01.11.2010
En Sibérie - Colin Thubron
En Sibérie - Colin Thubron - Traduit de l'anglais par Katia Holmes - Editions Hoëbeke
La Sibérie: « Une austère beauté, une peur indélibile » Voilà les premiers mots de de récit de voyage qui conduit Colin Thubron d’ Iekaterinbourg, où furent exécutés les derniers Romanov dans la maison Ipatiev, aux confins de la Kolyma où périrent des millions d’hommes.
« Mon voyage va courir après cette étendue qui couvre sept fuseaux horaires et un tiers de l’hémisphère Nord »
C’est ce gigantisme qui l’attire, les étendues blanches et glacées, les fleuves parmi les plus grands du monde, un pays « ayant toujours servi de poubelle pour les criminels »
En pérégrin expérimenté il utilise tous les moyens de transport, du Transibérien aux avions brinquebalants, et lorsque l’essence manque il paie de sa personne et erre à pieds sac au dos et profite de la liberté offerte par la chute du communisme (on est en 1999) « C’était la première fois dans l’histoire de la Russie qu’un étranger pouvait se balader en Sibérie à son gré. »
Quelques noms égrenés au fil du voyage : Omsk où « Un siècle après Dostoïevski, Soljenitsyne était passé » , Novosibirsk sur la route qui relie l’Oural au Pacifique où « Il plut nuit et jour quand Tchekhov fit le long voyage de Sakhaline »
Akademgorod qui fut un temps la capitale des cerveaux scientifiques de l’Union Soviétique et d’autres lieux où Colin Thubron nous invite grâce à sa connaissance de l’histoire de la Russie : la vallée de Pazyryk dans l’Altaï, haut lieu de la civilisation Scythes, ce mystérieux peuple chanté par Hérodote.

Feutre provenant d'une tombe de Pazyryk
Kyzyl où s’élève un obélisque marquant le coeur de l’Asie, Krasnoïarsk la cité admirée par Tchekhov que traverse l’Ienisseï et de là tout droit vers Doudinka et l’Arctique à bord d’un vapeur « Nous entrons dans un vide doré. Je me dis : voilà la Sibérie originelle — insaisissable, infinie — celle qui s’attarda au fond des yeux des premiers voyageurs, tel un inconscient géographique. Son apparente vacuité était une page blanche offerte à l’écriture »
Au gré de ses rencontres il pénètre dans la taïga avec un chasseur de bernaches et de rennes « De jour j’avais trouvé la taïga silencieuse, baignant dans une lumière verdâtre et une paix de cathédrale. Mais ce vide n’était qu’une absence d’humains. La forêt bruissait de toute la vie inquiète qui la peuplait : des lynx, des cerfs, des renards. »
Le Baïkal aux allures d’océan, Irkoustk où l’on suit la trace de Iekaterina Troubetskaïa et Maria Volkonskaïa, princesses qui choisirent de suivre leurs maris exilés par le Tsar.
S’enfonçant toujours plus profondément, Colin Thubron atteint le Pacifique, la frontière avec la Chine, le fleuve Amour et Iakoutsk pour terminer à Magadan, confins géographiques et humains de la Kolyma terre de désespoir où le froid est tel que « votre haleine gèle aussitôt, elle forme des cristaux qui tintent en touchant le sol avec un léger bruit surnommé le murmure des étoiles »
Là s’achève le voyage de Colin Thubron, une terre de douleur pour des millions d’hommes et dont il dit magnifiquement « Comment supporter ne serait-ce que la pensée des plaintes qui pourraient s’élever de cette terre »

C’est un voyage extraordinaire, mais tout l’art de Thubron est de savoir, non seulement nous décrire cette démesure, ces paysages splendides dans un style d’une très grande élégance, mais surtout de savoir à merveille parler de ses rencontres, des personnages qui traversent ce livre : Un descendant de Raspoutine, le gardien d’un musée totalement vide, des fonctionnaires attendant un salaire qui ne vient pas, un archéologue oublié de tous, des vieux croyants Ermites dans la Taïga, les derniers juifs d’une communauté installée par le Stalinisme et aujourd’hui disparue.
Ses interviews très vivants, parfois très émouvants sont le fruit d’une culture immense, d’une chaude empathie qui lui permettent de nous porter à la rencontre de ces hommes et femmes, héros ou victimes tous en attente d’un avenir très incertain.

