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Poésie - Page 18

  • Le Chemin étroit vers les contrées du Nord - Bashô

     

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    Dans les années cinquante Nicolas Bouvier passa plusieurs mois au Japon, quelques Vingt années plus tard il entreprit la traduction du journal de voyage  Oku no hosomichi  de Matsuo Bashô.

     

    ll n’est pas étonnant que le poète voyageur soit traduit par un des maîtres du récit de voyage. Leur marche n’est certes pas la même mais l’un comme l’autre ont l’oeil et l’esprit bien ouvert pendant leur vagabondage. Un périple de cinq mois et quelques 2000 km sans carte aucune, 

    Bashô est déjà un poète reconnu quand il prend Le chemin étroit vers les contrées du nord, il a envie de laisser là une vie devenue trop citadine à son goût.

     

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    ll va pouvoir faire l’expérience même de la poésie à travers la marche. ll veut atteindre la « terre du bout des routes » 

    Manifestement il y a connivence entre Bashô et sont traducteur.

     

     

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    Le récit du voyage est ponctué de haïkus, certains très célèbres d’autres beaucoup moins. Le récit lui même est d’un grande poésie jugez-en :

     

     

    « Tandis que nous nous reposions au creux d’un rocher, j’eus l’oeil tiré par un petit cerisier, à quelques pieds de nous, qui commençait juste à fleurir. Penser que ce gringalet qui passe tout l’hiver sous la neige n’oublie pas de fleurir quand le printemps atteint ces hautes pentes ! »

     

    Evocations de sites célèbres, de rencontres, de temps pour la méditation.

     

    Ce texte de Bashô a été plusieurs fois traduit aussi pour vous que vous puissiez juger de la version qui vous plait le plus voici le début du voyage dans trois traductions différentes et vous noterez que les différences sont malgré tout importantes 

     

    * «  Les jours et les mois s’égrènent, passants fugaces. Les années qui surviennent et s’en vont voyagent elles aussi. Notre vie même est un voyage; quant à ceux qui la passent à naviguer, ou ceux dont les cheveux blanchissent à mener leur attelage, la route n’est-elle pas leur véritable demeure ? Sans oublier les poètes d’autrefois qui, nombreux trouvèrent la mort au cours d’une longue errance. Pour moi aussi un jour vint où la liberté des nuages chassés par le vent m’incita à partir pour aller vagabonder le long des côtes sauvages »

     

    ** « De l’éternité, jours et mois sont hôtes de passage et, de même, l’an qui fuit, l’an qui vient sont voyageurs. Qu’il mène une vie nomade, en bateau ou à cheval, l’homme accueille la vieillesse, le voyage quotidien est sa demeure. Nombreux sont les poètes d’autrefois qui sont morts en chemin, et moi, comme eux, depuis je ne sais quand, à l’invite du vent dans les nuages en lambeaux, je ne peux réfréner mon désir d’errance. »

     

    *** « Mois et jours sont passants perpétuels, les ans qui se relaient, pareillement sont voyageurs. Celui qui sur une barque vogue sa vie entière, celui qui la main au mors d’un cheval s’en va au-devant de la vieillesse, jour après jour voyage, du voyage fait son gîte. Des anciens du reste nombreux furent ceux qui en voyage moururent. Et moi-même, depuis je ne sais quelle année, lambeau de nuage cédant à l’invite du vent, je n’avais cessé de nourrir des pensers vagabonds.»

     

    Pour en lire plus sur Nicolas Bouvier c'est chez Tania 

     

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    Les livres

    *  Le chemin étroit vers les contrées du Nord - Traduction Nicolas Bouvier - Editions Heros-limite 

    ** L’Ermitage d’llusion - Traduction Jacques Bussy - Editions La Délirante ( avec le journal de Saga et l’ermitage d’illusion) 

    *** Bashô journaux de voyage - Traduction René Sieffert - Editions POF ( le plus complet rassemblent des notes de voyage à Kashima à Sarashina et le carnet de la hotte) 

  • 25 Poètes islandais d'aujourd'hui - Thór Stefánsson

    Le pays de la poésie

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    L’Islande est terre de poésie depuis toujours. Depuis les poètes scaldiques jusqu’à aujourd’hui

    Pour vous appâter un peu voici quelques poèmes qui peut être vous donneront envie d’en savoir plus

    C’est un poésie parfois très réaliste, parfois fortement influencée par les poètes anciens. 

