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A sauts et à gambades - Page 218

  • Traduire la poésie

    Juste après avoir lu la biographie de Shakespeare j’ai lu la nouvelle traduction des sonnets parue chez P.O.L, dans le même temps j’ai lu chez BOL un poème de Francisco de Quevedo que j’aime particulièrement mais qui dans mon exemplaire est assez différent.....alors je vous propose une petite expérience

     

                              shakespeare,quevedoshakespeare,quevedo

     

     

     

     

     

     

     

     

    Deux exemples, chaque fois après la langue originale les deux traductions avec le nom du traducteur et l’année de la traduction.

    Les choix sont différents, il y a ou non respect total de la forme.


    Je suis frappée par la différence qui se dégage dans chaque exemple, cela confirme quel art difficile est celui de la traduction et que dire de la traduction de poèmes !

    L’original en Espagnol

    "¡Ah de la vida!"... ¿Nadie me responde?
    ¡Aquí de los antaños que he vivido!
    La Fortuna mis tiempos ha mordido;
    las Horas mi locura las esconde. 

    Jacques Ancet  2011

                          "Hé là ! la vie !" ... Personne ne m´entend ?
                           À moi, les autrefois que j´ai vécus !
                           Dans mes années, la Fortune a mordu;
                           Les Heures, ma folie leur fait écran.

     Bernard Pons  2003

    « Holà, vivants ! »....Personne qui réponde ?
    A moi jadis et antans de ma vie !
    La Fortune dans mes jours a mordu ;
    Les Heures, ma folie me les dérobe


    Et pour la langue anglaise


    Un sonnet fameux qui a fait les beaux jours du cinéma

     

    les quatre premiers vers du poème et la chute en deux vers

    Let me not to the marriage of true minds
    Admit impediments, love is not love
    Which alters when it alteration finds,
    Or bends with the remover to remove.

    If this be error and upon me proved,
    I never writ, nor no man ever loved.

    Frédéric Boyer  2010

                     non pour moi un mariage d’amour
                     ne connaît pas d’obstacle amour
                     n’est pas l’amour s’il change pour changer
                     ou suit le premier à quitter la place

                     si j’ai tord et qu’on me le prouve alors
                     jamais je n’ai écrit jamais personne n’a aimé

    Henri Thomas  1994

    Non, je n’admettrai pas d’obstacle au mariage
    Des coeurs sincères. Cet amour n’est pas l’amour,
    Qui change quand il trouve ailleurs un changement,
    Ou se détourne dès que l’autre se détourne,

    Si c’est erreur, s’il est prouvé qu’elle soit mienne,
    Je n’ai jamais écrit, nul n’a jamais aimé.

    Où vont vos préférences ?

     

    Les livres :
    Sonnets de Francisco de Quevedo - Edition bilingue José Corti  2003
    Les Furies et les peines - Editions Gallimard Poésie 2011
    Sonnets de William Shakespeare - Editions Le Temps qu’il fait  1994
    Sonnets de William Shakespeare  - Editions P.O.L 2010          

  • Le mot et la chose

    Quand la vie est pleine de présences, riche d’échanges, heureuse de vraies paroles, lorsqu’elle est bien remplie, grosse comme un bourgeon bientôt en fleur, gonflée comme le ventre d’une femme enceinte, il n’y a guère de place pour l’écriture — sauf pour ne pas oublier que ces moments pleins ne furent pas, comme parviendrait presque à vous le faire croire la fuite inutile des jours , un rêve — une pure illusion.

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    Des mots, des mots

    Le mot vient après, comme une nostalgie : envers du plein, c’est à dire en creux, empreinte d’un pas dans l’argile, masque mortuaire d’un visage aimé disparu, chiffre bientôt illisible.

    Le mot apparaît quand la chose disparaît. Il vient à la rescousse quand la chose manque. Le mot est la jauge de l’absence.

