10.05.2011
Nuit et jour - Virginia Woolf
Trouver chez le libraire un roman de Virginia Woolf jamais lu c’est un vrai plaisir, Nuit et jour vient d’être réédité en poche que demander de plus

Comparé aux romans de la pleine maturité : La Chambre de Jacob, Mrs Dalloway et bien sûr Au Phare, ce roman ci est encore marqué par un certain classicisme mais je le dis sans grande conviction, parce que s’y dessine déjà tout le talent de Virginia Woolf pour faire sentir une atmosphère, pour décrire les lieux. Ses convictions féministes, sa volonté d’une indépendance, le refus des conventions sociales de son milieu, tout est déjà là en prémices, on devine déjà l’auteur d’ Une chambre à soi, la romancière capable de nous faire pénétrer dans l’esprit des personnages, leurs émotions, leurs pensées.
Elle est présente dans les deux personnages féminins : Mary Datchet la suffragette aux origines modestes, fière de son indépendance, rompant avec un milieu familial qui lui réserve la place habituelle de la femme et Katherine Hilbery qui appartient à la bonne société et qui vit dans une famille un peu écrasée par la figure du grand-père poète comme la tribu Stephen vécu à l’ombre de Leslie Stephen
L'ombre tutelaire du père
Il est temps que je sois un peu plus précise sur la trame du roman
« Une comédie mélancolique » dit Hermione Lee la biographe de Virginia Woolf, une comédie à quatre personnages, un chassé-croisé amoureux.
L’héroïne principale, Katherine Hilbery, issue de la bonne société edwardienne, est la petite fille de Richard Alardyce véritable icône de la poésie de son temps qui jouit d’une célébrité qui se déverse aussi sur la famille au point de pousser Katherine à participer à la rédaction de la biographie du grand poète car « il fallait démontrer de façon irréfutable que son aïeul était un très grand homme ». Il y a de l’orgueil chez Katherine, une conscience aïgue de la position privilégiée de sa famile.
Elle se fiance à William Rodney poète lui-même, elle ne ressent aucune passion amoureuse pour lui, c’est un choix sage et réfléchi, son rêve secret est d’étudier les mathématiques, elle ne se sent aucune disposition pour la poésie ni la littérature, il y a en elle une volonté farouche de se démarquer de sa famille, de sa mère qui était « la dernière personne à qui elle désirait ressembler »
Highgate au début du XXème siècle
Quand elle rencontre le beau Ralph Denham avocat issu d’un milieu modeste, elle est ébranlée dans ses certitudes et d’un seul coup l’amour dont elle rêve a la « splendeur d’un flot tumultueux »
Ralph l’idéaliste est subjugué, mais conscient du fossé qui les sépare, tellement épris de Katherine qu’il est incapable de voir l’amour que lui porte Mary Datchet.
Tout est réuni pour la romance mais on est chez Virginia Woolf et le combat va s’engager pour chaque personnage entre son idéal, ses désirs, son obéissance aux moeurs de la société et ses convictions.

Sir Alfred East - Clifford's Inn London
Virginia Woolf n’est jamais loin derrière ses personnages. Mary et Katherine représentent à coup sûr les deux facettes de la personnalité de l’auteur. Une volonté d’indépendance et un respect des conventions par un mariage sans passion véritable.
La description de l’appartement de William Rodney est plus qu’un simple cadre, il ressemble de très près à l’appartement que le couple Woolf occupa à Clifford’s Inn
Les lieux où Virginia Woolf place les héros, sont les lieux qui lui sont chers : Ralph à Highgate, Katherine à Cheyne walk, leur rencontre à Kew Gardens.
Kew Gardens au temps de Virginia Woolf
"Nuit et Jour" reçut de la critique un accueil élogieux sauf de Katherine Mansfield qui sans doute blessée par le succès de son amie et rivale en littérature, eut la plume très acide à l’égard du roman.
Si vous aimez Virginia Woolf vous aimerez la découvrir à ses débuts.
Ce que Virginia Woolf dit de ce livre dans son journal
« A mon avis Nuit et Jour est un livre plus mûr, mieux achevé, plus satisfaisant que La Traversée des apparences, et cela se comprend. Sans doute me vaudra-t-il l’accusation de fignoler des émotions qui n’ont vraiment aucune importance. »
Le livre : Nuit et jour - Virginia Woolf - Traduit de l’anglais par Catherine Naveu - Editions Points Signature
06:19 Publié dans Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (54) | Envoyer cette note
16.04.2011
La mort de Tusitala - Nakakima Atsushi
Les derniers jours du père de Jim Hawkins dans les mers du sud