     

    Steinunn Sigurdardóttir  Poète à retrouver sur le site de France culture   

     

    Quand les gens meurent ce ne sont pas que les gens qui meurent 

    Meure avec eux un univers

    de façon de faire, de travailler, de nuances de voix, de sagesse, de stupidité.

    Meurent un rire particulier, un sourire particulier.

     

     

    Thór Stefánsson  le traducteur et le compositeur de ce recueil

     

    Ciel bleu - Nuages blanc

    Laquelle est la couleur de l’innocence ?

     

    Yeux bleus - Cheveux blancs

    Laquelle est la couleur de l’expérience ?

     

    Peur bleue - Magie blanche

    Laquelle est la couleur du risque ?

     

    Dénuement bleu - Or blanc

    Laquelle est la couleur de la richesse ?

     

    Mer bleue - Brisants blancs

    Laquelle est la couleur du calme ?

     

    Montagnes bleues - Cimes blanches 

    Laquelle est la couleur de la distance ?

     

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    Einar Mar Gudmundsson

     

    Voici le pays 

    Où les continents s’écrivent

    dans leur quête de silence, de pierre.

     

    Regarde le glacier,

    Il se dandine dans le bleu

    Comme un ours blanc qui traverse le monde

     

    Dans le rêve une porte s’ouvre

    et l’obscurité déferle

    larme dans le sommeil.

     

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    Óskar Árni Óskarsson

    Bonsoir à la lune

     

    Approche Curieuse vagabonde

    Approche et regarde

    Ici t’attend

    Du pain du vin

    Une chaise une table

    Un bol rempli de pommes bleues

     

     

     

    « Thór Stefánsson en a choisi les poèmes et les auteurs, a tenté de conserver, malgré la diversité des voix, un ensemble cohérent et accessible, aux lecteurs qui ne sont pas familiers avec l'histoire, la littérature ou la géographie islandaises. »

     

    Cette anthologie est riche avec des poètes très différents les uns des autres. Une petite notice biographique en fin de volume pour aider à mieux les connaitre.

     

    D’autres poètes à découvrir : Isaak Harðarson, Nina Björk Árnadóttir, Ágústina Jónsdóttir, Einar Benediktsson 

     

     

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    Le livre : 25 poètes islandais d’aujourd’hui - Traduction - Le Temps des cerises éditeur 

  • En découdre avec le pré sur Philippe Jaccottet - Miche Crépu

    Sur le pré

     

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    Un petit essai éclatant d’admiration et d’émotion que Michel Crépu fait partager ici dans cet opuscule au titre combattant.

     

    Comment exprimer l’admiration que l’on ressent pour l’oeuvre d’un poète ? Comment raconter la trajectoire qui nous a mené à lui ? 

    Michel Crépu remonte le temps pour se souvenir de sa première rencontre avec Philippe Jaccottet  « Je pris la Semaison et j’entrais ainsi dans cette oeuvre qui ne m’a pas quitté depuis. »

     

    Cette voix nouvelle, cette relation à la nature, à la beauté et au langage de Jaccottet est une expérience forte et un enchantement.

    Il aime dire que les écrits de Jaccottet sont des enquêtes «  le poète Jaccottien tient du détective. Ses promenades, ses rêveries sont des enquêtes »

    Il s’agit des les comprendre, de capter le sens d’un poème, de rendre compte de l’émotion sans tomber dans le dithyrambe ou l’emphase.

    Il nous ouvre les portes de Philippe Jaccottet poète, traducteur et passeur de poésie « De combien de poètes pourrions-nous dire qu’ils ont si bien parlé des autres ? » demande Michel Crépu. 

