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A sauts et à gambades - Page 86

  • Des lectures classiques et renouvelées

    De plus en plus souvent je cherche à remplacer mes vieux livres de poche (très vieux parfois) par des éditions reliées,  les sites de livres d’occasion sont une petite bénédiction.

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    Bien sûr mon choix se fait sur les classiques indémodables et qui seront transmis un jour à mes enfants et petits enfants

    Ces acquisitions sont l'occasion d'une relecture 

     « à l'âge mûr on apprécie ou l'on devrait apprécier, beaucoup plus de détails, on repère des niveaux, on distingue des sens »

    « En relisant ce livre à l'âge mûr, il nous arrive d'y retrouver ces constantes dont nous avions oublié l'origine, et qui font désormais partie de nos mécanismes intérieurs. L'oeuvre littéraire possède cette force spécifique : se faire oublier est tant qu'oeuvre tout en laissant sa semence. »

    Le livre : Pourquoi lire les classiques - Italo Calvino - Editions du Seuil

     

     

  • La légende des montagnes qui naviguent - Paolo Rumiz

    Quand on est un peu accro à un auteur on saute sur tout ce qui parait, sans se poser trop de questions, par fidélité en somme.
    C'est ce qui m'a fait acheter ce livre et non seulement je n'ai aucun regret mais j'ai des petites étincelles dans les yeux.

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    Attention c'est un livre qui date un peu, enfin tout est relatif, mais quand même, les articles ont été écrit par P Rumiz pour les journaux dans les années 2003 à 2006. Mais qu'importe car ils mettent déjà l'accent sur les changements que connaissent les territoires de montagne, en Italie, en Suisse, en Autriche et en France. Et aujourd'hui les choses n'ont fait qu'empirer.

    Paolo Rumiz a entrepris un voyage de 7000 Km le long des Alpes et des Apennins, son voyage l'emporte du golfe de Kvarner jusqu'au bout de la botte italienne.

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    Golf et îles de Croatie

    Les Alpes pas de problème, je voyais bien les paysages, les lieux, les vallées, les sommets. Par contre les Apennins c'était plus nébuleux pour moi malgré plusieurs séjours en Italie ça ne me parlait pas vraiment.

    Mon regret ? Ne plus avoir sous la main l'équivalent du fabuleux atlas que j'avais enfant, celui du Reader Digest qui à l'époque m'a fait voyager partout, l'Europe était mon terrain de jeux et j'ai passé bien des heures penchée sur les doubles pages à la taille démesurée ( il faut dire que j'étais petite et gringalette ) je me suis vengée sur ma tablette.

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    Vous êtes prêt pour le voyage ?

    Un mot d'abord des moyens de circulation, à pied évidement, en vélo, et plus insolite en Topolino de 1954  « Sur le marché, c'est celle qui se rapproche le plus de la mule. » dit Paolo Rumiz 

    Tout commence dans les Alpes en Slovénie, surprenant voyage dans un pays qui n'attire pas l'attention et que les pages de Rumiz m'ont donné envie de découvrir même si le penchant des slovènes va plus vers les ours que vers les étrangers. 

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    On navigue, car c'est bien de navigation qu'il s'agit, entre le pays des loups, des ours et du miel, le Tessin italien, les sommets avec Walter Bonatti un guide idéal dans les Alpes ou Mario Rigoni Stern qui devait disparaitre peu après.

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    Walter Bonatti 

    Ce début de voyage m'a enchanté et a ravivé des journées en montagne, des cueillettes de fleurs, des photos de sommets, des vallées presque inconnues, des glaciers et de somptueux coups de soleil.
    Une belle randonnée dans les Alpes que j'ai parcouru au fil des années et le récit de Rumiz a réveillé bien des souvenirs pour moi.

    On croise des musiciens, des experts, des gardiens d'auberges de montagne, il est à Chamonix juste avant que ne soit décidé la réouverture aux poids lourds après la catastrophe du tunnel du Mont Blanc, entrainant la catastrophe écologique qui sévit aujourd'hui si vous avez écouté les dernières constations sanitaires sur la vallée de l'Arve.

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    Il évoque la catastrophe du Vajont en 1963 qui tua 2000 personnes et anéantit une partie de la Vénétie.
    Ces Alpes où la neige est de plus en plus rare, où les stations plongent dans un marasme économique et écologique.

