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A sauts et à gambades - Page 244

  • La tour d' Hölderlin

    " Hölderlin vivra dans une pièce ronde, au premier étage d’une tour, éclairée par trois fenêtres pendant plus de douze mille jours. Une pièce sans angles, sans arêtes, sans brisures. Mais il s’est arrêté de compter. Plus d’âge ni de dates. Il ne connait plus que l’ombre ou la lumière, l’aurore ou le crépuscule. Et les saison, qui reviennent toujours. Seul au coeur de la beauté du monde, il attend."

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    La Tour d'Hölderlin au bord du Neckar à Tubingen

    " Quand je serai un enfant aux cheveux gris, je voudrais que le printemps, l’aurore et le crépuscule me rajeunissent chaque jour un peu plus, jusqu’à ce que je sente venir la fin et que j’aille m’asseoir dehors pour m’en aller vers la jeunesse éternelle "
    Lettre d’Hölderlin à sa soeur

    Le livre : Et il ne pleut jamais naturellement - Béatrice Commengé - Gallimard

  • La Grande Sauvagerie - Christophe Pradeau

    grandesauvagerie.gifLa Grande Sauvagerie - Christophe Pradeau - Editions Verdier
    Récit poétique, récit de voyage, récit de mémoire, c’est un étrange texte inclassable que ce livre , on y entend la flûte du berger, on n’y sent la poussière des vieilles pierres, livre un peu mystérieux et envoûtant.
    La narratrice Thérèse Gandalonie est née dans un village du limousin, Saint Léonard, vieux village aux ruelles étroites, aux volets clos. Ce n’est pas un village comme les autres, il est dominé par une lanterne des morts , objet de culte ou phare pour voyageurs égarés, que l’on vient voir de loin, cette lanterne est plantée dans le centre d’un domaine inaccessible car séparé du village par une faille.

    Enfant elle aime lire des journées entières mais aussi fureter, parcourir les chemins à bicyclette. Elle connaît tout de ce village, chaque ruelle, chaque pierre. Elle aime découvrir les lieux cachés  et c’est ainsi qu’elle découvre en se perdant dans la végétation d’un mur : « la faille »  qui donne accès à une vue du village toute différente et surtout à une vue sur le domaine de la Grande Sauvagerie. La fascination éprouvée restera et toute sa vie Thérèse tentera de résoudre le mystère de ce lieu.
    Devenu adulte elle voyage, enseigne, parcours le monde et un jour elle entend parler d’une autre sauvagerie. C’est dans une bibliothèque américaine qu’elle va rencontrer le personnage central de cette sauvagerie là , un peintre qui a tenu son journal pendant son voyage vers l’ouest, curieusement il est lié à Saint Léonard,  elle va partir à sa recherche.

     

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    Une lanterne des morts dans le Périgord

    Thérèse par petites touches nous livre son village et sa quête La mémoire tient le premier rôle dans ce roman, de longues phrases ramènent au passé, on s’y perd comme dans un labyrinthe et l’auteur nous donne parfois une impression d’un récit mythologique.

    C'est un roman rare que ce livre, envoûtant, captivant et exigeant. L’ écriture est singulière, travaillée, puissante, une langue très belle en longues phrases. Les descriptions sont à la fois précises et empreintes de magie, les mots rares utilisés ajoutent encore au mystère de la nature et de son lien avec l’homme. Une magniique façon d'évoquer un lieu, une géographie , une belle réussite.

    Extrait
    Contrairement à ce que tout le monde disait, il y avait une ouverture dans la continuité des façades, une échappée par où on pouvait la voir, mais il fallait pour cela reculer, s’éloigner, quitter la presse, l’animation de la Place, gagner le lieu mystérieusement disgracié, où achevaient de rouiller, avec la pesanteur sereine des choses abandonnées à elles-mêmes, des pièces d’attelage, des pots d’échappement, des pare-chocs, tout un embarrassement de ferraille, éternel objet de discorde, de controverses électorales, déversé contre le mur du Parc, falaise de granit recouverte tout entière par l’élasticité poussiéreuse, un peu inquiétante, du lierre ; j’allais pourtant m’y adosser quelquefois, me faisant un point d’honneur de surmonter mes appréhensions, pour le simple plaisir peut-être de braver les recommandations maternelles, troublée aussi de le sentir s’incurver doucement autour de moi, enveloppant à la façon d’un nid.

    Si vous aimez vous laisser surprendre par un livre alors celui-ci trouvera place dans votre bibliothèque

  • Aux amoureux de l'Italie

     

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    " D’innombrables petits chemins entre deux murs de pierres, hauts d’un mètre environ, se croisent, montent et descendent, vont et viennent, étroits, pierreux, en ravins et en escaliers, et séparent d’innombrables champs ou plutôt des jardins d’oliviers et de figuiers qu’enguirlandent des pampres rouges.
    A travers les feuillages brûlés des vignes grimpées dans les arbres, on aperçoit à perte de vue des villages blancs."

