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Histoire - Page 19

  • Dans l'ombre des Tudors Le Conseiller - Hilary Mantel

    Une saga pour l'été

     

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                            la série

     

    Voilà je suis prise au piège d’une série qui sera en trois volumes et telle que vous me voyez, je piaffe déjà d’impatience à attendre les deux autres volumes !

     

    Comme beaucoup d’entre vous j’ai vu et apprécié la série des Tudors, de la passion, du sang, des complots aussi je me demandais si j’allais accrocher à ce roman qui se situe au même moment, qui met en scène les même personnages ?

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                La cour d'Henry VIII

     

    Remettons les choses en place, le héros ici n’est pas le roi Henry VIII ni aucune de ses femmes mais Thomas Cromwell.

    C’est lui qui sera le héros de cette saga, c’est par ses yeux que nous approchons de la cour et par ses réflexions que nous comprenons les imbroglios, les questions politiques, les incertitudes religieuses. 

    Vous apprendrez comment Thomas Cromwell qui fut battu sans relâche par son père devint le conseiller privilégié du Cardinal Wolsey,  comment ce gamin malmené devint un fin politique, comment se fils de forgeron sut se rendre indispensable au roi,

    A 15 ans il a fui ce père violent, arpentant l’Europe il a appris les langues étrangères, a réussi à gagner sa vie avec le commerce. Il s’est fait une opinion sur la religion, les prêtres, et la réforme qui travaille l’Europe trouve en lui un écho favorable.

     

    Tout au long du roman il va louvoyer, tracer son chemin, éviter les pièges que lui tendent Thomas More son ennemi juré ou la famille Boleyn.

    Manipulateur, ambitieux, il va placer ses pions et changer par ses conseils le cours de l’histoire. Je vous fais grâce des aventures amoureuses d’Henry VIII tout le monde les connait, ici c’est l’arrière cour que nous voyons, les coulisses d’une pièce de théâtre à la Shakespeare et l’accession au pouvoir de Thomas Cromwell.

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                      Son portrait par Hans Holbein

     

    Et bien oui, mille fois oui, j’ai aimé ce roman grâce à l’écriture d’Hilary Mantel, grâce à son habileté extraordinaire pour donner au plus petit des personnages une vie, une épaisseur, grâce à son savoir faire qui donne puissance et vérité au récit. Un roman historique qui vous ferre dès les premières pages et que vous ne lâchez qu’à regrets.

    Elle a l’art des retours en arrière très réussis, elle nous fait passer d’une période à l’autre sans jamais perdre son lecteur. 

    Ses portraits sont excellents et j’ai ainsi découvert un Thomas More violent, aimant torturé et se flageller, vitupérant contre les hérétiques, loin de l’image de tolérance que j’avais tendance à lui attacher. 

    L’auteur sait à merveille mêler petite et grande histoire, faits réels et faits imaginés, sa façon de faire parler Thomas Cromwell comme en aparté tout au long du roman, est un peu surprenante au début et puis très vite on est pris au jeu.

     

    HilaryMantelrose_2368034b.jpgAvec ce roman Hilary Mantel a remporté le Booker Prize et c’est bien mérité. Si vous aimez l’histoire et les romans au grand souffle ce livre doit prendre place dans votre bibliothèque ou votre liseuse.

    Photo: DAVID ROSE

    Le livre : Dans l’ombre des Tudors Tome 1 : le Conseiller - Hilary Mantel - Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau. Editions Sonatine numérique

  • Dans le jardin de la bête - Erick Larson

    Berlin 1933

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    Depuis très longtemps je lis autour de la Seconde Guerre mondiale, que ce soit des biographies, des romans ou des essais historiques. 

    Dans ses « voyages dans le Reich » Oliver Lubrich avait évoqué le témoignage d’une fille d’ambassadeur qui avait attisé ma curiosité.

    Le livre d’Erik Larson a été la façon parfait d’en savoir un peu plus sur les débuts du nazisme et surtout sur le regard porté sur le phénomène par les américains.

     

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    1933 William Dodd est nommé ambassadeur à Berlin, il y restera jusqu’en 1937. Il n’est pas du tout issu de la classe politique dirigeante, c’est un universitaire tranquille, historien de formation, sa parfaite connaissance de la langue allemande à joué en sa faveur mais disons le il devient diplomate par hasard et au pire moment. 

    Il part à Berlin avec sa femme, son fils et sa fille Martha, une belle jeune femme de 28 ans.

