Ce qui est bien quand on fouille dans une librairie c’est qu’on tombe parfois sur un livre qui nous enchante alors que jamais oh grand jamais on n’aurait pensé l’acheter.
J’ai déjà fait ici des balades dans les musées mais des balades très bon chic bon genre, là je vous propose de l’irrévérence, de l’insolence, de l’humour, du rire, du grotesque. Mais qu’est-ce que j’ai passé un bon moment !
Le Louvre, trois séries de tableaux de trois écoles de peinture : les nordiques, l’école française, et les écoles italiennes et espagnoles.
Une double page par tableau avec la reproduction du tableau et parfois un zoom sur un détail, un petit encart explicatif très sérieux et surtout surtout un commentaire décalé, insolent, méchant, drôle.
Parce que ces tableaux ce sont des nanars, terme qui désigne à la fois le navet, l’ennuyeux, le raté.
Je vous préviens ça décoiffe car chaque tableau est sous-titré et là y a de la joie : Coquillage et crustacés, la Croisière s’amuse, Covoiturage, Désaccord parfait .....On n’est pas dans le livre d’art classique.
Parce que dans un musée aussi magnifique et grandiose soit-il, il y a aussi des oeuvres ..euh..moins réussies.
Je vais vous donner quelques exemples parmi mes favoris, pas trop pour ne pas déflorer le plaisir de lecture de ce livre.
tenez la tête de Saint Jérôme dans le tableau de Jan Cornelisz Verheyen sous titré Gym Tonic
« Ce tableau est un OPNI objet pictural non identifié (..) Non content de l’avoir rendu hydrocéphale le peintre a cru bon de le doté d’un corps bodybuildé »
Ou ce portrait d’Henri IV par Toussaint Dubreuil, sous-titré Défilé printemps-été
où notre bon roi « loin d’incarner Hercule, ressemble fort à un transformiste tout droit sorti de chez Michou »
Enfin Saint François d’Assise de Giotto (eh oui ) sous titré Volare et qui fait dire aux commentateurs
« Tiens, il faisait déjà du cerf-volant à la fin du XIIIe siècle ? Pourquoi avoir déguisé le Christ en énorme poulet transgénique à six ailes ? »
Redevenons un peu sérieux, c’est une belle et joyeuse leçon d’observation d’une oeuvre, apprendre à ne rien prendre pour argent comptant, s’interroger sur les ratages, sur les positions incongrues, les couleurs effrayantes, les détails ahurissants, repérer les déséquilibres du tableau, ses anomalies. Il y a parfois et c’est extrêmement drôle les avis de critiques de l’époque ! Sidérant de flagornerie ou d’imbécilité pour certains. Il y a aussi bien sûr des informations tout à fait précises sur le tableau, sa provenance, son histoire.
Mine de rien on prend une leçon et comme à tout bon écolier il faut une récompense les auteurs nous proposent une oeuvre « A voir absolument » nettement plus réussie du même peintre ou de la même école histoire de voir bien la différence et de ne pas mourir idiot.
Vous voilà déculpabilisé et vous allez enfin oser dire qu’une oeuvre est ...moche
Comme c’est un livre sérieux malgré tout vous trouverez les plans des salles du Louvre où vous pourrez admirer ces oeuvres. Je parie qu’elles vont faire un tabac.
Le livre a une belle présentation, une jolie typographie, des couleurs bien claquantes. J’ai énormément aimé cette façon décalée de nous ouvrir à l’art, on en redemande.
A offrir à un ado rebelle à l’art, à un amateur qui croit que les critiques officielles sont paroles d’Evangile, à la famille Le Quesnois en déplacement au musée.
Le livre : Le Louvre insolent - Cécile Baron et François Ferrier - Editions Anamosa