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Quattrocento - Stephen Greenblatt

Tout d'abord un grand merci à l'amie qui m'a offert ce livre en version numérique ce qui m'a permis de le trainer avec moi sans aucun effort. 

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Toujours s’est posée la question : comment est-on passé du Moyen-Age à la Renaissance?

Et si ce passage était lié aux livres ?  et plus spécialement à un livre ? 

 

Si l’on fait un retour en arrière vers cette époque il faut se rappeler que l’imprimerie n’est pas encore inventée et que les manuscrits tiennent le haut du pavé. L’art de la copie est difficile, entaché d’erreur, seuls sont copiés les manuscrits qui se vendront bien. 

A l’aube du XV ème siècle un homme parcours les routes, les monastères à la recherche de manuscrits anciens, de ceux qui donnent accès aux textes de l’antiquité. Il s’appelle Poggio Bracciolini mais nous le connaitrons plus tard comme Le Pogge

 

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Qui est-il ? C’est un bibliophile acharné, c’est un laïc qui a mis ses nombreux talents au service des Papes de son temps, et pas un Pape, non il en servira cinq !! 

Cet homme qui se fraye un chemin dans l'ambiance délétère de la Rome de la Renaissance, est intelligent, un rien dépravé, tout à fait corrompu,  facétieux et grivois, amateur de femmes et de bons mots. 

Mais par dessus tout c’est un humaniste qui guette, cherche, déterre les manuscrits latins que les moines copient au fond des monastères sans parfois comprendre ou lire le texte lui même, grâce à lui « surgissait de nouveaux fantômes du passé romain. » 

 

Participant au Concile de Constance en Allemagne, la chance va lui sourire, il va copier un manuscrit le « De rerum natura » de  Titus Lucretius Carus que nous connaissons sous le nom de Lucrèce.

Le Pogge « se doutait-il que le livre qu’il remettait en circulation, participerait le moment venu au démantèlement de tous son monde ? »

 

 

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Ce livre va montrer « la façon dont le monde a dévié de sa course pour prendre une nouvelle direction. » il va insuffler de nouvelles façons de penser, il va faire l’effet d’une bombe dans un univers limité et contrôlé par l’Eglise. 

Il est question d’atomes, d’infini sans Dieu. La religion y est assimilée à la superstition, l’amour et le plaisir sont liés, le bonheur de vivre en est le centre.

Un livre pour soigner l’angoisse de l’homme, pour magnifier la liberté, pour enseigner une sagesse tragique.

« Un poème alliant un brillant génie philosophique et scientifique à une force poétique peu commune. Une alliance aussi rare à l’époque qu’aujourd’hui. »

Le poème de Lucrèce dont Flaubert plus tard dira «  Les Dieux n’étaient plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été. »

 

 

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Il va influencer les arts, Boticelli lui doit sa Vénus, Giodarno Bruno y trouvera les thèses qui l’enverront au bûcher, Machiavel lui doit sa réflexion sur le pouvoir. Copernic et Galilée y trouveront de quoi nourrir leur science, Shakespeare le mettra dans ses pièces de théâtre comme Molière, Montaigne en fera son livre de chevet au point de citer Lucrèce plus de cent fois tout au long des ses Essais.

 

Montaigne laissa des commentaires manuscrits sur son exemplaire que l’on a retrouvé en 1989 « Puisque les mouvements des atomes sont tellement variés, était-il écrit, il n'est pas inconcevable que les atomes se soient un jour assemblés d'une façon, ou que dans l'avenir ils s'assemblent encore de la même façon, donnant naissance à un autre Montaigne ».

 

Plus près de nous Thomas Jefferson reconnaissait l’action de ce livre en cas de difficulté « Je suis obligé de recourir finalement à mon baume habituel ».

