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A sauts et à gambades - Page 263

  • Une chambre en Hollande - Pierre Bergougnioux

    Une chambre en Hollande - Pierre Bergounioux - Editions Verdier

    une chambre.gifBiographie restreinte mais biographie du philosophe Descartes, limitée à une période courte, celle où René Descartes souhaite faire imprimer ses écrits et pour cela choisit la Hollande.

    L'auteur prend le lecteur par la main et brosse à grands traits fulgurants l'histoire de l'Europe, des cohortes de César à nos jours. C'est érudit, savant, et formidablement écrit. Comme devant les écrits brillants, sitôt lu l'envie vous assaille de reprendre du début, cette ahurissante contraction des faits m'a laissée abasourdie et admirative.
    Quelque part dans cette épopée apparaît René Descartes, Pierre Bergounioux nous le peint se promenant, son Discours de la méthode sous le bras, il convoque Bacon, Montaigne et Shakespeare. Il imagine René croisant Spinoza enfant dans les rues de Leyde.
    Pierre Bergounioux s'interroge :
    « On s'explique assez mal qu'un Français confie un manuscrit à un imprimeur hollandais, encore moins qu'il se soit établi aux Pays‑Bas depuis huit ans quand sa seule occupation ne consiste qu'à penser. Parce que rien n'est plus indifférent à celle-ci que l'endroit où l'on s'y adonne. »

    Pourquoi Descartes homme d'épée qui a traîné ses guêtres dans toute l'Europe au service des princes et rois du moment,  se retire ainsi du monde et pourquoi en Hollande.
    Peu à peu se dessine Descartes, ses exigences philosophiques,  ses errances géographiques jusqu'à cette chambre où il écrit une nuit la Première Méditation.
    La situation politique de la France d'alors interdisant au philosophe d'écrire en toute quiétude, en toute liberté dans son pays, il a fait le choix de la Hollande de sa tolérance religieuse et de l'accalmie des batailles.
    Cet exil, ce retrait, vont permettre à la pensée de Descartes de s'épanouir et de donner des textes parmi les plus importants de la philosophie.

    Lire Pierre Bergounioux est un plaisir exigeant et ce dernier livre ne déroge pas à la règle.

    Pour préparer votre lecture un article d'Anne Marie Koenig

    L'Auteur

    pbergounioux.gifPierre Bergounioux est né à Brive-La Gaillarde en 1949. Ancien élève de l'École Normale Supérieure, il enseigne le français en région parisienne. Marié et père de famille, il vit dans la vallée de Chevreuse. Passionné d'entomologie, il pratique également la sculpture.
    Portés par un style poétique remarquablement ciselé, ses livres entendent éclaircir la douloureuse question des origines et du déracinement, non seulement géographique mais ontologique

  • Le koala tueur et autres maléfices - Kenneth Cook

    Le koala tueur et autes histoires du bush - Kenneth Cook - Traduit par Mireille Vignol - Editions Autrement

    le koala tueur.gifUn petit tour en Australie aujourd’hui, un pays pour lequel j’ai une attirance très forte depuis la lecture de Bill Bryson et de son récit de voyage chez « Nos voisins du dessous » plein d’humour et de bestioles peu recommandables.

    Le titre des nouvelles de Kenneth Cook du coup m’a immédiatement attiré, le bush, les grands espaces et ..les bestioles. Je ne suis pas une fan des nouvelles mais là vraiment je ne regrette pas mon achat.
    15 nouvelles tirées de faits réels, des faits tellement incongrus, incroyables, loufoques, horribles ou terrifiants, que vous aurez du mal à les croire.

    Au gré des nouvelles vous découvrirez la faune australienne, ses koalas plus dangereux que prévu, ses serpents tueurs, ses aventuriers buveurs de bière, et bien sûr le redoutable, l’énorme crocodile.
    Le narrateur a vraiment le chic pour se retrouver dans des situations improbables, pas sportif ni aventurier pour un sous mais ne sachant rien refusé à ses amis, le voilà guettant les amours tonitruantes des crocodiles, plongeant dans des fonds sous-marins coralliens, visitant un peu longuement à son gré un puits de mine, où transformé en vétérinaire administrant un lavement à une éléphante.......

    Vous l’aurez compris on ne s’ennuie pas une seconde j’ai retrouvé dans ces nouvelles la verve et l’humour de Gérald Durell et ses histoires familiales. Ce recueil a rencontré un énorme succès en Australie, Kenneth Cook sait se moquer gentiment des travers de ses amis et de lui-même.

