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A sauts et à gambades - Page 242

  • Hard Times - Studs Terkel

    hardtimes.gifHard Times Histoires orales de la Grande Dépression - Studs Terkel - Traduit par Christophe Jaquet - Editions Amsterdam
    Avez-vous vu le film  On achève bien les chevaux non ? Alors peut-être avez vous lu Les Raisins de la colère parce qu’alors vous avez eu un bref aperçu de la Grande Dépression, le nom donné à cette période qui aux Etats-Unis (et ailleurs) celle au cours de laquelle des petits fermiers furent ruinés, des ouvriers se retrouvèrent au chômage, des directeurs de banque se jetèrent par la fenêtre pour échapper à la faillite.....
    C’est cela dont il est question dans ce livre mais ici pas de statistiques pas de thèse de sociologue, ce que l’auteur a souhaité c’est  comprendre l’expérience des gens ordinaires, écouter les témoins, les survivants ou leurs enfants.

    L’auteur Studs Terkel a interviewé, fait parlé, écouté, des dizaines d’américains à travers tous les états sur la période la plus noire de son pays après la guerre de Sécession. IL a regroupé ces témoignages en quelques chapitres évocateurs comme : Faire du fric,  le voyage à la dure, le fermier c’est l’homme, Expulsions et humiliations par exemple.
    C’est la parole libre de ces gens ordinaires qui rend toute la complexité du phénomène et dessine une vaste fresque où se lisent les retentissements de cette crise sur les individus, la société de l’époque et des années qui ont suivi.

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    ©Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

    Tous n’ont pas été affecté de la même façon par la crise, certains même en ont tiré profit, mais pour la plupart les cicatrices sont encore visibles au moment où Terkel les rencontre.
    Dans ce kaléidoscope certaines images sont plus fortes, plus marquantes que les autres. Comme lors de toutes les périodes troubles le pire côtoie le meilleur, les gestes de solidarité voisinent avec la répression brutale des marches contre la faim, la fraternité contre les coups des milices privées.
    Studs Terkel donne la parole à tous en un vaste panorama de l’Amérique de l’époque.

    Fermiers jetés sur les routes  "Je me souviens que plusieurs familles avaient dû partir dans des fourgons, pour la Californie, je crois" Travailleurs sociaux comme John Beecher qui au lieu de continuer sa thèse sur la misère au temps de Dickens a décidé de savoir ce qui se passait réellement et qui devient travailleur social puis administrateur du New Deal.

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    Les Raisins de la colère

    Chômeur comme Slim Collier " En 1939, je suis devenu saisonnier itinérant. j’ai trouvé un boulot de coupeur d’asperges, à 15cents d’ l’heure, il fallait faire aussi vite que tu pouvais. Je me souviens que le dos me faisait mal parce qu’on travaillait accroupi, et que le patron gueulait Vous voyez ces types là-bas ? ils attendent que l’un de vous se fasse virer."

    Mineurs qui se voie brutalement privé d’emploi « Les mines ont fermé, les gens n’avaient plus rien pour vivre. Les enfants à l’école, s’évanouissaient de faim. Bien avant l’effondrement de la Bourse. »
    Pour certain la crise a été brutale, pour d’autre elle couvait " Dans cette ville ensoleillée, la Dépression est venue imperceptiblement. J’en ai pris conscience quand tante Lila a dit qu’il n’y avait plu rien à manger dans la maison."

    Ceux qui cherchent à survivre un jour de plus, trouver de quoi nourrir ses enfants même si c’est à coup de tartines de moutarde, un médecin raconte " Dans les rues et dans les tramways, les gens crevaient de faim. (...) Chaque jour quelqu’un s’évanouissait dans un tramway.(...) C’était toujours la même chose, on savait ce qu’il avait. C’était la faim." Ceux qui se lancent dans des marathons de la danse pour gagner quelques sous

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    On achève bien les chevaux - Sidney Pollack - Jane Fonda