    On croise Õtzi l'homme des glaciers découvert par Helmut Simon, avec autour de cette découverte un peu de ce qu'à connu chez nous la Grotte Chauvet et les enjeux médiatiques qui s'y rattachent.

     

     

    Les Apennins c'est différent, je ne me sentais pas en pays connu. Ces montagnes nécessitent la lenteur, la recherche d'une certaine harmonie. Les lieux ont été parfois saccagés, parfois épargnés, les témoignages sont là pour appuyer les propos. 
    Et puis les Apennins vivent encore dans l'ombre d'Hannibal.

    Traverser ces montagnes « sans croiser un gendarme ou une autoroute » cela tient d'une gageure. On peut lire les marques sur le paysage de la désertification, du manque d'eau, l'installation de la « grande peur climatique »

    Paolo Rumiz déniche une Topolino, datant de 1954. Un véhicule pour se faire instantanément des amis. La sienne prend l'eau, a des ratés mais avance vaille que vaille.

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    On s'enfonce dans « un labyrinthe aussi fascinant qu’infini » qui va des côtes ligures jusqu'au bout du bout de la Calabre.

    On navigue dans des villages déserts, uniquement habité de vieillards et de leurs auxiliaires de vie, Paolo Rumiz rivalise d'anecdotes pour faire oublier la tristesse des lieux.

    Vous pensez que cela va vous plomber le moral ? Et bien pas du tout, l'humour de l'auteur est là, et puis il y a ces personnages hors du temps qui enchantent le récit.
    Certains noms de lieu ne parlent pas à nos oreilles françaises et la magie d'internet est là pour combler le vide

     

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    « Vous verrez des merveilles. Des fleuves de lumière, des villages abandonnés, des maquis impénétrables, des cascades.»

    Un journal de voyage plein de surprises, sans GPS mais avec carte. Des sites hors des itinéraires touristiques, où la cuisine est savoureuse et les villages dépeuplés.

    Un livre par un écrivain de la lenteur, pour les fous de voyage, de montagne, de protection des territoires, d'écologie. 

    Pour clore ce billet je laisse la parole à Paolo Rumiz

    « Parti pour m'échapper du monde, j'ai fini, au contraire, par en trouver un autre : à ma grande surprise, mon voyage s'est transformé en révélation d'un univers vivant et secret. Je l'ai décrit avec rage et émerveillement. Émerveillé par la beauté fabuleuse du paysage humain et naturel, mis en rage par le pouvoir qui n'en tient aucun compte. »

     

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    Le Livre : La légende des montagnes qui naviguent - Paolo Rumiz - Traduit par Béatrice Vierne  - Editions Arthaud

     

     

  • Vive le vélocipède

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    « Monte Oliveto, avec ses jardins, ses vergers et ses vignobles est comme une oasis au milieu de cette désolation. Sur les collines en terrasses, les oliviers et la vigne poussent jusqu'à l'extrême bord du ravin. »

     

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    « Notre itinéraire nous faisait traverser le splendide Val di Chiana qui n'était plus pestilentiel comme à l'époque de Dante, mais frais et ravissant, baignant par endroits dans le doux parfum des clématites. Il n'y avait ni barrières, ni haies, et le vallon s'étendait entre les montagnes, tel un seul parc, vaste et délicieux. »

     

    Le livre : L'Italie à Vélocipède - Joseph et Elizabeth Pennell - Traduit par Matthieu Mas - Editions La Fosse aux ours

  • Faites des économies

    Adieu veau, vache, cochon, couvée…

    la fontaine

    C'est ma déception à la lecture du livre d'Erik Orsenna pour lequel comme Perrette j'avais un peu construit des châteaux en Espagne.

    Je savais que tous les livres de l'auteur n'étaient pas des chefs-d'oeuvre, que certains flirtent même allègrement avec la facilité, mais j'avais beaucoup aimé sa biographie de Le Nôtre et j'ai cru que La Fontaine allait donner des ailes à notre académicien.

    Et bien NON
    Je sais vous lirez sûrement des critiques louangeuses car il n'est jamais bon de se mettre un académicien à dos, et les ascenseurs marchent à la montée plus qu'à la descente, mais franchement là ça ne passe pas.

