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Littérature italienne - Page 2

  • Inventaire d'une maison de campagne - Piero Calamendrei

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    L’âge venant un homme parcourt tous les lieux de son enfance. Au travers des paysages de la campagne Toscane on découvre avec lui les prairies en fleurs, les sous-bois cachette de champignons, les chants d’oiseaux. 

    Partons donc pour les été bénis de l’enfance et de l’adolescence dans les collines de Toscane, Montepulciano, Montauto vont abriter ses premières expériences de ramasseur de champignons, sa découverte d’une campagne sous le soleil. 

    «  le jardin était le monde entier » les promenades sous les pins sont pour lui 

     

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     « la première rencontre consciente avec le monde végétal, le commencement de cette intimité amoureuse avec les arbres et les herbes qui me donne aujourd’hui encore, quand je me promène dans une pinède, l’impression de franchir après une longue absence le seuil de ma maison. »

    C’était le temps des cueillettes et Piero Calamandrei est un fameux ramasseur de champignons. Le grand-père est magistrat, il met de côté tout ce qu’il trouve, étiquettes, bouteilles, clés, paradis pour l’enfant.

    et donne des leçons  à l'enfant

     

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    « Le bureau de mon grand-père fut mon premier banc d’écolier. » Puis c’est la récolte du miel et le temps des moissons, le temps des concerts de cigales, le temps des fêtes et des processions.  

    Hommes et femmes sont au travail, Don Prospero l’embaumeur, l’oncle Domenico «  le compagnon de jeux le plus sûr et le plus docile », et madame Assunta qui vend des fruits exotiques, un monde excitant pour un enfant de la ville.

     

    Banal ? non pas lorsque l’on sait que l’homme qui écrit est en même temps un anti-fasciste convaincu et un des pères de la Constitution italienne.

    Revenant sur les traces de son enfance il sait marier avec simplicité la douceur et la mélancolie qui s’attachent aux souvenirs avec l’oeil de l’homme mature.

    Les petits récits sont pleins de détails amusants, savants, et tellement vrai que « le bonheur premier d’un monde magique » s’ouvre à nouveau pour nous.

    C’est un livre bienfaisant que cet inventaire. 

    Ce livre Piero Calamandrei l’a écrit en premier lieu pour ses amis et je crois que c’est ainsi qu’il faut le lire.

     

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    Le livre : L’inventaire d’une maison de campagne - Piero Calamandrei - Traduction de Christophe Carraud - Editions de la Revue Conférence

  • Eva dort - Francesca Melandri

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                           Le Tyrol du sud

     

    Ce roman est une belle façon de mettre l’accent sur un pan de l’histoire de l’Italie et sur une région magnifique.

    Si vous avez lu Mario Rigoni Stern vous connaissez déjà un peu ce coin d’Italie qui appartint à l’Empire Austro-Hongrois et qui fut donné à l’Italie en 1918.

    Lorsque l’on lit ça dans un livre d’histoire on a peine à imaginer les conséquences pour les hommes et femmes qui vivent là.

     

    Francesca Melandri c’est attachée à nous faire comprendre les chose à travers l’histoire de deux femmes, Gerda et Eva.

    Dans les montagnes du Haut-Adige (pour les italiens) ou du Sud Tyrol (pour les autrichiens) c’est le choc total, des autrichiens se retrouvent du jour au lendemain italiens, changement de langue, bouleversement de l’identité culturelle, ils deviennent les parias d’une communauté. 

    La famille Huber va faire les frais du changement apportant séparations, fracture familiale, conflit de génération. 

     

    Le roman est un lent retour en arrière, Eva va traverser toute l’Italie pour être au chevet de Vito, son presque père qui va mourir, il fut l’amour de sa mère, un père de substitution dont elle n’a jamais accepté le départ.

    Eva se souvient de l’homme qui l’appelait « sisiduzza » ce qui signifie « toute petite étincelle »

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                              Haut Adige

     

    Le paysage se dessine d’une région supportant les changements historiques mais aussi les changements de société. 

    Dans les années 60 une jeune femme enceinte est une honte pour sa famille, elle devient une Matratze, une femme marquée au fer rouge

    « C’était une Matratze parce que son père, Hermann, l’avait laissée partir » partir pour gagner sa vie.

    Puis enceinte elle a été chassée par Herman, lui qui avait choisi le mauvais camp, celui des nazis.

