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Histoire - Page 5

  • Jérusalem - Simon Sebag Montefiore


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    Après m’être immergée dans les textes et analyses des érudits il était temps de prendre un peu de champ et de partir sur les lieux même des religions du Livre.

    Je garde un souvenir très fort du livre qui le premier m’a emporté en Israël et en Palestine : Ô Jérusalem de Lapierre et Collins que j’ai lu dans les années 70. 

     

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    on continue de fouiller 

    Il faut dire que j’en avais gros sur le coeur à l’époque parce qu’après avoir passé des jours à faire des petits boulots pour financer un voyage en Israël et un séjour en Kibboutz, vlan la Guerre des six jours était venue anéantir mon rêve. Alors le livre arrivait comme une consolation. 

     

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     Bonaparte devant le Sphinx - Jean-Léon Jérôme

     

    Le paysage a bien changé depuis mais pas vraiment l’histoire et je me suis donc plongée avec délices dans la biographie de Jérusalem par l’historien Simon S Montefiore.

    Un pavé je vous l’accorde mais qui se lit sans problème. 

    On remonte loin dans le temps, pas moins qu’au temps du roi David, sur la période de Pilate rien à dire et rien de neuf pour moi par rapport à mes lectures.

    Je suis comme miriam j’ai été beaucoup plus intéressée par ce que l’on sait moins de Jérusalem, la période des croisés et des croisades, celle de Saladin et de Richard Coeur de Lion. 

    Chateaubriand à Jérusalem ça je connaissais et Lamartine aussi. Je passe sur toutes les controverses qui ne me passionnent pas mais franchement un lieu qui a vu défiler : Le roi David, Alexandre de grand, le trio romain de César, Cléopâtre et Antoine, Jésus, Saladin, Godefroid de Bouillon, Bonaparte, Flaubert et Lawrence d’Arabie et pour aujourd’hui (enfin presque) Ben Gourion, Golda Meir et Arafat sans oublier bien sûr Anouar el Sadate

     

    Bigre il faut avoir le souffle bien accroché pour arriver au bout de l’histoire après avoir pataugé dans les massacres, les bains de sang, les trahisons et autres joyeusetés. 

    J’ai pris plaisir à cette lecture et les dernières pages sont des portes vers l’avenir pour éviter le découragement et le pessimisme. Bref un bon livre 

     

    L’avis de Miriam 

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    Le livre : Jérusalem - Simon Sebag Montefiore - Editions Le Livre de Poche 

  • Le Météorologue - Olivier Rolin

    Froid moi ? Jamais !

     

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    Une enquête sur le créateur du service météorologique de l’URSS Alexeï Féodossiévitch Vangengheim voila ce que propose le journaliste Olivier Rolin.

    Alexeï aime son métier et confiant dans l’avenir de l’URSS il est fier de faire que les trains arrivent à l’heure, que les moissons soient programmées au bon moment ! 

    Il est Ukrainien d’origine noble et est victime de la terreur stalinienne en 1934. Arrêté et envoyé aux îles Solovki, le premier camp du Goulag où il sera exécuté trois ans plus tard.

     

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    Le Monastère autrefois camp d'internement

    L’auteur O Rolin est aux Solovki pour réaliser un documentaire pour la chaîne Arte sur la bibliothèque du camp qui comptait 30 000 volumes. Il prend connaissance de lettres, dessins d’un détenu pour sa fille Eleonora à qui il faisait croire qu’il était en voyage d’exploration. C’est ainsi qu’il s’est intéressé à Alexeï Vangengheim.

     

     

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    lettres illustrées d'Alexeï Vangengheim  © Editions Seuil Paulsen

     

    Celui-ci est tout sauf un héros, c’est un homme tourné vers l’avenir. Il imagine le développement des énergies éoliennes et solaires, c’est un communiste convaincu. Pendant trois ans, croyant à une erreur, il va envoyer lettre sur lettre à Staline demandant sa libération. Dans quelle mesure il garde sa foi c’est difficile à dire, ces lettres et les portraits qu’il fait du Petit père des peuples sont peut être une façon de maintenir sa famille à l’abri.