    Ceux qui souffrent depuis toujours  " Les Nègres, ils n’ont jamais rien connu d’autre que la crise. Ça ne veut pas dire grand-chose pour nous, la Grande Dépression américaine, comme vous dites. Ça n’a jamais existé. Le mieux qu’un Nègre pouvait espérer, c’est d’être portier, cireur de chaussures, gardien. La crise est devenue officielle seulement quand elle touché les Blancs." mais pour qui la crise va servir de révélateur " Je pensais que c’était normal qu’un nègre se fasse taper dessus et qu’on n’avait qu’à accepter tout ce que faisaient les Blancs. Je ne savais pas qu’un Nègre avait le droit d’être libre comme tout le monde. "

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    Photo Dorotea Lange - Archives de la Farm Security Administration

    Tout le monde est touché des étudiants sont empêchés d’étudier " J’ai fait l’erreur de dire au contremaître que je m’étais inscrit aux cours du soir (...) Il a dit M Ford ne paie pas les gens pour qu’ils aillent à la fac, vous êtes viré. »
    Les gens se retrouve à la rue " J’ai vu non pas des centaines mais des milliers d’hommes emmitouflés dans leurs pardessus, couchés à même le trottoir."
    Pour trouver du travail tout est bon, les hommes voyagent cachés dans des wagons, il faut mettre sa fierté dans la poche et prendre la soupe de l’Armée du Salut, échapper aux milices ferroviaires, tenir la grève un jour de plus " La grève de 1931 a porté sur les lectures à l’usine. Les ouvriers payaient de 25 à 50 cents la semaine pour qu’un gars leur fasse la lecture pendant le travail.(...) Ainsi de nombreux ouvriers, qui étaient illettrés, connaissaient les romans de Zola, de Dickens, de Cervantès et de Tolstoï.(...) La grève a été perdue. Les lecteurs ne sont jamais revenus."

    La solidarité joue parfois  "C’était l’époque où la saisie des fermes arrivait chez nous. (...) Il prenaient la propriété d’un fermier, la mettait aux enchères, tout le voisinage venait. Ils se disaient qu’ils achèteraient bien un cheval 25 cents. Ils payaient 10 cents pour une charrue. Et quand tout était fini, ils rendaient tout au fermier." mais pas toujours car la faim, la misère font accepter l’inacceptable " On travaillait seize heures par jour, dix sept. Le patron disait de nettoyer. Si on ne nettoyait pas, le lendemain il y avait un autre gars dans la mine pour nettoyer." l’homme est ravalé au rang de bête " Ils lui ont dit qu’une mule valait plus qu’un homme. Ils devaient payer 50 dollars pour une mule, alors qu’ils pouvaient avoir un homme pour rien."

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    Photo Dorothea Lange - Archives de la Farm Security Administration

    Quelques uns tireront partie de cette crise, des malins, des chanceux " J’ai inventé ce truc qui est devenu casse-pieds pour beaucoup de gens. Je prenais des photos des gens à la mode et je les envoyais aux journaux." Dans certains secteurs la crise était même une bénédiction, la dépression dans les milieux du cinéma "On appelle ça l’Age d’or".
    Des personnalités se font jour , certaines contestées et parfois contestables : Huey Long par exemple dont le fils chante les mérites mais qui fut un politicien très peu scrupuleux. Roosevelt est porté aux nues par certains et promis à l’enfer pour d’autres.

    On voudrait tout citer. Ces entretiens faits par Studs Terkel sont bouleversants, à la fois crus et pudiques et d’une grande sincérité. Un travail passionnant et extraordinaire par son ampleur. Un cahier de photographies de Dorothea Lange vient compléter les textes.


    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque, dans la mienne il sera à côté de « Histoire populaire des Etats Unis » d’Howard Zinn.

