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A sauts et à gambades - Page 214

  • La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet

    Je profite de grands rangements dans mes bibliothèques pour ressortir des livres qui m’ont plu
    C’était bien avant la descente de la Loire en Canoë, mille kilomètres à pied le long de ses rives, un long parcours du Mont Gerbier de Jonc à Saint Nazaire. Si la curiosité vous titille bouclez votre sac.

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    Le départ

    Départ en avril aux premières jonquilles, le temps de se mettre en jambes et il laisse déjà loin derrière lui le pays de Modestine, il suit avec l’oeil d’un peintre « un chemin de terre au milieu des pins, des aubépines, des noisetiers, qui longe une Loire d’aquarelle ».
    Marcher, penser, rencontrer et lire car Thierry Guidet ne saurait se passer de livres, lors de précédentes randonnées il était accompagné par Montaigne ou Sénèque, dans son parcours en Loire c’est la Bible qui lui tient compagnie car il lui faut « des livres qui se hument, se mâchent puis se digèrent lentement ».

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    La Charité sur Loire

    File le chemin rythmé par les bivouacs et les rencontres. Ici et là on repère les blessures mal refermées de la tempête de 1999.
    La Haute Loire, l’Allier, les plaines du Forez, les canaux latéraux, les chemins de halage, les « pays de rêveuses rivières et de canaux pensifs », il avance au rythme d’une péniche pendant un petit moment savourant la liberté des mariniers.
    La Loire était, avant le chemin de fer, un fleuve de chalands et de gabares. Thierry Guidet nous parle même d’une « marine de Loire » au temps où les péniches transportaient les épices des Antilles « la verrerie du Dauphiné, la faïence de Nevers, les couteaux d’Auvergne (...) les livres imprimés à Genève. »

    Mais le fleuve n’est pas toujours doux, les lignes de crues sur les façades des maisons sont là pour le rappeler. 
    Mi parcours et c’est l’entrée dans « La Loire des châteaux et des vignes » Vite  un signe de la main à Balzac, à Stendhal qui navigua entre Tours et Nantes, une pensée pour D’Artagnan qui fait son entrée à Meung sur Loire.
    Notre marcheur fait un détour par Chambord, flâne dans le potager de Villandry.
    Rois, reines, art de vivre, douceur angevine, avec au détour d’un chemin ....une centrale nucléaire.

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    Gabare sur la Loire

    La fin du parcours approche et c’est un monde d’îles que l’auteur nous fait découvrir à bord d’une gabare : l’île Meslet, le Piloquet, l’île aux bergers, et même Kerguelen.
    Le voyage se termine à Saint Nazaire, j’ai aimé la compagnie de Thierry Guidet, jamais pompeux, toujours curieux qui dit « J’ai marché en badaud, curieux de la leçon de choses, et d’histoire, et de géographie, et de littérature que me donnerait le fleuve. »

     

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    Le bout du voyage : l'estuaire de Saint Nazaire

     

    Le livre : La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet - Editions Joca Seria 2004

  • Proust contre la déchéance - Joseph Czapski

    Un livre sur Proust ? non pas vraiment, un livre sur les camps soviétiques ? non plus.

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    Un livre sur la dignité, le courage, sur la place de la vie intellectuelle quand celle-ci est interdite, un livre sur la lecture quand elle est devenue impossible, un livre sur la mémoire et son rôle dans le maintien en position debout des hommes que l’on veut abattre.

    scan_11314153945_1.jpgCe livre rend compte des conférences improvisées par Joseph Czapski officier polonais au camp d’internement soviétique de Griazioweitz.
    Quand plus rien n’est possible les prisonniers du camp décident en prenant beaucoup de risque, d’échanger leur savoir, pour maintenir le moral des hommes voilà des conférences improvisées avec des sujets très variés en fonction des compétences de chacun. C’est vital pour ces hommes pour « essayé de reprendre un certain travail intellectuel qui devait nous aider à surmonter notre abattement, notre angoisse, et défendre nos cerveaux de la rouille de l'inactivité. »

    Joseph Czapsik est peintre mais aussi bon connaisseur de l’oeuvre de Proust et de la littérature française, le voilà lancer dans des exposés sur La Recherche, faisant vivre pour ses compagnons les personnages de l’oeuvre, tentant de faire comprendre la richesse du style, la complexité de la construction. Le travail de mémoire est fantastique de précision, de justesse et de simplicité et se révèle être un joli clin d’oeil à Proust et au travail de la mémoire qui sous-tend son oeuvre et qui ici devient une belle leçon et pas seulement littéraire.


    scan_11314154514_1.jpgLe public est fidèle malgré les risques, et lire les feuillets préparatoires, griffonés, corrigés, parcourus de flèches, de soulignements est très émouvant. Ecoutez Joseph Czaspki « Je vois encore mes camaraedes entassés sous les portraits de Marx, Engels et Lénine, harassés après un travail dans un froid qui descendait jusqu’à quarante-cinq degrés sous zéro, qui écoutaient nos conférences sur des thèmes tellement éloignés de notre réalité d’alors. Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée passée dans la neige et le froid, écoutaient avec un intérêt intense l’histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire ».