    Son travail à la bibliothèque l’aide à supporter la faim et le froid, la peur.

    C’est le portrait d’un homme simple, représentatif de toutes les victimes anonymes,  pris dans la tourmente de la Grande Terreur qui vit 750 000 exécutions en quelques 14 mois.

     

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     © Editions Seuil Paulsen

     

    Olivier Rolin appuie son récit sur les quelques 160 lettres de  Vangengheim envoyées à sa famille. Dans chacune d’elles il ajoute des dessins, des charades, un herbier à destination de sa fille.  Réhabilité après la mort de Staline ce n’est que depuis l’éclatement de l’URSS que sa fille connait les circonstances exactes de sa mort.

     

    C’est une enquête bien menée, fouillée, claire. Le destin de cet homme touche profondément.  Remarquable.

     

     

     Je vous propose de regarder le film d’Arte sur la bibliothèque des Solovki : passionnant

     

     

     

     

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    Le livre : Le météorologue - Olivier Rolin - Editions du Seuil- Paulsen  

  • Brûlures d'enfance - Ursula Hegi

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    « Un matin d’hiver de 1934. Imaginez le givre sur les vitres de cette école de village sur le Rhin, des fleurs laiteuses de givre. Imaginez le froid glacé sur les nuques des garçons dans la salle de classe de Fraülein Jansen. Ressentez leur effroi parce que c’est aujourd’hui le premier anniversaire de l’incendie qui a détruit le siège du parlement de Berlin, un incendie qui a roussi leurs rêves dans un whouch de jaune et de rouge, déchiqueté et rapide, si rapide qu’on dirait un fouet, comme un vent chaud, qui s’agrippe aux poutres jusqu’à ce qu’elles s’affaissent. »

     

    Depuis quelques mois le drapeau à croix gammée flotte sur les bâtiments officiels, le salut nazi est devenu une obligation.

    A Burgdorf l’institutrice Fraülein Jansen cherche comment permettre à ses élèves de s’exprimer sur le sujet sans débordement, sans en faire une commémoration car elle ne doute pas vraiment du côté « fabriqué » de l’évènement. 

    Elle est consciencieuse la petite institutrice,Thekla, elle veut bien faire, elle veut plaire aux parents, elle a mal vécu la mise à l’écart des enfants juifs et aussi de l’institutrice qui l’a précédée Fraülein Siderova. Elle va devoir remplir son ahnenpass puisque c’est obligatoire.

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    ahnenpass 

     

    Cela l’attriste mais pas au point de s’insurger, pas au point de montrer son désarroi. Et puis parmi les familles il y a des nazis convaincus et parmi les enfants de la classe plusieurs sont inscrits aux Jeunesse Hitlériennes et elle est prête à soutenir Bruno Stostick dont les parents s’oppose à son adhésion.

    Faire la classe devient un casse-tête : il y a tous les auteurs interdits, utiliser les cartes murales devient un tour de passe passe car l’Allemagne n’y apparait pas à la même échelle que les autres nations !

    Autour d’elle la peur s’est installée mais Thekla ne veut rien voir.

    Chaque élève apprend par cœur le poème de Hitler à sa mère

    « Un mauvais poète, se dit Thekla. Il a échoué en tant que peintre. Il a essayé d’écrire un opéra car il voulait être un autre Wagner. Et maintenant ces rimes bourratives qui n’auraient jamais trouvé place dans l’anthologie d’Echtermeyer. En art, le sentimentalisme n’est pas seulement insincère mais impardonnable. » mais elle obéit.

    Les enfants jouent le rôle de sentinelle partout, à l’école, chez eux et n’hésitent pas à dénoncer leurs parents pour prouver leur courage, à mettre à sac la bibliothèque qu’ils aimaient, quoi de plus malléable qu’un enfant ? 

    Pourtant une petite musique résonne au fond de Thékla par la voix d’Henri Heine « là où l’on brûle des livres on finira par brûler des gens »

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    Autodafé perpétré par les étudiants de l'Université de Berlin, les 10 et 11 mai 1933

    Archives fédérales allemandes

    L’écriture est simple comme une rédaction enfantine, le rythme est lent mais s’accélère au fur et à mesure que la peur monte. 