     

    Le Livre : Guy de Maupassant - La Vie errante - Editions La Table Ronde
    La photo : linernaute

  • Et le reste est silence - Carla Guelfenbein

    resteestsilence.gifLe reste est silence - Carla Guelfenbein - Traduit de l’Espagnol par Claude Breton - Editions Actes Sud
    C’est la couverture qui m’a attirée en premier, elle reflète parfaitement le livre.
    Tommy est un garçon pas tout à fait comme les autres, a 12 ans une maladie de coeur l’oblige à une vie restreinte dans un cocon soigneusement tissé par son entourage. Lui qui rêve de voler doit se contenter de la compagnie d’un ami imaginaire et des conversations enregistrées en douce sur son MP3 un peu partout, paroles qu’il engrange dans son ordinateur.
    Son père est un chirurgien de renom et sa belle-mère Alma communique parfois avec lui en langue des signes, il a aussi une demi-soeur Lola, une vraie peste.
    La vie de Tommy bascule lorsque caché sous une table il enregistre une conversation qui ne lui est pas du tout destinée, sa mère Soledad qui est morte lorsqu’il avait 3 ans, sa mère dont la photo est cachée dans son "Architout", sa mère s’est suicidée. Tommy va chercher à comprendre cette vérité si douloureuse car il ne peut que penser " Si maman s’est ôtée la vie, ça signifie qu’elle ne m’aimait pas." Et comme Tomas , c’est son véritable nom, est très intelligent il a vite fait de faire un inventaire " Maintenant je sais qu’il y a au moins onze façons de s’ôter la vie, et que l’une d’elle est celle de maman."

    Les autres personnages vont tenir chacun leur partition et composer un chant choral dans lequel mais dans lequel les voix ne sont jamais réunies.
    Nous déroulons le fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe composé des secrets familiaux, des non dits, des sentiments soigneusement enfermés, des peurs des uns et des autres.

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    Photo L'oeil ouvert

    L’auteur nous livre l’intime de chacun des personnages, petit à petit nous ressentons leur fragilité, leur maladresse, nous nous glissons dans cette famille blessée où le silence est la seule réponse.
    C’est un roman délicat, tendre, pudique, sensible. L’auteur explore le monde onirique de l’enfance , l’espace que chacun garde caché pour se protéger mais dont il faut parfois payer le prix.

    Un avis également positif chez Des livres et des champs


    carla.jpgl’auteur
    Carla Guelfenbein est née à Santiago du Chili. Exilée en Angleterre après le coup d'état de Pinochet, elle y étudie la biologie puis le dessin. De retour au Chili elle travaille dans la publicité. Son précédent roman "Ma femme de ta vie" a été publié chez Actes Sud

  • Bribes et Brindilles John Keats

    Bright Star John keats

     

    Pillow’d upon my fair love’s ripening breast,
    To feel for ever its soft fall and swell,
    Awake for ever in a sweet unrest,   
    Still, still to hear her tender-taken breath,
    And so live ever — or else swoon to death.

     

     

    jeandleriris.jpgLa joue appuyée sur le sein mûrissant de mon bel amour,
    Sentir à jamais se soulever et retomber sa douce houle,
    Eveillé à jamais en un émoi exquis
    Encore et encore entendre son tendre souffle
    Et vivre ainsi toujours  — ou sombrer dans la mort.

     

     

    Un dossier sur John Keats dans Esprit nomade
    Le livre : John Keats - Les Terres perdues biographie - Christian La Cassagnère - Editions Aden
    Photo Pêle-Mêle

  • La Perle - Douglas Smith

    laperle.gifLa Perle - Douglas Smith - Traduit de l’Anglais par Geneviève Brzustowski - Editions Autrement
    C’est dans la Russie de Diderot et de Voltaire que je vous propose de voyager, la Russie impériale, celle de Catherine II.
    Ce livre pourrait être un grand roman historique à la Dumas et pourtant l’histoire qu’il raconte est bien réelle et le livre est le fruit du travail d’un historien.

    Le 27 Février 1803 un carrosse funèbre parcours les rues de Saint Pétersbourg jusqu’ au monastère Alexandre Nevsky. Là est inhumée une jeune femme qui vient de mourir de tuberculose peu après avoir donné je jour à un enfant. 
    Cet enfant est l’héritier de la famille la plus riche de Russie, son père est Nikolaï Cheremetiev et sa mère dite " La Perle" est née sur le domaine de Kouskovo, dans une isba, son père est l’un des serfs de la famille Cheremetiev.
    La Perle nous conte les amours illicites et le mariage secret du Comte Nikolaï Cheremetiev , le plus riche aristocrate de son temps et de Praskovia Kovalyova la plus grande Diva d’opéra de l’époque.