    Le livre d’Erik Larson va nous restituer l’ambiance qui règne alors dans l’entourage de Roosevelt où l’antisémitisme n’est pas absent. Il va nous brosser un tableau qui s’assombrit au fil du temps des relations entre le personnel de l’ambassade américaine et les dignitaires nazis

    L’évolution va être lente pour William Dodd, tout d’abord sceptique quant aux exactions allemandes il reste d’une neutralité et même d’une grande bienveillance envers les nazis.

    Il a beaucoup de mal à croire aux rapports qui s’accumulent sur sa table de travail. 

    Martha, elle, est totalement séduite par ce nouveau régime, elle s’affiche en compagnie de Rudolph Diels alors chef de la Gestapo.

     

     

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    Autodafé  Mai 1933

    Ce gros livre se lit comme un roman policier, on a peine à croire à l’aveuglement dont on sait pourtant aujourd’hui toute la réalité.

    Au crédit de William Dodd mettons que ses yeux se désillent après la Nuit des longs couteaux, ses messages à la Maison Blanche sont de plus en plus pressants et de moins en moins complaisants. Il alerte sur les intentions d’Hitler de sans doute se débarrasser de tous les juifs. 

    Roosvelt et le gouvernement américain font la sourde oreille et acceptent sous la pression des allemands de rappeler l'ambassadeur.

     

    Erik Larson a réussi un excellent livre basé sur un important travail de recherche. Les notes envoyées par l’ambassadeur, le journal tenu par Martha ont été largement utilisés. Il parvient à nous faire pénétrer au plus près de ceux qui auraient pu encore à ce moment là éviter le pire à l'Europe. 

    Le contraste est saisissant entre William Dodd, homme de principes, droit, qui peu à peu perd ses illusions, et sa fille qui papillonne d’amants en amants jusqu’à tomber dans les bras d’un espion soviétique.

    L’atmosphère du Berlin de cette époque est parfaitement restitué,  de l’insécurité régnant dans les rues, de la peur qui monte même parmi l’élite, à la vie trépidante et joyeuse des  des nazis en place.

     

    C’est un livre passionnant et utile que je vais ranger aux côtés de celui d’Oliver Lubrich et d’Erika Mann.

    Pour finir de vous convaincre lisez les billet de Keisha ou Clara 

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque 

     

     

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    Le livre : Dans le jardin de la bête - Erik Larson - Traduit par Edith Ochs - Editions du Cherche midi

  • Quattrocento - Stephen Greenblatt

    Tout d'abord un grand merci à l'amie qui m'a offert ce livre en version numérique ce qui m'a permis de le trainer avec moi sans aucun effort. 

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    Toujours s’est posée la question : comment est-on passé du Moyen-Age à la Renaissance?

    Et si ce passage était lié aux livres ?  et plus spécialement à un livre ? 

     

    Si l’on fait un retour en arrière vers cette époque il faut se rappeler que l’imprimerie n’est pas encore inventée et que les manuscrits tiennent le haut du pavé. L’art de la copie est difficile, entaché d’erreur, seuls sont copiés les manuscrits qui se vendront bien. 

    A l’aube du XV ème siècle un homme parcours les routes, les monastères à la recherche de manuscrits anciens, de ceux qui donnent accès aux textes de l’antiquité. Il s’appelle Poggio Bracciolini mais nous le connaitrons plus tard comme Le Pogge

     

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    Qui est-il ? C’est un bibliophile acharné, c’est un laïc qui a mis ses nombreux talents au service des Papes de son temps, et pas un Pape, non il en servira cinq !! 

    Cet homme qui se fraye un chemin dans l'ambiance délétère de la Rome de la Renaissance, est intelligent, un rien dépravé, tout à fait corrompu,  facétieux et grivois, amateur de femmes et de bons mots. 

    Mais par dessus tout c’est un humaniste qui guette, cherche, déterre les manuscrits latins que les moines copient au fond des monastères sans parfois comprendre ou lire le texte lui même, grâce à lui « surgissait de nouveaux fantômes du passé romain. » 

     

    Participant au Concile de Constance en Allemagne, la chance va lui sourire, il va copier un manuscrit le « De rerum natura » de  Titus Lucretius Carus que nous connaissons sous le nom de Lucrèce.