     

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    La persistance de la mémoire - Salvador Dali

    L’écriture est maladie de la mémoire et santé de l’oubli.


    un billet complet sur ce livre chez Ex Libris

    Le livre : Orient intime - Yves Leclair - Gallimard l’Arpenteur

  • Je suis bien d'accord avec vous !

    Je garde le cap.................

    boussole.jpg

    Ce que j’aime retrouver dans vos blogs ce sont des livres que je n’ai pas lus, des découvertes que j’ai ratées, ce que je n’aime pas ce sont des billets redondants jusqu’à l’écoeurement et à la perte d’envie de lire un livre.
    Alors il me faut être un peu cohérente avec mes impressions et donc de temps en temps je ferai un billet Je suis bien d’accord avec vous  où je ne rajouterai rien à ce que vous avez déjà très bien dit, juste quelques mots pour confirmer et faire écho à vos chroniques.

    heures.gifC’est parti avec les éditions Autrement qui souvent dénichent des petits trésors
    Les heures silencieuses c’est grâce à  La marche aux pages que j’ai lu ce livre. J’aime les livres qui parle de tableaux et la peinture flammande est celle que je vais voir quand je suis au Louvre alors ...
    J’ai aimé ce récit bref, tout en finesse où la peinture n’est qu’un prétexte pour parler de soi, délicat, habile, une jolie évocation à la fois d’une période où les navires partaient pour des horizons lointains et où dans le même temps les femmes ne pouvaient pas encore imposer leur présence et leurs dons. 
    Lisez aussi le billet de  Chaplum qui aime et ne regrette que la brièveté du roman

     

    signal.gifDeuxième choix (après mon ras le bol absolu de Sukkwan Island) j’ai craqué pour : Le Signal de Ron Carlson
    Si j’ai aimé ? ben oui évidemment, dès qu’il s’agit de grands espaces je craque, là où je suis moins convaincue c’est sur le scénario policier, comme vous d’une certaine façon, Keisha dit « Les amateurs de thrillers purs et durs risquent d'être surpris »  ben oui c’est plutôt pour amateurs de Nature Writing.
    Je me suis bien fait plaisir dans ces endroits où je n'irais jamais! dit Nathalie,  on n'en sort pas avant la dernière page dit Cuné
    Un très bon cru pour les amateurs du genre dit Aifelle et elle a bien raison


  • En Egypte avec Pierre Loti

    Dans la série Tour du monde et pour suivre un peu l'actualité direction l'Egypte

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    J’ai lu beaucoup sur les voyages en Egypte car c’est une destination qui m’a toujours fait rêver. Alors bien sûr j’ai lu Flaubert, Théophile Gautier ou Lady Gordon Duff.
    Je n’ai pas résisté à Pierre Loti qui vient d’être publié dans une toute nouvelle collection de récits de voyage.

    Nous sommes au début du siècle et Pierre Loti amoureux de l’orient voyage en Egypte, il n’est pas un voyageur ordinaire, d’abord sa plume est celle d’un véritable écrivain mais surtout il a un regard très particulier sur ce qui vient de naitre en Egypte : Le tourisme

    Il arpente l’Egypte du Caire à Assouan, de Thèbes aux rives du Nil,  de Louxor à Philæ.
    Tout son voyage est marqué par le terrible constat, les beautés naturelles, les paysages, les sites : tout va disparaître. L’Egypte et les Egyptiens vont perdre leur âme, en Inde l’auteur avait déjà eu la dent dure contre les anglais, mais ici c’est un réquisitoire en règle, tout y passe : le vol des oeuvres d’art, les maladies apportées à la population, l’exploitation des sites par « les désoeuvrés, les parvenus du monde entier » et que dire des hordes de touristes qui grâce à Monsieur Cook envahissent le désert « jeunes anglaises phtisiques, ou vieilles anglaises simplement un peu gâteuses ».