 

250px-StephenJayGreenblatt.jpgStephen Greenblatt trace le parcours des livres antiques, les moments où on a pu les considérer comme perdus, ce qui les a sauvés, les manoeuvres de l’Eglise pour mettre Lucrèce sous le boisseau, la résurgence et le poids des textes sur l’évolution de la pensée, des sciences et des arts. 

Son tableau de la papauté en ce temps là est tout à fait réussi « Le Pape était une crapule mais une crapule cultivée qui appréciait la compagnie des érudits » et ....sans concession.

Ce livre a obtenu le Prix Pulitzer et c’est bien mérité, un livre prestigieux, passionnant qui se lit comme une enquête policière qui porterait en sous-titre « à la recherche d’un manuscrit » 

Stephen Greenblatt est érudit au point de pouvoir disparaitre derrière l’érudition, son livre fait revivre cette période avec fougue, il nous pose les clés de l'antiquité sur un beau coussin de velours. 

 

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Le livre : Quattrocento - Stephen Greenblatt - Traduit par Cécile Arnaud - Editions Flammarion version numérique

Commentaires

  • Quelle tentation. le plus étrange c'est que j'ai lu hier sur un autre blog (mark et marcel) un billet sur le livre de Boucheron traitant de la même période (15ème siècle) comme il a 1500pages c'est du lourd! que choisir?

  • @ miriam : j'ai remarqué comme toi le livre de Boucheron d'autant plus que j'avais chroniqué l'essai de l'auteur sur L de Vinci et Machiavel
    cette période me passionne

  • Très beau sujet, très bon livre que je note immédiatement.
    La tranquillité de l'âme grâce à l'abandon de ridicules superstitions et croyances néfastes: essentiel pour le devenir de l'homme, mais on peut se demander si à force de trop bien connaître la nature des choses, l'homme ne va pas trop loin.
    Je termine un livre sur les neurosciences et il a une analyse inquiétante des possibilités offertes par la lecture du cerveau. J'en ferai un prochain billet.

  • @ Christw : un essai passionnant et très réussi qui se lit un peu comme une enquête ce qui rend la lecture tout à fait facile alors que le livre est bourré d'enseignement

  • J'ai lu un article sur ce livre il y a peu et j'ai eu tout de suite envie de le lire (ah les papes, les livres, les mystères !). Tu confirmes que ce n'est pas un thriller ésotérique de plus : je suis preneuse !

  • @ Sandrine : pas du tout un livre ésotérique mais bien plutôt un bel hommage à la philosophie antique et à son influence sur l'explosion des sciences après la Renaissance
    le portrait du Pogge et de la société vaticane sont particulièrement réussis

  • Tout à fait passionnant.... Mais je ne sais pas si j'arriverais à garder mon intérêt pour tout le livre...

  • @ L'or des chambres : ce n'est pas un roman il faut donc avoir un certain intérêt pour l'histoire et la philo mais le livre est très accessible

  • Et Luther? si la Bible n'avait pas été imprimée????

  • @ miriam : la Bible fut l'un des premiers livres imprimés effectivement, ici on est à la recherche des manuscrits copiés et recopiés, des palimpsestes afin de mettre au jour les textes antiques qui ensuite seront imprimés et parviendront jusqu'à nous

  • Et Luther? si la Bible n'avait pas été imprimée????

  • Je fais plus que vaciller, là...
    Tiens, as tu vu hier soir sur la 3 l'émission sur la Renaissance, occasion de voir Florence, Fontainebleau, Chambord, etc...?

  • @ Keisha : je regarde peu la télé mais je vais aller voir cette émission sur france Pluzz merci de l'indication

  • N'est-il pas trop érudit ? Sinon, c'est une époque passionnante, et les crapules tenaient déjà le haut du pavé !

  • @ Aifelle : c'est érudit mais pas au point de gêner la lecture, c'est archi documenté mais le tout est ficelé dans une enquête intéressante et qui fut bien réelle

  • Absolument passionnant! Cet "éloignement" de la pensée unique de l'Église, ce moment où l'homme est "seul", ou du moins peut et doit inventer autre chose...
    Merci, bonne fin de journée.

