Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

A sauts et à gambades - Page 213

  • Le Léopard - Jo Nesbø

    Amateur de polar soyez heureux Harry Hole est de retour

    9782070129065FS.gif

    Acheter un polar de 700 pages  qui vous pèsent dans les bras cela frise l’inconséquence, oui mais quand il s’agit d’un roman de Nesbø, déjà c’est moins risqué, et quand vous savez que Harry Hole est de retour, là immédiatement vous savez que vous ne serez pas déçu.
    Si vous n’avez jamais rien lu de l’auteur commencez par le début des aventures d’Harry, pfft un tour au rayon poche (celui là est le 9ème) et lisez ça dans le bon ordre.
    Si comme moi vous avez lâchement abandonner Hole à la fin du Bonhomme de neige, à moitié détruit, écrasé par les événements vous serez heureux de le retrouver même si on ne peut pas dire qu’il est fringant.

     

    3973664-glacier-dans-les-montagnes-de-norv-ge.jpg

    Gare aux avalanches

     

    Oui oui mais l’histoire alors ?  j’y viens
    Harry Hole est parti cacher sa douleur à Hong Kong, mais la police de Norvège a besoin de lui alors malgré l’opium, les dettes de jeu et son fichu alcoolisme, Kaja Solness le met dans un avion direction Oslo.
    Un curieux tueur en série sévit, un tueur qui aime la randonnée et les instruments de torture sophistiqués : ah les pommes de Léopold.
    Je vous préviens le voyage ne laisse pas une seconde de repos : des montagnes de Norvège où les avalanches guettent, aux bords du cratère d’un volcan au Congo...

     

    dangersduNyiragongo.jpg

    Le Nyamulagira à Goma

     

    Tous les clichés sont présents : flic meurtri un peu alcoolo, les supérieurs obtus, les collègues jaloux, la vie sentimentale qui prend l’eau, le père mourant, bref tous les poncifs du genre ET POURTANT ça marche, on court, on lit ça sans s’arrêter. C’est bouillonnant, passionnant, superbement ficelé, quand vous croyez avoir trouvé la clé et bien il faut reste encore 400 pages ...vous savez que vous vous êtes fait manipulé. Du pur, du bon, du comme je les aime.

    Le livre : Le Léopard - Jo Nesbø - Editions du Masque - 2011

  • La poésie c'est autre chose

    En attendant le 7 mars et l’ouverture du printemps des poètes placé cette année sous le signe « D’infinis paysages »

    Affiche-Butor.JPG

    voici quelques définition de la poésie et des poètes  piochées dans un recueil que j’aime beaucoup de Gérard Pfister chez un éditeur riche en poésie

     

    La poésie est une parole essentielle libérée du bruit. Un silence qui parle.

    Jean Bastaire

    Espace1ereSTG20092020_2-image-poete_20090906145822_20090906150318.jpg
    La poésie est l’art du voyage immobile  

    Yves Leclair

    Espace1ereSTG20092020_2-image-poete_20090906145822_20090906150318.jpg
    La poésie est une eau à laquelle on demande de donner soif 

    Jean-Yves Masson

    Espace1ereSTG20092020_2-image-poete_20090906145822_20090906150318.jpg

    C’est quand un mot rencontre un autre mot pour la première fois   Jacques Lacarrière *

    Espace1ereSTG20092020_2-image-poete_20090906145822_20090906150318.jpg
    L’univers concentré dans une poignée déclats  

    Valérie-Catherine Richez

    Espace1ereSTG20092020_2-image-poete_20090906145822_20090906150318.jpg
    Le poète véritable est un dieu sage, pour une moitié,

    qui maîtrise un dieu fou, son autre moitié  

    Juan RamónJimenez

    Espace1ereSTG20092020_2-image-poete_20090906145822_20090906150318.jpg


    Tu comprendras qu’un poète ne peut rien dire de la Poésie.

    Laisse cela aux critiques, et aux professeurs.

    Mais ni toi ni moi ni aucun poète,

    nous ne savons ce qu’est la poésie  

    Federico García Lorca

     

    Espace1ereSTG20092020_2-image-poete_20090906145822_20090906150318.jpg


    La poésie c’est autre chose.