Ne vous fiez pas à la couverture qui vous montre une superbe photo de Stevenson, ceci n’est pas un biographie !
Quoi alors ? Difficile de qualifier ce récit, l’auteur Atsushi Nakajima écrivain japonais nourri de littérature occidentale livre ici un récit en double partie, le journal de Stevenson à Samoa et ses propres commentaires sur la situation, sur l’écrivain, sur son oeuvre, sur son combat pour les samoans. Si le journal est fictif l'auteur pour l'écrire s'est largement inspiré des lettres, des écrits de Stevenson
L’écrivain japonais s’est intéressé aux derniers mois de vie de Stevenson, son installation aux îles Samoa bien loin de l’Angleterre, désormais son nom est Tusitala son nom samoan qui signifie Raconteur d’histoire pouvait-il rêver plus beau patronyme ?
L’auteur imagine donc les derniers mois de vie de l’auteur de L'île au trésor , le défrichage, la cosntruction de la maison et surtout la défense des samoans face aux allemands et aux anglais qui ont colonisé l’île, ses ressources et appliquent leurs lois au mépris du droit coutumier local.

La maison de Stevenson à Vailima
"Je continue en rêve d'arracher les vrilles tenances, de me battre avec les piquants d'ortie, les épines de citronnier et les dards enflammés des guêpes. La glaise qui colle à mes pieds, les racines qui résistent, la chaleur effroyable, les sautes de vent léger, les cris d'oiseaux dans les bois alentour....."
L’aspect le plus intéressant à mon avis est la proximité, je dirais même la fraternité qui unit ces deux hommes, d’un côté un écrivain écossais, loin de chez lui, dont la gloire littéraire n’efface pas le rejet familial, de l’autre un jeune écrivain japonais aux prises avec la maladie et le regard des critiques de l’époque.
Un écrivain empruntant le chemin de son aîné, de son modèle, la mort même les rassemblera, Stevenson meurt à 44 ans dans son île de Vailima et Nakajima meurt à 33 ans terrassé par une crise d’asthme.
Ce mélange du vrai et de l’invention, du réel et de l’interprétation, est très agréable. La poste face de la traductrice éclaire bien le livre. Bien sûr cela donne envie d’aller lire les lettres de Stevenson mais aussi les autres écrits de Nakajima
Un article sur l’auteur sur le blog de littérature japonaise
Le livre : La mort de Tusitala - Nakajima Atsushi - Traduit du Japonais par Véronique Perrin - Editions Anacharsis
L’auteur
Mort à l'âge de trente trois ans, Nakajima Atsushi, issu d'une famille d'érudits chinois, avait lui-même une connaissance approfondie des œuvres chinoises classiques. Il était également féru de littérature européenne. Ses nouvelles qui lui valurent immédiatement la célébrité portent la marque d'une culture et d'une imagination très personnelles. C'est néanmoins son style qui fit sa réputation. La langue de Nakajima a une sorte de rigueur et de clarté qui dénote la forte influence du style chinois classique.
(source le site Shunkin )
05:00 Publié dans Littérature Anglaise, Littérature Japonaise | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
08.03.2011
Correspondance - Virginia Woolf Vita Sackville West
Deux femmes d’exception...........