     

     

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    Son sentiment personnel est fort, il le revendique « Si je cherche à mettre un mot sur l’émotion de mes premières lectures de Jaccottet, c’est l’expression de condition humaine qui me vient à l’esprit et je voudrais bien voir qu’on m’interdise de l’utiliser encore. » 

     

    Il parle d’expérience spirituelle, d’expérience d’enchantement, ce n’est en rien un décorticage de l’oeuvre, une interprétation érudite, non c’est plutôt une transcription de sensations, un parcours en amitié poétique.

    Après toutes ces années de proximité avec le poète ce qui le touche c’est que chez Jaccottet « la simplicité puisse aller ici aussi aisément de pair avec le raffinement, l’élégance »

     

    Au fil des pages vous aurez besoin d’avoir sous les yeux La Semaison ou mon préféré La promenade sous les arbres et bien sûr L’entretien des muses.

    Votre envie de lire Philippe Jaccottet se fera prégnante.

     

    Témoignage d’une « amitié de lecture » ce petit livre rend aussi compte des interruptions ou des éloignements que Michel Crépu a pu connaitre dans sa relation avec le poète  mais qui, toujours, est resté son poète de chevet qui lui donne le « sentiment (…) d’être fortifié ».

     

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    Si vous voulez entendre Philippe Jaccottet, le mieux comprendre, approfondir sa lecture, ce petit livre est celui qu’il vous faut.

     

    Le livre : En découdre avec le pré - Michel Crépu - Editions des Crépuscules

  • Les hautes herbes - Hubert Voignier

    Printemps des poètes 2013

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    C’est d’abord un bel objet que ce livre, c’est ce qui le fait prendre en main dès qu’on le voit. 

    Une couverture à la fois d’une grande simplicité et d’une grande recherche. La texture de la couverture, le choix des verts pour l’impression et les dessins légers d’Estelle Aguelon qui illustrent le texte. 

    La poésie est déjà présente.

    Le mondes des herbes s’ouvre pour nous.

     « Aller à la découverte des hautes herbes, au détour de paysages » se laisser saisir par la diversité des couleurs et accepter de céder à la tentation de s’enfoncer et de s’égarer dit le poète parmi ces plantes, ces hautes herbes.

     

    Chercher tous les lieux où elles croissent, dans la campagne, les jardins, les talus, les bords des routes

     

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    « sous les vergers sans âge, dans les prairies en pente »

     

    Cette recherche « est un bonheur comparable à celui de se lever tôt pour constater que le soleil règne en maître absolu sur la campagne, avant que ses rayons, frappant de plein fouet les yeux du promeneur matinal, à peine éveillé, ne le jettent, l'esprit à moitié sonné, sur le carreau éblouissant des routes… »

     

    Pourquoi ne pas se laisser envahir par cette « prolifération végétale » et déambuler, s’ouvrir « aux sensations d’odeurs, de touchers, aux bruissements minuscules et aux froissements et tintements de toute forme d’herbes »

     

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    Albrecht Dûrer

    « Les hautes herbes sont un corps entier et complexe, une unité multiple à déchiffrer dans la continuité du visible. »

     

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    « On aimerait bien, suivant les traces de Rousseau à l’île Saint-Pierre ou bien celle d’Hugo à Guernesey, s’attacher simplement à énumérer et à décrire de façon exhaustive les différentes sortes de plantes graminées et de fleurs présentes dans un coin donné. »

     

    Ce petit livre, cinquante pages tout au plus, est superbe, c'est « une parenthèse lyrique et magnifique, élaborée et érudite » qui invite en cette fin d’hiver à retrouver la vie, la fertilité, le jaillissement d’une praire, d’un jardin car nous dit le poète « les hautes herbes mènent réellement au seuil d'un pays intérieur, ouvrent la voie à une autre dimension, un envers ou un endroit confiné du monde. »

     

    Si vous aimez la poésie faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

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    Le livre : Les Hautes herbes - Hubert Voignier - Illustrations Estelle Aguelon - Cheyne Editeur 2011

  • L'automne d'un poète : Jean Mambrino

    L’automne du poète 

     

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    Jean Mambrino vient de mourir et cette nouvelle m’a touché. J'ai appris en lisant les articles qui lui sont consacrés sur internet, que cet homme était jésuite, j’ai cru tombé de ma chaise, un poète membre de la Compagnie de Jésus ! surprenant.

