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A sauts et à gambades - Page 258

  • Voyage poétique en chine

    Poèmes chan - Traduits du chinois par Jacques Pimpaneau - Editions Philippe Picquier

    étang 3 Céanothe.jpg

    Un petit étang - Yongjue Yuanxian ( 1578-1657) Photo Céanothe

    Par delà ma fenêtre, une moitié d’are en friche,
    J’y ai creusé la terre pou en faire un étang,
    Traversé par les nuages, il retient leur image,
    Quand la lune survient, il commence à briller,
    J’en arrose les fleurs que le printemps nous prête,
    J’y lave ma pierre à encre et un parfum se répand,
    Oui, ce n’est que de l’eau au milieu d’un étang
    Mais s’en d’égage un calme qui fait tout oublier

     

     

    amandiers-Van-Gogh.jpg
    Monüni nonne (date inconnue)
    Van Gogh amandier
     
    Tout le jour j’ai cherché le printemps sans le voir,
    J’ai chaussé mes sandales et couru la région,
    Au retour j’ai souri en sentant un prunus,
    le printemps sur la branche s’y trouvait au complet

     

     

    printemps à giverny monet.jpg
    Baofen Weizhao (1084-1128)
    Le printemps à Giverny - Monet (Merci Servanne)

     

    La pluie a lavé les pétales roses des pêchers,
    Le vent a épousseté les branches vertes des saules,
    De la blancheur des nuages sort un rocher étrange,
    De l’émeraude des eaux, la droiture de vieux arbres.

     

     


    Pour poursuivre

    vous pouvez retrouver Jacques Pimpaneau et la poésie chinoise chez Tania
    La Chine et Yang Wan Li chez Aifelle
    Van Gogh à Berne chez Souvenires et impressions

     

     

  • La nuit de Geronimo - Dominique Sylvain

    La nuit de Geronimo - Dominique Sylvain - Editions Viviane Hamy
    nuit de geronimo.gifElle s’appelle Louise Morvan, conduit une Aston Martin expirante, a ancré son QG dans un bistrot sinistre, c’est un est joli brin de fille, elle est en outre une emmerdeuse de première, toutes les raisons de suivre Louise dans son enquête.
    Elle met le nez dans la sombre histoire du clan Domeniac à la demande de Philippine Domeniac, médecin légiste qui a reçu un email faisant référence à Thierry Domeniac, le père qu’elle a à peine connu, surnommé Geronimo par son entourage, scientifique génial et précoce qui s’est suicidé lorsqu’elle avait 5 ans.
    Elle demande l’aide de Louise pour enquêter car toute la famille Domeniac a reçu l’email, le patriarche Jean-Pascal psychiatre auprès des tribunaux, son épouse en perdition Caroline et l’ aide de vie de celle-ci Pierrick, l’oncle Hadrien brillant homme d’affaires et brasseur d’argent et patron d’un laboratoire de génie génétique, les deux fils d’Hadrien, Stanislas et Edouard respectivement patron de presse et avocat.
    Démêler les fils de ce noeud de vipères ne va pas être simple pour Louise d’autant que Philippine a aussi fait appel à la police officielle et au commissaire Clémenti, pas de bol pour Louise car Serge Clémenti est son ex ....
    L’envoi des emails se fait journalier, qui est le corbeau ? pourquoi ranimer le fantôme de Thierry Domeniac ce précurseur des recherches sur les OGM ?  Personne n’est enchanté de voir déterrer cette vieille histoire de suicide.
    Ajouter à ce problème la filature dont Louise Morvan est l’objet par un motard très très attirant mais très très suspect, vous voilà embarqué.

    Un polar sympathique, bien ficelé, des personnages bien campés. Dominique Sylvain que je lis pour la première fois m’a séduite, l’intrigue est bien menée, suffisamment complexe pour que le suspens soit bien présent, c’est un bon polar habile et cette petite Louise Morvan a tout pour plaire.

     

    Dominique Sylvain est moins connue que Fred Vargas et c’est bien dommage, je vous propose de réparer cette injustice.