Virginia Woolf Vita Sackville-West
Vingt ans de correspondance, entamée en 1923, elle ne s’achève qu’avec la mort de V Woolf.
Une correspondance qui séduit en raison de la personnalité des deux femmes mais plus encore par le style des lettres, chacun connaît l’art de Virginia Woolf mais le style des lettres de Vita est une surprise, il est magnifique, enlevé, brillant, éclatant. Vita aime la vie, le jeu, les plaisirs et les voyages, ne s’embarrasse pas de fidélité.
Quand elles font connaissance Virginia a atteint une certaine notoriété, elle a déjà écrit trois romans et déjà fait face à trois crise d’aliénation mentale, Vita est en train de devenir un auteur à succès et a déjà publié roman et surtout de la poésie.
Ce n’est qu’en 1925 que commence réellement leur liaison, Vita est impressionnée par la publication de Mrs Dalloway et Virginia sort d’une période d’épuisantes migraines.

De badin le ton des lettres prend une tournure amoureuse puis le ton de la passion. Temps béni vite interrompu par le départ de Vita pour Téhéran où elle doit rejoindre son diplomate de mari, du coup la passion fuse dans les lettres, les mots tendres, mais aussi les affres de la jalousie.
La séparation est plus douloureuse pour Virginia, et les voyages donnent à Vita l’occasion de lettres drôles, alertes, vivantes, elle sait décrire à merveille les lieux traversés, les personnages rencontrés.
Virginia que l’on attend plus réservée sait se défaire du carcan des moeurs de l’époque et fait preuve d’audace épistolaire surprenante
L’une a besoin de protéger, l’autre a besoin de l’être, toujours en proie à l’angoisse et à la peur de la folie.
Mais “La plus longue et la plus charmante lettre d’amour de la littérature” c’est Virginia qui l’écrira, avec la parution d’Orlando dédié à son amour.

C’est la proximité intellectuelle entre les deux femmes qui va permettre à leur relation de passer de la passion à l’amitié amoureuse puis à l’amitié tout court. Vita se tourne vers d’autres amours et grâce à l’argent que lui rapporte ses livres va se consacrer à entretenir, embellir sa propriété de Sissinghurst qui devient le centre de son univers.
Les lettres prendront un tour différent, parfois frivoles et ne dédaignant ni les ragots ni les moqueries sur la société qui les entoure.
Deux femmes sont passionnées par la vie culturelle et intellectuelle de leur temps. Elles fréquentent tout ce qui compte en littérature à l’époque : Thomas Hardy, Aldoux Huxley, D.H Lawrence. Leurs échanges portent souvent sur l’écriture, elles comparent leurs lectures, s’enthousiasment pour Proust.
Virginia Woolf écrit à Vita une dernière fois le 22 mars 1941 quelques jours avant son suicide.
Virginia admirait Vita comme femme et Vita admirait l’écrivain, elles nous donnent à voir cet amour et cette admiration dans leur superbe correspondance.

Le Livre : Correspondance - Virginia Woolf / Vita Sackville-West - Traduit par Raymond Las Vergnas - Editions Stock
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17.02.2011
Traduire la poésie
Juste après avoir lu la biographie de Shakespeare j’ai lu la nouvelle traduction des sonnets parue chez P.O.L, dans le même temps j’ai lu chez BOL un poème de Francisco de Quevedo que j’aime particulièrement mais qui dans mon exemplaire est assez différent.....alors je vous propose une petite expérience


