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Qu’est donc lire un poème ? c’est voir danser ma voix pour entendre tes yeux chanter avant les mots en miettes d’autrefois, dans nos lettres muettes Claude Vigée - Mon heure sur la terre - Galaade Editions
je mets ma vie en jeu je mets ma nuit en feu réclamant sans répit ce qui laisse sans voix un grand vent étoilé qui secoue les vertèbres je le reconnais bien c’est l’infini parlant Zéno Bianu - Extrait de Scantate Zao Wou ki
Et pour occupation ceci : Ouvrir bien grandes mes étroites mains Pour ramasser le paradis Emily Dickinson Fresque de Stabies-Musée archéologique de Naples
Ce là-bas Ce chant c’est l’aube Cet envol de ramiers Cet horizon comme un jardin Qui repose dans la lumière Et les aromates Anne Perrier - La voie nomade - Editions La Dogana Pierre Bonnard - La Côte d'Azur
Survivre au désir Porter la soif Plus loin que l’oasis François Cheng - Double chant - Edition Encre Marine Shitao - Conversation avec la montage -Musée de Shangai
L’attente du soir - Tatiana Arfel - Editions José Corti
Les Editions Corti découvreurs de talents, nous propose Tatiana Arfel Un récit à trois voix, à trois personnages. Chaque personnage détient sa propre voix, évolue dans son monde et lit sa partition. Il y a Giacomo, directeur du cirque du même nom, clown blanc qui dresse des caniches et fait naître des symphonies parfumées. Né dans une roulotte, sa vie c’est le chapiteau et ses couleurs. « ..mon premier souvenir, celui du monde clos, se prolongeait à l’infini dans cette communauté d’hommes et de femmes qui, chaque jour, tendaient à redonner un peu de couleurs à notre monde si fade et si hurlant à la fois. » Giacomo est fataliste, il sait que Le Sort le rattrapera, Le Sortqui apporte le malheur «...le sort rejoindrait toujours nos caravanes pourtant mobiles et capricieuses pour se servir en chair fraîche et en larmes qu’il affectionne beaucoup. »
Il y a Melle B. Jamais le regard de sa mère ne l’a caressée, jamais les bras d’un père ne se sont fermés sur elle. Elle avance dans la vie invisible, transparente, absente « Mon corps (...) était sans nerf, mes yeux sans regard et mon coeur sans émoi. » La folie rôde « Je me couchai, en proie à des fusées d’idées qui rendaient la peau de mon crâne de plus en plus transparente » Elle récite des tables de multiplication lorsqu’elle est en proie à l’angoisse. Et puis elle a « un trou dans la poitrine » quelque chose lui manque qui lui a été enlevé.
Et il y a le Môme. Enfant abandonné à lui-même, il découvre le monde par le brillant du soleil et le froid de la boue du terrain vague où il vit. Il découvre les goûts par « le jus blanc » de l’herbe dévorée, le piquant et l’âcre des aliments trouvés dans les poubelles, les odeurs des flaques d’eau et de la terre gelée. La seule chaleur reçue est celle d’un chienqui devient son lien avec le monde, mais ce lien va se rompre et il connait la douleur « Il y a de l’étranger dans son coeur. Ça fait mal, mais pas de froid ou de faim. Ça brûle et ça pique mais on ne peut pas l’arrêter en mangeant ou en dormant. Ça vient du dedans, il n’y a rien a faire ». Mais le monde va venir au môme par les couleurs, va s’éclairer et s’élargir par les couleurs, le bleu des sacs poubelle, le rouge d’un vieux tapis,« le jaune et l’espoir ». Les couleurs remplacent les mots et deviennent langage.
Trois univers que tissent Tatiana Arfel, la parole est donnée à ceux qui ne peuvent parler en mots ou dont les paroles ne sont jamais entendues. De son travail en psychiatrie elle a rapportée la connaissance de l’autre et de sa souffrance, des possibilités infinies de l’être humain, de l’importance des mots mais aussi d’autres langages. La première partie du roman s’intitule « Un plus un plus un », puis dans une seconde partie se révèle la possiblité de compter pour quelqu’un « deux plus un » de n’être plus seul ou de l’être moins. Le récit est ponctué par les étapes du cirque, par le temps qui passe pour les trois personnages qui marchent les uns vers les autres pour être enfin « quelqu’un pour quelqu’un.»
C’est un roman foisonnant d’une imagination très riche, pleine d’odeurs et de couleurs. J’ai été prise par ce texte d’une grande force et d’une très grande humanité.
Un premier roman pour lequel je vous invite à faire une place dans votre bibliothèque
La reine des lectrices - Alan Bennett - Traduit par Pierre Ménard - Editions Denoël
Un roman où il s’agit de la Reineavec un R majuscule, celle d’Angleterre, qui au grand dam de son entourage et de son premier ministre, se met à oublier les devoirs de sa charge au profit de quoi je vous le demande ? au profit des livres. Mais comment une telle chose a-t-elle pu arriver ?
