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Poésie - Page 15

  • Rêves arctiques - Barry Lopez

    « Il est possible de vivre avec sagesse sur la terre, et d’y vivre bien »

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                                              © AFP Mario Hoppman 

    Il y a des livres dont jamais la lecture ou la relecture ne vous déçoit. J’ai puisé au fil des années dans les livres de nature writing avec plaisir mais parfois avec un enchantement total. 

    Rêves arctique est dans ma bibliothèque depuis 1987 et pour écrire cette chronique j’ai fait ma troisième lecture de ce livre magnifique.

    Barry Lopez est biologiste et entraine son lecteur de l’Alaska à la Sibérie, du Groenland au grand nord canadien. Il épouse ainsi les mers et les territoires du froid, les animaux qui peuplent ces mers prisent par les glaces ( moins aujourd’hui hélas), bref mon imaginaire depuis que je suis enfant. 

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    « Ce qui rend si stupéfiante l'aurore boréale, pâle rideau arachnéen de lumière qui semble onduler à travers le ciel, c'est en partie sa timidité »

    Des chapitres consacrés à la glace, à la neige, à la lumière de l'arctique, au boeuf musqué ou au narval. 

    La dent du Narval est fascinante, il faut dire qu’enfant j’ai fréquenté ce qu’on appelait alors l’Ecole dentaire histoire de redresser une mâchoire caractérielle, et dans la salle d’attente des vitrines exposaient des trophées peu sympathiques mais ....il y avait une dent de Narval qui resta pour toujours dans ma mémoire, mes antennes ont frétillé en lisant les pages que Barry Lopez lui consacre.

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    Les esquimaux qui sont partout présents, parfois victimes, souvent témoins indispensables de la connaissance de ces lieux où l’obscurité et la lumière si convoitées, se succèdent sans fin. C’est un livre tout à fait complémentaire de celui de Jean Malaurie : les Derniers rois de Thulé.

    Si vous ne connaissez rien ou presque à la conquête de l’Arctique, Barry Lopez y consacre un chapitre parfois très critique, lorsqu’exploration était surtout synonyme de commerce, mais aussi des pages emplies d’admiration pour des hommes que la curiosité et l’intérêt scientifique poussaient de plus en plus loin au péril de leur vie.

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    ça c'est aujourd'hui !

    Ce qui rend son livre si fort c’est l’alliage et l’alliance entre les données scientifiques, les fulgurances poétiques, les observations méticuleuses et les interrogations humanistes. Une quantité d’informations scientifiques sidérantes mais qui ne pèsent jamais, auxquelles vous reviendrez si vous le souhaitez mais qui à jamais laisseront une trace chez vous, pour que le mot Arctique résonne d’une façon différente

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    ce qui les attend

    Si vous êtes amoureux de l’hiver, de la neige, des paysages du Grand Nord...

    Si notre planète vous tient à coeur, si comme moi vous n’irez jamais aux confins de l’Arctique mais que son devenir vous importe...

    Alors ce livre doit figurer dans votre bibliothèque et peu importe son année de parution, non seulement il ne s’est pas démodé mais ses mises en garde, ses inquiétudes nous talonnent aujourd’hui.

    Un beau manifeste pour une planète préservée.

    Keisha l'a lu aussi 

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    Le livre : Rêves arctiques - Barry Lopez - traduit par Dominique Dill- Editions Albin Michel - Réédition Gallmeister 

     

  • L'Infinie patience des oiseaux - David Malouf

    Certaines parutions déclenchent aussitôt une alarme dans ma tête. Le nom de David Malouf a suffi.
    Le roman est  ancien en fait (1982) mais traduit pour la première fois.
    Une rançon est pour moi un texte magnifique et c'est avec quelque appréhension que j'ai plongé dans cette Infinie patience des oiseaux.

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    Un court roman qui se déroule en Australie dans le Queensland à la veille de la Première Guerre.
    Deux personnages vont occuper l'espace, Jim Saddler un garçon de vingt ans à l'avenir incertain, un peu marginal, un peu paumé, son plaisir il le prend dans les marais à observer les oiseaux.