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    Joseph Czapski peintre

    Ce livre longtemps empêché de parution comme celui de Julius Margolin ressort aujourd’hui faites lui une place dans votre bibliothèque comme l'ont fait Aifelle et Keisha

    Le livre : Proust contre la déchéance - Joseph Czapski - Editions Noir sur blanc

    L’auteur
    czapski.jpgNé à Prague en 1896 dans une famille aristocratique polonaise, Joseph Czapski passa son enfance en Biélorussie, puis fit des études de droit à Saint-Pétersbourg et de peinture à l’Académie des Beaux-arts de Cracovie. Czapski fut parmi les rares officiers de l’armée polonaise qui survécurent au massacre de Katyn en 1940. Son livre Souvenirs de Starobielsk retrace ses efforts pour faire connaître la vérité à propos de ce crime.
    Comme peintre, Czapski est connu notamment pour son appartenance au mouvement kapiste, qu'il contribua à fonder avec quelques amis, pendant son séjour à Paris (1924–1933). Après la Seconde Guerre mondiale, il vécut en exil en France, à Maisons-Laffitte, dans la banlieue de Paris. Il participa à la fondation du mensuel culturel polonais Kultura de Jerzy Giedroyc. Il y est mort en 1993.(source l’éditeur)

  • La souffrance de l'écrivain

    Les affres de la création littéraire


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    Les romanciers scribes incontinents, décochent inlassablement des mots contre la mort, comme des archers postés sur les créneaux d’un château fort en ruine.

    Aussi longtemps qu’ils restent dans les limbes rutilantes de l’imaginaire, dans le domaine des projets et des idées, nos livres sont absolument merveilleux, les meilleurs qu’on ait jamais écrit. C’est plus tard que les choses se gâtent, au moment où on se met à les fixer mot après mot dans la réalité, comme Nabokov épinglait ses malheureux papillons sur du liège, quand on les transforme inexorablement en choses mortes, en insectes crucifiés, même si alors on les recouvre de poudre d’or.

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    comme Nabokov épinglait ses malheureux papillons

    Dans ces périodes amères, vous devez vous traîner jour après jour jusqu’à l’ordinateur, vous vous prenez par la peau du cou comme on transporte un chaton hors de la maison et, dans ces moments-là, vous sentez que vous êtes en train de gagner votre paradis car, de toute évidence, vous traversez le purgatoire.


    Elles se sont mises à deux pour me tenter, vous pouvez retrouver Rosa Montero chez Tania ou chez Colo

    Le livre :  La folle du logis - Rosa Montero - Traduit de l’espagnol par - Editions Métailié



  • Nous étions les Mulvaney - Joyce Carol Oates

    Quand le bonheur vire au cauchemar

     

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    Tournez les pages de l’ album de famille : Sur la photo la famille Mulvaney avec en arrière fond High Point Farm et dans le lointain la petite ville de Saint Ephraim. Si vous regardez attentivement vous voyez les tenues vestimentaires qui vous ramènent aux années soixante.
    Tout est propre, net, rangé, tout respire l’amour familial, la prospérité grâce au travail de Michael le père entrepreneur en bâtiment ET membre du Country club local; il lui a fallu plusieurs années pour en arriver là mais c’est chose faite, il est devenu un notable et il a laissé loin derrière lui son catholique de père, brutal et alcoolique.
    Juste derrière vous voyez Corinne, l’épouse, fantasque toujours vêtue à la diable, voyez elle sort de l’étable à moins que ce soit de son atelier de réparation d’antiquités en tout genre. Elle aime Michael plus que tout, plus même que ses enfants, et tout cela sous l’oeil bienveillant de Dieu !
    Au premier plan les enfants,  magnifiques, heureux, beaux « j'ai souvent rencontré des gens qui pensaient que nous, les Mulvaney, formions quasiment un clan, mais en réalité nous n'étions que six »  Michael Jr, Patrick, Marianne dite Bouton. C’est Judd qui parle, le plus jeune des Mulvaney,  celui qui va dévoiler toute l’histoire.

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     Ferme américaine  Kimble Warren

    Quelque chose va soudain briser ce tableau idyllique, faire voler en éclats l’amour familial, faire porter la culpabilité sur un seul membre de la famille au point de l’exclure , de l’effacer du tableau. Quand la tempête va s’abattre chaque membre de la famille va y faire face avec son histoire, ses émotions, le poids du regard des autres.
    Le clan se lézarde, se disloque sous les coups de la société puritaine de Saint Ephraim.

