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A sauts et à gambades - Page 98

  • Alexandre Sojenitsyne Sept vie en un siècle - Bertrand Le Meignen

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    A Apostrophe 

    Certainement vous avez lu un ou deux de ses romans, certainement vous avez lu ou au moins entendu parler de son célèbre Archipel du Goulag mais connaissez vous la vie d’Alexandre Soljenitsyne, son enfance, son adolescence, fut-il un jour communiste ? Quand commença-t-il à écrire ?

     

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    La guerre :  il est capitaine décoré de l'Etoile Rouge

    Pour répondre à ces questions j’ai lu sa biographie lui qui

    « connu pendant près d’un siècle une vie extraordinaire, marquée par la guerre, le Goulag, la maladie, la dissidence, l’exile et la célébrité. » 

     

    Retour sur la jeunesse d’un homme d’origine ukrainienne et caucasienne né avec la Révolution, on le voit jeune marié puis combattant de la Seconde Guerre mondiale, séparé de son épouse qui fut contrainte de demander le divorce alors que lui pour avoir écrit quelques lettres de trop à un ami, se voit condamné au Goulag et surtout à la relégation à vie.

    On suit le combat de l’homme pour supporter sa détention et pour écrire écrire contre vents et marées. 

     

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    En Russie pour la parution de l'Archipel 

    Il apprend par coeur des textes car empêché de les écrire, il touche le fond parfois mais alors

    « ont commencé les années les plus importantes de ma vie, celles qui ont conféré à mon caractère ses traits définitifs. » dit Soljenitsyne.

     

    Les années de dissidence sont riches en péripéties et difficultés qu’il partage avec les figures de l’époque : Sakharov, Plioutch, Siniavski et bien d’autres

    Son combat difficile pour trouver un toit, un travail.

    On retrouve les moments forts de cette vie, la collaborations avec les Invisibles tous ces russes qui lui permirent de mettre à l’abri les pages de son oeuvre, de la photocopier pour la faire passer à l’ouest.

    Le rôle de ses amis les plus sûrs comme Mstislav Rostropovitch qui le mit à l’abri chez lui aux pires heures de la répression et qui en paya le prix.

     

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    Soljenitsyne et Rostropovitche à Cavendish aux Etats Unis

    Je me souviens des émissions de Pivot qui lui furent consacrées et de ma première lecture du Pavillon des cancéreux, ce sont des lectures inoubliables et aujourd’hui qu’enfin l’Archipel est disponible en version poche je ne peux que tenter de vous convaincre d’en faire la lecture, c'est un grand moment d’histoire et de littérature 

     

    La biographie de Bertrand Le Meignen, qui, il faut le préciser n’est pas du tout un universitaire, est riche, elle m’a permis d’aborder la vie de cet écrivain exceptionnel et d’en découvrir des facettes peu habituelles. 

    J’ai apprécié également les mises au point sur ses oeuvres tardives que ses ennemis de toujours ont tenté de faire passer pour des écrits d’un vieux fou antisémite. 

     

    Du coup comme toujours je poursuivrai un jour avec la biographie de Lioudmila Saraskina qui au dire des connaisseurs est la meilleure.

    Mais surtout la lecture de cette biographie m’a convaincu de m’attaquer à la grande oeuvre de Soljenitsyne : La Roue rouge, l’histoire de cette révolution qui se solda par 70 ans de vie sous le joug soviétique.

     

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    Les livres

    Alexandre Soljenitsyne  Sept vies en un siècle -  Bertrand Le Meignen - Editions Actes Sud Solin

    L’Archipel du Goulag - Alexandre Soljenitsyne - Editions Points (hélas une version abrégée) 

     

  • Lanceur d'alerte

    Aujourd’hui il est de bon ton de parler de lanceur d’alerte mais il y a quelques décennies ce terme n’existait pas. 

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    Demain je vous parle d’un lanceur d’alerte qui m’intéresse et que je lis depuis les années 70 et comme j’aime bien les ricochets un deuxième billet vous entrainera dans le sillon de l’histoire avec un grand H

    A demain

  • Mansfield Park - Jane Austen

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    Mansfield Park

    Mansfield Park est la demeure de la famille Bertram, deux fils aussi différents l’un de l’autre qu’il est possible, Tom et Edmond, deux jolies filles sans cervelle, Maria et Julia,  une femme en permanence épuisée, la soeur vipérine de lady Bertram : Mme Norris.
    Régnant sur le domaine et la famille Lord Bertram devant qui tout le monde tremble un peu. Et comme une pièce rapportée, la cousine pauvre, élevée par charité : Fanny Price. 

     

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    Les publications sont nombreuses

    Il va être question d’amour, de mariage, de plantations à Antigua, d’éducation d’une demoiselle, de bals et de promenades à cheval. Bref les ingrédients habituels de Jane Austen. Les liens familiaux sont ici au premier plan, le chef de famille est fière de ses enfants, il regarde avec affection certes mais aussi beaucoup de condescendance la jeune Fanny. Son fils aîné prendra sa suite et Edmond deviendra clergyman, voilà qui est réglé une fois pour toute. 

