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A sauts et à gambades - Page 254

  • Le Touriste - Olen Steinhauer

    Le Touriste - Olen Steinhauer - Traduit de l’anglais par W O Desmond - Editions Liana Levi
    touriste.gifEn ces temps de vacances un titre pareil prête à confusion, car si comme moi vous n’êtes pas versé en langue d’espionnage vous ignorez qu’un touriste est un agent secret, sans attaches, avec une identité fluctuante mais qui possède toujours une adresse secrète, plusieurs jeux de faux passeport et des armes de tous calibres et de tous genres planqués quelque part.
    Notre héros Milo Weaver a été un touriste mais aujourd’hui on dirait qu’il est rangé, il travaille à des missions plus ou moins légales pour la CIA et mène une vie apparemment sans histoire avec femme et enfant.
    Appelé à enquêter sur une vieille amie « touriste » , il va replonger dans le chaos, retourner sur le terrain et essayer de déjouer tous les pièges.

    Là on est pris d’un tournis vertigineux, Milo prend l’avion comme vous le métro, connaît tous les aéroports, on passe de Paris à Francfort, pour se retrouver un quart de page plus loin à New York.
    Ouf jamais le temps de poser nos valises, il est exclu d’oublier sa brosse à dent quelque part, on suit Milo à une vitesse supersonique, il passe toute les deux pages à côté de la mort, de temps en temps on rate même une marche et l’on relit un paragraphe pour être sûre de n’avoir rien raté !
    Quelques scènes intimistes en famille pour souffler un peu et la galopade reprend.
    Les règles ou plutôt l’absence de règles de l’espionnage font de ce roman un très bon moment de lecture, c’est rocambolesque, incroyable, mais une petite musique se fait entendre qui dit : «  et si c’était vrai ? » Un sympathique roman d’été au rythme trépidant, le style est aussi un peu à l’emporte pièce mais on n’en veut pas une seconde à l’auteur. Laissez vous faire et ajoutez le dans vos bagages.

    clooney.jpgAh j’oubliais pour vous allécher un peu plus : le beau George Clooney a acheté les droits pour le cinéma...
    George en Milo Weaver je vote pour !!

  • J'ai un arbre dans ma pirogue - Rodney Saint-Eloi

    J’ai un arbre dans ma pirogue - Rodney Saint-Eloi - Editions Mémoire d’encrier
    Ce recueil de poèmes m’attendait sur le stand du Canada au salon du livre de Paris. La rencontre avec l’auteur fut un moment de plaisir partagé autour de la poésie.
    Ces textes et poèmes disent la souffrance de l’exil, l’amour d’une terre perdue mais célèbrent aussi la vie et l’amour.

    haiti 1.jpgPourquoi écrire ce poème, ce dit testamentaire ? Peut-être pour revisiter les bris-îles, célébrer la vie, ses excès, sa musique, marquer les périmètres de sang et de deuil,
    interpeller les dieux, les rues de l’enfance, traverser les clôtures du village.

    Peinture Mabel Alvarez

     

     

     

    Les mots disent toute la souffrance d’un peuple « nous avons compté un à un les fusils » «  la guerre a chassé le printemps » pourtant reste les couleurs de la vie et de l’amour

    haiti 3.jpg

    Légende et fleurs de l’enfance
    Jardin et sentiers ombrageux
    Coquelicot, oeillet, lys pivoine, marguerite
    recensement des leçons de choses
    tu contais les secrets de l’amaryllis aux trois trompettes
    qui balayaient les aurores
    les couleurs avaient la complicité du ciel

     

    Tableau de Vicsama

     

    haiti 2.jpg

    Nous avons gardé intacte
    la clarté des chemins fleuris
    la chaleur des manguiers
    comme le premier été du prisonnier
    Nos baisers ont effacé les étangs de sang
    ô sang qui baigne les rues de l’enfance

    Tableau de Vicsama

     

    L'auteur
    SaintEloi_3.jpg

    Né à Haïti Rodney Saint-Eloi est écrivain et éditeur.

    Il a fondé "Maison d'encrier" et habite Montréal, partage son temps entre écriture, édition et voyages.