    Interview d’André Schiffrin éditeur et ami de Studs Terkel

    L’auteur
    terkel-studs-01.jpgLouis « Studs » Terkel (1912-2008) s’est rendu célèbre aux États-Unis comme journaliste de radio et comme auteur de nombreux recueils d’entretiens, tous publiés par l’éditeur André Schiffrin, qui constituent autant d’histoires orales des États-Unis. C’est l’une des grandes figures de la gauche radicale américaine au XXe siècle. Trois de ses ouvrages ont été traduits en français : Working. Histoires orales du travail aux États-Unis ; « La Bonne Guerre ». Histoires orales de la seconde guerre mondiale: Prix Pulitzer 1984 (Source l’éditeur )


  • La mésange

    Il neige, ce matin. Une mésange surgit devant la mangeoire, attrape une graine de tournesol et repart à tire-d’aile. Un écureuil roux, tapi sur une branche, jacasse à tue-tête, tout son corps vibre de détresse. L’écureuil cachera des poignées de pommes de pin et de graines de tournesol pour avoir de quoi se nourrir tout l’hiver. La mésange, elle, dissimulera ses graines une à une - derrière une parcelle d’écorce sur un pin blanc, au creux d’une branche, ou dans une brèche laissée par un rameau après sa chute. Un millier de graines, cachées à un millier d’endroits sur son territoire hivernal.

     

    La photo : Une photo d'Odile chez Au Fil
    Le livre : kathleen Dean Moore - Petit traité de philosophie naturelle - Gallmeister

  • L'Enigme du retour - Dany Laferrière

    enigme.gifL’Enigme du retour - Dany Laferrière - Editions Grasset
    Un long récit mêlant poésie et prose comme si l’auteur ne pouvait faire le choix entre ces deux modes d’écriture, comme il ne peut faire le choix entre sa terre natale et son lieu d’exil.  C’est ainsi que Dany Laferrière met en mots l’indicible : la douleur de l’exil et  la volonté de se dire à nouveau "chez soi "
    A vingt ans d’intervalle son père et lui ont quitté Haïti, ont échangé la splendeur des couleurs pour le froid et le vide de l’exil. Vingt années durant l’auteur a été hanté par l’absence de ce père parti sans espoir de retour.
    A son tour lui aussi fait le choix du départ, laissant mère, soeur, amis.

     

     

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    Les femmes de Haïti sont celles qui restent

     

    Il n’y a plus de famille, un père aux Etats-Unis, un fils au Canada, la famille éclatée, dispersée.
    C’est son père dont " La mort expire dans une blanche mare de silence " (Aimé Césaire)  va provoquer le retour vers la terre d’origine, vers le bruit, les couleurs, les odeurs de la terre natale.
    C’est un retour difficile. Il reprend possession des lieux, il reconnait les rues, les bruits, la vitalité paradoxale de son île " Si on meurt plus vite qu’ailleurs, la vie est ici plus intense " C’est son pays et il y est comme un étranger. Sa soeur est restée, c’est sa blessure secrète :
    " Encore plus secrète que ma mère.
    A la voir toujours souriante on n’imaginerait pas
    qu’elle vit dans un pays ravagé par une dictature
    qui ressemble à un cyclone
    qui n’aurait pas quitté l’île pendant vingt ans "

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    Ce roman de l’identité est magnifique et terrible, le fantôme du père est partout présent, les changements sont profonds dans l'île mais la pauvreté, la faim, la peur sont toujours là.

    De brefs tableaux, croqués sur le vif, de la vie haïtienne, un poignant constat d’échec "Un fleuve de douleurs dans lequel on se noie en riant." et aussi " Les trois quarts des gens que j’ai connus sont déjà morts (...) Ils vont si vite vers la mort qu’on ne devrait pas parler d’espérance de vie mais plutôt d’espérance de mort."

    Un roman qui est comme un cri et qui devrait trouver place dans votre bibliothèque

    D'autres avis :    Chez AnnDeKerbu sibylline Bénédicte Luocine

    Une interview que m'a fait découvrir Colo

    Le blog Encres Noires avec une interview de Dany Laferrière

  • Entre ciel et terre - Jón Kalman Stefánsson

    entrecieletterre.gifEntre ciel et terre - Jón Kalman Stefánsson - Traduit de l’Islandais par Eric Boury - Editions Gallimard
    Rares sont les livres dont on sait après quelques pages qu’ils resteront parmi vos lectures préférées. En 2009 il y avait eu " La leçon d’allemand " et en 2010 il faudra beaucoup de talent à un écrivain pour détrôner ce livre magnifique.
    La littérature islandaise m’avait déjà apporté beaucoup de plaisir avec Laxness mais aujourd’hui j’attends avec impatience que les autres livres de Stefánsson soient traduits en français pour retrouver cette écriture si particulière.