    Rires et dépaysement garantis. Si vous voulez connaitre l'avis de Bernard Poirette sur RTL écoutez
    podcast

    ajout du 7/0409 : une très bonne critique dans le Matricule des Anges d'avril 2009

    Extrait


    croco.jpgNous avions traîné la barque à environ cinq mètres du rivage lorsque le crocodile chargea.
    C’était effectivement passionnant à observer. Il semble se propulser en l’air d’un bond sur ses pattes trapues et fila sur le sable comme un lézard.
    Je lâchai le bateau et saisis mon fusil.
    Roger lâcha le bateau et saisit son appareil photo.(....)
    J’imagine que l’assaut du reptile ne dura que quelques secondes, mais ce genre de secondes dure des heures, et j’étais conscient des clics de l’appareil photo de Roger et de l’empressement des griffes du crocodile sur le sable que même les tirs répétés du fusil n’arrivaient pas à couvrir. J’entendais la voix de Roger qui hurlait en boucle :
    - Stop ! Stop ! C’est une espèce protégée ! (...)

    J’avais trois choix. Je pouvais tirer sur Roger pour l’écarter et dégager ma cible (solution la plus attrayante). Je pouvais assommer Roger d’un coup de crosse pour dégager ma cible (solution trop timorée, dans les circonstances). Je pouvais jeter le fusil et m’enfuir en criant (solution la plus probable).
    J’hésitai......................

    Pour les amateurs retrouvez Gérald Durrell chez Cathulu et Bill Bryson chez  Chaplum

     

    L’auteur

    Kenneth Cook (1929-1987) est un important écrivain australien.
    Les éditons Autrement ont publié trois de ses romans.

  • Les quais de la blanche

    Les quais de la blanche - Graham Hurley - Editions Folio policier

    quais de la blanche.gifDans ce 5ème épisode des enquêtes de Joe Faraday l'héroïne (pardon pour le mauvais jeu de mots) c'est la blanche, la poudre, la drogue, elle a pris possession de Portsmouth dite Pompey. Elle étend son pouvoir et avec elle telle la mort dans l’apocalypse, elle est suivie par la violence, la guerre des gangs, la corruption, le crime organisé.

    Cette sorte de gangrène porte un nom à Portsmouth : Bazza Mackenzie petit truand devenu grand grâce à la fée blanche. Comme tout gangster qui a réussi il se verrait bien devenir honnête....en façade du moins.
    Dans ce contexte les policiers sont découragés ou en colère, l’un deux, Nick Hayder, enquêtant sur une affaire dont il ne parle à personne subit une agression, après être passé plusieurs fois sous les roues d’un véhicule non identifié, il se retrouve en réanimation bien amoché.

    C’est là que nous retrouvons Faraday, toujours amateur d’ornithologie ce qui nous change des flics amoureux de la bouteille, Faraday va se voir confier la mission secrète de Nick, son ami, celle ci va le conduire dans là où circule l’argent de la drogue, là où on le blanchit,  pour traquer Bazza Mackenzie.

    Pièges et traquenards en tout genre attendent notre inspecteur vedette et parfois jusque dans sa famille. Son fils sourd muet participe avec la compagne de Faraday à la réalisation d’un film témoignage sur la drogue mais le junkie interviewer meurt d’overdose. Pourquoi se demande Faraday chercher des ennemis autour de soi quand on les a dans sa propre famille !!

    Sur fond de guerre d’Irak,  Graham Hurley nous offre un roman sombre et désespéré. La mécanique du récit est impeccable et la présence du fils apporte une touche d’humanité bienvenue dans cet enfer.

    Le billet d’ Actu du noir , pour ma part j’ai retrouvé Faraday avec grand plaisir.


    l’auteur

    HURLEY.jpg

     

    Graham Hurley, né en 1946 à Clacton-on-Sea, Essex, a vécu plus de vingt ans à Portsmouth, ancien arsenal de la Marine britannique.
    Auteur de plusieurs thrillers et réalisateur de documentaires pour la télévision anglaise, il se consacre désormais à la série de romans policiers "Joe Faraday".
    Graham Hurley  vit aujourd’hui dans le Devon. Il parle très bien français.

  • Julius Winsome - Gerard Donovan

     

    Julius Winsome - Gerard Donovan - Traduit par George-Michel Sarotte - Editions du Seuil

    julius winsome.gifAu coeur des forêts du Maine, où la nature est rude :
    « Novembre arrive dans le Maine du nord porté par un vent cinglant qui souffle du Canada. Il traverse sans entrave la forêt clairsemée, drape de neige les berges des rivières et les flancs des coteaux. Le lieu est solitaire, non seulement en automne et en hiver, mais d’un bout de l’année à l’autre. Le temps est gris et rude, les espaces sont vastes et désolés, et le vent du nord balaie tout sans pitié, vous arrachant même parfois certaines syllabes de la bouche ».

