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A sauts et à gambades - Page 251

  • Malgré les ruines et la mort - Sophia de Mello Breyner

    Malgré les ruines et la mort - Sophia de Mello Breyner - Traduit du portugais par Joaquim Vital - Editions de la Différence
    malgré les ruines et la mort.gifVoilà une anthologie magnifique de la poésie de Sophia de Mello Breyner. Son nom est peu connu en France où pourtant elle a obtenu le prestigieux prix "Max Jacob"
    L’antiquité parcours son oeuvre, son amour pour le Portugal, pour la Grèce dont elle chante la lumière et les îles. Elle dit avoir une relation privilégiée à "la mer, à la vague, à la roche, au vent, au soleil, à la lumière, au sable, à la terre, aux arbres "
    C’est une oeuvre pleine de lumière et de chaleur, d’un poète qui se met sous la protection d’Homère et de la Bible " Le plus beau poème est dans la Bible, c'est le Magnificat, parce que c'est un poème d'exultation et d'humilité et puis il marque l'alliance de l'homme avec l'Eternel"
    Certains des poèmes évoquent l’exil, le temps qui passe et la mort, le poète Pessoa " Ton chant si juste qui dédaigne les ombres" mais Sophie de Mello souhaite aussi une poésie heureuse " Je demande à la poésie aussi de la joie, elle aime les fleurs, la nuit, le rêve."


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    Poème d’amour d’Antoine et de Cléopâtre
    Par tes mains je mesurai le monde
    Et sur la balance pure de tes épaules
    Je pesai l’or du soleil et la pâleur de la lune

     

     

     

    Alors surgirent les îles lumineuses
    d’un bleu si pur et si violent
    Qu’il dépasse l’éclat du firmament
    Et en nous s’effacèrent la mémoire et le temps

     

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    Lusitanie
    Ceux qui tout droit avancent vers la mer
    Et - tel un couteau - aiguisé - en elle plongent
    La proue très noire de leurs bateaux
    Vivent de peu de pain et de clair de lune

     

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    Tableau de Mario Eloy ( Du bleu dans mes nuages)


    L’auteur
    SophiadeMelloBreynerpoetisaPortuguesa.jpgSophia de Mello Breyner est née en 1919 à Porto, dans une famille aristocratique.
    Elle a reçu le prestigieux prix Camões en 1999. Ses livres ont été traduits dans de nombreuses langues. Elle même avait traduit de nombreux auteurs en portugais, notamment Shakespeare, Dante et Paul Claudel.
    En France elle a reçu le prix Max Jacob de la poésie, prix rarement décerné à un poète de langue étrangère
    Engagée politiquement Sophia de Mello Breyner fut de tous les combats qui ont porté la démocratie au Portugal

    Lali est une passionnée de ce poète, vous trouverez chez elle les Vers de Sophia

    Un billet sur l'auteur chez Armando

  • Là haut tout est calme - Gerbrand Bakker

    Là haut tout est calme - Gerbrand Bakker - Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham - Editions Gallimard

    lahaut.gifNous sommes dans le Waterland, un plat pays de tourbières au nord de la Hollande. Helmer van Wonderen est un agriculteur de 55 ans, pas encore l’âge de la retraite mais atteint par une grande lassitude, il travaille sur son exploitation depuis ses vingt ans, trente-cinq ans sans vacances, sans sorties, sans amour.
    Les seules visites qu’il reçoit sont celles du ramasseur de lait, du marchand de bestiaux.

    La vie s’est arrêtée pour lui un jour de 1967 à la mort de son frère jumeau Henk. Helmer a abandonné ses études de littérature et a pris la place de son frère, depuis il travaille  sans relâche " la tête sous les vaches". Ce jumeau l’accompagne toujours, il n’a jamais oublié le temps béni de l'enfance « Nous étions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps. »
    Il a vécu une vie par procuration, il a vécu la vie de quelqu’un d’autre, il s’est résigné, il a rangé ses livres et plus jamais n’a soulevé le couvercle du passé.

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    Waterland, Holland  © Peter Bongers

    Un matin, sans raison, sans signes prémonitoires, Helmer va décider de changer, changer son père grabataire d’étage en l’installant "là haut" changer la couleur des murs, changer ses meubles. Une lettre reçue de l’ancienne fiancée de Henk vient réveiller les sentiments enfouis, la venue sur l’exploitation d’un autre Henk va faire resurgir le passé, les souvenirs mis sous le boisseau.Helmer va tenter de reprendre la direction de sa vie.

    J'ai beaucoup aimé cee roman qui nous fait vivre sous la protection des peintres hollandais, les canaux, le patinage sur les lacs gelés, les pâturages, les nuages à l’infini, la lumière qui baigne tout mais le calme du paysage ne peut masquer la haine longtemps retenue, le refoulement, la solitude écrasante. Helmer va tenter de casser son isolement, de combler les manques et les désirs inassouvis. A travers lui Gerbrand Bakker nous dit qu’il n’est jamais trop tard pour changer, pour aimer, pour vivre tout simplement.
    Dans vos lectures de l'automne faites une place à ce livre.

    Là haut tout est calme - Gerbrand Bakker - Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham - Editions Gallimard

  • Terres de promesse - Joseph Pearce

    Terres de promesse - Joseph Pearce - Traduit du néerlandais par Guy Rooryck - Editions Actes Sud
    terresdepromesse.gifL'élimination des juifs d'Europe reste l’événement le plus important et le plus tragique du XX ème siècle.
    Alors que la communauté juive influençait la vie sociale, économique et culturelle de l’Europe et tout particulièrement de l’Europe centrale, leur disparition, outre qu’elle a appauvri à jamais la vie des idées, la vie scientifique, a provoquée une nouvelle diaspora qui pèse encore aujourd’hui sur les survivants et leurs familles.