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                                                                 Philae  au temps de Loti

     

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    philae aujourd'hui

    Le paroxysme est atteint avec l’île de Philae « L'embarcadère pour Philae. Quantité de barques sont là prêtes, car les touristes alléchés par maintes réclames, affluent maintenant chaque hiver en dociles troupeaux. Toutes, sans en excepter une, agrémentées à profusion de petits drapeaux anglais, comme pour quelque régate sur la Tamise; il faut donc subir ces pavois de fêtes foraines, - et nous partons avec une nostalgique chanson de Nubie que les bateliers entonnent à la cadence des rames. »

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    les pages de Miriam sur Assouan et Philae

    Il écrit en polémiste et il invite les Egyptiens à se rebeller  « Réagissez avant qu’il soit trop tard (...) tout ce qui fut la grâce et le mystère de votre ville.(...) il y va de votre dignité nationale. »
    Dans beaucoup de pages c’est son amour du pays, de la population, son admiration qui l’emportent.
    Sa visite à Al-Azhar la mosquée Fatimide et son université « Cette cour, où le soleil de onze heures darde son feu blanc, est un enclos sévèrement et magnifiquement arabe ; il nous a isolés soudain du temps et des choses ; il doit porter à la prière musulmane, de même que jadis nos cloîtres gothiques portaient à la prière chrétienne. Il est vaste comme un carrousel » il est sous le charme puissant de l’endroit  « Malgré soi on lève la tête, fasciné par toute cette beauté qui est en l'air : rien d'autre pourtant que ce carré de ciel merveilleux, sorte de limpide saphir tout enchâssé dans des crénelures d'Al-Azhar, et où montent se perdre les si audacieuses tours fuselées »

     

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    Al-Azhar

    Pourtant ici aussi la critique n’est pas loin devant le comportement des touristes  « Dans n’importe quelle église d’Europe, où des hommes prieraient agenouillés, je voudrais voir comment seraient accueillis des touristes musulmans, qui par impossible, se tiendraient aussi mal que ces sauvages là. »

    Pierre Loti est un bon guide et l'alernance entre admiration et colère rend le livre très actuel.Un beau voyage, un livre à glisser dans ses bagages lors d’une croisière sur le Nil.

    Pour compléter des pages et photos d’une exposition sur le voyage en Orient
    les pages de Miriam sur Assouan et Philae

    Le livre : La mort de Philae - Pierre Loti - Editions François Bourin

    L’auteur :
    loti.jpgPierre Loti (1850-1923) officier de marine et écrivain, a cultivé toute sa vie la passion du voyage. De l'Inde à Tahiti, de la Turquie au Sénégal, des déserts du Sinaï à ceux de Galilée, les inlassables pérégrinations de cet arpenteur des océans ont nourri une œuvre riche (Vers Ispahan, Aziyadé, Le roman d'un spahi ou encore Madame Chrysanthème) qui contribua à faire de lui, de son vivant, un romancier à succès et un mondain courtisé. (l’éditeur)


  • Le dernier bateau - Siegfried Lenz

    Un récit qui deviendra sans doute un classique de la littérature allemande

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    Un court et beau roman de Siegfried Lenz qui m’avait marqué par sa  Leçon d’allemand  ce qui m’a fait acheter ce livre là les yeux fermés.
    Arne a douze ans et il a déjà connu le pire, la perte de sa famille, un ami de son père l’accueille chez lui, il est le chef d’un chantier de démolition dans le port de Hambourg. Arne va désormais vivre avec Hans le fils aîné de dix sept ans, Lars le plus jeune et Wiebke la soeur de Hans.
    " Ce jour-là, Arne, ce jour d'hiver, nous t'avons vu pour la première fois, nous n'avions d'yeux que pour toi, debout dans la neige sale devant le hangar, résigné, perdu, comme si tu t'étais égaré dans notre univers"

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    "Loin sur l'Elbe, un de ces immenses cargos porte conteneurs a demandé le passage et son signal était si grave, si puissant qu'on aurait dit que toute la terre autour du fleuve tendait l'oreille"