    Eugène Guillevic

     

    * Réponse qu’un berger grec fit à Jacques Lacarrière qui demandait la définition du mot poésie

    Le livre

    La Poésie c’est autre chose 1001 définitions de la poésie - Sous la direction de Gérard Pfister - Editions Arfuyen

  • Le pays des petites pluies - Mary Austin

    Aux amateurs de nature, de désert et de poésie

    9782360540181FS.gif

    Un mot de l’auteur Mary Austin d’abord car son nom n’est pas connu en France, auteur prolixe, théâtre, nouvelles, c’est ce récit publié en 1903 qui l’a fait connaître et en a fait le chantre de la nature à l’égal de John Muir ou Thoreau, elle fut amie avec Willa Cather et Jack London.
    C’est le désert qui est ici au coeur du livre, Mary Austin aime le désert car dit-elle « Pour tout ce que le désert prend à l’homme il donne une contrepartie, des respirations profondes, un sommeil profond et la communion des étoiles. Il nous vient à l’esprit avec une force renouvelée, dans les silences de la nuit »

    desert-du-mojave_940x705.jpg

    Le désert Mojave

    busard_femelle_piquet .jpg14 courts chapitres initialement écrits pour les journaux qui vont vous faire parcourir le désert des chercheurs d’or, celui où des fables nourrissent l’imaginaire, vous pourrez répérer les sentiers qui mènent aux sources, admirer « cinquante sept busards, un sur chacun des cinquante sept poteaux de clôture du ranch El Tejon, par un matin de septembre favorable au mirage »
    Vous enfoncer sur les terres des indiens shoshone « Le pays du mouflon, du wapiti et du loup. »

    Tout est prétexte à émerveillement pour Mary Austin, tenez par exemple, le pré de son voisin, convoité, échangé, acheté, revendu, traversé d’un ruisseau, il finit un peu abandonné, la nature reprend ses droits « il est intéressant de voir cette reconquête d’un ancien territoire par les plantes sauvages que l’homme a bannies ». Le pré change de couleur au gré des saisons « Depuis le coeur de l’été jusqu’aux gelées la note dominante du pré est l’or clair, tournant à la teinte rouille de la bigelovie sur le déclin, une succession de couleurs plus admirablement réglées qu’un changement de décor au théâtre ».

    mojave_desert_4.jpg

    Canyons, sierras, mesa, sentiers sont son domaine mais les histoires des hommes aussi tels ses gardiens d’écluse en un pays où l’eau est un trésor. Attentive à la beauté, l'auteur observe et note avec précision en naturaliste passionnée. Ses récits dégagent une grande poésie, un certain lyrisme et un immense amour pour ce pays «  de rivières perdues, où il n’y a pas grand-chose à aimer ; et pourtant un pays vers lequel on ne peut que revenir une fois qu’on l’a jamais visité.  »

    Ecoutez son appel : « Venez donc vous qui êtes obsédés par votre importance dans l’ordre des choses, et qui ne possédez rien qui n’ayez obtenu sans peiner, venez par les sombres vallées et les collines charnues, jusqu’au pays des jours paisibles, et faites vôtres la générosité, la simplicité et la sereine liberté. »

    François Specq traducteur et préfacier dit du livre « magnifique célébration de la beauté sauvage », si vous aimez Edward Abbey ou John Muir, si Walden est un livre important pour vous, si vous avez aimé Elisée Reclus et son Histoire d’un ruisseau, alors Le pays des petites pluies ne vous décevra pas.

    Le livre : Le Pays des petites pluies - Mary Austin - Traduit de l’américain par  François Specq - Editions  Le Mot et le Reste 2011.

     

  • Lune de loups - Julio Llamazares

    Pour se remettre en mémoire le putsch raté de février 81 et revenir à cette terrible guerre d'Espagne..........

    lunedeloups.gif

    J’aime remonter dans mes souvenirs lorsque je lis, en ouvrant Lune de loups je me suis demandée quel a été le premier livre que j’ai lu sur la Guerre d’Espagne. Ce fut un roman de Michel del Castillo Tanguy vers 12/13 ans puis beaucoup plus tard vint Malraux (que je n’aime pas du tout, voilà c’est dit) puis bien sûr Hommage à la Catalogne d’Orwell
    Le sujet est toujours d’un grand intérêt pour moi et j’ai poursuivi mes lectures au fil du temps avec  Laurie Lee
    C’est à Thierry et Claude que je dois cette lecture et je suis heureuse de payer ma dette car ce livre est magnifique

