Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Voyager - Page 20

  • Mani - Patrick Leigh Fermor

    Les Amoureux de la Grèce : Paddy Leigh Fermor 

     

    kardamyli.jpg

                                                                         L'auteur P L Fermor à kardamyli

     

    Vous avez fait connaissance de l’auteur dans le billet précédent, Patrick Leigh Fermor est comme Durrell, un amoureux de la Grèce. 

    Nous l’avons rencontré à Chypre, mais durant cette période il a consacré l’essentiel de son temps à la découvert d’une région ignorée de Grèce, une région sauvage et isolée au delà l’Olympie : Le Magne 

    Cette région sera celle où il choisira un jour de vivre et où aujourd’hui encore les habitants le vénère.

    Il en a tiré un splendide récit : Mani, du nom grec de cette région.

    magne2.jpg

                         Villages crénelés et maisons-forteresses du Magne

     

    C’est avec sa femme Joan qu’il se lance à l’assaut du Magne. Sparte est leur point de départ, ils vont marcher, le Magne est une sorte de promontoire, le sud du Péloponnèse. Un pays sauvage où les grecs plaçaient une des entrées de l ’Hadès

    Ils délaissent les routes pour utiliser sentiers, croisent des bergers mutiques, grimpent comme les chèvres à l’assaut de la chaîne du Taygète et sont conduits par Yorgo le gardien de troupeau. 

    Une terre où le passé est présent en permanence :

    « Chaque rocher, chaque ruisseau évoquent presque toujours une bataille, un mythe, un miracle, une anecdote paysanne ou une superstition. Par conséquent, il me parut préférable, en écrivant, d'attaquer le pays en certains points choisis et de le saisir à cœur. »

     

    Vatheia--dans-le-Magne.jpg

    Une marche dans les pas d ’Homère, la vie quotidienne du paysan a peu changée, le pays est pauvre mais accueillant, les ruraux colportent des histoires qui tiennent de la légende sur leurs voisins, les lieux, les animaux.

    Partout la table est dressée pour eux, le vin coule avec largesse, l’ouzo pour la pause du soir

     

    andritsena_porte4.jpg

    « Tandis que nous parcourions les rues pavées, un murmure de saluts montait des tables des cafés et formait un choeur calme, amical et plein de sympathie  »


    On échange des histoires, on se vante : 

     « Les Anavrytains sont vraiment très forts. Nous serions capables de ferrer un pou si vous nous le demandiez. Il ferma un oeil et ses mains caleuses mimèrent le délicat travail du forgeron, les doigts de la main gauche semblant saisir la patte arrière du pou tandis que ceux de la main droite maniaient énergiquement un marteau miniature »

     

    Vatheia--dans-le-Magne 2.jpg

    Patrick Leigh Fermor n’a pas son pareil pour vous promener à travers la vieille Grèce byzantine, vous dessiner les arbres généalogiques des Paléologue et des Cantacuzène, vous retracer les batailles, mêler les francs et les romains, Constantinople et la lutte des maniotes contre l’Emppire Ottoman. Vous saurez tout sur la coutume de la Vendetta née vers 1300 et que sans doute les marins transportèrent jusqu’en Corse, avec son cortège d’incendies, de poignards, de fusillade. Tout sur la piraterie et le rapt d’esclaves qui permettaient aux Maniotes de survivre.


    La leçon n’est pas difficile à suivre car Patrick Leigh Fermor détient l’art de raconter l’histoire en suivant des sentiers qui dégringolent jusqu’à la mer, au milieu des vignes, des bougainvilliers et des oliviers. De villages crénelés en maisons-forteresses, presques inacessibles, vous irez avec lui voir le soir les pêcheurs tirer leurs caïques sur le rivage.

     

    VL66.jpg

    Une belle façon de visiter la Grèce, Kardamyli, Agia Sophia, Stoupa, Agios Nikolaos, autant de villages aujourd’hui la proie d’un tourisme parfois ravageur, prenez Paddy pour guide vous ne le regretterez pas, il recueille le dernier souffle d’une Grèce qui va disparaitre.