    Une amitié se noue immédiatement avec Hans, il est en sécurité avec lui et la chambre qu’ils partagent est un territoire quasiment magique, Arne est " figé d'étonnement, en découvrant ma chambre ; elle était aménagée comme une cabine de bateau. Les étroites couchettes avec leur planche de sécurité relevée, les fauteuils capitonnés à trois pieds pour limiter l'encombrement, les tables de bois tropical et les deux cloches de laiton ballantes : tout provenait de navires dégréés, tout avait été mis à l'abri, réparé, astiqué et transporté chez nous sous la surveillance de mon père "

    Arne s’apprivoise, curieux de tout, il apprend le finnois et les noeuds marins, il a une petit bibliothèque bien à lui, il est doué pour les langues et réussit très bien à l’école. Mais si l’amitié avec Hans est facile, il a du mal à s’intégrer hors de la maison, Lars et Wiebke sont un brin hostiles. Arne est souvent auprès de Kalluk, le gardien du chantier de démolition, originaire d'Estonie, taciturne et secret. Mais c’est la bande d’adolescents du quartier qui l’attire, en faire partie devient son rêve, il va par tous les moyens tenter de se faire accepter.
    Ses efforts seront vains et vont entraîner un drame.

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    Le récit extrêmement prenant est construit sur un lent retour en arrière, les personnages sont peu à peu dévoilés, les mots de Lenz sont d’une grande sobriété et d’une totale simplicité. Un beau récit sur l’exclusion, l’amitié, la marginalité et la solitude.
    Le port de Hambourg, les brumes de l’Elbe, l’atmosphère du chantier et son attrait, tout est rendu proche par le talent de l’auteur.
    Siegfried Lenz dans ce roman comme dans  La leçon d’allemand  sait rendre les sentiments de l’adolescence et l’intimité de la vie familiale avec une immense sensibilité.
    Ce livre a obtenu le Prix Goethe, mais récompense ou pas je vais lui faire une place dans ma bibliothèque.

    Le livre : Le dernier bateau - Siegfried Lenz - Traduit de l'allemand par Odile Demange - Editions Pavillons poche Robert Laffont

    lenz.jpegL’auteur
    Auteur d’une centaine de romans, d’essais et de pièces de théâtre, traduit en trente langues, Siegfried Lenz est devenu un auteur classique. Né en 1926 à Lick, en Mazurie, région de Prusse-Orientale qui allait devenir polonaise à la fin de la guerre.
    Il vit aujourd’hui à Hambourg. Siegfried Lenz a une notoriété comparable à celle d'Heinrich Böll ou Günter Grass.

  • Le Jardin d'Epicure

     

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    Demander une morale à la science, s’est s’exposer à de cruels mécomptes. On croyait il y a trois cent ans, que la terre était le centre de la création. Nous savons aujourd’hui qu’elle n’est qu’une goutte figée du soleil. (...) Mais en quoi notre morale a-t-elle été changée par de si prodigieuses découvertes ?

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    L’intolérance est de tous les temps. Il n’est point de religion qui n’ait eu ses fanatiques. Nous sommes tous enclins à l’adoration. Tout nous semble excellent dans ce que nous aimons, et cela nous fâche quand on nous montre le défaut de nos idoles. Les hommes ont grand-peine à mettre un peu de critique dans les sources de leurs croyances et dans l’origine de leur foi.

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    Gravure représentant la chasse aux sorcières de Salem en 1692.

    L’ ignorance est la condition nécessaire, je ne dis pas du bonheur, mais de l’existence même. Si nous savions tout, nous ne pourrions pas supporter la vie une heure. Les sentiments qui nous la rendent ou douce ou du moins tolérable, naissent d’un mensonge et se nourrissent d’illusions.

    Le livre : Le Jardin d’Epicure - Anatole France - Editions Coda