Blanche à la Baltique : le sinistre Belomorkanal, et qui passa dans le langage des camps. Il passera cinq années au Goulag.

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    De Varlam Chalamov à Soljenitsyne, de  Evguenia Guinzbourg à Gustaw Herling,  ils sont nombreux à avoir témoigné sur le Goulag. Qu’est ce qui fait de ce livre un document très particulier ?

    Julius Margolin n’est pas Russe, il n’a jamais vécu sous le régime soviétique, il n’a pas été soumis à l’idéologie communiste, il n’a subi aucune répression. Il a une très grande capacité d’observation et de réflexion, sa formation intellectuelle le pousse à s’interroger, à tenter de comprendre le processus qui est à l’oeuvre au Goulag. Très tôt pendant sa détention il s’imagine alertant l’opinion publique mondiale, il s’ingénie à décrypter l’absurde des situations, le phénomène de déshumanisation qui est en oeuvre, il lutte avec acharnement allant jusqu’à vouloir écrire des traités de la haine ou du mensonge.

    Il décortique pour mieux les analyser les consignes qui régissent le camp : la ration de nourriture est proportionnelle au travail accompli, les jours de repos la ration diminue, si le Zek est malade la ration diminue, s’il fait un travail moins dur la ration diminue.
    Il démonte les consignes ridicules sur le rendement attendu des prisonniers, les punitions, les brimades, la terreur que font régner les ourkis prisonniers faisant régner la terreur , les chantiers épuisants et inutiles, les simulacres de justice.
    Il décrit les relations entre prisonniers, le grand mélange de nationalités qui exacerbe les sentiments les plus violents, il en est lui même victime et lorsqu’un jour il frappe un de ses compagnons il dit « Parmi toutes les choses que je ne pardonnerai jamais, ni au camp ni à ses sinistres créateurs, ce coup restera dans ma mémoire, car il fit de moi un instant, leur complice, leur élève, leur prosélyte »

    Le livre de Julius Margolin est irremplaçable, la traduction de Nina Berberova et Luba jurgenson respecte toute profondeur du texte, font entendre magnifiquement la voix qui s’élève contre la barbarie. Dans la postface vous apprendrez le rôle important qu’à joué jusqu’à sa mort l’auteur pour alerter l’opinion mondiale car dit-il « Chaque crime commis dans le monde doit être appelé par son nom, à haute voix. Sinon, la lutte contre lui est impossible

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque


    Le livre : Voyage au pays des Ze-Ka - Julius Margolin - Traduit du Russe par Nina Berberova et Luba Jurgenson - Editions Le Bruit du temps

    JuliusMargolin.jpgL’auteur : Né dans une famille juive de Pinsk (Biélorussie), Julius Margolin (1900-1971) est élevé dans la culture russe. Après avoir terminé ses études de philosophie à Berlin, il s'installe en Palestine. En 1939, il est en séjour à Lodz lorsque la Pologne est envahie. Il se réfugie alors dans sa ville natale, à l’est du pays. Arrêté le 19 juin par le NKVD, il est envoyé dans un camp de travail sur la rive nord du lac Onéga. Ayant survécu par miracle à cinq années de Goulag, libéré en 1945, il écrit le Voyage au pays des Ze-Ka dès son retour à Tel-Aviv, et doit faire face à une opinion internationale incrédule, l’URSS étant encore auréolée de sa contribution à la victoire contre le nazisme. Il vient à Paris en 1950 témoigner au procès de David Rousset contre Les Lettres françaises, et ne cessera de lutter, jusqu’à sa mort en 1971, pour la libération des Ze-Ka, les prisonniers des camps.(source l’éditeur)