     

    Le Livre : Mani - Patrick Leigh Fermor - Traduit de l’anglais par Marc Montfort - Editions Payot  1999  A chercher en biblothèque ou chez les bouquinistes 

  • Citrons acides - Lawrence Durrell

    Les Amoureux de la Grèce : Lawrence Durrell

    abbaye-de-bellapais-chypre.jpg

     www.martin-liebermann.de

    "Les ruines du monastère de Bellapaix comptaient parmi les vestiges gothiques les plus remarquables du Levant "

     

    C’est une année anniversaire pour Lawrence Durrell né en 1912. Ce diplomate romancier m’a toujours plu, découvert en lien avec la lecture d’Henry Miller avec qui il fut ami, c’est son amour pour la Grèce, Chypre et Alexandrie qui fait de lui l’écrivain de la Méditerranée, des îles, du soleil. 

    Occupant des emplois variés, attaché de presse à Athènes, employé par le Foreign Office, les années cinquante le trouve à Chypre, il tirera de son séjour Citrons Acides  

     

    Un peu d’histoire pour comprendre 

    Chypre après beaucoup d’autres envahisseurs, était « occupée » par les anglais depuis 1878 ! 

    Le Royaume-Uni avait promis le rattachement de Chypre à la Grèce si celle-ci combattait aux côtés des alliés lors de la Première Guerre, les grecs refusent et en 1953 Chypre est toujours sous domination britannique.

    Un mouvement nationaliste naît et l’île sera après des mois de tergiversations des anglais, plongée dans le chaos et la violence.

    Au lieu du rattachement prévu à la Grèce, c’est l’indépendance qui sera proclamée en 1960 avec un très fragile équilibre entre les communautés turques et grecques, puis la partition et pour finir l’entrée dans la Communauté Européenne.

    Citrons acides est donc un livre présentant deux facettes de Chypre, une ensoleillée et idyllique et une seconde plus sombre et entâchée par la violence.

     

    Commençons par le versant ensoleillé. 

    Lawrence Durrell à son arrivée à Chypre cherche à se loger, il fait très vite connaissance avec l’instituteur, l’épicier, les pêcheurs avec qui il passe nombre de soirée, vidant des gobelets de vin parfumé.

    Il a l’intention d’accueillir sa famille et ses amis et il se met en quête d’une maison à un prix raisonnable et pas trop loin de Nicosie où il doit travailler comme prof d’anglais.

    Et le bonheur du lecteur commence, cette chronique au quotidien de la vie de l'île, la magnificence de la nature, la beauté des paysages millénaires, la chaleur amicale des habitants, tout est superbe.

    bellapais-abbey-cc-zeitspuren.jpg

    « Dehors, le soleil de printemps brillait sur les arbres gonflés de mandarines ; un petit vent frais chargé du parfum des neiges du Taurus agitait doucement la cime des palmiers »

     

    Je vous laisse la joie de la découverte des tractations immobilières avec un turc madré et une propriétaire qui se cabre, à elles seules elles valent la lecture de ce livre. 

    Durrell choisit de vivre dans le village de Bellapais par lui baptisé dans le livre Bellapaix pour exorciser la violence.

    « L’atmosphère du village était absolument ensorcelante (...) Partout des roses, et les pâles nuages de fleurs d’amandier et de pêcher »

    La visite de la maison lui ôte toute raison :

     

     

    « Le jardin avait quelques mètres carrés, mais il était planté d’arbres (...) six mandariniers, quatre citronniers, deux grenadiers, deux mûriers et un grand noyer au tronc penché  »

    La période des travaux venue gare à celui qui s’assoit sous l’arbre de la paresse

    « Ce fut bientôt la lente procession des mules montant leurs charges de briques et de sacs de ciment par les ruelles tortueuses du village »

     

    Enfin la maison est prête à recevoir son frère, l’étonnant naturaliste Gerald Durrell qu’il a tenté de faire mourir à la bataille des Thermopyles (je vous laisse le plaisir de l’anecdote savoureuse) mais qu’il sait ressusciter fort à propos

    thermopyles.jpg

    les amis :  Freya Stark et surtout Paddy le magnifique.