    Julius vit seul dans sa cabane, s’occupant à de petits boulots l’été, il passe l’hiver dans son fauteuil, une tasse de thé à la main et entouré des 3282 livres que son père lui a légué en même temps qu’un fusil datant de la 1ère guerre mondiale et qu’une haine pour la violence et l’usage des armes à feu.
    Les murs tapissés de livres l’entourent comme dans un cocon, l’isolant du monde, il vit au milieu de fantômes : son père décédé, les auteurs des livres, et même Claire la seule femme a avoir partagé sa vie mais qui l’a trahie pour retourner à la civilisation et à un autre homme.

    Seul partage sa solitude : Hobbes , non pas le philosophe ! mais son chien et lorsque ce dernier est abattu par un chasseur Julius envahi par la colère et la tristesse en proie à une haine féroce, va mettre ses talents de tireur au service de sa vengeance.


    « je n’attendais rien et rien n’est arrivé. Une épaisse couche de glace s’est glissée dans mon coeur. Je l’ai sentie s’installer, gripper les soupapes et apaiser le vent qui soufflait dans ma carcasse. je l’ai entendue se plaquer sur mes os, insérant du silence dans les endroits fragiles, dans tout ce qui était brisé. Mon coeur a alors connu la paix du froid ».

    Traquant ceux qu’il croit être responsable de la mort de son chien, obéissant à ses instincts les plus cruels, Julius glisse doucement dans la folie meurtrière.

    Roman superbe, hymne à la nature et à la littérature ( ah l’utilisation du vocabulaire shakespearien, je vous laisse découvrir cela ) la prose est âpre, grave et tendue, la poésie est partout jusque dans l’horreur. La montée en tension du récit est d’une grande efficacité.
    Je me suis régalée avec ce court roman,  signe qui ne trompe pas j’ai ralenti ma lecture.

     

    g donovan.jpg

    L’auteur
    Gerard Donovan est né en Irlande et a vécu en Allemagne et à New York. . Ses poèmes primés ont été largement publiés. Il enseigne l'anglais
    c’est son second roman le premier « Schopenhauer’s telescope  » n’étant pas encore traduit en français

  • Horace à la campagne - Xavier Patier

    Horace à la campagne - Xavier Patier - Editions les Belles Lettres

    horace campagne.gifHistoire et poésie au programme aujourd’hui Le siècle d’Auguste ....vous y êtes ? L ’assassinat de César par Brutus et ses acolytes ..et bien Horace ou en latin Quintus Horatius Flaccus était leur ami.
    Horace vous connaissez bien sûr  si je vous dis «  Carpe diem  »  ou encore « Pour vivre heureux vivons cachés » ou bien « Chassez le naturel il revient au galop  » et encore « La montagne accouche d’une souris » 
    Là vous y êtes ! c’est de lui que je veux parler aujourd’hui à travers un livre qui est une petite biographie et un exercice d’admiration.

    Notre héros est né à Venouse bourgade des Pouilles, il parlera peu de son enfance sauf brièvement dans le livre III des Odes :
    « J'étais encore enfant; jouant sur le Vultur, ce mont apulien, j'avais passé les limites de ma terre nourricière, l'Apulie, et de fatigue j'avais cédé au sommeil. Vinrent des oiseaux merveilleux, des colombes, qui me couvrirent de frais feuillage. On s'en étonna chez tous les habitants du nid d'Acherontie, des bois de Bantia, des plaines fertiles où est l'humble Forente : on admira que j'eusse pu dormir sans crainte et sans danger parmi les noires vipères et les ours ; que le saint laurier, que le myrte se fussent amoncelés sur moi, enfant hardi, et protégé des dieux. »

    Des commencements difficiles, son père est un esclave affranchi et l’esclavage à Rome (et partout d’ailleurs) est un enfer, le père sacrifie tout à l’éducation de son fils, et il ne lésine pas : études à Rome avec les meilleurs précepteurs, séjour à Athènes capitale intellectuelle de l’époque.

    Né pauvre Horace ne cachera jamais ses origines et aura toujours pour son père des mots de tendresse filiale.
    «  Dès mon enfance, mon père ne craignit pas de me transporter à Rome pour m’y faire donner l’instruction que ferait donner à ses enfants un chevalier, un sénateur. (..) Mon père lui-même gardien vigilant m’accompagnait partout chez les maîtres. (...) Il n’en mérite aujourd’hui que plus de louange et, de ma part, que plus de reconnaissance. Je ne saurais, si je ne perds le sens, rougir d’un tel père. »

    C’est à Athènes qu’Horace fait connaissance avec Brutus et ses amis et l’amitié va l’amener à la cause républicaine. Mais l’affaire tourne court, pour les fans d’histoire c’est la bataille de Philippes qui décide du sort de Brutus, et voilà notre Horace en grande difficulté :
    « Puis quand Philippes m'eut donné mon congé, que je me trouvai dépouillé de mon orgueilleux plumage, sans pénates, sans patrimoine, la misère m’enhardit, je me fis poète. » Brutus a perdu un fidèle, nous avons gagné un poète.