    Le ton volontairement uniforme de l’auteur est là pour nous rappeler que les discours peuvent apparaitre comme lénifiants, parfois endormir notre vigilance, il est souvent plus facile de jouer les naïfs et de suivre le troupeau, mais aussi qu’à vouloir être trop obéissant il arrive que le destin vous rattrape. 

    Son ami communiste tente de l’alerter mais c’est son ancienne institutrice, exclue pour cause de judéité, celle dont elle a pris la place, qui va lui ouvrir les yeux.

    Je ne vous dis rien volontairement de plusieurs évènements, ressorts même du récit alors chut .....

     

    Vous pouvez retrouver des récits très proches avec le livre d’Erika Mann ou celui d’Erik Larson ou encore le livre si émouvant d'Anna Seghers

     

     

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    Le livre : Brûlures d’enfance - Ursula Hegi - Traduit par Guillaume Villeneuve - Editions Galaade Version numérique 2012

     

    hegi_ursula-by_gordon_gagliano.jpgL’auteur : Née en 1946 en République Fédérale d’Allemagne, Ursula Hegi passe sa jeunesse dans une petite ville près de Düsseldorf. Elle a dix-huit ans lorsqu’elle part pour les États-Unis. Elle étudie l’écriture à l’Université du New Hampshire, puis enseigne à la Eastern Washington University pendant quinze ans.

    Après avoir d’abord consacré son écriture à des histoires situées aux États-Unis, elle se met à écrire sur l’Allemagne dans une réflexion sur le passé de son pays d’origine pendant la Seconde Guerre mondiale. Critique littéraire pour le New York Times, le Los Angeles Times et le Washington Post, Ursula Hegi a reçu, depuis la parution de son premier roman Intuitions en 1981, de nombreux prix littéraires, notamment le Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2010 pour Trudi la naine (Galaade, 2007). Brûlures d’enfance est son deuxième livre traduit en français.

    Elle vit actuellement près de New York. (source l’éditeur Galaade)

  • Doña Gracia Nasi - Cecil Roth

    Une banquière en terre d'Islam

     

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                       illustrations de l'émission © Jean-Jacques Prunès

     

    Arte vient de diffuser en 4 épisodes un documentaire passionnant sur les relations entre juifs et musulmans. J’ai vu les deux premiers et à la fin du second il est question de l’Empire Ottoman qui après l’expulsion des juifs d’Espagne et du Portugal à la fin du XVème siècle, accueillit les juifs avec intérêt car le Sultan les voyait comme une source de richesse.

     

    Dans l’été j’ai lu un petit livre sur une femme tout à fait extraordinaire qui sut asseoir sa fortune et celle de sa famille dans ce contexte.

    Doña Gracia Nasi est née à Lisbonne et a grandi dans une famille juive, elle a épousé Francisco Mendes, à la mort de son mari elle va gérer l’empire commercial de la famille Mendes.

     

     

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    Quand je dis empire le mot n’est pas trop fort puisque ces puissants négociants avaient des agents à travers toute l’Europe et tout autour de la Méditerranée. 

    Une femme était pour la première fois en position d’influencer les rois et les papes.

    Quels étaient ses « clients » ? rien moins qu’ Henri II en France, Henri VIII en Angleterre, Charles Quint, les Princes du Saint Empire et le pape Paul III. Ajoutez à ça Soliman le Magnifique !!

     

     

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                                     Venise quartier du Ghetto 

     

    Le livre nous montre les pérégrinations de Dona Gracia Nasi pour fuir l’inquisition, d’abord vers Anvers, puis Venise, puis Ferrare où le Duc d’Este souhaite l’accueillir, mais la pression de l’Eglise Catholique va contraindre la famille à se réfugier à Constantinople dans le quartier de Galata.

    Cette femme est une personnalité tout à fait extraordinaire du monde séfarade du XVI ème siècle, avisée, enrichie par le commerce des épices, elle mettra sa fortune à la disposition des juifs qui fuient les persécutions et on peut supposer qu’elle continua à suivre les préceptes de sa religion malgré sa conversion de façade. A Venise elle va aider les juifs du ghetto surpeuplé et très insalubre. 