    Ils sont quatre frères de combat en 1937, la guerre est presque perdue pour les républicains, ils ont pris le maquis dans la cordillère Cantabrique. Ils se sont réfugiés dans la montagne où ils savent pouvoir trouver nourriture, appuis, et échapper aux franquistes qui n’osent pas s’aventurer aussi loin, aussi haut.
    Ils veulent encore combattre à leur façon, Ramiro et son jeune frère Juan, Gildo et Angel le narrateur,  ils reviennent chez eux, sur leurs terres, là où ils connaissent les sentiers, les fermes, les granges, les caches possibles.
    Il faut inverser les habitudes " Le jour nous dormîmes cachés dans les fourrés. Et au crépuscule, lorsque les ombres commencèrent à s’étendre sur le ciel, affamés et fourbus, nous reprîmes la route. "
    Les grottes, les vieilles mines vont leur servir d’abris, ils échappent aux embuscades tendues dans les villages.

    monts_cantabriques_1.jpg

    Ils sont devenus invisibles même pour leurs familles qui en subissent les conséquences. Tout est dur, trouver de la nourriture, de l’argent, des armes, petit à petit les villages ferment leurs portes. La peur s’est insinuée partout " terrorisés, partagés entre la compassion qui les incite à nous venir en aide et la peur, chaque jour plus grande, des représailles. "
    La lutte se poursuit de saison en saison, d’année en année. Ils utilisent les éléments pour se soustraire à leurs poursuivants " le brouillard nous ensevelit dans un blanc mugissement "
    Qui pourrait résister à six hivers dans le froid, aux alertes au moindre bruit suspect, à l’humidité des caches "La grotte, malgré les plaques de tôles que nous avons apportées de la vieille baraque pour en tapisser la voûte et les parois, est humide et glacée."
    1937, 1939, 1943 : Combien de temps les hommes peuvent-ils tenir ?
    Ne plus faire partie de la communauté est insupportable, les frères et soeurs se marient, des enfants naissent, des parents meurent, il faut être toujours loin, toujours invisibles.

    Julio Llamazares réussi un récit où l’amitié, les convictions, le désespoir, la solitude, se donnent la main. Le récit est sombre, dense, d’une grande simplicité, les mots sont rugueux, ils ont le parfum du maquis.
    Certaines scènes vous resteront en mémoire longtemps.

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

    Le livre : Lune de loups - Julio Llamazares - Traduit de l’espagnol par Raphaël Carrasco et Claire Decaëns - Editions Verdier

    Pour poursuivre votre lecture des références de livres lus et d'autres que vous me signalez sur la guerre d’Espagne et le franquisme

    Voix du Pamano de Juan Cabré  chez Christian Bourgois lu Par JEA
    Le septième voile de juan Manuel de Prada chez point seuil  lu par Autourdupuits
    Les exilés de la mémoire de Jordi Soler chez 10/18 lu par Nadejda

    Et lus par Ivre de livres :
    Instants de guerre de Laurie Lee chez Phébus

    Les Soldats de Salamine de Javier Cercas chez Actes Sud Babel
    Le Crayon du charpentier de Manuel Rivas chez Gallimard folio

  • Avec Camus

    camus.jpg

    Le désir de grandeur, la nostalgie de la noblesse apparaissaient même dans le choix des choses qui l’entouraient. Sa réserve naturelle n’excluait pas son don de sympathie ; elle donnait à son noli me tangere une simple valeur de défense contre le banal et l’indigne et conférait encore plus de prix à son estime et à son amitié.(1)

     

    tipasa.jpg

    Tipasa

    Camus prolongeait Giono, que j'aimais, mais me rapprochait de de la Grèce et de Rome. De l'Afrique aussi. C'était le printemps, le soleil donnait, je vivais. Quand je fermais les yeux, je respirais l'odeur des absinthes dans les ruines de Tipasa (2) 


    J’ai dit que Camus fut heureux dans son métier d’éditorialiste. Devant certains portraits que l’on a pu tracer de lui , l’impatience vient de ce que les images de bonheur y sont par trop négligées. Or pour ceux qui l’ont connu, ces images restent en définitive les plus vives.
    Pour savoir ce que peut être un homme heureux, il faut sans doute avoir vu Camus devant la mer et dans le soleil, passionné par un match de football, ou ravi de se mêler aux danseurs dans un bal populaire. (3)

     

    camus.png

    Il pressent un avenir sombre, les hommes emportés par la fureur, « exilés dans la haine » contraints à « une étreinte mortelle » Ses articles parlent de réconciliation, de justice, de raison et de liberté. De solidarité aussi. Camus refuse de désespérer. Il appelle ses lecteurs à ne pas fuir ni à adorer l’histoire, cette force qui dépasse les hommes mais qu’ils doivent affronter en gardant les yeux ouverts.(entre guillemets : Lettre à un militant algérien. A Camus)(2)