    « Le voilà un bras sur l’épaule de Michaelis qui lui a indiqué le chemin » Patrick Leigh Fermor connaisseur hors pair des chants grecs envoûtants qu'il entonne pour la joie de tout le village

    Patrick-Leigh-Fermor-007.jpg

    Patrick Leigh Fermor © Ulf Andersen/Getty Images

     

     « Je vois qu’un attroupement s’est formé devant la maison, ils sont quinze ou vingt qui écoutent dans la nuit et dans le plus parfait silence »

     

    Je ne sais pas ce qui l’emporte du comique des situations, de l’évocation des lieux chargés d’histoire, de la description des paysages qui vibrent sous le soleil ou des personnages si hauts en couleur.

     

    Si l’on vient au versant sombre, sès son arrivée il est frappé par les inscriptions « Enosis seulement » et assez vite les habitants lui confient « Nous ne voulons pas chasser les Anglais, nous voulons qu’ils restent mais en amis et non en maîtres »

     

    1958 Brits guard green line .jpg

    Les troupes anglaises à Chypre en 1958

     

    Lawrence Durrell n’approuve pas la violence et ne se range pas aux côtés des Chypriotes mais condamne les tergiversations anglaises qui ne font qu’attiser la situation. Un lent processus de rancune et d’exaspération dit-il qui finira par lui faire quitter Chypre. 

     

    Une belle façon de faire connaissance avec cet écrivain.

     

    Pour connaitre mieux Chypre rendez vous chez Miriam 

     

     

    chypre-omodos.1296497126.jpg

     

     Le livre : Citrons Acides - Lawrence Durrell - Editions Buchet Chastel  1994 ou  Phébus libretto 2012

  • Transsibérien - Dominique Fernandez

    A travers la steppe 

    9782246789376FS.gif

    « L’expérience du Transsibérien abolit toute distinction entre soi et le monde, par une dilatation de l’individu à l’infini » 
     

    J’avoue, j’ai un faible pour Dominique Fernandez, son Tolstoï m’a beaucoup plu et j’ai craqué pour son dernier livre : Transsibérien.

    Il faut dire qu’en le feuilletant en librairie que suis tombée sur cette phrase « Ce récit, je m’en excuse, sera farci de lectures et relectures » ce qui fut une incitation très forte.

    En 2010 Dominique Fernandez a participé à un voyage dans le cadre de l’Année Franco-Russe, un voyage mythique en Transsibérien.
    Avec une pléiade d’autres auteurs et journalistes, à bord de wagons aux couleurs des deux pays.

    gare.JPG

    « Le Transsibérien quitte chaque jour Moscou, gare de Iaroslavl, à 16H50 »  le bout du voyage est sur la quai de Vladivostok quelques 9000 km plus tard. 

    L’auteur se fixe quelques règles pour ce journal de voyage : pas question d’être « aveugle et bêtement enthousiaste » mais rester vigilant, observer, s’interroger, critiquer si nécessaire mais à la manière d’un amoureux de la Russie. 

    L’auteur a prévenu, les références littéraires seront nombreuses, l’occasion pour le lecteur de se plonger dans un bain de littérature russe de Tchekhov en route pour Sakhaline, Dostoïevski en route pour la Maison des morts, en passant par Tolstoï et ses récits du Caucase ou Gorki, celui des récits d’enfance, avant qu’il encense la construction du Belomorkanal

    w_ilya_repinehaleurs de la volga.jpg

    C’est aussi le voyage vers le Goulag de Chalamov ou Soljenitsyne car « Très rare sont les ouvrages qui parlent d’une autre Sibérie que celle des prisons, des camp, des travaux forcés ».