L'itinéraire de Colin Thubron
C’est mon troisième voyage organisé par Colin Thubron, j’avais il y a des années exploré la Chine avec lui et son récit Derrière la Grande Muraille montrait un don pour l’interview, pour les rencontres et l’observation qui m’avait séduite.
Ce voyage en Sibérie tient toutes ses promesses.
Si vous aimez les récits de voyage, si L’usage du monde ou Le temps des offrandes font partie de votre bibliothèque, alors ajoutez y ce livre qui a obtenu le Prix Nicolas Bouvier 2010
L’auteur
Sa biographie sur le site Etonnants voyageurs
Derrière la Grande Muraille a reçu le Thomas Cook Travel Book Award que vous pourez trouver en bibliothèque car il n'est plus disponible chez l'éditeur
05:06 Publié dans Récits de voyage | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note






















































































































































































































































Trackbacks
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Commentaires
A propos de L'usage du monde, recommandé par un autre livre de voyage (c'est sans fin ce truc là) je l'avais emprunté à la bibli, mais le style ne m'a pas emportée. Il faudra que je lui redonne sa chance, on dirait)
Je note aussi le nom de l'auteur, qui m'a l'air d'éditer des livres que je pourrais aimer (les grizzlis de Bass, c'est lui), mais je m'attendais presque à ce que ce soit tranboreal, un excellent éditeur aussi pour quoi aime les voyages. J'avais lu un récit sur une randonnée à pied à travers le Kamtchatka... ma bibli possède même une relation de voyage à pied à travers la Sibérie, par une anglais en 1800 et quelque!
Ce récit, donc, m'intéresse car figure toi que j'ai pris le transsibérien en 2007, un voyage donc je rêvais, mais seulement jusqu'au lac Baïkal, ensuite on est allé en Mongolie. Evidemment Colin Thubron a passé plus de temps!
Sur mon blog je présente aussi le récit d'un voyage dans les transsibérien, pas mal du tout, mais sans doute moins fouillé que celui dont tu parles.
J'arrête là, car ce commentaire va être plus long que ton billet ^_^
Écrit par : keisha | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireJ'ai lu il y a quelques temps tes billets sur le Transsibérien , j'aime la Russie et les grandes étendues blanches alors comme toi j'ai l'impression j'ai lu le livre de Julie Broch et Emeric Fisset au Kamtchatka,, Colin Thubron est vraiment un maître en la matière, dans son livre sur la chine déjà ancien j'avais apprécié son oeil et sa qualité d'interviewer
L'usage du monde est un livre magnifique mais pour l'avoir fait lire autour de moi certains lecteurs ne sont pas convaincus, heureusement pour la diversité de nos billets!!! J'ai la chance d'avoir une grosse bibliothèque de récits de voyage engrangée au fil des années alors quand j'en lis un nouveau ..j'ai aussitôt envie d'en relire 3 autres ......Terrible
Écrit par : Dominique | 01.11.2010
J'aime le bruit de la neige lorsqu'il se fait "le murmure des étoiles".
Bisous et très belle journée
Écrit par : Kenza | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 01.11.2010
Écrit par : Aifelle | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 01.11.2010
Écrit par : cathe | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 01.11.2010
Écrit par : maggie | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 01.11.2010
Et sur la Sibérie, j'ai rédigé un billet sur la magnifique BD de Nicolaï Maslov dont j'attends avec impatience le tome2 ! C'est ici : http://leblogdemargotte.unblog.fr/2010/05/14/il-etait-une-fois-la-siberie-de-nicolai-maslov/ ;-)
Écrit par : Margotte | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 01.11.2010
Écrit par : Tania | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 01.11.2010
Écrit par : Catherine | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 01.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Catherine | 02.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Nina | 02.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 02.11.2010
@Keisha: Je n'ai pas vraiment accroché à L'usage du monde mais j'ai beaucoup aimé "Le poisson-scorpion" du même auteur...
Écrit par : zarline | 02.11.2010
Répondre à ce commentaireLe temps des offrandes est (mais ce n'est que mon avis) le meilleur récit de voyage, à la fois récit initiatique, récit de voyage et tableau d'un monde aujourd'hui disparu
Magnifique
Écrit par : Dominique | 02.11.2010
Répondre à ce commentaireBisous
Écrit par : Armando | 03.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : dasola | 03.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 03.11.2010
Écrit par : Allie | 03.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Catheau | 07.11.2010
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Dominique | 07.11.2010
Récemment j'ai découvert un livre passionnant "Voyage d'un européen du XXéme siècle" de Gert maak, journaliste européen il fait un tour d'Europe et se rend sur les lieux historiques du XXeme, un énorme pavé absolument fascinant édité chez Gallimard
Écrit par : carmadou | 13.11.2010
Répondre à ce commentairej'ai beaucoup aimé ce voyage européen que j'ai lu avant de tenir ce blog mais cela m'incite a faire un billet à son sujet un jour ou l'autre
Écrit par : Dominique | 13.11.2010
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