    Non content de mêler sa propre vie à celle de notre poète national, ce qui est déjà faire preuve d'une prétention sans égale, mais en plus choisir les histoires mille fois rabâchées là non. On le retrouve en courtisan fidèle de la Mitterandie et en Académicien drapé dans son habit. 

     la fontaine

    Et La Fontaine là dedans direz-vous ? et bien Erick Orsenna nous trace un portrait certes jamais faux mais tout juste esquissé, ça va vite, on saute les années, on prend des chemins de traverse, ce n'est pas une biographie c'est une course dans laquelle Orsenna tient le rôle du fameux lièvre. 

     

    la fontaine

    Certes on retrouve  l'écrivain de contes érotiques, le pourfendeur des hypocrites, l'ami de Fouquet, mais sans chair, sans épaisseur. Comment expliquer la proximité du La Fontaine des fables avec l'ami des messieurs de Port Royal par exemple ? 

    Il y a quelques passages bien troussés mais aussi hélas de très mauvais traits d'humour et jeux de mots qui non seulement tombent à plat mais ne sont vraiment ni digne d'un académicien ni bien sûr de l'auteur des fables
    Exemple parlant de l'enfance de La Fontaine " le petit Jean, continuant sa promenade, rêverait aujourd’hui devant les rhodos et les géraniums du Jardiland local. "
    Exemple à propos de l'arrestation de Fouquet et de la jalousie de Louis XIV : " Fouquet obscurcissait le Soleil Il fallait donc le mettre à l’ombre. "

    Le livre est court, oui ça vous pouvez le deviner, trop court peut être pour l'éditeur, alors on a droit aux principales fables en fin de volume ! 

     Bon voilà je me suis lâchée, parfois je m'interroge sur les livres que je n'aime pas : dois-je en parler ? le plus souvent je fais l'impasse parce que je ne veux pas perdre de temps à ça, mais là mon souci est de vous faire faire quelques économies.

     

    Si le poète vous intéresse il vaut mille fois mieux lire la biographie certes exigeante mais passionnante de Marc Fumaroli que l'on trouve en poche et puis bien sûr rouvrir vos fables.

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    Le livre :

    Le meilleur : Le poète et le roi - Marc Fumaroli - Le Livre de Poche

    Hélas : La Fontaine Une école buissonnière - Erik Orsenna - Editions Stock France Inter

  • Il n'y a pas que la rentrée littéraire

    Juste un petit billet pour signaler la sortie  de deux livres qui me tiennent à coeur parce qu'il n'y a pas que la rentrée littéraire nom d'une pipe !

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    Un roman, c'est mon préféré de l'auteur et il était devenu un peu difficile à trouver. J'ai fait à son propos une petite chronique sur ce blog que vous retrouverez ainsi que celle de keisha sur Lecture/Ecriture

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    Et un roman de Dickens, ben oui ! alors que ses romans traduits en français sont loin d'être tous disponibles 

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    Les Livres 

    Un conte de deux villes - Charles Dickens - Editions l'Arbre vengeur
    En lieu sûr - Wallace Stegner - Editions Gallmeister poche

  • Une Odyssée Un père, un fils, une épopée - Daniel Mendelsohn

    J'ai commencé l'été avec Homère et je le termine avec lui.
    Les lectures sont parfois faites de coïncidences, de croisements, de rebondissements.

     

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    Après avoir écouté tout l'été les chroniques de Sylvain Tesson j'avais ressorti l'Odyssée dans la traduction de Philippe Jacottet, celle que je préfère et de loin. Du coup je n'ai eu qu'un petit geste à faire pour la rouvrir lorsque j'ai entamé le dernier livre de Daniel Mendelsohn

     

    homère

    C'est toujours un peu inquiétant d'ouvrir le livre d'un auteur dont on a admiré, lu et relu l'opus précédent. Lorsqu'on a été emporté par un récit, que l'on a parlé du livre autour de soi pour le faire lire. 