    Mais la Sibérie c’est aussi l’aventure, la toundra glacée, l’impétuosité de l’Ienisseï, le « silence du Baïkal » ou le fleuve Amour.

    Les étapes du voyage sont une litanie de noms qui font rêver : Nijni-­Novgorod, Ekaterinbourg, Omsk, Novossibirsk, Irkoustk, Krasnoïarsk.........

     

    469__320x240_maison-bois-irkoutsk.jpg

            Irkoutsk et ses maisons de bois

     

    « Des rivières, des tourbières, des étangs coupent l’immense forêt. Pas une maison, pas un homme, pas une automobile, pas un animal. Un monde s’étend devant nous, aussi neuf qu’à son origine La plaine, les arbres, le ciel, toujours la plaine, toujours les arbres, toujours le ciel, dans une suspension du temps qui ouvre la porte sur l’éternité ».

    paysages-de-Bouriatie-300x224.jpg

    La Bouriatie

    A chaque étape, voyage officiel oblige, c’est une succession de réceptions en fanfare, de dîners, de rencontres plus ou moins contraintes avec des russes, de spectacles, de visites, de conférences.

    Les conditions matérielles sont très bonnes comparativement au voyageur lambda, une provodnitsa à leur service exclusif pour assurer la vie à bord, cette employée est chef du samovar qui trône en tête de wagon toujours prête à délivrer les verres, le thé, le sucre et faire abaisser les marches du wagon à chaque arrêt.

     

    blog_transsib_train2.jpg

    une provodnitsa

     

    La traversée occasionnelle du wagon de troisième classe remet les pendules à l’heure russe, l’inconfort réservé au « prolétariat d’esclaves » soulève l’indignation de Dominique Fernandez.

    publicite_.gif

    une page de pub 

    Au gré des étapes et visites organisées on passe d’un conservatoire de musique à une représentation du Barbier de Séville à l’Opéra dEkaterinbourg, on apprend que Rudolf Noureev est né dans un wagon du Transsibérien. Parfois les visites sont décevantes et les rencontres ou les échanges avortés. Mais il y a aussi des moments de grâce comme cette rencontre avec des lycéens qui se livrent à un jeu littéraire franco-russe à faire pâlir d’envie n’importe quel enseignant. 

    Moment d’émotion que celui où Irina une des accompagnatrices russes lui propose « d’aller déposer des fleurs au pied du monument élevé à la mémoire du poète Ossip Mandelstam » c’est la dernière image qu’emporte Dominique Fernandez, la statue de celui qui écrivait

    « Fourre-moi plutôt,  comme un bonnet, dans la manche de la chaude pelisse des steppes sibériennes ».

    osip-mandelstam_14.jpg

    j’ai aimé ce voyage mais je n’ai pas tout à fait tout dit. Si la littérature russe est largement présente la française ne l’est pas moins et de Théophile Gautier à Balzac , d’Alstophe de Custine à Alexandre Dumas, nombreux sont les français qui ont écrit sur cette Sibérie. Il invite aussi à la lecture d’Andréï Makine le sibérien le plus français qui soit. 

    En vrai amoureux de la Russie l’auteur rend le voyage passionnant, deux carnets de photos accompagnent parfaitement le texte. 

     

    Vous vous dites peut-être qu’il y a un grand absent dans toutes ces évocations, LE héros de la Sibérie, le courageux, le téméraire Michel Strogoff ...ce n’est pas un oubli, ce sera pour la prochaine étape.

     

    Le Livre : Transsibérien - Dominique Fernandez - Photographies de Ferrante Ferranti - Editions Grasset 2012

     
  • Vies de Job - Pierre Assouline

     Parcours dans le monde de la Bible deuxième étape 

    jobetsafemme.jpg

    Job et sa femme- Georges de La Tour

     Tout le monde connait Pierre Assouline, son blog, ses critiques, ses livres. Je ne suis pas une inconditionnelle, si j’aime ses biographies je n’apprécie pas vraiment ses romans, venant de terminer le livre de Meir Shalev j’ai enchainé avec  Vies de Job  c’est tout le plaisir des ricochets dans les lectures.

