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Le voyage dans le passé

voyage dans le passé.gifLe Voyage dans le passé - Die Reise in die Vergangenheit - Stefan Zweig - Editions Grasset

Toujours un peu méfiante devant ces miraculeuses découvertes de textes jamais traduits, je me suis laissée attendrir parce que les mémoires de Stefan Zweig font partie de mes meilleures lectures de ces dernières années, je me suis laissée attendrir parce que la version allemande fait suite au texte français et que je savais du coup à qui l’offrir, j’ai placé ce livre sur une étagère et sa taille l’a fait disparaître temporairement au milieu d’autres volumes.

Un thème archi rebattu, lui est pauvre et trouve à s’employer chez son mari à elle, un amour naît entre eux mais c’est un amour impossible, malgré les sentiments réciproques le respect des convention est le plus fort.
Lui accepte un poste à l’étranger qui doit lui apporter réussite et fortune, les amants platoniques sont séparés par un océan puis par une guerre. Ils se retrouvent 9 ans après. Elle est veuve, lui est riche, marié.

Avouez que la trame du récit est très ténue....et pourtant le miracle a lieu....
Je viens de terminer ma lecture et je suis saisie par la beauté du texte, j’ai lu ce récit très lentement ce qui n’est pas mon habitude mais j’ai été tout de suite happée par la langue de Zweig, par ses phrases et ses mots simples  qui pourtant broient le coeur.

Louis jeune homme brillant mais très pauvre est engagé par le Conseiller G, il tombe éperdument amoureux de l’épouse de celui-ci, l’amour de cette femme efface la colère et même la haine du jeune homme envers les nantis, la bienveillance amoureuse lui apporte confiance. Grâce à sa générosité à elle et à son talent il réussit professionnellement, il réussit si bien que le Conseiller lui propose un poste d’avenir au Mexique.
L’amour restera chaste malgré la passion et les promesses de délices charnelles.
Nos deux héros séparés d’abord par la distance, le sont par les 4 ans de guerre. Louis oublieux de son amour poursuit sa vie, se marie, réussit, s’enrichit.
Neuf ans plus tard les anciens amoureux vont se revoir le temps d’un voyage en train, mais le temps à fait son oeuvre, l’amour à l’épreuve de l’exil et de l’absence n’a pas survécu, il s’est évanoui et il ne reste que l’ombre de l’amour avec une belle (même si elle n’est pas exacte) référence à Verlaine.

Tout le talent de Zweig est dans son art de la suggestion, en quelques phrases il nous dit tout de la passion amoureuse à travers les regards, les gestes. Par petites touches, c’est ciselé, de la véritable dentelle tant cela est léger et précieux.
On voudrait que le voyage en train ne finisse pas. On en oublie à quel point ce type de relation est aujourd’hui démodé tant on est ému par la justesse des sentiments, étreint par l’émotion.

On retrouve les thèmes chers à Zweig, la passion amoureuse contrariée, l’usure des sentiments. Le thème de la guerre qui détruit tout, folie des hommes et il place les retrouvailles dans une ville déjà tentée par le nazisme, préfigurant la barbarie à venir. Enfin le thème du monde perdu, du Monde d’hier, livre de Stefan Zweig que je préfère.

Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque.

L’auteur
Stefan Zweig.jpgNé à Vienne en 1881, issu de la bourgeoisie juive, Stefan Zweig est un des premiers grands écrivains-voyageurs.
Son goût du cosmopolitisme l'a conduit à sillonner les cinq continents et à fréquenter l'intelligentsia européenne.

Son œuvre est essentiellement constituée de nouvelles ainsi que de biographies (Montaigne, Marie-Antoinette…). Ses titres sont éloquents : La Confusion des sentiments, Brûlant Secret…

La montée du nazisme le pousse à l'exil, il s'installe au Brésil où il se suicide avec sa femme, en 1942.

 

Autres Critiques
chez Lilly, chez Happy Few et chez Emeraude et bien d’autres sans doute.

Commentaires

  • Ah oui j'ai vu ce livre sur les autres blogs. Mais j'ai un des deux tomes des intégrales de Zweig et j'ai encore beaucoup de textes à lire, alors ce ne serait pas raisonnable... (enfin, le suis-je parfois?)

  • Je compte lire ce livre d'ici peu de temps. (Quand j'aurai lu les livres que je viens d'acheter.)
    Joli billet qui me donne encore plus envie de l'acheter. :))
    (Je continue de découvrir ton blog.)

  • Votre compte-rendu de lecture est bien joli et m'aurait certainement conduit à me plonger dans le livre si je ne l'avais déjà fait. Je ne suis nullement un spécialiste de Zweig et j'aurais aimé que vous me donniez votre avis : était-il aussi orgueilleux qu'on le dit ? Certains vont jusqu'à prétendre que c'est d'avoir été oublié bien davantage que d'avoir craint l'éffondrement de la civilisation qu'il se serait décidé à mourir, entraînant sa femme dans sa démarche. Qu'en pensez-vous ?
    J'ai moi-même rédigé une petite note de lecture sur Le voyage dans le passé. Ici : http://jeanjadin.blogspot.com/2008/11/note-de-lecture-stefan-zweig.html
    Cordialement.

  • Je ne sais pas si je suis qualifiée pour donner un tel avis, j'ai lu la plupart des livres de stefan Zweig mais surtout ses journaux et sa correspondance, je n'ai pas l'impression d'un homme particulièrement orgueilleux, conscient de sa valeur certes mais sans plus, ses mémoires sont magnifiques si vous ne les avez pas lu " le monde d'hier souvenirs d'un européen", par ailleurs son suicide relève d'une horreur absolue de la guerre et du nazisme, il avait accompagné Freud dans ses derniers jours à Londres avant de s'exiler au Brésil. A la lecture des biographies on ressent l'effondrement d'un homme devant la mort d'un idéal de civilisation
    Votre message me permet de faire connaissance avec votre blog et c'est bien interessant merci de votre passage

  • C'est finalement ce voyage en train qui reste dans mon esprit. Il est rendu magnifiquement dans ce livre sans trace jamais de démonstrativité. L'éphémère, les retrouvailles, les départs, tout y est.
    Je prends votre conseil de lecture des mémoires de Zweig que je n'ai pas encore. Merci !

  • Je ne l'ai pas encore lu, mais ne manquerai pas de le faire.

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