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A sauts et à gambades - Page 240

  • Entre ciel et terre - Jón Kalman Stefánsson

    entrecieletterre.gifEntre ciel et terre - Jón Kalman Stefánsson - Traduit de l’Islandais par Eric Boury - Editions Gallimard
    Rares sont les livres dont on sait après quelques pages qu’ils resteront parmi vos lectures préférées. En 2009 il y avait eu " La leçon d’allemand " et en 2010 il faudra beaucoup de talent à un écrivain pour détrôner ce livre magnifique.
    La littérature islandaise m’avait déjà apporté beaucoup de plaisir avec Laxness mais aujourd’hui j’attends avec impatience que les autres livres de Stefánsson soient traduits en français pour retrouver cette écriture si particulière.

    A l’ouest de l’Islande il y a plus d’un siècle, quasiment au bout du monde, dans le fond d’un fjord, sont réunis pendant la saison de pêche un groupe d’hommes qui vivent et meurent de la mer. Voilà, vous allez les accompagner dans une nuit de pêche à la morue, dans la barque il y a Bárður un marin pas comme les autres car ce qu’il aime par dessus tout ce n’est pas la pêche, non, ce sont les livres que lui prête un vieux capitaine aveugle, d’ailleurs là en ce moment sa lecture c’est " Le Paradis perdu " de Milton, il est tellement habité de poésie qu’il en a oublié sa vareuse dans la baraque où il dort.

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    "Certaines d'entre elles n'ont toutefois qu'un niveau, les équipages dorment, appâtent les lignes

    et mangent dans le même espace"

    Pour faire équipe avec Bárður il y a un gamin, un jeunot, qui le suit comme son ombre et qui s’est laissé lui aussi envoûté par les mots, il veut        " accomplir quelque chose dans cette vie, apprendre les langues étrangères, parcourir le monde, lire un millier de livres ".
    Il n’a plus ni père ni mère, son père aussi " était sur une barque à six rames (...) et il ne fut pas le seul à se noyer " et sa mère à griffonner pour lui avant de mourir " Vis " munit de ce viatique il s’essaie à la vie.

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    " Chaque homme a son rôle précis au sein de la nuit"

    Son seul ami c’est Bárður, il rame avec lui, " seule une maigre planche les sépare de la noyade " sur ce bateau,  mais cette nuit là un vent glacial souffle, la tempête s’en mêle. Lorsque le gamin se retrouve seul, son ami disparut, il a à coeur de faire ce qui était le plus important pour celui-ci, rendre le livre emprunté au vieux capitaine qui possède , merveille des merveilles quatre cent livres, et puis après... rejoindre son ami dans la mort.
    Le voyage du gamin est un voyage initiatique, son désir de rejoindre Bárður est fort mais l’envie de continuer à vivre est là aussi,  un poème peut changer votre vie parce que " Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le coeur (...) quand les jours sont contraires et que nous ne somme peut être ni vivants ni morts. "

    C’est un livre rare que ce roman, une révélation, de ceux que l’on ne peut oublier, la poésie  habite les deux personnages, imprègne tout le livre, un monde disparu auquel on se sent lier par les mots de Stefánsson. L’exploration des replis de l’âme humaine est de tous les pays, le style et les superbes métaphores nous obligent à ralentir la lecture et nous font regretter d’être arrivé à la fin de l’histoire. L'art du traducteur Eric Boury permet de jouir pleinement de la beauté de ce livre.


    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque.

    L’auteur
    jkstefansson.jpgJón Kalman Stefánsson, né à Reykjavík en 1963, est poète, romancier et traducteur, de Knut Hamsun notamment. Il figure parmi les auteurs islandais actuels les plus importants. Trois de ses romans ont été sélectionnés pour le Prix scandinave de littérature (en 2001, 2004 et 2007). Il a reçu pour son récit Lumière d’été, et ensuite la nuit arriva le Prix islandais de littérature en 2005. Entre ciel et terre est son premier roman traduit en français. ( source l’éditeur)

  • La tour d' Hölderlin

    " Hölderlin vivra dans une pièce ronde, au premier étage d’une tour, éclairée par trois fenêtres pendant plus de douze mille jours. Une pièce sans angles, sans arêtes, sans brisures. Mais il s’est arrêté de compter. Plus d’âge ni de dates. Il ne connait plus que l’ombre ou la lumière, l’aurore ou le crépuscule. Et les saison, qui reviennent toujours. Seul au coeur de la beauté du monde, il attend."