    Elle fera appliqué un boycott de la ville d’Ancône où des juifs avaient été massacrés.

     

     Femme de culture elle soutiendra l’activité littéraire et l’imprimerie dans les villes où elle résidera. Elle soutint la traduction en espagnol de la Bible hébraïque. Elle finança la création d’écoles talmudiques et de synagogues dans tout l’Empire Ottoman ainsi que d’hôpitaux. Elle occupa une place important à la cour de Soliman Ier.

    Enfin Gracia Nasi tenta de soutenir un projet d’installation d’une colonie sur le site de Tibériade en Terre Sainte qui pourrait servir de refuge aux juifs fuyant l’inquisition.

    Une personnalité légendaire grâce à qui on peut avoir une meilleure connaissance de la personnalité des monarques chrétiens et musulmans de l'époque.

     

    Un petit livre très riche en information et tout à fait surprenant.

     

    Une vidéo en anglais 

     

     

     

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     Le livre : Doña Gracia Nasi - Cecil Roth - Editions Liana Levi - Version numérique

     

  • L'échange des princesses- Chantal Thomas

    Après les déceptions, les réels plaisirs avec un récit historique qui se situe au XVIII ème siècle et met en scène deux fillettes qui vont servir de troc entre deux nations.

     

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                                              Le régent Philippe d'Orléans

     

    Pour améliorer les relations franco-espagnoles et asseoir ses prétentions au trône de France, le Régent Philippe d’Orléans va proposer à la couronne d’Espagne, deux mariages pour le moins surprenants.

    On marie qui avec qui ?

    Le futur Louis XV qui a tout juste 11 ans avec l’infante d’Espagne Anna Maria Victoria qui en a ........4, et comme il faut équilibrer les comptes le Régent projette de marier ...sa propre fille Louise-Elisabeth, Melle de Montpensier, songez qu’elle au moins à l’âge du mariage, elle a 12 ans et son promis le prince des Asturies futur roi a, lui, l’âge canonique de 15 ans.

     

    Les deux royaumes sont tout à fait heureux à la pensée de ses deux unions. On organise et c’est le Duc de Saint Simon qui va être l’émissaire du Régent, il faut dire qu’il lorgne depuis longtemps sur un titre de Grand d’Espagne que lui conférera à coups sûr son rôle d’entremetteur.

     

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    l'ambassadeur auprès de la cour d'Espagne

    Il ne suffit pas de signer les contrats de mariage, il faut organiser  l’échange des princesses. Pendant des mois ces deux fillettes vont prendre la route et rouler l’une vers l’autre et vers leurs époux respectifs.

     

    Si la très jeune infante d’Espagne, après un voyage où elle a mille occasions de perdre la vie, s’habitue assez bien à la cour de France, c’est une petite poupée qui passe de mains en mains, qui séduit et s’amuse dans les jardins de Versailles.

    Il n’en ai pas de même pour Melle de Montpensier qui vit elle un cauchemar absolu. Son futur époux est laid, la cour lui fait grise mine, le palais de l’Escurial est sinistre et l’époque n’est pas très riante, la monarchie étant sous la coupe de la terrible Inquisition.

     

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    Anna Maria Victoria et Louise-Elisabeth,

    héroïnes malgré elles de "l'Echange des princesses"  (©DR)

    Un récit totalement historique et totalement incroyable.
    J’avais lu avec plaisir Les Adieux à la reine et j’ai retrouvé ici le même plaisir. L’écriture est parfaite et s’accorde à merveille avec l’époque décrite. L’utilisation des lettres et journaux des différents protagonistes est faite avec habileté et sans jamais peser sur le récit.

    Chantal Thomas fait un tableau étonnant de la cour d’Espagne et peint parfaitement le Versailles de cette époque.

    La fin n’est pas une surprise car nous savons tous que Louis XV épousera finalement Marie Leczinska, mais le récit de cette échange extraordinaire garde toute sa force.