    Le Pogge « se doutait-il que le livre qu’il remettait en circulation, participerait le moment venu au démantèlement de tous son monde ? »

     

     

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    Ce livre va montrer « la façon dont le monde a dévié de sa course pour prendre une nouvelle direction. » il va insuffler de nouvelles façons de penser, il va faire l’effet d’une bombe dans un univers limité et contrôlé par l’Eglise. 

    Il est question d’atomes, d’infini sans Dieu. La religion y est assimilée à la superstition, l’amour et le plaisir sont liés, le bonheur de vivre en est le centre.

    Un livre pour soigner l’angoisse de l’homme, pour magnifier la liberté, pour enseigner une sagesse tragique.

    « Un poème alliant un brillant génie philosophique et scientifique à une force poétique peu commune. Une alliance aussi rare à l’époque qu’aujourd’hui. »

    Le poème de Lucrèce dont Flaubert plus tard dira «  Les Dieux n’étaient plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été. »

     

     

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    Il va influencer les arts, Boticelli lui doit sa Vénus, Giodarno Bruno y trouvera les thèses qui l’enverront au bûcher, Machiavel lui doit sa réflexion sur le pouvoir. Copernic et Galilée y trouveront de quoi nourrir leur science, Shakespeare le mettra dans ses pièces de théâtre comme Molière, Montaigne en fera son livre de chevet au point de citer Lucrèce plus de cent fois tout au long des ses Essais.

     

    Montaigne laissa des commentaires manuscrits sur son exemplaire que l’on a retrouvé en 1989 « Puisque les mouvements des atomes sont tellement variés, était-il écrit, il n'est pas inconcevable que les atomes se soient un jour assemblés d'une façon, ou que dans l'avenir ils s'assemblent encore de la même façon, donnant naissance à un autre Montaigne ».

     

    Plus près de nous Thomas Jefferson reconnaissait l’action de ce livre en cas de difficulté « Je suis obligé de recourir finalement à mon baume habituel ».

     

    250px-StephenJayGreenblatt.jpgStephen Greenblatt trace le parcours des livres antiques, les moments où on a pu les considérer comme perdus, ce qui les a sauvés, les manoeuvres de l’Eglise pour mettre Lucrèce sous le boisseau, la résurgence et le poids des textes sur l’évolution de la pensée, des sciences et des arts. 

    Son tableau de la papauté en ce temps là est tout à fait réussi « Le Pape était une crapule mais une crapule cultivée qui appréciait la compagnie des érudits » et ....sans concession.

    Ce livre a obtenu le Prix Pulitzer et c’est bien mérité, un livre prestigieux, passionnant qui se lit comme une enquête policière qui porterait en sous-titre « à la recherche d’un manuscrit » 

    Stephen Greenblatt est érudit au point de pouvoir disparaitre derrière l’érudition, son livre fait revivre cette période avec fougue, il nous pose les clés de l'antiquité sur un beau coussin de velours. 

     

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    Le livre : Quattrocento - Stephen Greenblatt - Traduit par Cécile Arnaud - Editions Flammarion version numérique

  • Le monde des mots - Anne Cuneo

    La passion d'une langue

     

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    John Florio ce nom vous dit quelque chose ? Je dois avouer qu’avant de lire ce livre j’étais comme vous.

    Pourtant voilà un européen humaniste du temps de la Renaissance que l’amour des mots commande de connaître.

     

    1553 L’Angleterre de la reine Marie la sanglante, après les turpitudes d’Henry VIII elle a repris le pays en main et s’acharne à supprimer les protestants. 

    Pauvre Michelangelo Florio, prédicateur qui croyait avoir trouvé asile en Angleterre pour fuir les prisons de l’inquisition italienne. Il doit fuir à nouveau avec sa famille. 

    Le fils John va suivre des études à Tübingen où on espère le voir suivre les traces de son père. Il a une connaissance parfaite de l’italien, normal avec un père italien, il parle anglais normal sa mère est anglaise, ajouter suffisamment de français pour se donner bel air et voilà le parfait homme de son époque.

     

    Là où le destin va être malicieux c’est qu’il va transformer pour John Florio l’amour des langues en outil de travail et en gagne pain.

    Il va devenir l’homme d’une langue : l’italien qu’il va essaimer dans toute l’aristocratie anglaise, des familles lui confient leurs enfants, des pères mettent leurs fils sous sa garde. Pour eux il va collecter des mots, des phrases, des proverbes, de petits récits jusqu’à en faire pour la première fois un outil pédagogique. Tout y est, la vie quotidienne, les métiers, les expressions usuelles, tout pour que l’apprentissage soit aisé. Il est convaincu que la langue parlée vaut toutes les grammaires.