     

    En choisissant la forme du roman Pierre Assouline s’offre la liberté totale, il ne fait ici ni oeuvre d’historien, ni de philosophe, mais oeuvre d’homme pour qui Job aujourd’hui est une figure obsédante et universelle. Partons sur les traces de Job, un peu partout dans le monde, dans la littérature, la peinture ou le théâtre. 

     

    Job-_la-patience-de-Job-de-Segers.jpg

     Job par Gerard Seghers

     

    " Ce livre que l'on garde autant qu'il nous garde, les juifs l'ont judaïsé, les chrétiens l'ont christianisé, les musulmans l'ont islamisé, les poètes l'ont poétisé."

     

    Parlons d’abord du livre de Job lui-même, vous le trouverez dans toutes les bonnes Bibles, un livre assez court et qui hante énormément de lecteurs, croyants ou non :  Julien Green le portait en permanence sur lui dans un petit exemplaire relié nous dit Pierre Assouline. 

    Job c’est l’homme dépossédé de tout : ses enfants, son troupeau et tous ses biens. Il est atteint dans sa chair même et se retrouve seul sur un tas de cendres. Il survit, il résiste et cherche à comprendre.

    C’est un juste souffrant, "il est droit de coeur, intègre craignant-Dieu " et pourtant il se débat dans la nuit et la solitude,  il ne comprend pas où est sa faute, il exige des explications ! 

    Cette histoire, cette parabole qui hante l’auteur va entraîner celui-ci à la recherche de Job, pour s’en approcher au plus près car Pierre Assouline a la conviction que cet homme qui n’a jamais existé, cet homme est toujours vivant parce que son influence est toujours présente et qu’aujourd’hui encore il aide les gens à survivre.

     

     

    Une version fleurant bon le Québec

     

    La recherche est celle d’un journaliste, une véritable enquête qui le conduit auprès des exégètes, des chercheurs, des théologiens, chrétiens ou juifs. Il va comparer des textes, comparer les traductions et tirer patiemment le fil de ce livre qui est sans doute antérieur à la Bible car on en trouve trace dans des textes mésopotamiens et même indiens.

    Il va faire un séjour dans un monastère, fouiller la bibliothèque de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem et interroger les érudits qui « lisent la Torah mieux que bien des juifs »

    Son enquête autour de ce « un craignant-Dieu » le porte vers la philosophie et par exemple le thème de la souffrance développé par Marcel Conche dans Orientation philosophique. Mais il va aussi inviter à une promenade littéraire parmi ceux que le livre de Job a inspiré ou questionné : Kafka, Camus, Unamuno...

     

    Roman ou bien sûr car Assouline s’accorde une grande liberté de cheminement qui laisse parfois la place à un livre très personnel qui le dévoile avec pudeur et émotion

    « La mort de mon frère m’a éloigné de Dieu, celle de mon père m’en a rapproché »

    Le témoignage de sa présence auprès de François Nourissier dans les dernières semaines de sa vie ou de ses échanges avec Carlos Fuentes qui a vu mourir ses deux enfants ou cette cette confidence qu'il livre : pendant un an et trois fois par jour Pierre Assouline a récité le kadish pour son père disparu.

     

    Job sur le fumier.jpg

    Job sur le fumier - Jean Fouquet

    " On y trouve toutes les qualités du style ancien, la concision, la tendance à l'énigme, un tour énergique et comme frappé au marteau" Ernest Renan cité par Pierre Assouline 

    C’est ce mélange qui m’a rendu ce livre très proche, je l’ai trouvé grave et intense, les digressions aidant à ne pas s’appesantir. Job fait déormais partie de la " famille de papier " de l'auteur et de la mienne.

    C’est un livre auquel je reviendrai moi l’incroyante absolue, parce que c’est un livre qui touche tous les hommes bien au-delà de leurs croyances ou de leur appartenance à une religion. 