     

      

    Le livre : L’échange des princesses - Chantal Thomas - Editions du seuil numérique 

  • La fin de l'homme rouge - Svetlana Alexievitch

    Quand vient le désenchantement

     

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    Lorsque les dictatures tombent dans les mois qui suivent se pose inévitablement le problème des responsabilités, parfois des poursuites judiciaires sont engagées, on recherche les bourreaux, on fait parler les victimes. Au Chili, en Argentine, en Afrique du Sud, le traitement de l’après fut différent mais partout il y eu une interrogation, une réflexion collective. 

    En Russie, après la chute du communisme et l’éclatement de l’URSS rien de tel. 

    Une journaliste Svetlana Alexievitch s’est penchée sur le ressenti des Russes (au sens large en incluant les pays de la CEI). Pour comprendre, pour en savoir plus elle a enquêté, elle a recueilli les mots, les témoignages, les questions de ses compatriotes. Elle a écouté leur colère, leurs regrets, leur honte, leur désarroi, leur angoisse. 

    Il a fallu les faire parler, les accoucher de leurs souvenirs. Ces récits  sont ahurissants, drôles, émouvants, incroyables, horribles et toujours d’une grande simplicité.

    Il lui a fallu faire le montage comme avec les séquences d’un film en cours de tournage, il a fallu choisir, mettre en perspective, balayer tous les genres, et surtout surtout ne pas trahir.

    Je me souviens de mon impression très forte à la lecture de deux livres, celui de Colin Thubron sur la Sibérie et celui de Terkel Studs  avec Hard Time extraordinaire livre sur la crise de 29. Dans les deux un travail d’interview et d’écoute avait eu lieu. 

    On est ici dans la même veine et c’est un livre passionnant et remarquable que signe Svetlana Alexeivitch. Elle devrait prochainement recevoir le Prix de la Paix des libraires allemands.

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    L'auteur

    Les récits balayent la période stalinienne, la guerre, l’après guerre, la Perestroïka et bien sûr aujourd’hui. Elle a interrogé des instituteurs, une musicienne, une architecte, un maréchal, un milicien, des hommes qui ont combattus en afghanistan.

     

    Le livre se compose de deux grandes séries de témoignages, chaque personne qui témoigne va au bout de sa pensée, l’auteur lui laisse le temps de trouver ses mots, de laisser remonter les souvenirs

    Ces gens lui ont accordé leur confiance, elle ne les a pas trahis, ils sont tous là : jeunes et vieux, bourreaux et victimes, Ukrainiens ou Russes, Tchétchènes ou Arméniens, pauvres ou nouveaux riches.

    L’auteur appelle cela un « romans de voix ». Romans oui car les événements de ces vies sont parfois difficiles à croire, on entend aussi bien des enfants de Koulaks, des enfants de déportés à la Kolyma, des communistes purs, durs et fiers de l’être, des hommes qui vivent encore les affres de la seconde guerre. Des victimes de Tchernobyl, des nouveaux riches ….

     

     

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                                 Tchernobyl

     

    Tout est passionnant mais il y a des moments très forts comme cette femme racontant comment son père revenu du Goulag garde toute sa foi dans le communisme, il était de ceux « qui avaient totalement adhéré à l’idéal, qui l’avaient si bien intégré qu’il était impossible de le leur arracher ».

    Ces femmes découvrant qui les a dénoncé, qui a envoyé leur père, leur mère, leur soeur au Goulag. Une femme se découvre dénoncée par celle à qui elle a confié sa fille pendant toutes ses années de camps, et cette femme fut une véritable mère pour l’enfant…..Comment sonder l’âme

    humaine ?

     

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    un symbole

    L’angoisse touche ses hommes et ses femmes devant une liberté toute neuve dont ils ne savent pas vraiment quoi faire. Ils en arrivent à souhaiter un homme fort «  On ne peut pas bâtir une grande Russie sans un grand Staline ! » Des regrets pour ce temps où un chef était là pour dicter la voie à suivre.