     

    Au fil des années Fanny a du faire face au mépris de ses cousines, à la méchanceté de Mme Norris et ne s’est apprivoisée que grâce à Edmond son fidèle ami. 

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    une adaptation que je n'ai pas aimé

    Le moment arrive où les demoiselles Bertram sont bonnes à marier, Edmond doit partir se former à son nouveau rôle de pasteur, Tom et Lord Bertram entame un long voyage sur leur plantation d’Antigua.

    Le grain de sable dans la mécanique c’est l’arrivée au presbytère qui fut celui de Monsieur Norris, d’un nouveau pasteur et de sa femme, les Grant, et dans leur sillage Mademoiselle Crawford et son frère. 

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    Au cinéma

    Ah les jeux de l’amour et du hasard, c’est un vrai festival dans ce roman, Maria trouve un fiancé riche et benêt, Julia se désespère d’attirer l’attention de M Crawford, Edmond tombe sous le charme un rien sulfureux de Marie Crawford.  

    La comédie est prête à se jouer et comme d’habitude Jane Austen va y mêler beaucoup d’ironie. Elle alterne de joyeux portraits, des dialogues qui permettent aux personnages de se découvrir, des situations digne de Marivaux 

    Elle nous donne son avis sur l’Eglise et le rôle d’un clergyman, sur les pièces de théâtre du moment qu’elle juge sévèrement, sur l’aménagement des jardins, mais tout cela elle le peint

    « de son pinceau délicat de gracieux tableaux de mots sur un petit morceau d’ivoire » dit Nabokov aux yeux de qui Mansfield Park a trouvé grâce.

    J’ai aimé ce roman même si le personnage de Fanny Price m’a paru un peu trop sage. Les différentes scènes : la représentation théâtrale, le bal, la visite des jardins, sont très réussies. Les personnages très amusants :  lady Bertram se pâmant son chien sur les genoux, Mme Norris toujours à la recherche d’une méchanceté à dire ou à faire.  

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    Le jardin anglais objet d'une jolie scène

    La peinture de la société est attrayante et bien intégrée dans le récit.

    C’est le troisième roman de Jane Austen a être publié en 1814, après Raison et Sentiments et Orgueil et Préjugés. 
    Elle a mis deux ans pour écrire son roman, c’est un joli tour de force quand on sait que c’est 450 page en pléiade !

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    Le livre : Mansfield Park dans Oeuvres tome II - Jane Austen - Traduit par Pierre Goubert - Editions Gallimard Pléiade

  • Les Européens - Henry James

    Quatre mariages et un enterrement

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    Plus encore que Roderick Hudson voilà une façon simple et légère d’entrer dans le monde de Henry James..
    James a trente-cinq ans lorsqu’il écrit Les Européens. De ce roman va naitre sa renommée, même si la réception fut plus positive en Angleterre qu’aux Etats-Unis.

    james

    Une atmosphère bucolique

    Félix et Eugenia viennent d’arriver à Boston. Ils sont frère et soeur, américains mais ont toujours vécu en Europe. 

    On pressent que la visite qu’ils font à leurs cousins d’Amérique est un rien entachée d’intentions intéressées dues à une situation très précaire.

    Félix est un beau jeune homme à l’heureux caractère et sans occupation aucune, Eugénia quant à elle a contracté un mariage avec un prince allemand, mariage proche de sa dissolution. 

    Leurs cousins américains les Wentworth sont une famille austère mais pleine de générosité qui les accueille avec quelques réserves surtout Mr Wenworth, homme froid avec une maison à son image

    «  pas de splendeurs, pas de dorures, pas de régiment de domestiques. »

    Ses deux filles elles sont un peu éblouies par ces cousins si exotiques, Gertrude, sur laquelle Félix jette très vite son dévolu, est promise au pasteur Brand. Elle est celle qui est le plus attirée par ces nouveaux venus

    « Elle n’avait rien connu d’aussi délicieux depuis la lecture de Nicholas Nickleby »

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    L'archétype de la jeune américaine

    Robert Acton cousin et ami de la famille se laisse lui aussi prendre dans les filets de ces européens, seule résiste sa soeur Lizzie archétype de la jeune fille américaine, hardie et innocente à la fois, si on veut lui trouver une parenté il faut la chercher chez Edith Wharton et le personnage de May Welland dans le Temps de l’innocence.

    Mona Ozouf dit que ce roman est une « palette de couleurs tendres » c’est vrai mais le ton est constamment ironique. Satire légère et pleine d’humour qui entérine l’opposition entre Nouveau et Ancien monde, entre un monde puritain et bien pensant et celui du plaisir des sens et de l’esprit.