    Gerda a fait face avec courage pour élever seule sa fille Eva, elle a travaillé sans relâche au Grand Hôtel de Frau Mayer à Merano, elle a tenté d’oublier Peter l’apprenti terroriste, Segi le frère plein de haine, Ulli le presque frère qui lui opte pour la transgression, elle est devenue une cuisinière de talent.

    Gerda est belle et rayonne d’amour pour sa fille. Lorsque Vito apparait il va être à la fois son amour et sa croix. 

     

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    « Un matin du printemps de 1998, à la suite des accords de Schengen, en présence des autorités italiennes et autrichiennes, on enleva la barrière séparant les deux pays au col du Brenner. Plus aucune frontière physique ne séparait le Tyrol du Sud de l’Autriche, sa terre mère perdue. »

    C’est un très beau roman qu’a écrit Francesca Melandri, mêlant l’histoire tourmentée de la région qui ne peut oublier son passé, et les personnages qu’elle nous livre toute en finesse et émotion. Si aujourd’hui la région voit affluer les touristes c’est après une période douloureuse. On croise des personnages bien réels de l’histoire italienne comme Aldo Moro, mais surtout on est pris d’affection pour Vito et Gerda qui portent le récit, et je vous défie de ne pas verser votre larme.

     

    Pour comprendre l'histoire de cette région c'est ici et là 

     

    l'avis de Mango 

     

    Le livre : Eva dort - Francesca Melandri - traduit par Danièle Valin- Editions Gallimard numérique 

     

  • La Maison dans la montagne - Angelina Lanza Damiani

    Souvenirs domestiques

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    Voilà un livre que j’ai trouvé totalement par hasard et qui m’a enchanté.

    Angelina Lanza Damiani est une poétesse qui est née en Sicile en 1879 et qui trouva dans l’écriture son épanouissement face à une vie pleine d’adversité.

    Son époque est celle aussi du roman « Le guépard », celle où les familles siciliennes passaient l’hiver à Palerme et sitôt le printemps venu prenaient le chemin de la montagne pour y trouver de l’air et de la fraîcheur.

     

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    « La Montagne est chaude, bien que midi soit encore loin. A travers le coteau qui devient escarpé, le sentier se déroule sans agrément, tout en escaliers, en montées et en descentes, où le sabot de la mule hésite entre les pierres, puis se raffermit. »

     

    C’est à dos de mulet que l’on atteint « La maison dans la montagne » que l’auteur va nous dessiner à traits vifs, empreints d’une poésie toute virgilienne. 

    En une trentaine de courts chapitres elle nous présente SA maison, celle qui vit naitre et parfois mourir ses enfants. Une maison paisible, un monde simple où les hommes et les femmes qui travaillent sur le domaine sont sous la protection du monastère local.

     

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    « Le sanctuaire est toujours le même ; paisible, austère, serein. Ni la foule, ni la solitude ne lui ont fait perdre de sa beauté »

     

    Avec des mots très simples elle nous livre son amour pour cette terre, pour les forêts, pour les bergers, pour les femmes qui ramassent le lin, pour la vigne et le verger.

     

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    « Il y a encore quelques semaines, dans le vallon du verger, les arbres s’élevaient comme des candélabres à mille flammes vertes dans un petit lac d’azur. Le lin était en fleurs. »

     

    C’est un monde de traditions avec ses joies et ses tragédies, Angelina Lanza Damiani trouve dans cette maison la paix et le recueillement qui lui sont nécessaires, sa foi est vive et infinie. 

    Nous suivons le petit peuple du domaine à travers les travaux des champs, l’écoulement des saisons, les gestes rituels et primitifs et c’est magnifique de simplicité et de poésie.

     

     

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    « Je m’en vais par les allées, le foin au genou, un foin tout fleuri de marguerites jaunes et blanches, d’herbe à chats violette, de myosotis, de véronique, de mille corolles rouges, bleues, blanches, qui me font fête ; de mille plantes d’un vert intense qui retiennent mes pas, comme en un jeu. »

     

    Ce livre est un pur bonheur, malgré mon côté mécréant j’ai aimé cette femme qui dit sa foi simple avec beaucoup de sincérité malgré les vicissitudes, elle voit mourir deux de ses filles de tuberculose sans jamais perdre confiance ! 

    C’est un très beau livre dans tous les sens du terme, la typographie est soignée, les illustrations de Pierre-Yves Gabioud sont très belles et la traduction de Christophe Carraud impeccable.