    Sur le blog Moisson noir l'avis de  Yann

  • Jeune femme au luth - Katharine Weber

    Jeune femme au luth - Katharine Weber - Traduit par Moea Durieux - Les Editions du sonneur
    jeune femme .gifDans un cottage d’Irlande une femme, la quarantaine, vit seule et tient son journal. Patricia Dolan travaille à New York à la Frick Collection, elle est passionnée d’art depuis l’adolescence, on devine dans les pages du journal la perte d’un homme et peut être d’un enfant. On sent une femme fragile, vulnérable et désenchantée.
    Petit à petit elle livre des bribes d’information, d’origine irlandaise son père vit à Boston et bien sûr est un policier à la retraite. Elle a une passion pour la peinture hollandaise et pour Vermeer. Elle vient de faire la connaissance d’un de ses cousins éloigné et est en train d’en tomber amoureuse.
    Que fait-elle dans ce cottage isolé, vivant dans un confort très précaire, faisant de longues promenades, se liant peu avec les habitants,  mais passant de longues heures à contempler un tableau. Pas n’importe quel tableau, un Vermeer, la Jeune femme au luth Le tableau est enfermé dans une pièce sans fenêtre, à l’abri des regards.

    Je vous laisse le plaisir de découvrir pourquoi cette femme est en possession d’un Vermeer, le plaisir de découvrir les paysages d’Irlande que Katharine Weber décrit très joliment.
    Le suspens psychologique est très prenant et l’intrigue extrêmement intelligente est brodée aux petits points, les faits sont délivrés au compte-gouttes, l’écriture est limpide et d’une réelle finesse.
    Les passages consacrés à la peinture sont d’une grande sensualité. Il y a une émotion très justement rendue et on se laisse emporter par un récit diablement efficace.

    « Il y a dans tout l’art hollandais un amour pour le réel, une affection pour le vrai. L’intérieur d’une église et sa paix. Une main et son geste. Un paysage et sa profondeur. Un nuage et son mouvement. Des gens qui sont des gens. Des chiens qui sont des chiens. Des fromages qui sont des fromages. Et le ciel, le ciel qui donne à toute chose son échelle et son contexte. Mais cet art garde toujours quelque chose d’intime, l’intimité sans prétention de ce qui a été ressenti.
    Il existe pour moi un lien étroit entre la passion irlandaise et la réserve hollandaise, que je ressens ici dans ce cottage, au bord de la mer, seule avec elle, dans l’éclat lumineux de sa sérénité. »




  • Vivre à propos

    Vivre à propos - Montaigne traduit du japonais par Pascal Hervieu - Préface Michel Onfray - Editions Flammarion
    Essais - Montaigne - Editions Arléa

    vivreapropos.gifTout a été dit sur Montaigne et je ne me donnerai pas le ridicule de gloser sur ses écrits, on dit que Montaigne est toujours cité mais peu lu, comme beaucoup je gardais un souvenir pénible des heures lycéennes consacrées à Montaigne, des années plus tard bien que lectrice assidue et attentive de beaucoup d’autres philosophes, Montaigne ne faisait pas partie de mes lectures. Il a fallu la conjugaison d’un « passeur » et d’un éditeur.

    C’est André Comte-Sponville qui m’a donné l’envie de rouvrir Montaigne, dans son livre Une éducation philosophique il dit  " N’est-il pas l’un de nos grands auteurs, le premier peut-être, et, s’il est l’un des rares à être absolument universel, aussi le plus français de tous ? Sans doute. Pourtant en France même, on en parle peu (..) et encore moins chez les philosophes.
    Certes Montaigne fait partie des classiques, comme on dit ; mais cela signifie surtout qu’on l’étudie dans les classes ... et qu’on ne le lit guère.
    "


    L’envie est une chose et la réalisation une autre, je me suis heurtée, n’étant ni philologue, ni universitaire,  à la difficulté de lecture et parfois de compréhension, André Comte-Sponville le dit lui même " la langue qui a vieilli, l’explique en partie : la lecture de Montaigne, pour un français d’aujourd’hui, est difficile, et ses innombrables archaïsmes, s’ils en rehaussent encore la saveur, en gênent aussi, parfois, l’accès."

    essais.gifLa solution vint toute seule en 1992 avec la publication chez Arléa, des Essais rajeunis, Claude Pinganaud maître d’oeuvre de cette édition avait souhaité rajeunir l’orthographe et apporter une aide à la compréhension de termes aujourd’hui disparus ou modifiés profondément. Son ambition était bien de le mettre à la portée de tous, sans apparat critique, la traduction des citations latines ou grecques venant immédiatement après la citation elle-même. Pour qualifier son travail Pinganaud parlait alors de traduction.
    Ce Montaigne là m’accompagne depuis, bien sûr il m’a donné envie d’en savoir plus, d’en exprimer tout le suc et pour cela j’ai lu autour de Montaigne de nombreux auteurs, de Hugo Friederich à Gide, de Zweig à Géralde Nakam. Pour le dire mieux en empruntant les mots de Claude Pinganaud "La découverte de Montaigne me fut la découverte d’un monde. (..) Je ne sache pas d’autre livre au monde qui ait cette force. Il vous passe dans l’âme, il s’incorpore à vous " et laissant à nouveau la parole à André Comte-Sponville  " Le seul secret de la vie, c’est vivre. Montaigne nous apprend à aimer la vie telle qu’elle est, non pas malgré sa fugacité, mais dans sa fugacité...Il nous apprend à aimer cette existence éphémère au lieu d’en rêver une autre."