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    « Là-bas, derrière lui, à l'endroit où tous ces marécages se déversaient dans le Pacifique, il y avait le sable des dunes, maintenu par du pourpier violet et des buissons bleus, puis l'océan : sur des milles et des milles. L'on pouvait marcher pendant des heures le long de la blancheur sifflante des vagues sans jamais rencontrer âme qui vive. Rien que des bandes de mouettes et des huîtriers à long bec s'affairant au-dessu de la lumière humide »     

    Il n'en croit pas ses oreilles quand Ashley Crowther riche héritier revenu s'installer sur les terres auxquelles les marais appartiennent, lui propose de créer un sanctuaire pour les oiseaux, dont lui, Jim, serait le responsable.
    Et le miracle s'accomplit, le diplômé de Cambridge et le paumé s'entendent, Jim fait faire la découverte des marais aux amis d'Ashley.
    Deux jeunes hommes amoureux de la nature, de la beauté des oiseaux, émerveillés et fascinés par ce monde étrange des migrateurs.

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    « Cela l'émerveillait. Une chose pareille. De pouvoir par une chaude journée de novembre avec le soleil lui brûlant le dos, la terre fourmillant sous lui et le paysage tout entier étincelant et stridulant, observer une créature qui, à peine quelques semaines plus tôt, se trouvait de l'autre côté de la Terre et avait trouvé sa route jusqu'ici en traversant toutes les cités d'Asie, franchissant des lacs, des déserts, des vallées encaissées entre de hautes chaînes de montagnes, survolant des océans sans le moindre point de repère, pour se poser précisément sur cette berge  »

    Bientôt Imogen Harcourt vient se joindre à eux, c'est la photographe qui fait de beaux clichés des oiseaux, qui permet de découvrir « de l'intérieur la vie unique de l'animal. Ça aussi ce pouvait être un don »

    C'est Août l'époque des grandes migrations celle où arrivent « les premiers réfugiés, comme les appelait Miss Harcourt »
    Ce ne sont pas les migrateurs qui arrivent mais la guerre, Jim et Ashley s'engagent. Le bateau, l'Angleterre puis les Flandres et les tranchées. Jim va faire partie de la piétaille, Ashley lui intégré le corps des officiers, ils étaient ensemble dans leur Eden peuplé d'oiseaux, l'absurdité de la guerre les lie à tout jamais.

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                    « L’Australie a promis à la Grande-Bretagne de lui fournir 50 000 hommes de plus.
                                                  Allez-vous nous aider à tenir cette promesse »


    La seconde partie du livre est terrible, David Malouf a les mots justes pour décrire l'horreur qui s'est brutalement matérialisée « Vous êtes entré dans la guerre par un trou ordinaire dans une haie » et de l'autre côté c'était l'indicible.
    Horreur et absurdité de toutes les guerres, comme dans Une rançon, on retrouve ici la prose magnifique de David Malouf, toute de sobriété.
    La force du livre c'est ce décalage entre un avenir tout juste entrevu au Queensland et la réalité des tranchées.
    David Malouf écrit le récit de cette guerre comme un ralenti de cinéma, les images faites de boue, de froid, de sang répondent comme le négatif d'une photo aux images poétiques, bucoliques des marais.

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    Vous ouvrez ce livre et ne le quittez plus. Il faut une plume exceptionnelle pour ainsi passer d'un monde à l'autre, pour transformer le lecteur d'ornithologue attentif en soldat dans la boue des Flandres.
    Quel magnifique livre, quel grand auteur !

    Le livre : L'infinie patience des oiseaux - David Malouf - Traduit par Nadine Gassic - Editions Albin Michel

  • le génie de la langue

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    Jardin des roses de Muzot 

    Oui, j’aime écrire en français, quoique je ne sois jamais arrivé à écrire cette langue (qui plus que toute autre oblige à la perfection, puisqu’elle la permet) sans incorrections et même sans d’insidieuses fautes. Une grande partie de ma correspondance se passe en français. J’ai pensé, de cette façon, de dégager l’autre langue de presque tout emploi qui n’est pas d’art et d’en faire la pure matière de mon travail verbal.