  • @ Colo : ce fut un moment tout à fait particulier mais qui poussa l'église à faire ressurgir les bûchers, l'inquisition et son cortège d'horreur, la diffusion des livres par contre ne put être contrecarrée et la connaissance fut donc diffusée malgré tout

  • Ah! celui-là, il me le faut sinon je meurs! Ce sujet me passionne!

  • @ Claudialucia : je suis certaine qu'il va te plaire et sache que j'en ai encore un pour toi dans ma besace les jours prochains

  • Une époque où les livres révolutionnaient la pensée ...........et des sujets qui me font saliver ... Et de trois titres notés en deux notes chez toi ! Un retour flambloyant !

  • @ athalie : J'ai accumulé les lectures avant ma pause car je savais qu'ensuite ce serait un peu dur .

  • Plusieurs éléments de ce billet étaient évoqués hier soir dans "Le grand tour" sur France 3, l'émission était à la hauteur de cette période passionnante à tout point de vue. Je note donc ce titre. Bonne soirée, Dominique.

  • @ Tania : Je viens de lire en effet le commentaire de Keisha qui parle de l'émission, à deux vous avez fini de me convaincre d'aller voir cette émission, je sais grâce à vous que je ne perdrai pas mon temps

  • « Le Pape était une crapule mais une crapule cultivée qui appréciait la compagnie des érudits »... le Pape , les politiques, les époques se suivent et se ressemblent, non ? J'avoue mon manque d'érudition concernant cette époque mais tu me donnes envie de m'y intéresser Dominique. J'ai en plus l'impression que nous vivons une période semblable, c'est à dire que le monde va être obligé de changer et d'abandonner des vieux schémas. Bises. brigitte

  • @ Plumes d'Anges : c'est ce type de tableau de moeurs qui me passionne dans ce genre de livre, faire revivre une société avec ses zones lumineuse et ses zones plus que noires

  • Tu me donnes bien envie de suivre Poggio Bracciolini. Dès que l'on part à la découverte de manuscrits rares ma curiosité s'éveille... Et comme d'autres j'ai regardé l'émission le grand tour sur France3 qui m'a passionnée et illustre parfaitement ton billet

  • @ nadejda : je n'ai pas fait exprès du tout de faire correspondre le billet à l'émission c'est un heureux hasard dont je vais aller profiter

  • Il est dans ma tablette mais je ne l'ai pas encore lu.
    Merci à Tania de nous rappeler Le Grand Tour je vais le regarder en replay
    Quand on ne regarde pas la télévision on passe à côté parfois de choses intéressantes.
    D'où l'utilité des blogs
    La presse a encensé ce livre tu confirmes que cela vaut la peine de s'y pencher
    Bonne journée

  • @ Aloïs : j'ai comme toi noté d'aller regarder l'émission, le livre est excellent, un peu exigeant certes mais rien d'insurmontable

  • Ce livre m'a l'air hautement passionnant : j'ai failli l'acheter car j'adore le quatrociento comme période picturale... Un de ces jours, je l'achèterai !

  • @ maggie : une période tellement riche sur tous les plans !

  • C'est passionnant. la culture, vraiment éclaire le monde.

  • C'est passionnant. la culture, vraiment éclaire le monde.

  • Passionnant! J'ai manqué l'émission que je vais voir en replay maintenant et je ne voudrais surtout pas manquer non plus ce livre qui traite de sujets aussi essentiels en ce moment de transition!

  • @ Mango : de mon côté je crois que je vais acheter la série sur le XV ème siècle

  • Bonjour Dominique, je l'avais repéré en pensant que c'était un roman policier historique de plus et à te lire, c'est beaucoup mieux. Je l'ai noté. Bonne journée.

  • Bonjour Dominique, je l'avais repéré en pensant que c'était un roman policier historique de plus et à te lire, c'est beaucoup mieux. Je l'ai noté. Bonne journée.

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