     

    Le livre : Vies de Job - Pierre Assouline - Editions Gallimard

     

  • La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet

    Je profite de grands rangements dans mes bibliothèques pour ressortir des livres qui m’ont plu
    C’était bien avant la descente de la Loire en Canoë, mille kilomètres à pied le long de ses rives, un long parcours du Mont Gerbier de Jonc à Saint Nazaire. Si la curiosité vous titille bouclez votre sac.

    mont-gerbier-de-jonc.jpg

    Le départ

    Départ en avril aux premières jonquilles, le temps de se mettre en jambes et il laisse déjà loin derrière lui le pays de Modestine, il suit avec l’oeil d’un peintre « un chemin de terre au milieu des pins, des aubépines, des noisetiers, qui longe une Loire d’aquarelle ».
    Marcher, penser, rencontrer et lire car Thierry Guidet ne saurait se passer de livres, lors de précédentes randonnées il était accompagné par Montaigne ou Sénèque, dans son parcours en Loire c’est la Bible qui lui tient compagnie car il lui faut « des livres qui se hument, se mâchent puis se digèrent lentement ».

    La Charite.jpg

    La Charité sur Loire

    File le chemin rythmé par les bivouacs et les rencontres. Ici et là on repère les blessures mal refermées de la tempête de 1999.
    La Haute Loire, l’Allier, les plaines du Forez, les canaux latéraux, les chemins de halage, les « pays de rêveuses rivières et de canaux pensifs », il avance au rythme d’une péniche pendant un petit moment savourant la liberté des mariniers.
    La Loire était, avant le chemin de fer, un fleuve de chalands et de gabares. Thierry Guidet nous parle même d’une « marine de Loire » au temps où les péniches transportaient les épices des Antilles « la verrerie du Dauphiné, la faïence de Nevers, les couteaux d’Auvergne (...) les livres imprimés à Genève. »

    Mais le fleuve n’est pas toujours doux, les lignes de crues sur les façades des maisons sont là pour le rappeler. 
    Mi parcours et c’est l’entrée dans « La Loire des châteaux et des vignes » Vite  un signe de la main à Balzac, à Stendhal qui navigua entre Tours et Nantes, une pensée pour D’Artagnan qui fait son entrée à Meung sur Loire.
    Notre marcheur fait un détour par Chambord, flâne dans le potager de Villandry.
    Rois, reines, art de vivre, douceur angevine, avec au détour d’un chemin ....une centrale nucléaire.

    gabare-loire-gd.jpg

    Gabare sur la Loire

    La fin du parcours approche et c’est un monde d’îles que l’auteur nous fait découvrir à bord d’une gabare : l’île Meslet, le Piloquet, l’île aux bergers, et même Kerguelen.
    Le voyage se termine à Saint Nazaire, j’ai aimé la compagnie de Thierry Guidet, jamais pompeux, toujours curieux qui dit « J’ai marché en badaud, curieux de la leçon de choses, et d’histoire, et de géographie, et de littérature que me donnerait le fleuve. »

     

    estuaire-saint-nazaire-008.jpg

    Le bout du voyage : l'estuaire de Saint Nazaire

     

    Le livre : La Compagnie du fleuve - Thierry Guidet - Editions Joca Seria 2004

  • En Egypte avec Pierre Loti

    Dans la série Tour du monde et pour suivre un peu l'actualité direction l'Egypte

    nil.JPG

    J’ai lu beaucoup sur les voyages en Egypte car c’est une destination qui m’a toujours fait rêver. Alors bien sûr j’ai lu Flaubert, Théophile Gautier ou Lady Gordon Duff.
    Je n’ai pas résisté à Pierre Loti qui vient d’être publié dans une toute nouvelle collection de récits de voyage.