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    J’ai réussi pendant quelque temps, puis, tout d’un coup, cet hiver, le français commençait à empiéter sur le terrain qu’il devait protéger. Un peu malgré moi j’ai fini par remplir tout un cahier de « vers » français qui ne sont pas (vous le devinez) bien avouables.

     

    Le livre : Lettres autour d’un jardin - Rainer Maria Rilke - Editions La Délirante

  • La Bible dans les littératures du monde - Sous la direction de Sylvie Parizet

    « La Bible coule dans mes veines » ∗

     

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    Si vous suivez ce blog régulièrement vous savez que je m’intéresse à la Bible depuis déjà pas mal de temps. Des livres résolument sceptiques jusqu’aux livres de Thomas Römer professeur au Collège de France à la chaire des Milieux bibliques. 

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    Ruth et Booz - Frédéric Bazille

    La Bible a inspiré musiciens et peintre de tous les temps et de tous les pays. Mais surtout elle est à la source de la littérature mondiale. Bien entendu si l’on pense littérature et monde, des noms arrivent aussitôt : William Blake, Dante, Milton, Victor Hugo pour n’en nommer que quelques uns.

    Sylvie Parizet vient de diriger l’édition d’un dictionnaire regroupant les écrivains, les littératures, qui ont trouvé leur inspiration dans la Bible.

    C’est une oeuvre colossale et magistrale, elle a fait travailler ensemble 400 spécialistes de 40 pays ! 

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    Babel est là bien entendu

    Dit comme ça c’est déjà beaucoup mais si on rentre dans le détails c’est encore plus extraordinaire, les deux tomes de cette Bible dans les littératures du monde rassemble 450 écrivains qui ont droit à un article spécifique : au hasard cela va de Truman Capote à Stefan Zweig en passant par Rimbaud ou Flaubert, Borges ou Shakespeare, Joseph Roth ou Paul Celan, Faulkner ou Garcia Marquez .......

     

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    William Blake - Dieu créant Adam

    Mais il y a plus dans cet ouvrage, les grands thèmes de la Bible sont présent, le Déluge ou Babel, les grands personnages : Job ou le roi David. Chacun donnant lieu à une entrée. Des synthèses par pays viennent encore enrichir cet outil de référence, ainsi se côtoient Saint Augustin et l’Autriche, Bossuet et la Bosnie, Pierre Michon et le Mexique. 

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    Job de Jean Fouquet

    Je ne vais pas vous faire croire que j’ai lu cet ouvrage en totalité avant de faire ce billet, non mais j’ai déjà pas mal grapillé.

    J’ai cherché au fur et à mesure que je pensais à un écrivain, à un livre, à un poème, j’ai vérifié : est-il là dedans ? et bien oui jusqu’à maintenant j’ai trouvé à leur place Robinson Crusoé ou plutôt Daniel Defoe, le Booz de la légende des siècles, Zola et le jardin paradisiaque de l’abbé Mouret ou à l'Est d’Eden de Steinbeck.

    J’ai aimé aussi la tonalité très oecuménique de cet ouvrage, s’y mélangent des auteurs de toutes les religions et même certains qui n’en ont aucune.  

    Il n’y a qu’un bémol, c’est le coût de cet ouvrage mais il est appelé à être je pense l’ouvrage de référence sur le sujet et ceci vaut bien cela.

     

    Jorge Luis Borges

    La notice de présentation complète 

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    Le livre : La Bible dans les littératures du monde - Sous la direction de Sylvie Parizet - Editions du Cerf

  • La bibliothèque Universelle et Magie du livre - Hermann Hesse

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    Après ma lecture de l’Ornière j’ai eu envie de rouvrir les deux livres de Hermann Hesse qui m’accompagnent depuis bien des années maintenant. Lorsque j’ai allégé ma bibliothèque ils ont fait partie des livres mis immédiatement de côté comme indispensables et heureuse chose ces deux livres sont toujours disponibles chez l’éditeur.

     

    La Bibliothèque Universelle

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    Ce livre est un recueil de textes de longueur très variable, de quelques lignes à plusieurs pages. C’est un tour d’horizon des lectures d’Hermann Hesse et dieu sait que l’écrivain était un lecteur extrêmement éclectique.