    A l’ouest de l’Islande il y a plus d’un siècle, quasiment au bout du monde, dans le fond d’un fjord, sont réunis pendant la saison de pêche un groupe d’hommes qui vivent et meurent de la mer. Voilà, vous allez les accompagner dans une nuit de pêche à la morue, dans la barque il y a Bárður un marin pas comme les autres car ce qu’il aime par dessus tout ce n’est pas la pêche, non, ce sont les livres que lui prête un vieux capitaine aveugle, d’ailleurs là en ce moment sa lecture c’est " Le Paradis perdu " de Milton, il est tellement habité de poésie qu’il en a oublié sa vareuse dans la baraque où il dort.

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    "Certaines d'entre elles n'ont toutefois qu'un niveau, les équipages dorment, appâtent les lignes

    et mangent dans le même espace"

    Pour faire équipe avec Bárður il y a un gamin, un jeunot, qui le suit comme son ombre et qui s’est laissé lui aussi envoûté par les mots, il veut        " accomplir quelque chose dans cette vie, apprendre les langues étrangères, parcourir le monde, lire un millier de livres ".
    Il n’a plus ni père ni mère, son père aussi " était sur une barque à six rames (...) et il ne fut pas le seul à se noyer " et sa mère à griffonner pour lui avant de mourir " Vis " munit de ce viatique il s’essaie à la vie.

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    " Chaque homme a son rôle précis au sein de la nuit"

    Son seul ami c’est Bárður, il rame avec lui, " seule une maigre planche les sépare de la noyade " sur ce bateau,  mais cette nuit là un vent glacial souffle, la tempête s’en mêle. Lorsque le gamin se retrouve seul, son ami disparut, il a à coeur de faire ce qui était le plus important pour celui-ci, rendre le livre emprunté au vieux capitaine qui possède , merveille des merveilles quatre cent livres, et puis après... rejoindre son ami dans la mort.
    Le voyage du gamin est un voyage initiatique, son désir de rejoindre Bárður est fort mais l’envie de continuer à vivre est là aussi,  un poème peut changer votre vie parce que " Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le coeur (...) quand les jours sont contraires et que nous ne somme peut être ni vivants ni morts. "

    C’est un livre rare que ce roman, une révélation, de ceux que l’on ne peut oublier, la poésie  habite les deux personnages, imprègne tout le livre, un monde disparu auquel on se sent lier par les mots de Stefánsson. L’exploration des replis de l’âme humaine est de tous les pays, le style et les superbes métaphores nous obligent à ralentir la lecture et nous font regretter d’être arrivé à la fin de l’histoire. L'art du traducteur Eric Boury permet de jouir pleinement de la beauté de ce livre.


    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque.

    L’auteur
    jkstefansson.jpgJón Kalman Stefánsson, né à Reykjavík en 1963, est poète, romancier et traducteur, de Knut Hamsun notamment. Il figure parmi les auteurs islandais actuels les plus importants. Trois de ses romans ont été sélectionnés pour le Prix scandinave de littérature (en 2001, 2004 et 2007). Il a reçu pour son récit Lumière d’été, et ensuite la nuit arriva le Prix islandais de littérature en 2005. Entre ciel et terre est son premier roman traduit en français. ( source l’éditeur)

  • La tour d' Hölderlin

    " Hölderlin vivra dans une pièce ronde, au premier étage d’une tour, éclairée par trois fenêtres pendant plus de douze mille jours. Une pièce sans angles, sans arêtes, sans brisures. Mais il s’est arrêté de compter. Plus d’âge ni de dates. Il ne connait plus que l’ombre ou la lumière, l’aurore ou le crépuscule. Et les saison, qui reviennent toujours. Seul au coeur de la beauté du monde, il attend."

