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A sauts et à gambades - Page 41

  • Bribes d'Honoré

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    «  C’est l’hiver à Nohant. C’est la nuit d’hiver. Une fenêtre s’ouvre à l’étage, un gros homme se penche dans l’hiver. Il pense à la littérature, à quoi pourrait-il penser d’autre ?

    Ces étoiles dans le gel sont littérature. Ce clair de lune voilé de nuages est littérature. 
    Littérature ces marronniers de février, effets de brumes aux branches, c’est dans Shakespeare. 
    Le silence est parfait. On entend soupirer le gros homme. Il ferme le volet. »

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    «  Balzac voulait si fort avoir l’air d’un auteur qu’il fut extraordinairement auteur mais je ne suis pas sûr qu’il était persuadé de l’être : de six heures du soir à dix heures du matin chaque nuit pendant quinze ans, il frimait, de toute son âme. »

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    « Pour paraître l’auteur de la Comédie humaine, il faut écrire la Comédie humaine, il faut même la publier. »

     

    Le livre : Trois auteurs Balzac, Cingria, Faulkner - Pierre Michon - Editions Verdier

  • Regardez la neige qui tombe - Roger Grenier

    « Un jour lointain, quelqu’un me dit : Tu devrais lire Tchékhov. Il me semble que c’est une littérature pour toi. »

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    Portrait par Valentin Serov 

    Roger Grenier a obéi au conseil de l’ami et à lu Tchékhov. 
    Grenier aime bien écrire sur les autres, amis intimes ou personnes admirées. On peut citer entre autres Camus ou Fitzgerald. 

    Comme il a un vrai talent de biographe, à petites touches légères, comme un peintre, il nous fait le portrait de l’écrivain à travers de petits textes colorés.

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    Maison natale à Taganrog 

    Pas de réelle chronologie mais plutôt des fils rouges que Roger Grenier suit patiemment, le théâtre, l’enfance douloureuse, le père violent à Taganrog, le mariage, la vie en famille, le cabinet du médecin et pour terminer l’ombre de la tuberculose.

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    Avec un de ses frères 

    Le Tchékhov médecin ET écrivain « La médecine est ma femme légitime et la littérature ma maîtresse. Quand l'une m'ennuie, je couche chez l'autre. »

    On aperçoit au fil des pages un Tchékhov qui ne croit pas au bonheur et qui toujours prend comme à Sakhaline, la défense des humbles, des meurtris, se dévouant sans cesse pour sa famille, ses frères, les pauvres.

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    Datcha des Tchekhov à Melihovo

     Un homme qui ne croit pas que la vie ait un sens.
    « Tenez, regardez la neige qui tombe, quel sens ça a-t-il ? »  ainsi s'interroge un personnage dans Les Trois Soeurs. 

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    Roger Grenier nous dit : « Des imbéciles, des paresseux, des inutiles abondent dans son oeuvre 
    Ou encore : «  Il passe de la misanthropie à la pitié, de la froideur à la révolte contre la souffrance ».

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    Tolstoï et Tchekhov à Yalta

    Pour lui Tchékhov « oscille sans cesse entre deux extrêmes : le goût du néant et la tentation de se perdre aux confins de la sainteté en se vouant aux autres. »

    Mais l’écrivain ne peut s’empêcher de rêver « Il faut montrer la vie non telle qu'elle est, ni telle qu'elle doit être, mais telle qu'elle doit nous apparaît en rêve. »  Dit-il dans La Mouette.

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    La Mouette au théâtre des Célestins à Lyon 

    Son théâtre est souvent vu comme dramatique alors que Tchékhov lui y voyait une farce et Roger Grenier le compare à Woody Allen quant à la dérision et l’humour noir.

    J’ai aimé ce petit livre bourré de citations extraites des oeuvres de Tchékhov, de son journal et de sa correspondance. 
    Il est la version un peu mélancolique de la biographie de l’écrivain et nous restitue bien l’univers russe de l’homme. 

    Pour les amateurs de littérature russe 

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    Le livre : Regardez la neige qui tombe - Impressions de Tchékhov - Roger Grenier - Editions Folio Gallimard 

     

  • Bribes d'amoureux des livres

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    «  Comme on se rappelle facilement la date et le cadre de nos premières lectures ! Le souvenir de certains livres est lié à une maladie, d’autres au mauvais temps, à une punition ou à une récompense. Le monde intérieur et le monde extérieur se fondent dans ces souvenirs.
    Et ces lectures sont véritablement des évènements de notre vie. »

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    « J’avais naturellement entendu de la façon dont Montaigne s’était retiré de la vie active, dont il se consacrait aux livres , de la vie calme et rangée qu’il menait, si riche si profonde.
    Voilà un homme dont on pouvait dire qu’il possédait une bibliothèque ! »

