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Là-bas août est un mois d'automne - Bruno Pellegrino

Pourquoi vous proposer un livre dont peut-être vous n’avez pas entendu parler ?
Et bien d’abord parce que mars est le mois de la poésie, le mois du Printemps des poètes.
Ensuite parce que j’aime Gustave Roud et sa poésie, une raison quasi suffisante non ?
Enfin parce que c’est l’occasion de parler ici de poésie ce que je ne fais pas suffisamment souvent.

Un billet pour deux livres : l’un est un portrait sensible, l’autre un recueil de poésie pour faire connaissance avec le poète.

 

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Gustave Roud j’ai fait connaissance avec lui grâce à Philippe Jaccottet qui m’a incité à le lire.
Lorsque j’ai vu paraitre le roman de Bruno Pellegrino j’ai été ravie et je l’ai lu avec émotion. Il trace le quotidien de Gustave et Madeleine, le frère et la soeur qui ont toujours vécu sous le même toit. 

Il nous livre dix années de vie, de 1962 à 1972

Il fait leur portrait, il décrit leur quotidien dans la maison de famille à Carrouge, une « maison massive , d’un seul bloc, en équilibre entre la cour, à l’est, et le verger à l’ouest » dans un village vaudois.

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Maison de Carrouge

Derrière Bruno Pellegrino on accède au jardin qui a parfois des « allures de jungle ».

L’une, Madeleine, est une passionnée par l’espace, l’autre est un fou de photos et de poésie. 

Ils ne sont mariés ni l’un ni l’autre. « Leur tâche, pour les années à venir, est de perpétuer ce qui peut l’être ».

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On les connait bien dans le village « le frère et la soeur, enfin on la connaît surtout elle, qu’on voit à l’église, parce que lui c’est un peu un drôle d’oiseau. »

La ferme est témoin du temps qui passe, «  Les hivers, après coup, sonnent comme un conte : de la neige à outrance et pour la déblayer, des traîneaux tirés par des chevaux. »

L’été est court dans ces contrées « Les matins sont frais, le soir on ne s’attarde plus sans châle ou couverture sur le banc devant la maison ; au verger, certains arbres tirent déjà sur le jaune… »

Des passions exigeantes, parfois dérangeantes comme celle de Gustave qui photographie inlassablement « des hommes presque nus », une époque où il était très difficile de s’assumer homosexuel.

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Pour elle une bibliothèque riche et surprenante «  Madeleine suit du doigts le dos des livres, en arrive aux traités de mathématiques et de vulgarisation. Une biographie de Copernic aux pages cornées. Un atlas céleste »

 

Mais il y a aussi la vie simple, humble : l’une fait des confitures, l’autre est « un monsieur qui a fait des études et passe à la radio » 

Bruno Pellegrino sait mettre en avant ce déroulement lent du temps qui permet au poète « d’éprouver l’épaisseur des jours… »

Curieusement on pourrait les croire hors du temps mais de fait c’est le contraire, ils sont tous deux les deux pieds dans la terre, vivant au rythme des saisons.

D’un côté un homme simple, un homme de la terre, de l’autre un poète reconnu qui pour ses soixante ans déambule en Italie à l’invitation de son éditeur.
Ce roman est une belle et pudique façon de faire connaissance avec Gustave Roud.

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Après la lecture de ce livre sensible j’ai eu envie de retrouver la poésie de Gustave Roud, le recueil Les Fleurs et les saisons est parfait pour faire connaissance.

C’est un petit recueil  qui rassemble des textes épars de l’écrivain-poète écrits entre 1935 et 1942, ce livre a vu le jour sous l’impulsion de Philippe Jaccottet et il est illustré par des photographies en noir et blanc prises par l’auteur.

C’est un joli manifeste du poète, les fleurs ont un langage, les saisons se déroulent « des labours à la défaite de l’hiver » la poésie est là pour nous délivrer leur message. 

Les saisons s’égrènent dans un paysage de collines mais «  ne se succèdent pas selon le simple appel du calendrier. Elles s’accompagnent et se quittent au gré de leurs caprices.»  que le poète découvre lors de ses balades sur le plateau du Jorat, son pays. 

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Plateau du Jorat pays de transhumance

Les Saisons

« Toute arrivée humaine dans un jardin d’aube, par exemple, ne peut être qu’une intrusion et rompt aussitôt mille colloques de fleurs »

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« L’été glisse parfois de longues journées chaleureuses, et l’hiver dont on voudrait peindre ici la défaite abrite, dès de début de l’an nouveau, un printemps secret qui s’amuse à donner au regards anxieux des hommes, las de la cruelle blancheur du paysage, milles signes furtifs de sa présence. »

Les Fleurs et les fruits

 

« La rose ronde et nue, la rose rose, la rose de toujours. L’antique rosier des jardins paysans qui buissonne, renaît sans relâche au long des siècles »

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« J’ai choisi l’appel de cette campanule solitaire comme un cheminement vers quelque chose de plus mystérieux encore. »                                               

« C’est une très haute campanule des bois couverte de cloches et de feuilles à demi flétries, la suppliante au nom de cette forêt qui halète de soif, tout près de périr elle-même, guetteur d’un impossible orage, véhément porte-parole au seuil du bois torturé. »

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« Capucine, soeur du feu, mais qui se défend en magicienne généreuse contre l’eau même, pluie ou rosée. »

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« Ce nom, ce « ne m’oubliez pas », c’est lui qui l’a dicté aux hommes, depuis des siècles, depuis qu’on a pu lire confusément sa prière à chaque printemps recommencé. 