     

     

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                                          Le Globe 

     

    C’est la réussite, le bouche à oreille fonctionne et bientôt John Florio est reconnu, sollicité par les plus grands il peut avec ses cours faire vivre sa famille. 

    Pour être parfaitement à l’aise partout il lui faut parfaire son anglais et où mieux qu’au théâtre ? Il prend des leçons du meilleur, Will Shakespeare et fréquente le fameux théâtre de John Burdage et il a « un pied sur chaque rive » il devient «  un intermédiaire entre l’Italie et l’Angleterre, qui est vite devenue ma vraie patrie ».

    Il va côtoyer tout ce que l’Angleterre compte d’écrivains, de médecins, de philosophes, de savants. Certains sentent le soufre comme Giordano Bruno d’autres deviendront des amis sûrs dans ces temps d’effervescence culturelle.

     

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                          Florio et ....Shakespeare (enfin presque)

     

    Son don des langues s’étendant au-delà de l’italien il va progressivement être solliciter par les grands du royaume, le genre de proposition que l’on ne peut pas refuser, et il va petit en petit traduire des lettres, des libelles, des documents secrets…bref être un peu espion

    L’imprimerie se développe à grands pas et John Florio va en profiter, il édite un manuel d’italien qui porte le joli nom de  Premiers fruits  puis plus tard grâce à l’aide de mécènes généreux il va publier le premier dictionnaire Italien- Anglais qu’il baptise  Le monde des mots  et qui comporte déjà 75.000 entrées !!!

     

     

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                             photo du site d'Anne Cuneo

     

    Il lui reste à franchir une étape de plus en devenant traducteur. Il assure la traduction du Décaméron de Boccace et il est le premier traducteur des Essais de Montaigne car dit-il :

    « Par rapport à l’original, un texte  traduit n’est rien sinon ce que le dessin est à la nature, le portrait à l’original, l’ombre à la substance » 

     

     

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    Comme dans ses autres romans Anne Cuneo, grâce à son érudition, rend le récit très vivant, très riche tout en respectant la vérité historique. 

    Quelle aventure que ce livre, je l’ai ouvert et je dois dire que mes rendez-vous avec John Florio se sont accélérés. J’ai ressenti un énorme plaisir à entrer ainsi dans cette époque tourmentée et j’ai suivi la trajectoire de John Florio avec grand intérêt,  un homme que j’aurais aimé, comme disait Mme de La Fayette, "avoir pour voisin".

     

    Un mot de l’auteur

     

    Le livre : Un monde de mot - Anne Cuneo - Editions Bernard Campiche 2011

  • La Peur -L'antisémitisme en Pologne après Auschwitz - Jan T Gross

    Chers voisins : quand ils se font bourreaux

     

    Un sujet grave et diffcile, celui de l’antisémitisme en Pologne après la Seconde Guerre mondiale. La Pologne a perdu 90% de sa population juive et rares sont les survivants qui sont revenus se réinstaller dans leur pays d’origine. Quand ils reviennent ils sont accueillis non seulement froidement mais avec une réelle animosité. 

    Ces personnes qui viennent de passer des mois en camps de concentration ou en exil en URSS, qui ont pour la plupart perdu toute leur famille, sont à nouveau victime d’antisémitisme.

     

    Et l’incroyable se produit, alors que chaque famille polonaise eût à souffrir de l’occupation nazie, une hostilité se manifeste à l’égard des juifs survivants. 

    Il va y avoir plus de juifs tués après la fin de la guerre qu’avant celle-ci. Des pogroms eurent lieu dans plusieurs villes, presque en toute impunité. Ce qui paraît impossible et impensable a pourtant lieu. Il y eut sans doute plus d’un millier de victimes dans tout le pays.

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               La ville de Kielce aujourd'hui

     

    Lorsque l’on cherche les causes de ce déferlement de violence la première raison invoquée est un soi-disant soutien apporté par les juifs au communistes lors de l’invasion d’une partie de la Pologne par l’URSS en 1939.