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    Combien de fois nous arrive-t-il en feuilletant un livre lu il y a longtemps, de tomber sur des passages dont chaque mot éveille un écho brûlant, inoubliable. »

     

    Le Livre : Les livres de ma vie - Henry Miller - Editions Gallimard

  • Japon perdu - Alex Kerr

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    Temple KInkaku à Kyoto

    La culture japonaise m’a toujours fascinée avec ses paradoxes, ses traditions, sa société, et son histoire. 
    J’ai déjà fait plusieurs voyages au Japon, Sur les chemins de Sata, à la rencontre de poètes ou de peintres. 

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    Alex Kerr

    Le récit d’Alex Kerr m’a enchanté, écrit en japonais à l’origine, il permet de suivre trente ans de la vie de cet homme 
    « Au début des années 1970, Alex Kerr, jeune étudiant américain, acquiert une maison abandonnée, plusieurs fois centenaire, sur l'île japonaise de Shikoku. Ce sera le point de départ d'une vie d'écrivain, d'antiquaire, d'expert érudit et passionné du Japon. »

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    Alex Kerr a fait connaissance très jeune avec le Japon ses parents étant nommé à Yokohama après la guerre.
    Il fait des études pour apprendre le japonais et l’histoire du pays. Il arpente le pays. 
    Quelques années plus tard fasciné par la beauté des lieux il achète une maison ancienne, abandonnée, dans la vallée de l’Iya sur l’île de Shikoku qu’il nommera Chiiori.
    « En entrant dans ces habitations vides, j'ai été frappé par leur obscurité, la paix qui y régnait. Je me souviens encore parfaitement qu’en ressortant des maisons, j’étais ébloui par la lumière du soleil qui contrastait avec la pénombre intérieure. Les montagnes de l'autre côté de la vallée étaient couvertes de brume. »

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    Pont dans la vallée de l'Iya

    Il faut des efforts intenses pour payer les travaux nécessaires, la réparation des toits, trouver les artisans capables, préserver la beauté prête à disparaitre.
    Alex Kerr va vous permettre de découvrir le Japon ancien, sa calligraphie; la cérémonie du thé; le théâtre Kabuki, vestiges d’un temps passé.

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    Nostalgique de ce monde perdu, critique de la quête effrénée de modernité si destructrice du patrimoine culturel et naturel, Alex Kerr continue pourtant d'aimer le Japon de tout son être. 
    « Ma mère m'a emmené un jour dans une boutique d'antiquités dans le quartier de Motomachi. J'observais avec émerveillement de vieux objets en porcelaine d'Imari, que l'on sortait avec grande précaution de leur emballage de paille. À cette vue, j'ai ressenti une fascination indescriptible. C’est à ce moment-là que je suis tombé amoureux du Japon. »

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    Temple de Tenmangû

    Il parle de sa vie au Japon, son travail pour des fondations, la recherche d’une maison plus proche de son travail, il trouve Kameoka une demeure dans un sanctuaire Tenmangû.
    Son savoir énorme à propos des objets anciens, de leur restauration : paravents, écrans, manuscrits.

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    Pour reboiser !! faire pousser des arbres sur des arbres

    Il attire l’attention sur les pertes générées par le Japon d’aujourd’hui, par les désastres écologiques comme le déboisement brutal et catastrophique. Il dit qu’au Japon aucune ville, aucun village n’est préservé.

    Son livre a surpris les japonais qui n’étaient guère intéressés par leur patrimoine.
    Japon Perdu a reçu en 1994 le prix Shincho Gatugei et fait d’Alex Kerr le premier étranger à recevoir ce prix, qui récompense chaque année la meilleure oeuvre de non fiction publiée au Japon. 

    Lire Japon perdu c’est entrer dans un monde fascinant, revivre un monde qui n’existe pratiquement plus, c’est faire provision de nostalgie. 
    Je suis très attiré par le Japon mais guère par celui d’aujourd’hui, j’ai donc trouvé là mon bonheur.

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    Le Livre : Japon perdu  Alex Kerr - Traduit par Guillaume Villeneuve - Editions Nevicata 2020

     

  • Bribes japonaises

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    « Âgé de treize ans, il apprend auprès d’un maître du haikai les premiers rudiments de ce genre. »

     

    Matsuo Basho Yamagata

    Statue du poète Basho à Yamagata, 

    « Devant sa retraite, il plante un bananier, un basho, offert par l’un de ses disciples — ce qui lui vaudra son pseudonyme. »

     

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    Sakura

     

    Nan no ki no hana towa shirazu 
    moi kana

    Les fleurs de quel arbre
    impossible de savoir
    mais un tel parfum !