    L’ atmosphère du roman est crée par petites touches « le décor bucolique, la campagne environnante » les sentences religieuses accrochées ici et là, les fiacres collectifs qui surprennent nos européens.
    Les Wentworth représentent une société prude et moralisatrice, chez eux

    « pas de splendeurs, pas de dorures, pas de régiment de domestiques »

    james

    L'adaptation de James Ivory

    Le décor d’une maison, les parures féminines relèvent pour eux du mensonge, des apparences et donc du péché. 
    Plusieurs scènes mettent en opposition la froideur et la rigueur morale à l’insouciance et la frivolité européennes, le roman est une passerelle jetée entre ces deux mondes que tout oppose.
    Félix est jovial, léger, un rien inconséquent
         « Je n’ai jamais étudié; je n’ai pas de formation. Je fais un peu de   tout, mais rien de bien . je ne suis qu’un amateur » 

    Les scènes sont parfois cocasses, les comparaisons très ironiques, Eugenia a une conversation que le pasteur n’hésite pas à rapprocher de Mme de Staël et de Mme de Récamier et dans sa bouche c’est loin d'être d’un compliment. 

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    Lee Remick en Eugenia


    C’est un roman délicieux mais ne nous y trompons pas le James plus noir, plus caustique n’est jamais loin. Ne dit-il pas d’Eugenia. 
          « Rien de ce que disait la baronne n’était tout à fait faux. Mais peut-   être convient-il d’ajouter en toute justice que rien de ce qu’elle disait n’était tout à fait vrai »
    Quant à Gertrude voilà comment elle voit sa famille et son entourage.

    «  Il doit y avoir mille façons d’être lugubre et parfois je me dis que nous les utilisons toutes »

    Donc palette tendre mais ce sera la dernière fois dans l'oeuvre de James qu'un roman se termine par des mariages.

     

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    Le livre : Les Européens dans Portrait de femme et autres récits - Henry James - Traduit par - Gallimard Pléiade

  • climat anglais

    Deux romans, deux auteurs auprès de qui j’ai repris goût à la lecture

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    Il faut croire que le climat anglais est bon pour les écrivains

    Mme météo sera ici dès demain

  • Silence - Shûsaku Endô

    La sortie du film de Martin Scorsese était l'occasion de vous parler de ce roman.

    J'ai trouvé l'adaptation très bonne. Elle est fidèle au roman.

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    1614 au Japon, le Shogun Tokugawa décide d’expulser tous les missionnaires catholiques, les catholiques japonais sont chassés et torturés, contraints à renier leur foi. 
    Les prêtres se cachent et tentent d’informer leurs congrégations. Certains sont emprisonnés, torturés. On perd leurs traces.
    Quelques années plus tard quatre prêtres font le projet de se rendre au Japon pour poursuivre l’évangélisation mais surtout retrouver les prêtres disparus dont on dit que certains seraient apostats ayant renoncé publiquement à leur religion.

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    Photos du film

    1637 Sébastien Rodrigues s’embarque pour le Japon avec deux compagnons, son principal objectif est de retrouver Christophe Ferreira dont il fut l’élève appliqué à Lisbonne et qui a cessé de donner de ses nouvelles, la rumeur fait de lui un apostat, Rodrigues refuse de croire cela de son maître en théologie.
    Le voyage est périlleux et une fois au Japon Rodrigues va envoyer fidèlement des rapports à sa congrégation. Des convertis les accueillent, les cachent, ils dispensent des sacrements ici ou là toujours en cachette. Mais l’aventure tourne court, arrêtés ils doivent être témoins des supplices infligés aux japonais convertis. Tous les paysans qui les ont aidés sont torturés savamment, ils meurent en martyrs, un martyr « misérable et douloureux ».

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    Rodrigues prend la fuite pour ne plus mettre en danger la population, mais dénoncé il se retrouve face au commissaire Inoue qui refuse le christianisme non parce que c’est une mauvaise religion mais parce qu’il n’est pas fait pour le Japon.
    Alors s’engage une bataille d’idées, de conviction «  un procès en persuasion » !


    Lorsqu’enfin il retrouve Ferreira un autre combat commencera pour lui, sa foi vacille car Dieu reste obstinément silencieux devant les persécutions des chrétiens «  Il était venu dans ce pays afin de donner sa vie pour les autres et c’étaient ces Japonais qui, un à un, donnaient la leur pour lui » 

    Peut-il encore croire « Dieu existait-il vraiment ? S’il n’existait pas, quelle dérision que les années de sa vie passées sur des mers sans limites à seule fin de venir semer sur cette île aride une graine menue »

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    photos du film

    Un bon roman sur une période historique particulière de l’histoire du Japon. Sébastien Rodrigues livre un vrai combat avec sa foi et n’est pas sans rappeler Blanche de la Force l’héroïne du Dialogue des carmélites de Bernanos.


    J’ai aimé découvrir les relations complexes qui ont existé entre Orient et Occident à cette époque, relations qui se sont terminées par une fermeture totale du pays aux étrangers pendant deux siècles.

     

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    Le livre : Silence - Shûsaku Endô - Traduit de l’anglais par Henriette Guex-Rolle - Editions Gallimard Folio