    Et aujourd’hui me voilà avec dans les mains un livre tout à fait extraordinaire et surprenant mais dont la lecture m’a passionné.
    Michel Onfray s’il a parfois eu la dent dure envers Comte-Sponville (et vice versa) est lui aussi un grand admirateur de Montaigne, les heures qu’il lui a consacrées et que l’on peut retrouver dans sa Contre-histoire de la philosophie, sont là pour en témoigner.
    Que nous propose-t-il ici ?  A première vue une idée folle et saugrenue, accéder à Montaigne par le détour d’une traduction.
    Montaigne est difficile d’accès certes, mais qu’en font les américains, les hongrois, les japonais ? Ils lisent et admirent Montaigne en n’ayant pas accès à la langue d’origine.
    Le pari fou tenté et à mon sens réussi c’est celui de la traduction d’une traduction de deux des chapitres majeurs des Essais. Pascal Hervieu à partir de la traduction en japonais des Essais, à fait un nouveau travail de traduction vers le français, un français actuel.
    Pascal Hervieu a utilisé les traductions des trois plus grands écrivains japonais traducteurs de Montaigne, Pour Sekine Hideo ce fut l’oeuvre de toute une vie. Il a traduit à l’aveugle, sans se référer au texte français, une année lui fut nécessaire pour traduire ces deux essais.

    chateaux-saint-michel-de-montaigne-france-1059659096-1228552.jpg


    Qui perd et qui gagne dans l’aventure ?

    Le gain évident le lecteur se sent moins intimidé, la lisibilité est plus grande, il y a un accès immédiat à l’idée sans le détour d’un vocabulaire parfois rare, sans tournures de phrases inusitées aujourd’hui, c’est à mon avis un accès intéressant pour une première lecture de Montaigne, pour une approche simple, sans barrière.
    Ai-je l’impression d’une perte ? oui, ma réponse eut été très différente quelques années en arrière, après des lectures multiples et aidées par des accompagnateurs (Marcel Conche, Jean Starobinski, Michel Onfray etc.) je trouve aujourd’hui belle, voire familière, la langue de Montaigne, s’en priver est dommage.

    Mais...car il y a un mais, si la langue doit faire barrage, faut-il se passer de la lecture ou faut-il adapter la langue sans la trahir, je suis résolument pour la seconde solution et c’est en cela que j’applaudis le travail de Pascal Hervieu. Le texte n’est en rien dénaturé, il y gagne parfois beaucoup en clarté, des choix ont été fait par le traducteur, la pensée de Montaigne est préservée me semble-t-il.
    N'hésitez pas, si Montaigne vous a attiré mais que vous vous êtes laissé rebuté par la langue, lisez ces deux chapitres, l'envie vous viendra sans doute de les relire en "VO".
    Montaigne-Dumonstier.jpgPour le dire comme Montaigne "Je ne suis pas philosophe" je ne suis pas une lettrée au sens de William Marx, ni enseignante, ni universitaire, je ne suis qu’une lectrice qui croit que (pardon à  François Jullien pour l’emprunt du titre) le détour par le japonais s’il permet l’accès à Montaigne, ce détour là est un chemin vers le bonheur de la lecture des Essais
    Si quelques doutes subsistent dans votre esprit sur l’intérêt, la nécessité et le bonheur de lire les Essais, je vous laisse en compagnie de Michel Onfray :
    « Apprendre à vivre, à souffrir, à aimer, à vieillir, apprendre les autres, l’amour et l’amitié, apprendre les passions humaines, apprendre le mouvement des choses et du monde, apprendre à regarder les animaux et apprendre des leçons d’eux, apprendre à prier sans courber l’échine, apprendre la vanité de nombre de choses humaines, dont la politique, apprendre à se connaître soi-même, apprendre à aimer les philosophes anciens, apprendre à s’aimer comme il faut, ni trop, ni trop peu, apprendre une sagesse intempestive, apprendre à mourir enfin - voilà ce que nous proposent les Essais. »

    « Quand Tolstoï s’est enfui, quand Alain est parti au front, c’est Montaigne qu’ils ont emporté » dit Sekine Hideo. Pourquoi pas vous.