     

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    Le livre : La maison dans la montagne - Angelina Lanza Damiani - Traduit par Christophe Carraud - Editions de la Revue Conférence

     

     

     

  • Un Jardin à Venise - Frederic Eden

    Le jardin

     

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                                  ce n'est pas celui de F Eden mais il est très beau

     

    Le seul nom de Venise me porte à rêver, à imaginer les ruelles, les ponts, les canaux. Ma bibliothèque vénitienne est déjà bien fournie mais je n’ai pas résisté à ce livre paru il y a presque dix ans mais que je n’avais jamais lu.

    Il fallait un anglais pour imaginer devenir propriétaire d’un jardin à Venise ! Ce monsieur installé dans la Sérénissime pour prendre soin de sa santé, s’ennuie terriblement. Il rêve de verdure de « terre ferme et d’arbres verts, de buissons et de fleurs. » 

     

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    "Durant les quinze premiers jours de mai le grand spectacle des roses se met en place"

     

    L’argent ne semblant pas être un réel problème il devient l’heureux acquéreur d’une parcelle de végétation en plein Venise. Et par la grâce d’un bel acharnement et d’un don pour le jardinage, il va transformer ce coin de terre en un jardin ..d’Eden ! Il donne vie à un jardin à l’anglaise évidemment qui a les qualités qui lui semble nécessaire à un jardin « profusion des couleurs (...) abondance des fleurs »

     

    Si vous aimez Venise et les jardins je vous conseille très vivement ce livre, vous y suivrez Frederic Eden cherchant l’inspiration pour son jardin, tâtonnant un peu et faisant des essais parfois infructueux, il faut dire que la terre n’est pas de la meilleure qualité. Les jardiniers ne sont pas toujours à la hauteur de ses ambitions et cela donne lieu à des déboires ce qui lui fait mettre la main à la pâte.

     

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    La liste des plantes est impressionnante : anémones, jonquilles, muguet, tulipes, des arbres fruitiers, citronniers et bambous, grenadier et jasmin, lilas et magnolias. Pour abreuver tout cela un puits de 60 mètres devra être creusé allant même jusqu’à la création d’un bassin avec poissons et nénuphars

    Nous sommes à la fin du XIX ème siècle et ses visiteurs sont célèbres et laissent leur paraphe dans son livre d’or : Rilke, Proust et bien sûr Henri de Régnier grand amoureux de Venise.

     

    une passion qui durera car « Le jardinage nous occupe et nous ravit du premier au dernier jour de la vie » dit-il.

    Si vous allez à Venise ne cherchez pas ce mystérieux jardin car si il est au patrimoine de la ville, il est aujourd’hui malheureusement abandonné. 

    Mais vous pouvez toujours rêver avec ce livre. 

     

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    Le Livre : Un jardin à Venise - Frederic Eden - Traduit par Marie Thérèse Weal - Editions Actes Sud

     

  • Histoire de Tönle - Mario Rigoni Stern

    Un classique en Italie

     

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    © Site officiel de Fulvio Roiter.

     

    Profession : berger contrebandier

    Nom : Tönle Bintarn 

     

    En 1866 sur le plateau d’Asiago, en Vénétie à la frontière du royaume d’Italie et de l’Empire austro-hongrois, Tönle Bintarn tente de faire vivre sa famille. Le troupeau ne suffit pas

    et chaque printemps Tönle s’arrache à tout ce qui fait sa vie, sa ferme qui  « avait un arbre sur le toit : un cerisier sauvage », sa famille, son plateau, et franchit la frontière.

    Cette année il est allé jusqu’à Ratisbonne et au retour pour son malheur, son chargement sur le dos, il bouscule un douanier.

    Cela lui vaut une condamnation par contumace qui va le rendre fugitif pour de longues années. 

    C’est cela la vie de Tönle, l’hiver bien caché au creux de sa ferme, dormant dans le grenier pour avoir une échappatoire au cas où; et sur les chemins de l’Empire Austro-Hongrois 9 mois par an.

    Colporteur, mineur, passeur de tabac, jardinier au Château de Prague, parlant plusieurs langues, ses pérégrinations le portent loin de son Italie natale, il joue à saute frontières et s’enfonce jusqu’aux Carpates, jusqu’en Russie.

     

     

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    Les dangers sont nombreux, les carabiniers bien sûr mais aussi les filous, les crevasses, les tempêtes de neige, les loups et la faim omniprésente.