Deux exemples, chaque fois après la langue originale les deux traductions avec le nom du traducteur et l’année de la traduction.
Les choix sont différents, il y a ou non respect total de la forme.
Je suis frappée par la différence qui se dégage dans chaque exemple, cela confirme quel art difficile est celui de la traduction et que dire de la traduction de poèmes !
L’original en Espagnol
"¡Ah de la vida!"... ¿Nadie me responde?
¡Aquí de los antaños que he vivido!
La Fortuna mis tiempos ha mordido;
las Horas mi locura las esconde.
Jacques Ancet 2011
"Hé là ! la vie !" ... Personne ne m´entend ?
À moi, les autrefois que j´ai vécus !
Dans mes années, la Fortune a mordu;
Les Heures, ma folie leur fait écran.
Bernard Pons 2003
« Holà, vivants ! »....Personne qui réponde ?
A moi jadis et antans de ma vie !
La Fortune dans mes jours a mordu ;
Les Heures, ma folie me les dérobe
Et pour la langue anglaise
Un sonnet fameux qui a fait les beaux jours du cinéma
les quatre premiers vers du poème et la chute en deux vers
Let me not to the marriage of true minds
Admit impediments, love is not love
Which alters when it alteration finds,
Or bends with the remover to remove.
If this be error and upon me proved,
I never writ, nor no man ever loved.
Frédéric Boyer 2010
non pour moi un mariage d’amour
ne connaît pas d’obstacle amour
n’est pas l’amour s’il change pour changer
ou suit le premier à quitter la place
si j’ai tord et qu’on me le prouve alors
jamais je n’ai écrit jamais personne n’a aimé
Henri Thomas 1994
Non, je n’admettrai pas d’obstacle au mariage
Des coeurs sincères. Cet amour n’est pas l’amour,
Qui change quand il trouve ailleurs un changement,
Ou se détourne dès que l’autre se détourne,
Si c’est erreur, s’il est prouvé qu’elle soit mienne,
Je n’ai jamais écrit, nul n’a jamais aimé.
Où vont vos préférences ?
Les livres :
Sonnets de Francisco de Quevedo - Edition bilingue José Corti 2003
Les Furies et les peines - Editions Gallimard Poésie 2011
Sonnets de William Shakespeare - Editions Le Temps qu’il fait 1994
Sonnets de William Shakespeare - Editions P.O.L 2010
05:54 Publié dans Littérature Anglaise, Littérature Espagnole, Poésie | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
13.01.2011
Shakespeare Antibiographie
J'aime les biographies d'écrivains , alors une énième bio ?

Il se moque allègrement des érudits qui avec ce rien ont réussi à remplir des livres. Car nous dit-il, il est plus rapide de faire la liste de ce qu’on sait de William Shakespeare que de ce qu’on ignore, par exemple son portrait « Qui pourrait tout aussi bien être le portrait de quelqu’un d’autre ».
Rien : pas une lettre, pas un manuscrit , avouez que c’est rageant pour un homme qui a écrit environ 900 000 mots, on a en tout et pour tout sa signature au bas d’un testament !
" Nous sommes tous capables de reconnaitre une représentation du Barde dès que nous en voyons une, et pourtant nous ne savons pas vraiment à quoi il ressemblait"
On ignore à peu près tout de sa vie, de sa famille, de sa santé, il y a 8 années où on n’ignore où il était et ce qu’il faisait. Le peu que l’on sait est incertain « l’équivalent littéraire d’un électron » Alors comparez ça avec les quelques sept mille volumes consacrés au Barde à la Bibliothèque du Congrès !
Des bruits ont courus, des hypothèses ont été posées sur la réalité de l’auteur d’Hamlet, on a voulu faire porter la paternité de l’œuvre de Shakespeare à Bacon, mais attention Bill Bryson nous dit que là comme sur le reste «personne n’a jamais produit le moindre commencement de preuve ».
Si on ne peut parler de la vie de Will que dire ? Bill Bryson livre un tableau complet de l’époque « Un monde qui manquait d’habitants et qui avait bien du mal à garder ceux qui y naissaient » époque de turbulences religieuses, de grandes épidémies « La plus grande performance de Shakespeare ne fut pas d’écrire Hamlet mais de passer le cap de la première année » écrit-il avec malice.
Il nous introduit dans les moeurs de l’époque, on croise Ben Jonson et Christopher Marlowe, on apprend que les théâtres n’avaient ni rideau ni décor.
Le théâtre du Globe au temps de Shakespeare
Mais là ou Bryson s’en donne à coeur joie c’est dès qu’il nous fait sentir sa totale admiration pour l’oeuvre, pour Will le créateur de mots, crédité de plus de 800 nouveaux mots qui sont passés dans la langue anglaise. Qu’une si grande partie de l’œuvre de Shakespeare soit arrivée jusqu’à nous relève du miracle.
Shakespeare plagiait à tour de bras comme tous les auteurs de l’époque mais ce qu’il en a fait « personne ne l’a jamais surpassé »
Car dit-il « On dit souvent que ce qui distingue Shakespeare c’est sa capacité à mettre au jour les rouages de l’âme, et Dieu sait qu’il fait cela de manière éblouissante. Mais ce qui caractérise vraiment son oeuvre, n’importe quelle partie de son oeuvre, les poèmes, les pièces et même les dédicaces, c’est la jubilation évidente, palpable, que lui cause le pouvoir fascinant du langage »
Lisez Bill Bryson c’est un bon guide, transportez vous à l’époque élisabéthaine et allez lire les billets sur le Barde chez ClaudiaLucia
Et puis vous pouvez aussi vous tournez vers la légèreté et voir ou revoir
Shakespeare in Love - Bande Annonce
Le livre : Shakespeare Antibiographie - Bill Bryson - Traduit par Hélène Hinfray - Editions Payot
15:55 Publié dans Biographies, Littérature Anglaise, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (43) | Envoyer cette note
02.01.2011
Leçon de lecture
Avant de débuter votre année de lecture posez vous les bonnes questions ............. Comment lire un livre : y a t-il une méthode, un conseil à suivre ?