    Et si ce titre qui vient de paraitre était une déception ?  Il vous faut quelques pages, mais quelques pages seulement pour savoir que non, vous ne serez pas déçu. Non le livre va tout naturellement trouver sa place dans votre bibliothèque, le plus difficile sera de décider où le glisser, comment le classer ……

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    Vous avez pu lire dans mon billet précédent les premières lignes de ce livre, c'est un petit clin d'oeil à la littérature grecque, ce type d'introduction porte le nom de proème nous apprend Daniel Mendelsohn, en quelques lignes l'auteur nous place au coeur du récit.

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    L'histoire du voyage d'Ulysse et de son retour vers Ithaque, l'histoire de Jay Mendelsohn âgé de 81 ans, qui a été ingénieur en aéronautique et  enseignant en informatique et qui va comme tous les étudiants du séminaire mené par son fils, s'immerger dans l'oeuvre du barde mythique.

    Quand je dis "comme tous les étudiants", ce n'est pas tout à fait vrai car malgré la promesse faite à son fils de rester silencieux, Jay Mendelsohn va mettre son grain de sel dans l'affaire.

    Surtout parce qu'il n'aime pas Ulysse, il lui dénie l'appellation de héros. Jay Mendelsohn est un adversaire résolu du mensonge ce qui le rend hostile à Ulysse le menteur divin.

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    Ses positions trouveront parfois un appui auprès des étudiants, parfois seront en opposition frontale à celles de son fils au point de perturber quelque peu les cours.

    Les étudiants s'amusent mais aussi profitent des échanges et les interruptions du vieil homme finissent par faire naitre discussion et réflexion.

    La lecture du poème homérique devient très concrète, plus riche, l'interprétation du fils est remise en cause, discutée à travers des souvenirs partagés entre le père et le fils.

    Après le séminaire, père et fils vont s'embarquer pour une croisière en Méditérrannée pendant dix jours sur les traces d'Ulysse. Il y a des scènes étonnantes et jubilatoires pendant cette croisière qui va mettre au jour des liens entre père et fils, l'occasion pour l'un et l'autre d'exprimer amour, exaspération, surprise ou colère.

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    Daniel Mendelsohn est un professeur compétent, sérieux mais pour notre plus grand plaisir il joue avec sa spécialité, avec la langue grecque.

    Mimétisme est un mot grec, normal alors que la composition du livre soit l'occasion pour Mendelsohn de s'amuser à suivre les "circonvolutions dans le temps et dans l'espace " comme dans la littérature grecque. Parce qu'il s'amuse avec le lecteur, imbriquant pour notre plus grand plaisir, analyse littéraire, aperçu de ce qu'est un séminaire, et l'histoire familiale, l'histoire de ce père si proche et si lointain. Créant chez le lecteur cette sensation de circularité.

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    Pénélope par Bernard Buffet

    Le mélange entre analyse de l'oeuvre et souvenirs familiaux est parfaitement réussi, le tissage est serré, des thèmes comme celui du lit nuptial qu'Ulysse a construit, qui lui permettra de se faire reconnaitre de Pénélope, trouve un bel écho avec ce lit construit des mains de Jay et sur lequel il va encore coucher lors de sa venue chez son fils à l'occasion du séminaire.
    Un lien indéfectible entre père et fils comme il est lien dans l'épopée entre Ulysse et Pénélope.

     

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    Ulysse et les prétendants

    Il y a beaucoup d'émotion dans ce livre, quelques mois après le séminaire Jay Mendelsohn a fait une chute qui a entrainera son décès. 

    Ce livre est comme le Kaddish que le fils prononcerait sur la dépouille de son père, le séminaire et la croisière furent l'occasion de faire la paix. 

    Une Odyssée est un livre où l'on apprend beaucoup sur Homère et son oeuvre mais plus encore sur les liens qui unissent parents et enfants.

    On retrouve dans ce livre toute la tendresse dont est capable Mendelsohn, l'érudition qui est la sienne qu'il cache parfaitement bien pour ne pas gêner le lecteur. 

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    Les Mendelsohn Père et fils

    Ce récit très personnel est totalement intemporel et peut parler à tous. 

    Un livre à offrir à vos parents ou à vos enfants comme le trait d'union d'une génération à l'autre.

     

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    Le Livre : Une Odyssée, un père, un fils, une épopée - Daniel Mendelsohn - Traduit par Clotilde Meyer et Isabelle Taudière - Editions Flammarion