    Sa poésie est sans doute empreinte des signes de sa foi mais je ne connais mal sa poésie, je connais mieux le passeur, le chroniqueur littéraire, le guide indispensable pour vous faire faire un voyage parmi les écrivains, les poètes qui parlent à son âme et qui je vous l’assure parleront aussi à la vôtre.

     

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                                      ©(CIRIC / Stéphane Ouzounoff)

     

     

    J’ai deux livres de Jean Mambrino dans ma bibliothèques et ce sont deux parcours superbes.

     

    Lire comme on se souvient est le plus ancien. Il date de 2000 est un recueil d’articles courts sur des écrivains de tous les pays, certains très célèbres comme Karen Blixen, Ray Bradbury ou Jean Giono, d’autres plus confidentiels qui furent de réelles découvertes pour moi comme Gustav Janouch ou Walter Pater.

    Dans la préface Jean-Pierre Sicre dit joliment qu’« il n’est pas beaucoup de livres dont on ait, dès la première approche, le sentiment qu’ils sont là pour rendre les gens heureux » . Je souscris totalement à ce sentiment à la lecture de Jean Mambrino, il n’est pas besoin d’être un grand connaisseur de la littérature, les textes sur chaque auteur sont courts mais pleins de sucs, ils les a lus, relus, il en a fait son miel et à son tour il nous transmet son savoir, son plaisir.

    A son propos Claude Roy disait qu’il réconciliait réflexion et émotion. 

    Avec lui vous aurez rendez vous avec Kawabata, Jünger, Pa Kin ou Jorge Amado. 

     

    Le second volume La Patrie de l'âme est du même ordre mais là les parcours proposés sont moins nombreux et plus denses. Il rend visite à une vingtaine d’écrivains et poètes du XXème siècle, on y trouve Proust bien entendu, Canetti et Nikos kazantzakis, Simone Weil ou Joseph Brodsky

    Je ne choisirai pas entre ces deux livres, je les ai lus tous les deux avec bonheur, relus et feuilletés très souvent 

    Il me reste à découvrir le poète, en attendant voici quelques extraits pour vous mettre en appétit.

     

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    A propos de Rilke 

    « Valéry disait de Rilke après sa mort : « Ses yeux très beaux voyaient ce que je ne voyais pas ». Lui qui fut le poète même de la solitude, il est devenu l’ami innombrable de tous ceux qui ne succombent pas au tintamarre du siècle, unissant l’amour du monde et l’intériorité du coeur. »

     

    A propos de Le Clézio

    « Lire ces histoires qui ne racontent rien d’autre que les merveilles de l’Univers, c’est comme respirer dans le droit fil du vent, au coeur d’une large colonne de brise se déplaçant avec la pensée. C’est comme boire une eau si glacée et si pure qu’on ne sait plus entre les paumes et dans la gorge, si elle est lourde ou légère. »

     

    A propos d’Adalbert Stifter 

    « Un beau vieux livre, d’une lenteur profonde où remuent les songes. Un livre musical et tragique dont la douleur ultime laisse poindre une incompréhensible et tremblante lumière, à l’instant même où elle décline et disparaît. »

     

    A propos de Jules Supervielle

    « Il a fait un pacte avec le silence. Il est de connivence avec lui. Il pourrait faire sien le mot magnifique de Léon Bloy  « Le silence est ma patrie » .

     

    A propos de la poésie de Joseph Brodsky

    « Toutes les réalités du monde et de la vie, les minuscules, les grandioses, les mesquines, les sordides comme les plus sacrées, et les pays de la planète, les terres du soleil ou du froid, et les vieux âges au fond des brumes dorées de la mémoire, sont ainsi par bribes rassemblées. »

     

    Les deux livres sont édités chez Phébus 

  • Le Soleil d'Alexandre - André Markowicz

    L’ âme Russe - Episode 1 La Conversation des poètes

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    Révolte des décembristes, tableau peint par le peintre russe Vasili Timm (1820-1895).