    Et pendant ce temps la vie s’organise sans lui « Quand il avait pris la clef des champs, sa femme était enceinte de deux mois à peine et il ne le savait pas encore. Maintenant une petite fille était née » lui rapporte de quoi vivre et augmenter le troupeau «  il ôta sa ceinture, la décousit avec son couteau et fit glisser dans sa main les gulden d’argent ».

     

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    Quand l’amnistie de son délit arrive c’est bien tard et très vite là c’est l’attentat de Sarajevo et le plateau d’Asiago va d’un seul coup devenir ligne de front. 

     

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    Asiago pendant les combats

    Dans ce superbe roman, Mario Rigoni Stern ne fait par un récit de la guerre mais de ses conséquences sur Tönle et ses pareils. Des hommes pour qui l’Europe est une réalité, qui sont toujours sur la corde raide un pied dans chaque pays mais qui ne comprennent pas la nécessité de se battre pour ces frontières.

    Tönle est marqué par la fatalité et précipité dans l’Histoire. Fini pour lui les splendides couleurs du plateau d’Asiago, fini les prairies verdoyantes, fini le cerisier sur le toit de sa maison. 

    Récit intense, lumineux et poétique, dans lequel Mario Rigoni Stern a le souci du détail d’un miniaturiste. 

     

    Un petit livre qui trouvera assurément place dans votre bibliothèque

     

     

    Le livre : Histoire de Tönle - Mario Rigoni Stern - Traduction de Claude Ambroise et Sabina Zanon Dal Bo - Editions Verdier poche

  • L'Aube noire - Mario Falcone

    un polar ? un roman historique ? un roman catastrophe

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    © photo DDD

     

    J’hésite à définir ce livre, un peu de tout ça et bien que le livre oscille entre plusieurs genres l’auteur est parvenu à en faire un bon livre, avec un vrai suspense, des personnages hauts en couleurs et l’omniprésence d’une ville destinée à s’effondrer lors d’un séisme tristement célèbre. 

     

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                    Messine en décembre 1908

     

    Vous allez être content, en plein hiver direction la Sicile et plus précisément Messine sous le soleil d’août.

    C’est fête dans Messine en ce 15 août jour de la Vara qui attire la foule. Pendant que la population hurle « Viva Maria »  une jeune fille est assassinée, Catarina Spadaro travaillait chez un notable de la ville le Baron Torielli très porté sur les demoiselles et le jeu. 

    L’affaire est confiée au lieutenant Marco Valerio Sestili et va très vite remuer la boue, la suspicion, bref l’affaire fait du bruit. Le procureur n’est-il pas d’ailleurs un ami proche du Baron Torielli qu’il protège plus ou moins...

     

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    © photo DDD

    Mais l’affaire ne s’arrête pas là, un truand est lui aussi assassiner, ah là ça sent la Mafia ce qui ne surprend pas en Sicile. 

    Bientôt ce n’est plus un suspect mais une ribambelle qui vont donner du fil à retordre à Sestili : Rosario Mantineo le fils du boulanger, et Ignazio Curro qui revient à Messine après avoir fait fortune en Amérique. D’autant que le pauvre lieutenant doit aussi penser à sa femme enceinte que la chaleur fatigue, à ses soucis policiers s’ajoutent des tracas personnels. 

     

    Les puissants et les riches, le jeu et les femmes, les passions cachées, la vengeance, la prostitution, la corruption voilà la trame du roman mais ce qui en fait un roman original c’est que l’auteur distille savamment un sentiment d’oppression, en décembre la ville sera rayée de la carte.

     

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    © photo DDD

    Et quand le Sirroco se met à souffler les habitants pensent le « phénomène n’était pas rare, mais, d’après les anciens, il annonçait toujours des malheurs… » la ville ignore son destin mais nous lecteur nous savons et nous nous interrogeons : les crimes seront-ils élucidés avant le séisme, les coupables seront-ils parmi les victimes ? Le temps est suspendu.

     

    Mario Falcone mène parfaitement son récit. C’est avant tout une bonne histoire bien racontée, riche en rebondissements, les personnages sont complexes. Et le premier de ces personnages c’est la ville, ses églises, ses jardins, ses ruelles,  une fresque colorée qui va bientôt être un amas de ruines.

    Vous sentez que j’ai bien aimé ce roman et que je vous le recommande. 

     

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    Le livre : L’aube noire - Mario Falcone - Traduit par Carole Cavallera - Editions La Table Ronde