    Il fut certainement parmi les premiers à s’intéresser aux littératures asiatiques et Confucius est en bonne place à côté de Bouddha mais aussi des textes sacrés ou de l’épopée de Gilgamesh.

    On découvre un auteur féru de contes et légendes mais bien sûr les pages les plus nombreuses sont pour la littérature allemandes et j’ai découvert là lors de ma première lecture bien des auteurs vers lesquels je suis revenue plus tard : Keller, Stifter, Schiller qu’à cette époque je ne connaissais que de nom. 

    Goethe trône en majesté au milieu de ce livre et de longues pages lui sont consacrées. 

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    Mais c’est toute l’Europe qu’Hermann Hesse fait défiler par ordre chronologique, de Plutarque à Gide en passant par Casanova, Voltaire ou Defoe.

    Bien sûr il a ses préférences et ses à priori mais j’aime qu’un auteur prenne parti, qu’il ose dire qu’une oeuvre révérée ne l’enchante pas du tout et au contraire que tel livre n’a pas la place qu’il mérite selon lui.

    C’est grâce à ce livre que j’ai lu Nathan le sage, Henri le vert de Gottfried Keller. Il se réjouit des traductions de Stendhal dont « une partie de l’oeuvre restera immortelle »  Il aime Dumas « quel plaisir de lire ce que raconte cet homme incroyable plein de santé, de joie de vivre et de confiance en soi (...) ce gaillard n’est pas seulement un tableur et un joyeux farceur, mais aussi un remarquable écrivain. »

    De Victor Hugo il retient l’Homme qui rit que je me propose de lire bientôt.

    De Balzac il dit que ce qu’il trouve remarquable c’est que « l’on peut le lire de plusieurs manières différentes. On peut en effet, ce qui est impossible chez la plupart des grands auteurs, le lire à chacun des stades de la vie, que l’on soit un jeune homme ou chargé d’années. »

    Je trouve magnifique qu’il se soit passionné pour la littérature jusqu’à la fin de sa vie et que sa Bibliothèque universelle se soit enrichie des écrivains qui n’avaient pas encore atteint la notoriété : Kafka dont il fut l'un des découvreurs, Gide, Wells, Proust ou Thomas Woolf ou JD Salinger.

    Bien entendu il consacre de longues pages à Dostoievski qu’il aimait énormément mais qui nous dit-il « garde toujours son halo de mystère lorsque nous l’abordons dans nos moments de désarroi ou de recueillement. »

    Un tour du monde littéraire que l’on a plaisir à entamer et à refaire au gré des saisons, des années, des envies.

     

     

    Magie du livre 

     

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    C’est à la fois le lecteur et l’écrivain qui prend la plume ici, quelques articles un peu convenus : discours, préface à une édition , mais surtout l’expression de la passion d’Hermann Hesse pour la poésie, la littérature et l’écriture bien sûr.

    Les différents articles sont tous intéressants, certains égratignent, d’autres expriment une certaine colère, la sincérité de l’auteur est toujours là jusque dans ses partis pris et ses exagérations.

    On a des études du style littéraire, sur l’art du récit, Hesse par en guerre contre les classifications «  A quoi me sert de savoir si un tel ou un tel est un symboliste, un naturaliste ? »

     

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    La place de la littérature et de la poésie allemandes est grande et beaucoup de noms inconnus apparaissent, certains sont oubliés mais d’autres à découvrir et c’est tout le sel de ces chapitres là.

     Ce qui ressort de façon absolue c’est l’exigence de qualité, à bas les lectures faiblardes et trop faciles, il est pour laisser tomber un texte qui ne se révèle pas de qualité ! pas de quartier à bas la qualité médiocre. 

    Pour lui lire c’est lire plusieurs fois « la lecture unique, obligatoire ou seulement curieuse, n’apporte jamais de véritable plaisir. » 

    l’auteur a eu une éducation très puritaine et très rigide et cela se sent dans ses jugements littéraires qui sont parfois un rien figés mais le plus souvent ses articles sont enthousiasmant, c’est un aristocrate de la lecture.

    Il investigue tout : la façon d’acheter, de classer, de conserver les livres, c’est un lecteur toujours à l’affut d’un trésor inconnu. Un article est consacrer aux traductions, aux lectures de vacances et à la lecture au lit.