    Une leçon d’analyse psychologique, lucide, tranchante, montrant du doigt le puritanisme d’une société bien pensante, soupesant la force du besoin d’intégration d’un homme, du besoin d’amour d’une femme et du poids effrayant de la culpabilité.
    Un roman passionnant qui bien que datant des années 70 ne perd rien de sa force tant l’analyse est pertinente et habile. On pourrait le proposer à tous les apprentis psychologues !
    Un seul bémol : que JC Oates signe une fin un peu trop angélique à mon goût. Mais c’est broutille, j’ai aimé les personnages, l’écriture, le rythme du roman. A lire assurément, c’est d’ailleurs l’avis de Chaplum
    Sylire
    et Golovine

    Je connaissais JC Oates à travers son journal et j'ai très envie maintenant de poursuivre la lecture de ses romans

    Le livre : Nous étions les Mulvaney - Joyce Carol Oates - Traduit de l’américain par Claude Seban - Editions Stock



  • La Tempête des gazelles - Yachar Kemal

    Retour en Anatolie

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    Ma rencontre avec Yachar Kemal est toute récente et chance j’ai démarré par une trilogie ce qui me garantit un plaisir prolongé.
    Dans le premier tome de cette Histoire d’île, Regarde donc l’Euphrate charrier le sang, Kemal nous installait sur les lieux, l’île Fourmi en pleine mer Egée, un petit paradis qui sert de havre de paix à tout une série personnages en recherche d’un lieu où vivre après avoir été chassé de chez eux par la guerre et les terribles décisions de modifier les frontières et de déplacer des populations prisent en 1920 après la défaite de l’Empire Ottoman.

     

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    Dans ce deuxième volet cette petit île voit se multiplier sa population, les réfugiés affluent par familles entières, elles sont de provenance différentes, les croyances ne sont pas les mêmes, les traditions vont se rencontrer.
    Tous les nouveaux arrivants ont une histoire à nous conter, ils ont laissé derrière eux toute leur vie passée. Tous ne sont pas animés de bonnes intentions mais tous sont habités d’une formidable envie de vivre

    J’ai aimé la lenteur même du récit, on vit au jour le jour avec la population, les repas partagés, la pêche pour nourrir tout le monde, tous ces gestes quotidiens viennent nous dire que la vie s’est réinstallée avec ce qu’elle a de banal et de répétitif. On trouve, parmi les réfugiés, des hommes de la mer, des dresseurs de chevaux, des gens des montagnes, ceux qui élèvent les abeilles.

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    Photo Nathalie Ritzman

    Cette vie est entrecoupée de récits durs, violents, des souvenirs qui affleurent et qui se racontent. Les ravages de la guerre sont toujours évoqués car ils sont ancrés chez tous les personnages " Toute personne ayant vécu une telle catastrophe porte en elle une blessure inguérissable" et les histoires individuelles tissent un vaste histoire collective.
    Kemal dévoile ce besoin de liens, de fraternité et nous dit que le coeur de l’homme est assez grand pour pardonner, pour rêver, pour aimer même après l’indicible, ce que Boris Cyrulnik a appelé la résilience.

     

    Le paradis retrouvé

    "Et à présent cette île avec son poirier géant chargé de toutes les fleurs du monde et cette mer ridée de fines vaguelettes une fois de plus m'ont envoûté."

    verveine.jpg"La mer toute blanche étincellait à travers les branches des arbres. Il entra dans le moulin à vent. Une araignée avait tissé sa toile et se tenait tapie à l'une de ses extrémités. Trois grains de blé avaient formé un parfait triangle sur la meule. Ses pas l'emmenèrent ensuite vers l'oliveraie. En chemin son regard fut attiré par deux coccinelles posées sur une grande feuille verte, un défilé de fourmis, des scarabées et des fleurs de verveine bleues d'une espèce inconnue du lui."

    Je suis totalement sous le charme de Yachar Kemal : j’ai tout aimé, ses personnages, ses descriptions de la nature magnifiques, son amour pour sa terre d’Anatolie, cette capacité à nous rendre présent à la fois la beauté de sa terre et les horreurs de son histoire.
    Je ne vous dirai rien du style car je me suis laissé porté par le récit, par les rencontres, par la beauté de cette terre et cela signe le talent du conteur.
    Le premier tome a été publié en 2004 le second en 2010 j’espère ne pas attendre 6 ans pour avoir le bonheur de lire le dernier.

    Le livre : La Tempête des gazelles - Yachar Kemal - Editions Gallimard

  • Nicolas de Staël

    Le peintre, le sens du beau et du sublime

     

    Si malgré ce temps qui est là, je vous disais dans mon esprit, un an , deux ans, dix ans ne sont rien, qu’être artiste ce n’est pas compter, mais vivre comme l’arbre sans presser sa sève, attendre l’été, et l’été vient, mais qu’il faut avoir de la patience, de la patience...

     

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    Vue d'Agrigente

     

    Il faut beaucoup travailler, une tonne de passion et cent grammes de patience.

     

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    Méditerannée

     

    Ce que j’essaie, c’est un renouvellement continu, vraiment continu, et ce n’est pas facile. Ma peinture, je sais ce qu’elle est sous ses apparences, sa violence, ses perpétuels jeux de force, c’est une chose fragile, dans le sens du bon, du sublime.


    Le livre
    Lettres - Nicolas de Staël - Editions Ides et Calendes - 1998