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    La Tour d'Hölderlin au bord du Neckar à Tubingen

    " Quand je serai un enfant aux cheveux gris, je voudrais que le printemps, l’aurore et le crépuscule me rajeunissent chaque jour un peu plus, jusqu’à ce que je sente venir la fin et que j’aille m’asseoir dehors pour m’en aller vers la jeunesse éternelle "
    Lettre d’Hölderlin à sa soeur

    Le livre : Et il ne pleut jamais naturellement - Béatrice Commengé - Gallimard

  • La Grande Sauvagerie - Christophe Pradeau

    grandesauvagerie.gifLa Grande Sauvagerie - Christophe Pradeau - Editions Verdier
    Récit poétique, récit de voyage, récit de mémoire, c’est un étrange texte inclassable que ce livre , on y entend la flûte du berger, on n’y sent la poussière des vieilles pierres, livre un peu mystérieux et envoûtant.
    La narratrice Thérèse Gandalonie est née dans un village du limousin, Saint Léonard, vieux village aux ruelles étroites, aux volets clos. Ce n’est pas un village comme les autres, il est dominé par une lanterne des morts , objet de culte ou phare pour voyageurs égarés, que l’on vient voir de loin, cette lanterne est plantée dans le centre d’un domaine inaccessible car séparé du village par une faille.

    Enfant elle aime lire des journées entières mais aussi fureter, parcourir les chemins à bicyclette. Elle connaît tout de ce village, chaque ruelle, chaque pierre. Elle aime découvrir les lieux cachés  et c’est ainsi qu’elle découvre en se perdant dans la végétation d’un mur : « la faille »  qui donne accès à une vue du village toute différente et surtout à une vue sur le domaine de la Grande Sauvagerie. La fascination éprouvée restera et toute sa vie Thérèse tentera de résoudre le mystère de ce lieu.
    Devenu adulte elle voyage, enseigne, parcours le monde et un jour elle entend parler d’une autre sauvagerie. C’est dans une bibliothèque américaine qu’elle va rencontrer le personnage central de cette sauvagerie là , un peintre qui a tenu son journal pendant son voyage vers l’ouest, curieusement il est lié à Saint Léonard,  elle va partir à sa recherche.

     

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    Une lanterne des morts dans le Périgord

    Thérèse par petites touches nous livre son village et sa quête La mémoire tient le premier rôle dans ce roman, de longues phrases ramènent au passé, on s’y perd comme dans un labyrinthe et l’auteur nous donne parfois une impression d’un récit mythologique.

    C'est un roman rare que ce livre, envoûtant, captivant et exigeant. L’ écriture est singulière, travaillée, puissante, une langue très belle en longues phrases. Les descriptions sont à la fois précises et empreintes de magie, les mots rares utilisés ajoutent encore au mystère de la nature et de son lien avec l’homme. Une magniique façon d'évoquer un lieu, une géographie , une belle réussite.

    Extrait
    Contrairement à ce que tout le monde disait, il y avait une ouverture dans la continuité des façades, une échappée par où on pouvait la voir, mais il fallait pour cela reculer, s’éloigner, quitter la presse, l’animation de la Place, gagner le lieu mystérieusement disgracié, où achevaient de rouiller, avec la pesanteur sereine des choses abandonnées à elles-mêmes, des pièces d’attelage, des pots d’échappement, des pare-chocs, tout un embarrassement de ferraille, éternel objet de discorde, de controverses électorales, déversé contre le mur du Parc, falaise de granit recouverte tout entière par l’élasticité poussiéreuse, un peu inquiétante, du lierre ; j’allais pourtant m’y adosser quelquefois, me faisant un point d’honneur de surmonter mes appréhensions, pour le simple plaisir peut-être de braver les recommandations maternelles, troublée aussi de le sentir s’incurver doucement autour de moi, enveloppant à la façon d’un nid.

    Si vous aimez vous laisser surprendre par un livre alors celui-ci trouvera place dans votre bibliothèque