    Cette explication est largement insuffisante  « Il est surprenant que les tenants de cette explication, prompts à dénoncer l’accueil chaleureux que les Juifs réservèrent prétendument aux Soviétiques en 1939, n’évoquent jamais la joie que manifesta une frange de la population lors de l’arrivée des nazis, dans l’est du pays, en 1941… »

     

    Jan Gross pense qu’une « des racines fondamentales du conflit entre les Polonais et les Juifs après la guerre, était l’appropriation illégale de biens appartenant à des Juifs pendant la guerre. »

    Un peu partout des pillages avaient eu lieu lors de la déportation des familles juives, vols et pillages souvent perpétrés par ....leurs voisins. Des polonais occupèrent les appartements et des maisons des Juifs Polonais déportés, certains même passèrent de spectateur à délateur auprès des autorités nazies.

    Après guerre des questions se posaient « qui s’était enrichi au dépens des juifs et dans quelles proportions ? » d’ailleurs l’administration n’avait pas été en reste dans cette main mise sur des biens juifs.

     

    En juillet 1946 à Kielce un jeune garçon de 8 ans fugue pour aller rejoindre des amis à quelques kilomètres, il rentre le soir même à son domicile mais le lendemain le père porte plainte accusant les juifs d’être à l’origine de l’enlèvement de son fils.

    La foule se rassemble, un homme juif est suspecté, des immeubles sont perquisitionnés sans rien trouver et tout dégénère.

    La foule s’arme de barre de fer, de pierres, des juifs sont défenestrés, des coups de feu sont tirés.

     

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               Les victimes

     

    Les personnes hospitalisées ont peur de représailles et craignent une attaque de l’hôpital par la foule.

    « Tout au long de la journée, dans toute la ville, des hommes en uniforme, des soldats, des policiers, des scouts des cheminots, poursuivirent, agressèrent, frappèrent et tuèrent des Juifs »

    Le Parti communiste avait tout à gagner aux dissensions entres les communautés, le PC local suggéra après le pogrom que « l’on crée une institution pour faciliter le départ des Juifs de Pologne »

     

     

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                     Les blessés 

     

    L’Eglise catholique quant à elle ne trouva pas nécessaire de s’adresser à ses fidèles par une lettre pastorale et en réponse à 9 journalistes étrangers qui l’interrogeait, le Cardinal Hlond précisa « J’ai enquêté sur les faits et je n’ai pas découvert d’éléments justifiant la publication d’une lettre ». Plus tard il y eu une condamnation vague pour les « violences » commises, sans pour autant parler de pogrom ou de juifs.L’Eglise ferma les yeux une nouvelle fois.

    Pas d’éléments ?  43 personnes furent tués ce jour là à Kielce.

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                      La population juive après le pogrom

     

    Jan Gross livre une étude extrêmement précise et détaillée du pogrom de Kielce qui eût lieu le 4 juillet 1946 et d’une façon générale de la vague de violence qui se produisit, des réactions officielles, des mesures prises ou plutôt l’absences de mesures. 

    C’est un livre d’historien, tout est passé au crible, les documents policiers de l’époque, les enregistrements des témoignages, les interrogatoires des polonais spectateurs ou acteurs. Il montre les réactions de toutes les instances. : administration, Parti Communiste Eglise catholique, justice.  « Là où il devrait y avoir une culpabilité et une honte absolues il n’y a qu’un silence gêné »

     

    115926.jpgJan Gross est américano-polonais ce qui lui donne une crédibilité certaine. Il fut la cible de procès en Pologne pour diffamation et incitation à la violence ! Les charges furent finalement abandonnées.

    Il a publié un livre qui porte pour titre Les Voisins, porte sur les réactions du village Jedwabne dans lequel en 1941, les Polonais, inspirés par les Allemands, ont brûlé des centaines de juifs. 

     

    Pour moi un livre utile « Un livre écrit avec passion par un auteur engagé » qui a le mérite d’informer sur des faits passés sous silence. Comme dans de nombreux pays occupés, comme en France, comme dans les Pays Baltes, il est bon que des livres comme celui-ci paraissent. Ce n’est pas en niant le passé que l’on peut en éviter le retour. Ce n’est pas en niant l’antisémitisme qu’on le fera disparaître.

     

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    Le livre : La peur - L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz - Jan T Gross - Editions Calmann-Lévy

     

  • Voyage d'un européen à travers le xx ème siècle - Geert Mak

    L'Europe l'Europe l'Europe 

     

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    Sur le thème de l’Europe il est bon de commencer par l’histoire. Quand elle est vue par un journaliste on s’éloigne des livres lourds et un peu ennuyeux pour plonger immédiatement dans un reportage large, embrassant le siècle. 