Une qualité nécessaire ?
L' « Indépendance d’esprit qui est la première qualité d’un bon lecteur »
Faut-il suivre les conseils ?
« Reconnaître des autorités dans nos bibliothèques, fussent-elles vêtues de toges et d’hermine, et les entendre nous dire ce qu’il faut lire, comment il faut lire, quelle valeur donner à ce que nous lisons, c’est détruire l’esprit de liberté qui fait vivre ces sanctuaires. Partout ailleurs des lois et des conventions peuvent nous contraindre - mais pas ici.»
Qu’attendons-nous de nos lectures ?
« La plupart du temps nous abordons les livres avec des attentes mal définies et contradictoires : nous demandons au roman d’être véridique, à la poésie d’être factice, à la biographie d’être flatteuse, à l’histoire de renforcer nos préjugés. »
Que faire ?
« Ne donnez pas d’ordre à l’auteur ; efforcez-vous plutôt de vous mettre à sa place. Soyez son collaborateur et son complice. »
« Dans quelle mesure devons-nous résister ou céder aux sympathies et aux antipathies que l’homme (l’écrivain) suscite en nous - tant les mots sont sensibles, réceptifs à la personnalité de l’auteur ? »
La lecture : une récompense avant l’heure
« Le jour du Jugement dernier, lorsque les conquêrants, les hommes de loi et les hommes d’Etat viendront recevoir leur récompense - leur couronne, leurs lauriers, leur nom gravé à jamais dans un marbre impérissable - le Tout-puissant se tournera vers Pierre et lui dira, non sans une certaine envie, en nous voyant arriver avec nos livres sous le bras, « regarde, ceux-là n’ont pas besoin de récompense. Nous n’avons rien à leur donner ici. Ils ont aimé lire. »
Le livre : Comment lire un livre - Virginia Woolf - Editions l’Arche
10:19 Publié dans Bribes et Brindilles, Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note
10.05.2010
La Religion - Tim Willocks
La Religion - Tim Willocks - Traduit de l’Anglais par Benjamin Legrand - Editions Sonatine
Après avoir lu Willocks une première fois j’étais déjà bien accrochée, avec ce roman je suis restée verrouillée à ma lecture pendant les 3 jours d’un week end par chance très pluvieux.
Je vous embarque au temps de Soliman le Magnifique, des Chevaliers de Malte, des batailles entre la croix et le croissant, au temps des cimeterres, des épidémies de peste, des dames aux atours magnifiques, un temps où le fanatisme et la cruauté étaient monnaie courante. Apprêtez vous car les aventures seront sanglantes, horribles, magnifiques, périlleuses et vous n’aurez aucune seconde de répit. Vous êtes prêt ?