    Nous sommes au début du siècle et Pierre Loti amoureux de l’orient voyage en Egypte, il n’est pas un voyageur ordinaire, d’abord sa plume est celle d’un véritable écrivain mais surtout il a un regard très particulier sur ce qui vient de naitre en Egypte : Le tourisme

    Il arpente l’Egypte du Caire à Assouan, de Thèbes aux rives du Nil,  de Louxor à Philæ.
    Tout son voyage est marqué par le terrible constat, les beautés naturelles, les paysages, les sites : tout va disparaître. L’Egypte et les Egyptiens vont perdre leur âme, en Inde l’auteur avait déjà eu la dent dure contre les anglais, mais ici c’est un réquisitoire en règle, tout y passe : le vol des oeuvres d’art, les maladies apportées à la population, l’exploitation des sites par « les désoeuvrés, les parvenus du monde entier » et que dire des hordes de touristes qui grâce à Monsieur Cook envahissent le désert « jeunes anglaises phtisiques, ou vieilles anglaises simplement un peu gâteuses ».

    philae.jpg

                                                                 Philae  au temps de Loti

     

    1513071864_small.jpg

    philae aujourd'hui

    Le paroxysme est atteint avec l’île de Philae « L'embarcadère pour Philae. Quantité de barques sont là prêtes, car les touristes alléchés par maintes réclames, affluent maintenant chaque hiver en dociles troupeaux. Toutes, sans en excepter une, agrémentées à profusion de petits drapeaux anglais, comme pour quelque régate sur la Tamise; il faut donc subir ces pavois de fêtes foraines, - et nous partons avec une nostalgique chanson de Nubie que les bateliers entonnent à la cadence des rames. »

    egypte2002assouanphilae.1291369622.JPG

    les pages de Miriam sur Assouan et Philae

    Il écrit en polémiste et il invite les Egyptiens à se rebeller  « Réagissez avant qu’il soit trop tard (...) tout ce qui fut la grâce et le mystère de votre ville.(...) il y va de votre dignité nationale. »
    Dans beaucoup de pages c’est son amour du pays, de la population, son admiration qui l’emportent.
    Sa visite à Al-Azhar la mosquée Fatimide et son université « Cette cour, où le soleil de onze heures darde son feu blanc, est un enclos sévèrement et magnifiquement arabe ; il nous a isolés soudain du temps et des choses ; il doit porter à la prière musulmane, de même que jadis nos cloîtres gothiques portaient à la prière chrétienne. Il est vaste comme un carrousel » il est sous le charme puissant de l’endroit  « Malgré soi on lève la tête, fasciné par toute cette beauté qui est en l'air : rien d'autre pourtant que ce carré de ciel merveilleux, sorte de limpide saphir tout enchâssé dans des crénelures d'Al-Azhar, et où montent se perdre les si audacieuses tours fuselées »

     

    mosquée du caire.jpg

    Al-Azhar

    Pourtant ici aussi la critique n’est pas loin devant le comportement des touristes  « Dans n’importe quelle église d’Europe, où des hommes prieraient agenouillés, je voudrais voir comment seraient accueillis des touristes musulmans, qui par impossible, se tiendraient aussi mal que ces sauvages là. »

    Pierre Loti est un bon guide et l'alernance entre admiration et colère rend le livre très actuel.Un beau voyage, un livre à glisser dans ses bagages lors d’une croisière sur le Nil.

    Pour compléter des pages et photos d’une exposition sur le voyage en Orient
    les pages de Miriam sur Assouan et Philae

    Le livre : La mort de Philae - Pierre Loti - Editions François Bourin

    L’auteur :
    loti.jpgPierre Loti (1850-1923) officier de marine et écrivain, a cultivé toute sa vie la passion du voyage. De l'Inde à Tahiti, de la Turquie au Sénégal, des déserts du Sinaï à ceux de Galilée, les inlassables pérégrinations de cet arpenteur des océans ont nourri une œuvre riche (Vers Ispahan, Aziyadé, Le roman d'un spahi ou encore Madame Chrysanthème) qui contribua à faire de lui, de son vivant, un romancier à succès et un mondain courtisé. (l’éditeur)