    Les livres
    1 Albert Camus - Jean Grenier - Gallimard
    2 Camus ou les promesses de la vie - Daniel Rondeau - Editions Menges
    3 Avec Camus - Jean Daniel - Gallimard

  • Tout un homme - Jean Paul Wenzel

    Germinal n'est pas si loin

    lorraine.JPG


    Pendant des années ils ont fait le travail que personne ici ne voulait faire, pendant des années ils ont peiné, sué, souffert, été accidenté pour faire fonctionner des mines, des usines qui un beau jour fermeraient.
    Ils ont vécu pendant des années loin de leurs racines jusqu’à ce que petit à petit leurs racines changent de « pot ». Pendant des années ils portaient ce nom « immigrés » jusqu’à ce que leurs enfants détiennent une carte d’identité française.

    mineurs marocains.jpg

    Le collectif des mineurs marocains à Liévin aujourd'hui

    1963 Ahmed  laisse derrière lui la Kabylie, né d’un père Français musulman  il a juste 16 ans et va parce qu’il courre après les beaux yeux de Leïla se retrouver en Lorraine, au fond d’une mine. Il descend la peur au ventre « je n’avais pas encore commencé le travail et déjà j’étais en enfer ». Le travail de la mine est dur il est « incapable de dire un mot, incapable de penser, seulement tenir debout  ».
    La vie avance, le mariage avec Leïla, la naissance des enfants, les bons côtés de la mine, les fêtes, les copains, et le syndicat. Mais « Le déclin des mines a commencé et nos grèves désespérées n’y peuvent rien changer ! »
    Quand à la retraite il retourne en Algérie, il est un étranger dans son pays, un immigré ! il essaie de s’y construire une vie, mais c’est impossible et c’est Leïla qui a le dernier mot « Jamais je ne vivrais ici Ahmed (...) je suis et je reste française, définitivement ..Inch’Allah ! » et à la mort de sa femme il continue de partager son temps entre la Moselle et la Kabylie.

    1973 Saïd lui est marocain, un jour un bruit court « La France recrute des mineurs ». Vite direction Ouarzazate pour se mettre sur les rangs. Il s’agit là d’une quasi foire à l’humain, pesés, examinés, tripotés, et la promesse vertigineuse d’un salaire de 44 francs par jour !
    Saïd est retenu, il porte même un matricule, il reçoit le papier, « le sésame pour l’Eldorado ». C’est le bateau pour la France, direction Forbach en Lorraine où il va d’abord se former dans une mine-image, le matin il apprend le boisage, le forage et l’après-midi à lire et à écrire. Et il apprend Saïd « l’entraide, la hiérarchie, le monde souterrain, le vocabulaire de la mine, les mots en platt, le patois lorrain, plein de mots bizarres même pour un français. »  Mais la mine c’est aussi la peur, l’humidité, la poussière.
    1980 sa première grève pour obtenir le même statut que les mineurs français, une grève dure « Les mille trois cent mineurs marocains célibataires tiennent bon » et finissent par obtenir gain de cause.«  Nous les moins que rien, les couscous, les bougnoules, les immigrés, nous avions gagnés. » Amina sa femme restée au bled va pouvoir le rejoindre avec leur fils Samir. Les enfants grandissent, font des études, la retraite et une vie qui va se partager entre le Maroc et la France.

    Jean-Paul Wenzel  a écouté des dizaines d’hommes pour écrire ces deux histoires, Ahmed et Saïd n’existent pas vraiment mais ils sont un peu de chaque immigré venu ici pour subsister, pour faire vivre une famille, pour vivre une vie rythmée par le travail. Pour faire tourner les usines, les mines, les chantiers.
    A travers eux il donne un visage à ces hommes déracinés qui n’ont pas souvent l’occasion de faire entendre leur voix.
    Un beau et fort récit dont vous pouvez retrouver quelques voix dans cette vidéo car ce récit est aussi une pièce de théâtre, ce n'est pas l'écriture qui prévoit mais la vérité des hommes.

     

    L'auteur
    Jean-Paul Wenzel est . Né en 1947 à Saint-Etienne, il s'est intéressé au cours de sa carrière au quotidien, aux minorités, aux exclus.
    Il est l’auteur d’une quinzaine de pièces de théâtre. Il est aussi metteur en scène et comédien.