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    La Tour d'Hölderlin au bord du Neckar à Tubingen

    " Quand je serai un enfant aux cheveux gris, je voudrais que le printemps, l’aurore et le crépuscule me rajeunissent chaque jour un peu plus, jusqu’à ce que je sente venir la fin et que j’aille m’asseoir dehors pour m’en aller vers la jeunesse éternelle "
    Lettre d’Hölderlin à sa soeur

    Le livre : Et il ne pleut jamais naturellement - Béatrice Commengé - Gallimard

  • La Grande Sauvagerie - Christophe Pradeau

    grandesauvagerie.gifLa Grande Sauvagerie - Christophe Pradeau - Editions Verdier
    Récit poétique, récit de voyage, récit de mémoire, c’est un étrange texte inclassable que ce livre , on y entend la flûte du berger, on n’y sent la poussière des vieilles pierres, livre un peu mystérieux et envoûtant.
    La narratrice Thérèse Gandalonie est née dans un village du limousin, Saint Léonard, vieux village aux ruelles étroites, aux volets clos. Ce n’est pas un village comme les autres, il est dominé par une lanterne des morts , objet de culte ou phare pour voyageurs égarés, que l’on vient voir de loin, cette lanterne est plantée dans le centre d’un domaine inaccessible car séparé du village par une faille.

    Enfant elle aime lire des journées entières mais aussi fureter, parcourir les chemins à bicyclette. Elle connaît tout de ce village, chaque ruelle, chaque pierre. Elle aime découvrir les lieux cachés  et c’est ainsi qu’elle découvre en se perdant dans la végétation d’un mur : « la faille »  qui donne accès à une vue du village toute différente et surtout à une vue sur le domaine de la Grande Sauvagerie. La fascination éprouvée restera et toute sa vie Thérèse tentera de résoudre le mystère de ce lieu.
    Devenu adulte elle voyage, enseigne, parcours le monde et un jour elle entend parler d’une autre sauvagerie. C’est dans une bibliothèque américaine qu’elle va rencontrer le personnage central de cette sauvagerie là , un peintre qui a tenu son journal pendant son voyage vers l’ouest, curieusement il est lié à Saint Léonard,  elle va partir à sa recherche.

     

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    Une lanterne des morts dans le Périgord

    Thérèse par petites touches nous livre son village et sa quête La mémoire tient le premier rôle dans ce roman, de longues phrases ramènent au passé, on s’y perd comme dans un labyrinthe et l’auteur nous donne parfois une impression d’un récit mythologique.

    C'est un roman rare que ce livre, envoûtant, captivant et exigeant. L’ écriture est singulière, travaillée, puissante, une langue très belle en longues phrases. Les descriptions sont à la fois précises et empreintes de magie, les mots rares utilisés ajoutent encore au mystère de la nature et de son lien avec l’homme. Une magniique façon d'évoquer un lieu, une géographie , une belle réussite.

    Extrait
    Contrairement à ce que tout le monde disait, il y avait une ouverture dans la continuité des façades, une échappée par où on pouvait la voir, mais il fallait pour cela reculer, s’éloigner, quitter la presse, l’animation de la Place, gagner le lieu mystérieusement disgracié, où achevaient de rouiller, avec la pesanteur sereine des choses abandonnées à elles-mêmes, des pièces d’attelage, des pots d’échappement, des pare-chocs, tout un embarrassement de ferraille, éternel objet de discorde, de controverses électorales, déversé contre le mur du Parc, falaise de granit recouverte tout entière par l’élasticité poussiéreuse, un peu inquiétante, du lierre ; j’allais pourtant m’y adosser quelquefois, me faisant un point d’honneur de surmonter mes appréhensions, pour le simple plaisir peut-être de braver les recommandations maternelles, troublée aussi de le sentir s’incurver doucement autour de moi, enveloppant à la façon d’un nid.