    Il croise le chemin de Virgile et devient son ami, Xavier Patier nous les présente bras dessus, bras dessous échangeant leurs vers.
    Devenu l’intime de Mécène homme riche et influent,  celui-ci lui procure les moyens d’écrire en lui offrant une villa et des terres : le domaine de Sabine. Mécène demeurera son protecteur toute sa vie. Une amitié qui a enrichi notre dictionnaire pour exprimer cette aide offerte à l’artiste.

    Horace publie ses premières oeuvres les « Satires » il a trente ans. Il devient célèbre, admiré, courtisé par Auguste qui voudrait en faire son secrétaire particulier, il garde sa liberté de ton, son indépendance et refusera l’offre d’Auguste. Retiré dans son domaine qu’il aime, il écrit.
    Son oeuvre se construit, après les Satires viennent les "Odes" et les "Epodes" puis les "Epîtres".

    horace.jpgDans toute son oeuvre Horace n’a cessé de chanter la campagne, le vin, l’amour de la vie et le fameux Carpe diem, les femmes. Il n’était pas beau , on le décrit petit gros et chauve, il eut pourtant un amour fou chanté dans son oeuvre : Lydie....qui le trahit... (Ode XXV).
    Horace reste un grand mélancolique comme tout épicurien qui se respecte en proie aux angoisses métaphysiques, la mort est très présente dans ses écrits.
    Il meurt à 57 ans et Auguste lui organisa des funérailles grandioses.

    Le style d’Horace, Xavier Patier le dit sobre, fonctionnel et magnifique : « Des mots courts plutôt que longs (..) et surtout un rythme. Non pas un halètement mais un écoulement, un choral de Bach. »


    Xavier Patier garde un souvenir ému de sa classe de latin et de son professeur, il en a conservé un goût pour les textes antiques et une prédilection pour Horace. Il sait nous la faire partager et nous rendre vivant ce poète mort depuis 2000 ans.
    L’essai est enlevé et même si je ne partage pas toujours les points de vue exprimés (en particulier le développement sur Horace et Jésus, très tiré par les cheveux) c’est une façon attrayante d’aborder le poète admiré de La Fontaine, de Nietsche et de beaucoup d’autres.

    J’avais lu un peu Horace il y a très longtemps et le livre de Xavier Patier m’a incité à y revenir et ce fut pour mon plus grand plaisir.......

  • In mémoriam - Stéphane Audeguy

     

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    In Memoriam - Stéphane Audeguy - Editions Le Promeneur Gallimard

    Je ne sais pas d’où me vient le goût pour les petits livres, peut être l’âge venant la taille et le poids du livre prennent une importance excessive.
    Longtemps les sagas à multiples personnages m’ont enchantée, les gros pavés avaient ma faveur, et telle « La Femme en train de lire » de Rembrandt je me colletais avec des volumes épais et lourds.

     

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    Les goûts en lecture changent comme le reste et chez moi ils vont vers le frêle, le léger, c’est un art difficile de retenir le lecteur avec peu de mots, certains s’y essaient et rendent coquille vide, d’autres au contraire enchantent, c’est le cas de Stéphane Audéguy.

    Petit volume donc dans la collection « Le Promeneur », l’auteur s’est adonné dans la joie j’espère à des recherches pointues et nombreuses (une centaine) pour savoir au détail près comment meurt les grands hommes et les autres.
    Des personnages célèbres et de parfaits inconnus  sont passés en revue. Savants, hommes politiques, écrivains, musiciens  tous y passent et non content de s’en prendre aux humains Stéphanie Audeguy s’occupe aussi de la gente canine.
    Parfois l’auteur triche un peu et nous n’assistons pas  à la mort mais à ses préparatifs ou à ses suites.

    Mort romantique qui tire des larmes ( Adrienne Lecouvreur) mort méritée mais difficile (Raspoutine) mort cannibale (Capitaine Cook)  mort bête ( Tennesse Williams) ou mort familiale ( Marvin Gaye).
    Deux exemples : Le cercueil de Flaubert  trop grand pour prendre place dans le trou réservé, ou bien le pied de nez du hasard faisant porter le cercueil de Wagner antisémite notoire par deux juifs.

    Vous l’aurez compris Stéphane Audeguy a fait un livre cocasse, drôle, parfois féroce ; de pierres tombales en cercueils de cérémonies en dernières paroles, d’épitaphes en dernier souffle, on se régale et on rit beaucoup.« C'est le livre le plus léger et le plus gai que j'ai lu depuis longtemps » dit Frédéric Ferney.