     

    C’est la vie quotidienne du peuple russe qui se dessine à travers tous ces récits, les plus anciens qui ont adulé Staline et qui lui voue  « un culte de Staline dans  un pays où Staline a exterminé au moins autant de gens que Hitler !! »

    La guerre et les camps sont encore très présents :

    « Ma génération a grandi avec des pères qui revenaient soit des camps, soit de la guerre. La seule chose dont ils pouvaient nous parler, c’était de la violence. »

    Pourtant aucun appel à la vengeance car « Pour juger Staline, il faut juger les gens de sa propre famille, des gens que l’on connaît. Ceux qui nous sont les plus proches. »

     

    L’époque était effrayante 

    « Une époque féroce. On bâtissait un pays fort. Et on l’a bâti. Et on a vaincu Hitler ! C’est ce que disait papa… » 

     

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    On comprend mieux en lisant ces témoignages que ce peuple ai résisté au delà de l’humain à Stalingrad.

     

    Pour quelques uns seulement il s’agit d’ « aller jusqu’au bout, obtenir un procès de Nuremberg pour le Parti communiste. »

     

    Le mécontentement, le désarroi est prégnant dans les récits mais aussi l’amour inconditionnel pour la Russie malgré tout « Aujourd’hui encore, cela me fait plaisir d’écrire “URSS”. C’était mon pays. », il y a toujours eu de l’espoir « Toute notre vie, on a cru qu’un jour, ça allait s’arranger. »

     

    Les livres qui ont pendant des années représenté une certaine résistance, car il fut un temps où « Les livres remplaçaient la vie… », les livres n’ont plus le même parfum « Le pays s’est couvert de banques » mais par contre « Les bibliothèques et les théâtres se sont vidés… Ils étaient remplacés par des bazars et des magasins » 

     

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    « L’iniquité de l’argent est inextirpable de l’âme russe”, a écrit Tsvétaïeva »

     

    La plus jeune génération regarde la course au profit et tente d’y prendre part sans illusions

    « Quand on allume la télé, tout le monde parle la langue des truands : les hommes politiques, les hommes d’affaires, et… le président. Graisser la patte, verser des pots-de-vin, des bakchichs… »

    Certes la vie a changé « Je vais à l’église maintenant, et je porte une petite croix » et on peut éprouver une certaine fierté « La peur du KGB avait disparu, et surtout, on avait mis un terme à la folie atomique… Et le monde nous en était reconnaissant. »

     

    Mais des voix discordantes se sont entendre « Je hais les Tchétchènes !» ou encore « La Russie aux Russes » et aussi « Moi, je leur casserais la gueule, à tous ces fumiers de démocrates ! On leur en a pas assez fait voir »

    La vie est plus libre mais aussi beaucoup plus précaire qu’autrefois.

    La vie est très difficile aujourd’hui, l’état n’est plus protecteur, les retraités ont des pensions de misère, les logements sont vétustes

     

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    Le Prince Albert II de Monaco et le nouveau président de l'AS Monaco, le Russe Dmitriy Rybolovlev,
    afp.com/Valéry Hache

    et la télévision montre les nouveaux riches qui se paient des clubs de football. 

     

    Ce livre pourrait être d’une tristesse effroyable

    « Nous avons connu les camps, nous avons couvert la terre de nos cadavres pendant la guerre, nous avons ramassé du combustible atomique à mains nues à Tchernobyl. Et maintenant nous nous ­retrouvons sur les décombres du socialisme. Comme après la guerre... »

    Et bien non, certes il surprend, parfois on a un mouvement de recul, mais ce qui domine c’est un courage rare, une envie de vivre énorme, on sent vraiment battre le coeur de la Russie, pulser la vie, sans doute « La mystérieuse âme russe... »

     

    Un très grand livre à mettre dans votre bibliothèque si vous êtes amoureux de la Russie.

     

    Anne Brunswic dont j’ai beaucoup aimé le livre Les eaux glacées du Belomorkanal, interview Svetlana Alexievitch sur son livre.  

     

    Et un billet chez Espaces Instants sur Marina Tsvetaeva la femme d'aucun compromis

     

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    Le livre :  La Fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement - Svetlana Alexievitch - Traduit par Sophie Benech - Editions Actes Sud - Version numérique