    Le chapitre central c’est celui de sa bibliothèque idéale qui reprend ses livres favoris, c’est là que son éclectisme éclate vraiment, quel extraordinaire lecteur et quelle fraicheur dans les propos de ce vieux monsieur. Ses articles sont parfois un peu polémiques mais que serait la passion sans un peu de mauvaise foi. 

    Hermann Hesse romancier, critique et passeur, je vous propose dans un prochain billet de retrouver le promeneur.

     

    Les Livres

    La bibliothèque universelle - Hermann Hesse - Traduit par Jacques Duvernet - Editions José Corti 1995

    Magie du livre - Hermann Hesse - Traduit par François Mathieu et Britta Rupp - Editions José Corti 1994

     

  • Le Garçon sauvage carnet de montagne - Paolo Cognetti

    Retour à la montagne

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    C’est un jeune homme, la trentaine tout juste, il quitte la villela douleur accompagne cette évasion.
    « J’avais trente ans et je me sentais à bout de forces, désemparé et abattu, comme quand une entreprise en laquelle tu as cru, échoue misérablement. »

    Il va passer du temps dans une solitude quasi totale pratiquant ainsi une rupture radicale avec sa vie d’avant, plusieurs semaines sans voir âme qui vive, il va ainsi tenter de reprendre pieds dans la vie.

    Il nous invite sur les pentes de sa montagne
    « les pâturages étaient encore en sommeil, teintés des couleurs brunes et ocres du dégel; les montagnes et les vallons ombragés encore recouvert de neige. » pas très loin du Grand Paradis.

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    Paolo Cognetti est un admirateur de Thoreau mais pour autant il ne construit pas sa cabane, non il a pour s’enfouir loin du monde

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    «  une baita en bois et en pierre à deux mille mètres d’altitude, là où les dernières forêts de conifères cèdent la place aux hauts pâturages. »

    Il emporte de quoi lire et écrire, Thoreau bien sûr, Elisée Reclus le géographe  et puis il a en tête des auteurs choisis : Mario Rigoni Stern, Erri de Luca, Charles-Ferdinand Ramuz ...

    Il trace la carte du pays, il a envie comme Reclus de cataloguer la faune et la flore  « une tentative de lire les histoires que le terrain avait à raconter. »

    Il parcourt les pentes, contemple « les nuages gonflés d’eau » et prend avec les aigles « une leçon de voltige » ou entendre le bruit d’éclatement du mélèze frappé par la foudre. A sa suite on surprend le renard dans sa clairière et on l’entend imiter le sifflet des marmottes.

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    Photo © Daniel Nagi

    Après quelques semaines l’envie d’échanger à nouveau avec les hommes revient et lorsque quelqu’un toque à la porte il pleinement heureux, il va faire une rencontre prémices d’une belle amitié.

    Dans sa baita il découvre un livre de poésie et c’est une vraie chance pour nous lecteur que de lire pour la première fois un poème d’Antonia Pozzi, poétesse qui se donna la mort à 26 ans lors de la montée du fascisme en Italie.

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    Dire que j’ai aimé ce livre est peu dire. Ce petit livre se classe dans la catégorie des livres d’ermitages, à côté de Thoreau bien sûr mais il a aussi une parenté très forte avec Mario Rigoni Stern que Cognetti cite souvent et qu’il admire manifestement. 

    C’est un recours aux montagnes comme Thoreau proposait un recours aux forêts, un voyage vers soi-même. Paolo Cognetti met dans cette introspection beaucoup de pudeur et de poésie.

    Et pour vous donner envie de découvrir Antonia Pozzi

    J'ai écumé les monts
    hérissée comme une fleur —
    regardant les rochers,
    les hautes parois
    dans les mers du vent —
    et, chantant à mi-voix, je me souvenais
    d'un ancien été
    où les rhododendrons amers
    prenaient feu dans mon sang.

                              Antonia Pozzi - Névés - La route du mourir

     

    L'avis positif aussi d'Hélène

     

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    Le livre : Le garçon sauvage Carnets de montagne - Paolo Cognetti - Traduit par Anita Rochedy - Editions ZOE