  • Un don - Toni Morrison

    un don.gifAux origines de l’Amérique à la fin du XVIIème siècle, une Amérique en formation avant qu’elle devienne Etats-Unis. Toni Morrison dresse une vaste fresque d’un temps où le Maryland et la Virginie se peuplaient de colons puritains venus d’Europe, où les indiens ne sont pas encore exterminés, où les hommes étaient esclaves, attachés à un maître, pour des années ou pour toujours sans que la couleur de leur peau fasse une différence.
    Mais pour beaucoup de ses hommes et femmes la vie est trop dure, trop injuste et lorsqu’ils lancent un mouvement de révolte contre les grands propriétaires " la révolte de Bacon ", pour rétablir l’ordre, de nouvelles lois feront irruption pour protéger le Blanc, les Noirs se voient interdire les réunions, les déplacements et le port d'arme. Un Blanc est autorisé à tuer un Noir pour n'importe quelle raison, il se voit offrir un pouvoir sur l’homme noir. La ségrégation est née.

    Le Don c’est le destin de quatre femmes vivant à cette époque. Des femmes vulnérables qui subissent la violence des hommes, les douleurs de l’enfantement, les coups du sort sans jamais se plaindre ou désespérer, car  "Etre femme ici c’est être une blessure ouverte qui ne peut guérir”
    C’est l’histoire de Florens esclave noire de 15 ans, donnée enfant en échange d’une dette et qui part seule sur les routes pour rapporter le médicament qui guérira Rebekka de la variole.
    Rebekka c’est la femme de Jacob le propriétaire du domaine où elle vit, elle est venue d’Angleterre, elle a enterré quatre enfants et aujourd’hui elle est veuve car Jacob a succombé à la maladie.
    Sur le domaine il y a aussi Lina, l’Indienne rescapée d’un massacre recueillie puis repoussée par une communauté presbytérienne, il y a  Sorrow fille perdue rescapée d’un naufrage, il y a Willard et Scully, deux esclaves blancs qui paient de leur travail une dette contractée par leur famille, enfin il y a le forgeron, l’homme libre qui a séduit Florens et qui détient le pouvoir de guérir Rebekka
    Chaque personnage est une voix de ce roman polyphonique, chacun présente une facette de la réalité éclatée en mille fragments.
    Chaque personnage incarne une façon d’être esclave, un aspect de cette servitude.

    Le Don est un chant douloureux, poétique, sensuel et furieux. Toni Morrison laisse le lecteur débrouiller l’écheveau emmêlé des vies de ses personnages, elle ne donne aucun repère de temps ou de lieu, comme les héroïnes, le lecteur doit tracer son chemin et parfois se perdre dans le récit. La langue envoûtante de Toni Morrison restitue la violence, l’injustice, mais aussi l’extraordinaire vitalité de cette Amérique en train de se faire.

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque

    Un don - Toni Morrison - Traduit de l’Américain par Anne Wicke - Editions Christian Bourgois


  • Une mort esthétique

    une mort esthétique.gifUne mort esthétique - P.D James - Traduit par Odile Demange - Editions Fayard Noir
    Adam Dalgliesh malgré des années passées au service de PD James, est toujours fringant et plus jeune que jamais, sans doute un avantage de la littérature !
    Ce nouvel opus de la plus british des auteurs de polar est de bonne facture même si ce n’est pas la meilleure de ses enquêtes.
    Rhoda Gradwyn, journaliste d’investigation qui s’est fait de nombreux ennemis en raison d’une plume trempée dans le vitriol, est dans la salle d’attente d’un chirurgien plasticien célèbre pour faire disparaître de son visage une vilaine cicatrice.
    Le docteur Chandler-Powell lui propose de l’opérer dans son château transformé en clinique haut de gamme. Intervention délicate certes mais des soins prévenants sont promis et un séjour dans l’un des plus beau manoir du Dorset.
    Pourtant lorsqu’elle est retrouvée étranglée dans son lit, alors que l’opération a été un succès, chacun devine que ce sont des suites opératoires tout à fait anormales.
    Voilà Adam Dalgliesh et ses deux fidèles lieutenants, Kate Miskin et Francis Benton, à l’oeuvre. Tout les membres de l’équipe médicale seront suspectés, mais d’autres personnes pouvaient souhaiter la disparition de Rhoda.
    Les péripéties ne manquent pas mais ce qui fait la marque de PD James c’est son habileté à peindre des personnages, à créer une atmosphère.
    Elle détient l’art de nous faire interroger sur les destins de ses personnages et sur les limites parfois subtiles entre innocence et culpabilité.

