Jean-Paul Kauffmann a su me convaincre de relire Le Colonel Chabert. Il faut dire que je l’ai lu bien trop tôt ce roman, profitant vers douze ans de la bibliothèque du collège ouverte pendant la cantine, vous savez ses longues heures d’ennui ! je piochais n’importe quoi car il n’y avait personne pour nous diriger.

Raimu dans le rôle
Je me souviens uniquement de ma stupéfaction devant la fin du roman, ma colère de l’époque car à 12 ans on n’accepte pas l’injustice, on ne l’imagine même pas.

J’ai pris un vrai et grand plaisir à cette relecture. Je peux dire lecture car ma première fois était vraiment bien loin.
Je suppose que vous l’avez tous lu ou alors vu le film d’Yves Angelo aussi je ne vais pas m’attarder sur l’histoire elle-même.
Je veux plutôt vous dire mon plaisir, Balzac n’est jamais aussi bon qu’en observateur patient et critique de la société de son temps, il brosse à merveille le système judiciaire qui va broyer Chabert.

Sur les lieux de la Bataille
Mais où il est vraiment parfait c’est dans le dessin du paria, dans le tableau de cette société hypocrite qui n’hésite pas à dépouiller de tout un homme qui a combattu pendant des années sur les champs de bataille de l’Empire.

J’aurai voulu secouer Derville l’avoué et obtenir qu’il ferraille un peu plus pour son protégé, qu’il se fasse un peu plus justicier.
J’ai aimé ces portraits d’hommes et de femmes qui ont fait des bassesses pour obtenir titres et prébendes et qui ne savent pas s’en souvenir.
Il m’est infiniment sympathique ce colonel « vieux débris de la Grande Armée » et on voudrait le soustraire à un monde cruel lui qui dit « J’ai été enterré sous des morts, maintenant je suis enterré sous des vivants, sous des actes, sous des faits, sous la société tout entière, qui veut me faire rentrer sous terre »
Je vous recommande l’évocation de la bataille d'Eylau et du sauvetage de Chabert, un vrai morceau d’anthologie.
Autant parfois Balzac paraît un rien trop bavard, un rien trop amateur de descriptions à n’en plus finir, autant là le récit est resserré, clair, dense. L’intrigue est simple et dépouillée. Un roman sombre mais éclairé par la bonne tête du Colonel Chabert tirant sur sa pipe.
Un autre avis sur Lecture/Ecriture
Et si vous voulez connaitre la véritable histoire du Colonel c'est ici

Le livre : Le Colonel Chabert - Honoré de Balzac - Editions Classiques Garnier

