Comme chaque semaine le bibliobus vient apporter la culture aux sujets et serviteurs de sa Majesté, pénétrant pour la première fois dans cette bibliothèque ambulante à la poursuite de ses chiens, la Reine se fait un devoir d’emprunter un livre (elle a décorer l’auteur alors..) puis de le rendre et ....d’en emprunter un second, cela doit vous rappeler quelque chose....de fil en aiguille et de livre en livre voilà sa Majesté complètement accro.
Elle qui n'a jamais lu que des discours et autres textes obligatoires est parfois en état de manque quand elle oublie son livre sur la banquette du carosse.......Sa vie est totalement bouleversée, elle découvre le bonheur de lire et regrette le temps perdu.
Elle dévore, prend des notes, et non contente de se faire plaisir, elle impose à son entourage des interrogatoires sur leurs lectures. Le protocole est chamboulé, la Reine en oublie ses royales obligations, la monarchie est en danger...
Si vous voulez savoir comment la lecture change la vie de son Auguste Majesté et la nôtre pauvres lecteurs, si vous voulez vous interroger sur l’aspect subversif et libérateur de la lecture d’une façon légère et très « british » allez y lisez ce bouquin. C'est drôle, enlevé, impertinent, léger, une petite gâterie à se faire avec une cup of tea of course .....Je n’ai pas boudé mon plaisir
Le Discours sur la tombe de l’idiot - Julie Mazzieri - Edtions José Corti
« En plein jour. Ils l’ont jeté dans un puits de l’autre côté du village. Ils l’ont pris par les jambes et l’ont fait basculer comme une poche de blé. En comptant un, deux, trois. Le maire et son adjoint. »
Ce sont les premières lignes de ce premier roman. Ils étaient deux, deux pour débarrasser le village de l’idiot. Celui qui pissait sur la porte de la mairie, qui bavait et crachait, qui se couchait sur son ombre et qui n’avait pas de nombril. Chronique de village, chronique de la bêtiseet de la haine ordinaire, de la peur de ce que l’on ne comprend pas. Un meurtre a été commis mais la vie continue mais pour l’un des coupables la culpabilité arrive, tenace et envahissante.
Le village s’interroge, les bruits se répandent, la rumeur comme un cancer va envahir le village, l’idiot a disparu juste quand arrive dans la ferme des Fouquet un nouvel ouvrier agricole, justement... Et puis il y a ce corps que l’on trouve au fond d’un fossé, c’est l’ouvrier, c’est sûr...qui d’autre ? Ce bouc émissaire fait l’affaire du Maire.
Je vous laisse découvrir la suite de l’histoire, Julie Mazzieri sait dire la violence impulsive, la peur de l’étranger ou tout simplement de l’inconnu, elle s’abstient de tout jugement moral. Un vrai régal en cinq parties, avec des phrases courtes, sans aucun pathos, sans émotion apparente. Son écriture a le coupant de la faux, la dureté de la pierre Un récit concentré, très maîtrisé. J’ai pensé à Giono à plusieurs moments de ma lecture et bien sûr à Raskolnikov pour le remord et la culpabilité. Une jeune femme qui promet. Une réussite.
Faite une place à ce livre dans votre bibliothèque.
L’auteur
Julie Mazzieri est née au Québec en 1975. Docteur ès lettres, elle compte parmi ses publications, divers articles portant notamment sur l’écriture de la fin et la rhétorique de l’idiot dans les œuvres de Faulkner, Bernanos, Dostoïevski et Denis de Rougemont. Elle a enseigné la traduction à l’Université McGill (Canada) et travaille actuellement à la traduction française d’un inédit de Jane Bowles. Elle vit aujourd’hui en Corse.
Une chambre en Hollande - Pierre Bergounioux - Editions Verdier
Biographie restreinte mais biographie du philosophe Descartes, limitée à une période courte, celle où René Descartes souhaite faire imprimer ses écrits et pour cela choisit la Hollande.