    Retrouver PD James est toujours un plaisir, son style est élégant, elle a l’art de vous mettre en condition, et même si je plaisante sur l’âge de Dalgliesh je suis toujours ravie de le retrouver. Elle aime les lieux pittoresques et celui de Cheverell Manor et ses pierres hantées par une sorcière de déroge pas à la règle. Préparez vous une bonne tasse de thé, quelques sandwiches aux anchois et en avant.


    PDJames.jpgPour vous mettre en appétit et sans trahir le suspens, le premier paragraphe de livre :
    « Le 21 novembre, jour de ses quarante-sept ans, trois semaines et deux jours avant son assassinat, Rhoda Gradwyn se rendit à son premier rendez-vous avec son spécialiste de chirurgie esthétique. Ce fut là, dans un cabinet médical de Harley Street destiné, semblait-il, à inspirer confiance et à dissiper toute appréhension, qu’elle prit la décision qui allait inexorablement conduire à sa mort. »

  • Uruguay - Jules Supervielle

    Uruguay - Jules Supervielle - Editions des Equateurs
    uruguay.gifUn petit livre qui nous raconte les souvenirs d’enfance du poète et son amour pour son pays d’origine.
    J’ignorais avant cette lecture que Jules Supervielle était né en Amérique du Sud et que sa vie durant il fit l’aller retour entre la France et l’Uruguay. Son premier séjour en France est marqué par la mort de ses deux parents, il a quelques mois et sera élevé par un oncle fondateur d’une banque en Uruguay. Il fera ses études en France mais se mariera en Uruguay et y passera le temps de la guerre ne revenant en France qu’en 1946.

    Ces souvenirs sont chargés d’émotion et de poésie « Une phrase, une journée, toute la vie, n’est-ce pas la même chose pour qui est né sous les signes jumeaux du voyage et de la mort »
    Il évoque la douceur du climat « Le ciel pur ! Sentez-vous cette caresse sans vent sur vos visages ? Ce doit être l’automne uruguayen » le Montevideo de son enfance « Montevideo est belle et luisante. Les maisons peintes de couleurs claires, rose tendre, bleu tendre, vert tendre. Et le soleil monte sur les trottoirs  » il n’a pas oublié la mer si présente «  Dès qu’on lève la tête, elle vous entre dans les yeux »

     

    montevideo.JPG

    Montevideo

    La vie dans l’estancia, les chevauchées sur les pistes de la pampa « C’est dans la campagne Uruguayenne que j’eus pour la première fois l’impression de toucher les choses du monde, et de courir derrière elles ! »

     

    le rio de la plata.jpg
    Le Rio de la Plata
     

    Ils se souvient de tous les animaux qui peuplaient la campagnes, ibis, tatou, iguane « Les bêtes vivaient et mouraient devant nous » Il se souvient d’une nuée de sauterelle une année de sécheresse, des gauchos farouches et rudes au travail.
    Mais « Uruguay, je sais bien que tu n’es pas seulement ce que je viens de dire, et toujours cum grano amoris »

    La préface de Marie Laure de Folin, sa petite fille trace un portrait touchant du poète devenu grand-père que ses petits enfants appellent Julio


    En savoir plus sur le site de Jean Michel Maulpoix

  • Instants de guerre - Laurie Lee

    Instants de guerre (1937 - 1938) - Laurie Lee - Traduit par Laurent Langlade - Editions Phébus Libretto
    instants de guerre.gifCe livre est le dernier d’une trilogie qui commence avec « Rosie ou le goût du cidre » des souvenirs d’enfance, se poursuit sur les routes d’Espagne « Un beau matin d’été » et se termine avec ces souvenirs de la  guerre d’Espagne d’un jeune anglais de vingt ans.
    Laurie Lee « gribouilleur de poésie », c’est lui qui le dit, reprend en 1937 la route de l’Espagne, la guerre civile tonne  et le jeune anglais idéaliste veux payer une dette contractée sur les chemins ibériques quand jeune et sans le sou, il trouva toujours le vivre, le couvert et la chaleur humaine auprès des habitants.