    Si vous aimez vous laisser surprendre par un livre alors celui-ci trouvera place dans votre bibliothèque

  • Aux amoureux de l'Italie

     

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    " D’innombrables petits chemins entre deux murs de pierres, hauts d’un mètre environ, se croisent, montent et descendent, vont et viennent, étroits, pierreux, en ravins et en escaliers, et séparent d’innombrables champs ou plutôt des jardins d’oliviers et de figuiers qu’enguirlandent des pampres rouges.
    A travers les feuillages brûlés des vignes grimpées dans les arbres, on aperçoit à perte de vue des villages blancs."

     

    Le Livre : Guy de Maupassant - La Vie errante - Editions La Table Ronde
    La photo : linernaute

  • Et le reste est silence - Carla Guelfenbein

    resteestsilence.gifLe reste est silence - Carla Guelfenbein - Traduit de l’Espagnol par Claude Breton - Editions Actes Sud
    C’est la couverture qui m’a attirée en premier, elle reflète parfaitement le livre.
    Tommy est un garçon pas tout à fait comme les autres, a 12 ans une maladie de coeur l’oblige à une vie restreinte dans un cocon soigneusement tissé par son entourage. Lui qui rêve de voler doit se contenter de la compagnie d’un ami imaginaire et des conversations enregistrées en douce sur son MP3 un peu partout, paroles qu’il engrange dans son ordinateur.
    Son père est un chirurgien de renom et sa belle-mère Alma communique parfois avec lui en langue des signes, il a aussi une demi-soeur Lola, une vraie peste.
    La vie de Tommy bascule lorsque caché sous une table il enregistre une conversation qui ne lui est pas du tout destinée, sa mère Soledad qui est morte lorsqu’il avait 3 ans, sa mère dont la photo est cachée dans son "Architout", sa mère s’est suicidée. Tommy va chercher à comprendre cette vérité si douloureuse car il ne peut que penser " Si maman s’est ôtée la vie, ça signifie qu’elle ne m’aimait pas." Et comme Tomas , c’est son véritable nom, est très intelligent il a vite fait de faire un inventaire " Maintenant je sais qu’il y a au moins onze façons de s’ôter la vie, et que l’une d’elle est celle de maman."

    Les autres personnages vont tenir chacun leur partition et composer un chant choral dans lequel mais dans lequel les voix ne sont jamais réunies.
    Nous déroulons le fil d’Ariane pour sortir du labyrinthe composé des secrets familiaux, des non dits, des sentiments soigneusement enfermés, des peurs des uns et des autres.

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    Photo L'oeil ouvert

    L’auteur nous livre l’intime de chacun des personnages, petit à petit nous ressentons leur fragilité, leur maladresse, nous nous glissons dans cette famille blessée où le silence est la seule réponse.
    C’est un roman délicat, tendre, pudique, sensible. L’auteur explore le monde onirique de l’enfance , l’espace que chacun garde caché pour se protéger mais dont il faut parfois payer le prix.

    Un avis également positif chez Des livres et des champs


    carla.jpgl’auteur
    Carla Guelfenbein est née à Santiago du Chili. Exilée en Angleterre après le coup d'état de Pinochet, elle y étudie la biologie puis le dessin. De retour au Chili elle travaille dans la publicité. Son précédent roman "Ma femme de ta vie" a été publié chez Actes Sud

  • Bribes et Brindilles John Keats

    Bright Star John keats

     

    Pillow’d upon my fair love’s ripening breast,
    To feel for ever its soft fall and swell,
    Awake for ever in a sweet unrest,   
    Still, still to hear her tender-taken breath,
    And so live ever — or else swoon to death.

     

     

    jeandleriris.jpgLa joue appuyée sur le sein mûrissant de mon bel amour,
    Sentir à jamais se soulever et retomber sa douce houle,
    Eveillé à jamais en un émoi exquis
    Encore et encore entendre son tendre souffle
    Et vivre ainsi toujours  — ou sombrer dans la mort.

     

     

    Un dossier sur John Keats dans Esprit nomade
    Le livre : John Keats - Les Terres perdues biographie - Christian La Cassagnère - Editions Aden
    Photo Pêle-Mêle