L'auteur prend le lecteur par la main et brosse à grands traits fulgurants l'histoire de l'Europe, des cohortes de César à nos jours. C'est érudit, savant, et formidablement écrit. Comme devant les écrits brillants, sitôt lu l'envie vous assaille de reprendre du début, cette ahurissante contraction des faits m'a laissée abasourdie et admirative. Quelque part dans cette épopée apparaît René Descartes, Pierre Bergounioux nous le peint se promenant, son Discours de la méthode sous le bras, il convoque Bacon, Montaigne et Shakespeare. Il imagine René croisant Spinoza enfant dans les rues de Leyde. Pierre Bergounioux s'interroge : « On s'explique assez mal qu'un Français confie un manuscrit à un imprimeur hollandais, encore moins qu'il se soit établi aux Pays‑Bas depuis huit ans quand sa seule occupation ne consiste qu'à penser. Parce que rien n'est plus indifférent à celle-ci que l'endroit où l'on s'y adonne. »
Pourquoi Descartes homme d'épée qui a traîné ses guêtres dans toute l'Europe au service des princes et rois du moment, se retire ainsi du monde et pourquoi en Hollande. Peu à peu se dessine Descartes, ses exigences philosophiques, ses errances géographiques jusqu'à cette chambre où il écrit une nuit la Première Méditation. La situation politique de la France d'alors interdisant au philosophe d'écrire en toute quiétude, en toute liberté dans son pays, il a fait le choix de la Hollande de sa tolérance religieuse et de l'accalmie des batailles. Cet exil, ce retrait, vont permettre à la pensée de Descartes de s'épanouir et de donner des textes parmi les plus importants de la philosophie.
Lire Pierre Bergounioux est un plaisir exigeant et ce dernier livre ne déroge pas à la règle.
Pierre Bergounioux est né à Brive-La Gaillarde en 1949. Ancien élève de l'École Normale Supérieure, il enseigne le français en région parisienne. Marié et père de famille, il vit dans la vallée de Chevreuse. Passionné d'entomologie, il pratique également la sculpture. Portés par un style poétique remarquablement ciselé, ses livres entendent éclaircir la douloureuse question des origines et du déracinement, non seulement géographique mais ontologique
Le koala tueur et autes histoires du bush - Kenneth Cook - Traduit par Mireille Vignol - Editions Autrement
Un petit tour en Australie aujourd’hui, un pays pour lequel j’ai une attirance très forte depuis la lecture de Bill Bryson et de son récit de voyage chez « Nos voisins du dessous » plein d’humour et de bestioles peu recommandables.
Le titre des nouvelles de Kenneth Cook du coup m’a immédiatement attiré, le bush, les grands espaces et ..les bestioles. Je ne suis pas une fan des nouvelles mais là vraiment je ne regrette pas mon achat. 15 nouvelles tirées de faits réels, des faits tellement incongrus, incroyables, loufoques, horribles ou terrifiants, que vous aurez du mal à les croire.
Au gré des nouvelles vous découvrirez la faune australienne, ses koalas plus dangereux que prévu, ses serpents tueurs, ses aventuriers buveurs de bière, et bien sûr le redoutable, l’énorme crocodile. Le narrateur a vraiment le chic pour se retrouver dans des situations improbables, pas sportif ni aventurier pour un sous mais ne sachant rien refusé à ses amis, le voilà guettant les amours tonitruantes des crocodiles, plongeant dans des fonds sous-marins coralliens, visitant un peu longuement à son gré un puits de mine, où transformé en vétérinaire administrant un lavement à une éléphante.......
Vous l’aurez compris on ne s’ennuie pas une seconde j’ai retrouvé dans ces nouvelles la verve et l’humour de Gérald Durell et ses histoires familiales. Ce recueil a rencontré un énorme succès en Australie, Kenneth Cook sait se moquer gentiment des travers de ses amis et de lui-même.
Rires et dépaysement garantis. Si vous voulez connaitre l'avis de Bernard Poirette sur RTL écoutez
ajout du 7/0409 : une très bonne critique dans le Matricule des Anges d'avril 2009
Extrait
Nous avions traîné la barque à environ cinq mètres du rivage lorsque le crocodile chargea. C’était effectivement passionnant à observer. Il semble se propulser en l’air d’un bond sur ses pattes trapues et fila sur le sable comme un lézard. Je lâchai le bateau et saisis mon fusil. Roger lâcha le bateau et saisit son appareil photo.(....) J’imagine que l’assaut du reptile ne dura que quelques secondes, mais ce genre de secondes dure des heures, et j’étais conscient des clics de l’appareil photo de Roger et de l’empressement des griffes du crocodile sur le sable que même les tirs répétés du fusil n’arrivaient pas à couvrir. J’entendais la voix de Roger qui hurlait en boucle : - Stop ! Stop ! C’est une espèce protégée ! (...)
J’avais trois choix. Je pouvais tirer sur Roger pour l’écarter et dégager ma cible (solution la plus attrayante). Je pouvais assommer Roger d’un coup de crosse pour dégager ma cible (solution trop timorée, dans les circonstances). Je pouvais jeter le fusil et m’enfuir en criant (solution la plus probable). J’hésitai......................
Pour les amateurs retrouvez Gérald Durrell chez Cathulu et Bill Bryson chez Chaplum
L’auteur
Kenneth Cook (1929-1987) est un important écrivain australien. Les éditons Autrement ont publié trois de ses romans.