     

     

    chiru yanagi aruji mo ware 
    mo
    kane o kiku

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    Le saule s’effeuille
    et le maître et moi-même
    entendons la cloche

     

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    Haru no yo wa
    sakura ni akete
    shimai keri

    La nuit de printemps
    s’achève, le jour se lève
    sur les cerisiers !

     

    Le livre : Basho Cent onze Haïkus -Traduit par Joan Titus-Carmel - Editions Verdier 

  • Le Démon de Saint Jérôme - Lucrèce Luciani

    Une auteure que j’ai apprécié, un éditeur qui mérite d’être connu, c’est pas mal non pour un tout petit livre.

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    Saint Jérôme - Leonello Spada 

    Même si depuis quelques temps j’ai un peu perdu mon envie de lire, il faut bien que j’avoue que j’ai le vice de la lecture, celui que Larbaud dénommait Ce vice impuni. 
    Sans vouloir faire de comparaison, je n’oserai pas, voilà un autre adepte de ce vice.

     

    Saint Jérôme, érudit absolu, lettré magnifique, était parmi ses contemporains une exception, celui qui a tout lu, tout absorbé et qui bientôt sera celui qui traduit.

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    Saint Jérôme   Albrecht Dûrer 

     « Jérôme lisait Cicéron le jour et Platon la nuit, les préférant au style négligé des livres saints »,  

    Et voilà le problème qui surgit, grand lecteur certes mais qui avait un préférence pour Cicéron plutôt que pour les écrits des livres saints c’est plutôt mal vu ça.

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    Saint Jérôme  - Simon Vouet

    « Jérôme n’en fait qu’à sa tête. Il lit ce qu’il veut, il écrit ce qu’il veut, de la satire à la caricature en passant par la polémique ou la dogmatique, dans une liberté totale et sans partage. »

     

    Il va rater d’un cheveu la tiare de Saint Pierre, voilà où mène la lecture !! Il aura sa traversée du désert qui l’emmènera à Bethléem. Mais comme on ne se refait pas il emporte Virgile avec lui.

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    Au désert - Lorenzo Lotto 

    Il faut dire que d’après Lucrèce Luciani, notre Jérôme était un rien ombrageux, colérique, préférant la solitude à ses contemporains, mettant toute sa hargne et sa passion dans ses lettres. Saint Augustin un de ses destinataires n’a pas vraiment apprécié.

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    D'irréductibles ennemis : Saint Augustin et Saint Jérôme 

    Pour l’époque Jérôme fait figure d’exception, il est trilingue et outre la latin qui est sa langue que l’on peut dire maternelle, il maitrise le grec et l’hébreu qu’il a apprit au prix d’efforts héroïques.
    Lucrèce Luciani dit de lui qu’il est « philosophe, rhéteur, grammairien, dialecticien »

    A la lire on peut ajouter qu’il était un polémiste opiniâtre, un styliste magnifique, un traducteur qui a laissé une trace indélébile avec sa traduction de la Bible.

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    Vu par Le Caravage

    « Chez Jérôme, la lecture engendre la lecture. Elle est en amont et en aval de lui, comme une eau qui l’entoure, le baigne, le pénètre et passe sans cesse dans le moulin de son esprit »

    Elle profite de cette sorte d’écrit biographique pour nous introduire dans la fabrique des livres de l’époque, le travail des copistes qui copient et recopient, une période nous dit-elle qui est comme « l’acte de naissance de la littérature occidentale ».

    J’ai découvert le rangement des livres , à plat ou vertical, la naissance des bibliothèques personnelles que l’on retrouvera chez Montaigne.

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    La bibliothèque d'Ivre de livres 

    Lucrèce Luciani à sa façon de ranger « Le rangement de ma bibliothèque c’est une longue guerre amoureuse, ceux qui enchantent, ceux qui procurent du plaisir, ceux que l’on peut oublier, ceux que l’on relira à coup sûr »

     

    Ce petit livre est à la fois érudit, drôle, impertinent, passionnant. D’une richesse qui vous embarque immédiatement vers cette naissance de l’écrit qui ne sera dépassée que par celle de l’imprimerie. C’est une ode à la passion de lire, aux livres, aux bibliothèques.

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    Vu par Antonello da Messina

    « Un lettré au milieu de ses livres qui lit et écrit comme il respire »

     

    Petit livre rare qui va trouver sa place naturellement dans ma bibliothèque.
    Et qu’on se le dise Saint Jérôme est le patron des traducteurs 

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    Le livre : Le Démon de Saint Jérôme - Lucrèce Luciani - Editions La Bibliothèque