    Le voyage s’ouvre avec l’ Exposition universelle de 1900 et se ferme en 1999 à Sarajevo. Geert Mak entre temps aura porté ses pas sur les bords de la Sprée, du Danube, de la Seine, bref dans la plupart des villes européennes témoins des événements qui ont fait le turbulent XX ème siècle.

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                       Du Verdun d'aujourd'hui 

     

    Il observe les traces d’hier dans les villes d’aujourd’hui, il s’intéresse aux bibliothèques, aux cafés, aux tracteurs dans les champs, aux passagers des trains. Il cherche les fils qui relient une capitale à un coin de campagne, qui tissent un réseau très fin entre les nations, les personnages et les guerres.

    Il arpente d’anciens champs de batailles, des villes martyres, des camps de funeste mémoire, des tranchées de la Grande Guerre à Check Point Charly, de la ligne Maginot aux Pays Baltes.

    Tout est bon pour enrichir ce parcours, les récits autobiographiques, les coupures de journaux. Il interroge, interviewe. On croise des poètes, des écrivains, des historiens, il mêle les témoignages rares à l’histoire connue de tous.

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                        Aux forêts de Lituanie © Miriam Panigel

     

    Il brosse à la fois le destin collectif des peuples et les destins individuels, ceux de héros inconnus qui ont tenté un jour d’aider leur prochain y laissant parfois la vie, ceux qui ont subi les événements sans pouvoir s’y soustraire comme ce petit fils de Guillaume II,  réfugiés, exilés, population sous les bombardements à Londres ou à Dresde. Ceux qui ont fait preuve de courage comme ces journaliste du Münchner Post qui tinrent tête à Hitler.

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                               De  Guernica 

    Ce qui rend le livre passionnant c’est que la rigueur et la méthode se cachent sous les raccourcis qu’il prend, les chemins de traverse qu’il emprunte,  en voici quelques exemples pour vous mettre un peu l’eau à la bouche :

     - A Sarajevo en 1914 voyez l’Archiduc François Ferdinant

    « Dans le col de l’uniforme qui est à droite, on distingue près de l’étoile de général, un petit trou de quelques millimètres. C’est tout. »
     

    - Le voyage de retour vers la Russie d’un Lénine qui fait ses premières armes au pays de la bureaucratie en  décidant qu’il est interdit de fumer sauf aux toilettes et tant pis pour les embouteillages à la porte 

    « Lénine résolut le problème en instituant des laissez-passer : les fumeurs eurent un laissez-passer de deuxième catégorie, les autres un laissez-passer de première catégorie. »

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    A Moscou 

     - Une visite du Berlin de l’entre-deux guerres où se regroupent des réfugiés de toutes provenance
    « Quand les chauffeurs d’autobus s’arrêtaient près de la Bülowstraße, ils s’écriaient : « Russie !» La ville comptait vingt librairies russes.»
     

    - Un cimetière enneigé de la banlieue de Linz en Autriche, Geert Mak est à la recherche d’une tombe
    « Voilà que je tombe dessus, d’un seul coup. Et fait étrange, ce n’est pas du contentement que j’éprouve, mais de la peur. La pierre, ornée d’une grande croix noire, penche un peu. Sur la fosse s’élève un énorme sapin. Les petits portraits en émail des défunts ne sont que trop connus. Alois Hitler (...) Frau Klara Hitler » 

    - Ou encore cette crèche épatante et vide
    « Dans les placards de la crèche les petites chaussures d’enfants sont encore dans la position où elles ont été laissées il y a treize ans » nous sommes à Pripiat, à quelques kilomètres de Tchernobyl le « Pompéi du vingtième siècle »

    Lecteur pressé passe ton chemin, ici on s’arrête sur des détails, des personnes que la célébrité ne touchera jamais, ce sont mille pages où les langues se mélangent, où l’on entend la voix des sans grades et de leur famille.

    On ressort assez estomaqué par la très large culture de l’auteur, sa connaissance de l’histoire : quelle leçon !

     

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                                      ou à la chute du mur de Berlin 

     

    L’auteur de ce livre indispensable nous dit que l’espace économique européen est insuffisant, qu’il faut y ajouter la culture, la coopération, la solidarité, des projets en commun. Qui peut en douter aujourd’hui ?

     

    Ce voyage c’est notre histoire et en cette période agitée où la destinée de l’Europe est interrogée, lisez Geert Mak !!

     

    L'avis tout aussi enthousiaste de Luocine 

     

    Le livre : Voyage d'un Européen à travers le XXe siècle - Geert Mak - Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham - Editions Gallimard