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Les livres

Là-bas août est un mois d’automne - Bruno Pellegrino - Editions ZOE
Les Fleurs et les saisons - Gustave Roud - Editions La Dogana

Commentaires

  • Ah il va arriver à ma bibli, je l'avais coché dans ma liste, sans trop savoir de quoi il s'agissait;..
    A part ça, j'ai emprunté un livre de textes de H hesse, Descriptions d'un paysage, paru chez corti il y a ... longtemps! Celui dont tu parlais en précédent billet n'y est pas, mais ce n'est pas grave. Le premier texte parle de son attachement à une partie de suisse et d'allemagne

  • Descriptions d'un paysage j'aime beaucoup j'ai fait une bribe et brindilles sur lui je crois sur ce blog
    Ce livre ci est pour les amoureux de poésie mais fait faire connaissance avec un homme tout à fait attachant

  • Ravie de partager ce poète avec toi. Même cheminement, même découverte grâce à Jaccottet et cette maison d'édition Zoé publié de très beaux ouvrages. Celui-ci aussi est magnifique.

  • ma lecture remonte à loin, j'ai eu en main le journal de Gustave Roud mais il a disparu de ma bibliothèque, ça ça m'agace beaucoup car il est aujourd'hui introuvable

  • Tu me fais découvrir ce poète et sa sœur qui veulent "perpétuer ce qui peut l’être", belle mission.

  • un auteur très attachant

  • Je suis de près les parutions des Editions Zoé, alors j'avais repéré ce livre, qui me tente beaucoup. J'avoue que j'ignorais l'existence de ce poète.

  • comme toi j'aime bien cet éditeur dont je surveille un peu les parutions

  • Encore de belles découvertes ! C'est amusant, dans le midi on dit que mars est le mois des fous, la poésie serait-elle folle ? Une douce folie qui fait chavirer nos cœurs, un billet riche et enchanteur, les choses simples et la nature ne peuvent qu'être enchantement. Merci Dominique, bises. brigitte

  • il y a beaucoup d'expressions liées à la météo ou au calendrier, elles se perdent un peu et c'est dommage

  • un hommage à Roud qui était photographe en même temps que poète

  • Bonjour Dominique, comme Aifelle et d'autres, je ne connais pas du tout, Gustave Roud. Moi qui suis fille unique, je suis touchée par ces fratries qui vivent ensemble pendant des années. Surtout, cette génération fin XIXème, début XXème.. Il y en a plus qu'on ne le pense. Bonne après-midi.

  • ici c'est sans doute lié au célibat forcé de Gustave car à l'époque ni pacs ni rien de ce genre, l'opprobre et rien d'autre

  • Roud est peu connu et le livre de Bruno Pellegrino est bienvenu

  • Deux livres qui me font bien envie ! La maison m'attire tout autant. Je lui trouve un côté romanesque. Juste envie de prendre un stylo et d'écrire !

  • ce fut sans doute un havre et en même temps un peu une cache

  • j'adore ton expression car pour moi la quiche c'est savoureux

  • Que le mois d'août soit déjà l'automne, je n'aime pas trop mais la poésie de Gustave Roud m'attire...
    Jaccottet, est incontournable pour moi !

  • ah la vie pendant des années en montagne me fait dire que l'expression est assez juste

  • j'espère que tu auras du plaisir comme moi

  • Un très bon moment passé à la lecture de ce billet , entre photo et poésies’ je me sentais bien.

  • ce sont des billets pour convertir les réfractaires à la poésie, je fais du prosélytisme

  • Merci de m'avoir fait découvrir Gustave Roud, et de me ramener vers Philippe Jaccottet : je ne connaissais pas l'un et j'ai trop peu lu le second. Je sens les effluves du printemps.

  • Si vous devez choisir c'est Jaccottet bien sur mais c'est un très bon passeur et Roud revient souvent dans ses carnets

  • Carrouge me parle directement car une partie de ma famille
    y a sa résidence : aujourd'hui, la cité de Bruno Pellegrino
    est devenue le St-Germain-des-Prés de Genève.

    Je ne connais pas cet auteur mais la vision de sa ferme
    me donne l'envie d'en pousser la porte...

    Le rythme de la vie à la campagne, bercée par les cloches
    des saisons, un régal !...

    Merci, et bon dimanche, chère éveilleuse de rêves !

  • N'y aurait-il pas confusion chez moi entre
    Carouge et Carrouge ?

    Quoi qu'il en soit, le charme de "Là-bas, août est un mois d'automne"
    devrait opérer !

  • Ah oui, il y a confusion : le Carrouge du roman est le village du canton de Vaud, pas celui de Genève qui s'écrit avec un seul r ;-)

  • oui oui attention il y a Carouge banlieue de Genève et Carrouge dans le canton de vaud

  • J'ai repéré le premier livre, mais ne sais pas trop s'il me plairait... à voir avec la bibliothèque !

  • fais un essai

  • je te le souhaite

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