    Nikolaï Cheremetiev est né en 1751, quand je vous ai dit qu’il était riche j’étais en dessous de la réalité, la famille Cheremetiev possède 210000 serfs soit l'équivalent de la population de Moscou à l'époque, ses terres s'étendent sur 800 000 hectares. Comparativement à beaucoup de propriétaires sur ses domaines les serfs sont correctement traités, nourris, ne sont pas soumis à des châtiments corporels et peuvent parfois acheter leur liberté.
    Parmi leurs propriétés deux domaines magnifiques : Kouskovo et Ostankino près de Moscou.
    Son ami d’enfance est le Grand Duc Paul, futur Tsar, lorsqu’il donne une fête au domaine de Kouskovo toute la noblesse russe est là et parfois même l’Impératrice. Il est un des hommes les plus cultivés de sa génération, mais il est plus à l’aise sur son domaine qu’à la cour. Musicien accompli il rêve d’un palais dédié aux arts, sa fortune lui permet de réaliser certains de ces rêve.
    Comme d'autres nobles  à l'époque, le comte Cheremetiev crée sa propre compagnie de théâtre, une troupe au complet : acteurs et actrices, chanteurs, danseurs et musiciens composé de ses serfs, tous formés dans sa propre école.
    Toute la noblesse russe et européenne est invitée à entendre des opéras dans son théâtre. C’ est ainsi que Praskovia devint célèbre.

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    Le Domaine de kouskovo au temps de La Perle

    Elle n'avait que sept ans lorsqu’elle fut retirer à sa famille, un couple de serfs vivant sur le domaine, elle fut éduquée, elle appris des langues étrangères, la comédie et le chant pour former une voix prometteuse.
    Elle fait ses débuts dans un opéra à l'âge de dix ans.
    En Juin 1787 lorsque la Grande Catherine est en visite à Kouskovo elle très émue par La Perle nom de scène de Praskovia, elle lui fit cadeau d’une bague splendide. Célèbre ou pas elle n’en reste pas moi la « propriété » du comte une femme asservie.
    Elle devient très jeune la maîtresse de Nikolaï, pratique habituelle bien éloignée d'un sentiment romantique mais la liaison va se transformer en amour véritable.

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    Praskovia La Perle

    Il est hors de question pour un noble à l’époque d’épouser une serve, si la liaison est parfaitement admise, le mariage ferait scandale, pendant des années Nikolaï va tergiverser, il craint la réaction de ses amis et plus encore la réaction du Tsar.
    Après plusieurs années de liaison, il finit par "libérer" Praskovia, et le 6 novembre 1801 en secret le couple se marie.
    Atteinte de tuberculose ce qui l’a contraint à abandonner la scène, Praskovia meurt trois semaines après avoir mis un fils au monde.
    C’est seulement dans les dernières semaines que Nikolaï Cheremetiev annonce son mariage et la naissance de son fils.
    On ne sait rien des sentiment de Praskovia tout au long des années fautes de traces écrites. Ce que l'on apprend est toujours par la bouche de Nikolaï.

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    L'église Saint Siméon Stylite où fut célébré en secret le mariage

    La Perle apporte un éclairage fascinant sur le monde de l'aristocratie russe, l’attitudes des russes envers le servage.
    La vie dans la Russie de Catherine la Grande est très bien explorée et l’extraordinaire histoire des théâtres de serfs est à découvrir absolument.
    Mais surtout, le livre raconte une magnifique histoire d'amour. " La perle est un livre que j'ai toujours voulu voir écrire - Le portrait de la plus grande et de la moins connue des histoires d'amour de l'histoire européenne " dit Douglas Smith
    Tout au long du récit Douglas Smith s'appui sur des documents mais ceux ci sont peu nombreux car une grande partie a sans doute été détruite par la famille Cheremetiev pour effacer la trace de ce mariage, dans bien des cas Douglas Smith émet des hypothèses probables sur le déroulement des évenements.
    C'est une lecture passionnante et enrichissante


    Avec le temps Praskovia est entrée dans la légende, elle a inspiré des chansons chantées par des millions de paysans à travers la Russie. A la fin du XIXe siècle, tout le monde avait entendu parler de la pauvre jeune fille serve qui avait épousé un riche aristocrate.
    Sous le régime soviétique, Praskovia a été transformé en héroïne socialiste, symbole de l’exploitation du peuple.

    Il est possible aujourd’hui de retrouver Praskovia en visitant les domaines Cheremetiev de Kouskovo et Ostankino ouverts à la visite, vous pourrez tenter d’apercevoir dans les jardins le fantôme de  La Perle tout en récitant les vers qu' Anna Akhmatova lui a dédiés :


    Que murmures tu minuit?
    Paracha est morte; de toute façon,
    La jeune maîtresse du palais.
    La galerie reste inachevée
    Extravagant cadeau nuptial,
    Là où, poussée par Borée,
    J’écrit tout cela pour toi



    L’auteur
    Douglas_Smith.jpgDouglas Smith est un spécialiste de la Russie et du XVIIIe siècle, il a notamment publié la correspondance privée de la Grande Catherine. Il enseigne à l’Université de Washington. (source l’éditeur)