     

    Lire par ricochets
    Des commentaires de lecture des Essais chez Jean Jadin

  • Alves et Cie - Eça de Queiroz

    Alves & Cie - Eça de Queiroz - Traduit par Natalia Vital - Editions de La Différence

    alves et cie.jpgAujourd’hui Godofredo da Conceição est heureux, un léger contre temps car Machado son associé s’est absenté de façon impromptue mais rien de grave, Lisbonne resplendit sous le soleil et il a trouvé un ravissant bracelet (et pas cher du tout) pour Lulu sa femme chérie. Il décide de lui faire une surprise pour fêter leur anniversaire de mariage et il rentre chez lui plus tôt que prévu...pour trouver Ludovina dans les bras du jeune Machado.
    Godofredo fait preuve d’une autorité sans faille, renvoie sa femme chez son père et décide de laver l’affront dans le sang.
    Mais...il est peut être bon de réfléchir avant de prendre des décisions aussi risquées....Le Drame romantique tourne à la farce.

    Le roman se situe à la fin du XIXe siècle dans la bourgeoisie aisée et Eça de Queiroz s’en donne à coeur joie pour fustiger la bêtise, la lâcheté, l’hypocrisie d’une bourgeoisie très attachée aux conventions.
    Traitées avec un humour féroce les péripéties du roman sont drôles et les quelques pages des réflexions du pauvre Godofredo sur l’opportunité de se battre, du choix de l’arme, ou d’une solution moins risquée, sont savoureuses.
    Ce roman publié après la mort de l’écrivain n’est pas le plus connu ni le plus important mais il permet d’entrer dans l’oeuvre du grand romancier portugais de façon plaisante.
    Grand amoureux de la France il dit « Mes romans sont français comme moi en presque tout, sauf un fond sincère de tristesse lyrique, un goût dépravé pour le fado et le juste amour de la morue. » mais à la condamnation de Dreyfus il avouait avoir perdu son « vieil amour latin pour la France ».

     

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    Lisbonne aujourd'hui

     

     

  • Surveillance - Jonathan Raban

    Surveillance - Jonathan Raban - Traduit par Antoine Cazé - Editions Christian Bourgois - 2009

    surveillance.gifJe  connaissais Jonathan Raban pour ses livres de voyage dans les USA en particulier un Old Man River très sympathique. Là il a fait le choix de la fiction totale.
    Seattle après le 11 septembre, le gouvernement plus bushien que Bush, a mis en place une surveillance très rapprochée des individus. Il met en scène de pseudo attentats terroristes avec figurants ensanglantés, fumées sur la ville pour sensibiliser la population et plus sûrement la maintenir dans un état de peur permanente.
    Cette surveillance inquiète un peu Lucy mais la rassure également, n’est ce pas là le but rechercher ?
    Lucy est journaliste, spécialiste des portraits de célébrités, après Bill Gates elle doit s’atteler à August Vanags écrivain imbuvable qui vit caché dans une île et qui semble ne pas avoir dit toute la vérité sur sa vie.
    Lucy a pour voisin son meilleur ami, Tad, séropositif, qui sert de père à Alida la fille de Lucy. Tad lui est totalement parano sur le sujet, il passe son temps sur internet pour alerter la population et est persuader de vivre déjà dans un état policier et fasciste.
    Alida a onze ans et adore Anne Franck et les maths, et avec ses copines fournissent force beignets à Finn l’as de l’informatique pour qu’il leur concocte des sites internet super branchés.
    Enfin il y a le propriétaire de l’immeuble, monsieur Lee, immigré mais que ça ne gênerait pas de flanquer à la mer tous les SDF qui polluent le quartier.
    la vie des autres.jpgQui a peur de qui ? qui surveille qui ? qui dit la vérité ? qui cache quelque chose de sa vie ?
    Le roman démonte les mécanismes de repli, d’agressivité, de mensonges que la peur engendre. Les uns comme Vanags pensent que tout est permis pour se défendre d’éventuels terroristes, Lucy est prête à accepter l’inacceptable pour protéger sa fille.
    Mais dans la vie réelle comme dans les scènes d’attentat organisées, les faits ne sont peut être pas ce qu’ils paraissent.
    Un bon roman qui sans y toucher déclenche une sensation de malaise et qui pousse à s’interroger, ce n'est pas 1984 ou  Le meilleur des mondes mais c'est pas mal du tout

    En le lisant j'ai pensé au film "la vie des autres" qui m'avait terrifié.

     

    L'auteur
    Critique, romancier, essayiste, Jonathan Raban a écrit de nombreux récits de voyage il est le seul écrivain-voyageur à avoir obtenu deux fois le prix Thomas Cook Travel Book. Surveillance est son 3ème roman. Il vit à Seattle.