Soliman le Magnifique
Saluez Matthias Tanhauser le héros de cette épopée, un peu allemand, un peu hongrois, à cette époque là les frontières sont floues, c’est le gentil de l’histoire, gentil mais n’hésitant pas à couper quelques têtes si nécessaires. Enlevé très jeune à sa famille, il a été élevé à la cour Turque et il a fait partie des redoutables Janissaires. Devenu un homme de tolérance il a des amis dans les deux camps.
Un héros ne va jamais seul, Don Quichotte et Sancho, Sherlock et Watson ...Matthias est donc flanqué de Bors, anglais de souche, soiffard, trousseur de jupons, voleur à ses heures, trafiquant d’opium, mais ami fidèle et combattant féroce.

Malte en 1565 est tenue par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem dits « La Religion » mais que font nos héros ici, sur cette île, convoitée par Soliman qui va en faire le siège pendant 4 longs mois ?
Ils sont là pour les beaux yeux de Carla une belle comtesse qui cherche désespérément Orlandu, le fils qu’on lui a enlevé tout bébé et qui maintenant âgé de 15 ans est peut être à Malte. Elle est accompagnée d’Amparo, jeune et belle jeune femme aux pouvoirs inquiétants.
Et comme dans tous les romans épiques il y a un méchant, il est rattaché à l’Inquisition, il est ignoble et fourbe et va tout faire pour empêcher le fils et la mère d’être à nouveau réunis.

Le siège de Malte en 1565
Willocks se sert très habilement de l’histoire de ce siège, qui vit s’affronter 40 000 turcs et 9000 chevaliers venus de toute l’Europe pour faire barrage aux infidèles, pour nous faire courir du Fort Saint Elme au Fort Saint Ange, nous introduire la nuit sous les tentes de Soliman, visiter les cachots de l’inquisition, voir les têtes des chevaliers rouler dans la poussière, chercher un bateau pour fuir, soigner les blessés ....et de temps en temps s’accorder une pause romantique !
Le récit est enlevé et coloré, cette vitalité et ce souffle font la force du roman dans lequel, malgré la furie guerrière, la poésie la tendresse ne sont pas absentes.
Très efficace, de la très bonne littérature populaire au meilleur sens du terme avec des héros à la Dumas, des personnages attachants et vivants, des péripéties palpitantes, une construction sans faille Bref le livre à mettre de côté pour les vacances !
08:24 Publié dans Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
21.11.2009
L'étrange disparition d'Esme Lennox - Maggie O'Farrell
L’étrange disparition d’Esme Lennox - Maggie O’Farrell - Traduit de l’anglais par Michèle Valencia - Editions 10/18
La folie et l’enfermement arbitraire sont des thèmes durs mais très intéressants. La lecture de ce roman m’a rappeler un film de Ken Loach des années 70 : Family life mais aussi Magdalen sisters le film de Peter Mullan
Un très bref résumé : Iris jeune femme aux amours tortueuses apprend qu’elle a une grand-tante inconnue Esme Lennox, enfermée depuis soixante ans dans un hôpital psychiatrique, l’établissement ferme ses portes et cherche à recaser ses pensionnaires. Difficile pour elle d’interroger sa famille, sa grand-mère ne lui a jamais parlé de cette soeur et aujourd’hui c’est trop tard car elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer.
Tout l’art de Maggie O’Farrell est de nous distiller la vie des personnages par petites touches, comme on instille un poison car on ne peut plus lâcher le livre. La construction très réussit nous fait osciller entre la vie dans les Indes coloniales du début du siècle, l’enfance mouvementée d’Iris, l’horreur de l’enfermement, de la punition imméritée, juste parce qu’une femme refuse le chemin tracé.
Il est à remarquer que cette violence est toujours réservée aux femmes, il faut croire que les hommes eux ont de tout temps eu une santé mentale exemplaire !