    C’est en « décembre 1937, que je traversai les Pyrénées, depuis la France : deux jours à pied, à affronter les tempêtes de neige. Je ne sais pourquoi je choisis le mois dd décembre ; ce n’est qu’une des nombreuses absurdité que je commis à l’époque. »
    Là il faut placer le petit couplet admiratif : quel courage que ce garçon qui vient se battre aux côtés des républicains !
    Seulement voilà, les républicains en question ne l’entendent pas de cette oreille et un anglais qui voyage avec un violon, instrument qui l'avait accompagné sur les routes, en plein mois de décembre, cela sent l’espion à plein nez.« Les miliciens nous escortèrent jusqu’à la place, devant la mairie délabrée, où pendait le drapeau républicain. J’allais enfin recevoir un accueil convenable pensai-je.(..) on vous a amené l’espion dirent les frères en me poussant en avant »
    Par chance il n’est pas immédiatement exécuté mais est sous haute surveillance, durant tout son séjour en Espagne la suspicion ne cessera jamais.
    On le fait rejoindre un groupe des Brigades Internationales, écossais, polonais, hollandais, toute l’Europe est là. Sans armes, sans munitions, mangeant au gré des trouvailles et bizarrement sans combattre mais invités à entendre le discours du chef du parti communiste britannique « Nous avions aussi chaque jour une faim de loup, aiguisée par le froid de l’hiver et l’oisiveté » « dans l’oisiveté froide de nos vies, tous accroupis dans nos ponchos, occuper à nettoyer sans fin nos fusils, nous songions aux cent mille hommes qui livraient bataille dans ces montagnes en nous interrogeant sur la véritable utilité de notre camp d’entrainement »

    Barcelone 1936 Centelles.jpgLaurie Lee va suivre les troupes républicaines au gré des combats, Albacete où il occupera à nouveau une cellule de condamné à mort, Tarazona, Madrid où on l’envoie pour participer à des émissions de radio à destination des USA, il y vivra ses premiers bombardements par l’aviation franquiste « le sentiment de vivre une expérience irréelle disparut quand débuta le bombardement.On perçut d’abord un grondement métallique lointain, affûté par l’atmosphère glaciale, un silence, comme un souffle retenu, puis un gémissement qui grandit soudain et le rugissement bref d’un bâtiment qui explose »

    Sa guerre d’Espagne va se terminer à Teruel, la ville prise par les républicains, est bombardée sans merci par les franquistes « je ne sus que plus tard que cette accélération impressionnante du bombardement marquait la fin de la bataille de Teruel. Renforcés par les blindés et les avions italiens, les troupes de Franco lançaient une contre-attaque sur la cité forteresse. »
    C’est l’heure de la retraite, les républicains avaient espérés que la prise de Teruel serait décisive pour l’issue de la guerre civile «  elle y apposa, au contraire, le sceau de la défaite »

    teruel.jpg

    Laurie Lee dans une confrontation violente et un corps à corps, se défend « chacun pour soi, à bout de souffle(...) j’avais tué un homme et ne pouvais pas oublier son regard attéré, débordant de colère »
    C’est la fin, les Brigades Internationales dissoutes, Laurie Lee est renvoyé à Londres «  Vous nous seriez plus utile là-bas. Après tout, vous ne servez pas à grand-chose ici. Vous pourriez écrire sur nous, composer des discours, peindre des affiches ou des choses comme ça... »

    Tout au long du récit Laurie Lee a une parole libre, sa plume est sensible et parfois déchirante,  il rend très fort la sensation de chaos, de folie, et dénonce les horreurs, les désolations et les absurdités de la guerre.

    Vous pouvez le retrouver sur les chemins d'Espagne chez D'un livre l'autre

    Les livres de Laurie Lee sont tous chez Phébus