    Une lecture des poèmes de Pouchkine dans l’émission de Guillaume Gallienne « ça peut pas faire de mal » avait titillé ma curiosité.
    le titre  flamboyant de ce livre  Le soleil d’Alexandre  était fait pour m’attirer.
    La poésie de Pouchkine, celle que tous les russes se récitent sans se lasser était déjà d’un intérêt certain mais sous la plume d’André Markowicz c’est beaucoup plus que cela.

    En 1825 le 14 décembre, la tentative désespérée de 200 aristocrates d’imposer une constitution au Tsar pour supprimer l’ignoble servage et mettre à bas l’absolutisme va de finir dans le sang, les procès, des exécutions, le bagne en Sibérie pour tous ces hommes.  « Une génération brisée » dit André Markowicz et c’est cette génération que l’on entend dans ce livre.

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    Révolte des décembristes - Vasili Timm (1820-1895).


    « Organisé autour de la voix de Pouchkine » ce poète qui est selon Tchekhov « comme l’air que l’on respire » le livre est une vaste fresque de la vie culturelle, intellectuelle, poétique ce cette Russie sous le joug.
    Elle commence avec Radichtchev  condamné pour ses écrits par la Grande Catherine et qui revenu du bagne finira pas se suicider, il a laissé une élégie « La Mélancolie  passion des coeurs purs qu’un sort injuste oppresse »
    En avançant et en déroulant la vie de Pouchkine ( 1802-1841) la liste des noms amis prend de l’ampleur, pour la plupart inconnus faute de traduction jusqu’à aujourd’hui.
    Joukovski, Radichtchev, Batiouchkov, Delvig, Baratynski, Viazemsky..............

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                               Lermontov    Griboïedov (haut)  Karamzine

    Pouchkine est le fil lumineux qui éclaire cette époque. Il est le centre des conversations qu’entretiennent tous ces hommes, dans leurs rencontres mais plus encore dans leurs oeuvres.
    Ils chantent leur jeunesse, la guerre contre Napoléon, les amis morts. Ils traduisent la poésie étrangère. Ils sont  surveillés, épiés, traqués parfois. Tous subiront peu ou prou le terrible poids de la répression tsariste, écoutez Pouchkine dans un magnifique A Ovide dire la souffrance de l’exil, de la condamnation inique et l’espoir du pardon :


    .. l’isolement, l’abandon et l’oubli,
    Tu n’entends plus les sons de ta langue natale,
    Vers tes lointains amis ta complainte s’exhale
    (...) Adoucissez la main qui châtie même juste....

     
    Ils ont une même vision du destin de la Russie, de la littérature, un même amour de la poésie et malgré les dangers, les deuils, les séparations

    « Tous ces hommes, tout au long de leur vie, se fréquentent, échanges, s’écrivent, écrivent en fonction les uns des autres, entretiennent une conversation destinée à devenir la base même de la culture russe »

    L’admiration d’André Markowicz pour Pouchkine transparaît tout au long des pages, cet exceptionnel traducteur réalise ici un pari impossible, rassembler et traduire tous ces poètes inconnus en France, nous donner à comprendre cette période bouillonnante.
    Les pages de poèmes, d’apports biographiques alternent, Pouchkine au Caucase par exemple :

    « Si Pouchkine n’avait écrit, de toute sa vie, que ce qu’il a écrit au cours de ces trois mois d’isolement fiévreux, il serait déjà l’écrivain le plus important de son siècle en Russie » dit André Markowicz !

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    Le duel de Pouchkine - Alexandre Avvakmovich Naumov

     

    Ce  « Soleil d’Alexandre » titre que Markowicz emprunte à un autre poète : Ossip Mandelstam, brille de mille feux. La parole au poète pour terminer :


    ....N’avoir pour maître que soi seul ; être en repos, devoir
    Ne contenter que soi ; pour quelque honneur infâme
    Ne rien devoir courber, le cou, les rêves, l’âme ;
    Selon sa fantaisie, vagabonder, errer,
    Admirer la nature en sa splendeur sacrée,
    Et frissonner de joie, plein de larmes sereines,
    Devant la création de la pensée humaine........


    Le livre : Le Soleil d'Alexandre - André Markowicz - Editions Actes Sud 2011