Film Family life de Ken Loach
C’est un excellent roman, le suspens est maintenu jusqu’au bout, la construction nous perd parfois mais c’est volontaire et cela augmente la montée en tension du lecteur. J’ai aimé les personnages, l’histoire, bref j’ai passé un très bon moment
Tous les avis sont unanimement bons sur tous les blogs et c’est ce concert de louanges qui m’a donné envie, bien m’en a pris.
Cathulu keisha Aifelle ys le grenier à livres
10:54 Publié dans Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
14.11.2009
Au phare - Virginia Woolf
Au phare - Virginia Woolf - Traduit de l’Anglais par Anne Wicke - Editons Stock
Entre Virginia Woolf et moi c’est une longue histoire de passion, la lecture faite il y a bien des années de ses romans et d’extraits de son journal m’avait enchanté, les essais ont suivis au fur et à mesure de leurs parutions, je l’ai traqué à coup de biographies petites et grandes.
Alors me direz vous pourquoi un billet aujourd’hui ? Et bien parce que l’envie de faire partager ma passion est toujours forte (demandez à Cuné ce qu’elle pense de Dickens..et vous aurez une petite idée de la passion littéraire) et puis... et puis il y a les nouvelles traductions qui ouvrent la perspective d’une lecture différente de la précédente.
Après La Chambre de Jacob, voici Le Phare, c’est par ce roman que j’ai commencé la lecture de Virginia Woolf en 19.. et il reste mon préféré, V W le considérait comme son meilleur roman.
Une famille, presque une tribu, Mr et Mrs Ramsay, leur nombreuse progéniture, quelques invités poètes ou peintres, les vacances en Ecosse un peu avant la Première guerre mondiale dans une vieille maison avec jardin. Dans le lointain le phare objet des rêves et des désirs de la famille.
La promenade au phare espérée par Mrs Ramsay et son plus jeune fils n’aura lieu que des années plus tard, entre les deux : une guerre, des mariages, des disparus et le temps inexorable qui coupe le roman en deux.
Mrs Ramsay l’âme de la maison et de la famille est celle qui console et comprends, elle porte sur chacun son regard plein d’amour. Tous les personnages sont magnifiés par ce regard.
Son mari « fin comme la lame d’un couteau » un peu faible, très égocentrique, pourtant « il n’existait personne qu’elle révérât autant que lui » Elle l’excuse et le comprends tant son besoin est grand de maintenir la famille dans une douce harmonie, Carmichaël le poète oublié, Lily Briscoe vieille fille un peu délaissée qui « avec ses petits yeux chinois et son visage tout pincé, ne trouverait jamais à se marier » et qui ne parvient pas à mettre Mrs Ramsay sur sa toile.

Tout l’art de VW est de nous baigner dans les pensées et les émotions, les perceptions des personnages « emmêlées dans un filet aux mailles d’or »
Les événements du quotidien, parfois insignifiants, viennent interrompre le flot des pensées, chacun est seul au milieu des autres.
Les sensations, les choses emplissent les jours « on ressentait ainsi envers elles une tendresse irrationnelle » le couvert mis, la lumière de la lampe, un gant oublié et en même temps savoir « que la vie était difficile; les faits inaltérables ; et que le passage vers ce pays fabuleux où s’anéantissent nos plus grands espoirs, où nos frêles esquifs s’abîment dans les ténèbres »
Comme toujours avec Virginia Wolf le temps s’étire indéfiniment pour tout à coup se contracter jusqu’à la rupture. On passe du bonheur familial à une maison « abandonnée comme un coquillage sur une dune, qui va s’emplir de grains de sable sec maintenant que la vie l’avait quittée »
« Roman de la fragilité de la vie, de l’absurdité des destinées humaines » * des espoirs déçus, de la perte de l’innocence et des émotions de l’enfance. Un chef d’oeuvre à mettre sur les rayons de votre bibliothèque
* V.W de G Brisac et A Desarthe - Editions de l’Olivier
09:13 Publié dans Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note

























































































































































































































