    Jusqu’à quatorze ans Joseph Pearce ignora que son père Vernon Pearce, s’appelait en réalité Werner Peritz, était juif allemand et né à Breslau (l’actuelle Worclaw).
    Son père mis à l’abri en Angleterre par sa famille en 1938, comme beaucoup d’autres enfants, avait pris la nationalité anglaise, il avait épousé une jeune femme d’origine Flamande et s’était convertit au catholicisme.
    Joseph Pearce devenu journaliste va un jour partir à la recherche de sa famille dispersée.
    Ses grand-parents, oncles, tantes, cousins vivent ou ont vécu aux quatre coins du monde, sa quête va le mener de Bolivie en Israël, d’Australie en Angleterre et enfin aux Etats-Unis. Sa grand-mère paternelle Else Durra s’est suicidé en 1951 et Joseph Pearce veut comprendre pourquoi.

    Il se rend avec son père en Pologne, Worclaw étant l’ancienne ville allemande de Breslau d’où est originaire pratiquement toute sa famille. Breslau qui abritait une communauté juive importante avant guerre, où les familles Peritz et Durra se sentaient parfaitement assimilées, Félix Peritz le grand-père s’était vu décoré de la Croix de guerre, les juifs allemands ne connaissaient pas les pogroms que subissaient juifs polonais ou russes.

     

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    Breslau en 1929

    La promulgation des lois anti-juives, la Nuit de Cristal en 1938 pendant laquelle les nazis ont détruit livres, magasins et synagogues, ont provoqué l’éclatement forcé, le déracinement et l’éparpillement d’une partie de la famille pour se soustraire à la barbarie nazie. D’autres n’ont pu quitter l’Allemagne.
    Il rencontre un à un ses oncles, ses cousins qui peu à peu éclairent l’histoire de la famille entière. Les témoignages des survivants ou descendants, les lettres échangées dont il prend connaissance, les photos retrouvées chez chacun, sont autant d’éclairages poignants qui permettent de comprendre la profonde culpabilité des survivants, la douleur des exilés, et font de ce document un livre universel.

     

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    Yad VaShem Holocaust Museum: Hall of Names, Photo by David Shankbone ©


    Publié une première fois en 1989 ce livre vient d’être réédité et va trouver place dans ma bibliothèque à côté des Emigrants de W G Sebald et des Disparus de D Mendelsohn

    L’auteur
    Né aux environs de Bruxelles en 1951, Joseph Pearce est critique littéraire et chroniqueur pour les deux grands quotidiens flamands De Morgen et De Standaard. Il est l’auteur de plusieurs romans dont Graines de pavot (Actes Sud, 2007)

  • La Bête humaine - Emile Zola

    La Bête humaine - Emile Zola - Lu par Eric Herson-Macarel - Editions Livraphone
    betehumaine.jpgIl faut d’abord que j’avoue : je n’aime pas beaucoup Zola, le seul roman que j’ai lu avec un vrai plaisir est  Au bonheur des dames pour les autres .....Oui je sais que certains sont des chefs d’oeuvre mais moi je n’accroche pas du tout.
    Voilà pourquoi j’ai décidé d’écouter ce roman et non de le lire, en espérant que la magie opère.
    Et bien oui ! je ne peux pas faire de comparaison avec le livre que je n’ai pas lu, mais la Bête humaine m’a réellement enthousiasmé, comme le meilleur des romans noirs.
    Quelques mots de l’histoire en essayant de ne pas déflorer le sujet.
    Jacques Lantier (le fils de Gervaise dans la saga des Rougon Macquart ) est mécanicien sur une locomotive « La Lison », c’est toute sa vie cette locomotive, mais Lantier est un homme tourmenté par des pulsions de meurtre et le roman nous raconte sa descente aux enfers lorsqu’il fait la connaissance de Séverine Roubaud.
    La lecture d’Eric Herson-Macarel restitue pleinement la noirceur du roman, la puissance des sentiments qui anime les personnages, la spirale du malheur qui va entraîner tous les protagonistes dans le drame.
    Je gardais un souvenir un peu confus du film de Jean Renoir, mais après l’écoute du roman je n’ai qu’une envie c’est le trouver en DVD et...lire Zola

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  • Little Bird - Craig Johnson

    Little Bird - Craig Johnson - Traduit de l’américain par Sophie Aslanides - Editions Gallmeister
    little_bird_couverture.jpgLes polars des éditions Gallmeister nous font parcourir les grandes étendues américaines et après le Montana, le Maine, nous voilà aujourd’hui dans les espaces sans fin du  Wyoming.

    Faisons connaissance avec le héros : Walt Longmire shérif de son état, plus tout jeune, un rien déprimé par la mort de sa femme 4 ans auparavant et par sa fille, jeune avocate qui lui bat froid.

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    Les plaines du Wyoming


    Sa déprime ne l’empêche pas de jouir de la nature, par contre ne comptez pas sur lui question tâches ménagères, sa maison est quasiment au stade des fondations  et même son ami de toujours, Henry Standing Bear, a du mal à le faire sortir de sa léthargie.
    Réveil un peu brutal le jour où le corps de Cody Pritchard est découvert, accident de chasse ou meurtre ?
    Voilà de quoi réveiller notre héros qui penche pour le meurtre et la vengeance, la victime ayant participé à un viol collectif sur  Little Bird une jeune fille handicapée mentale quelques années auparavant. Malgré les efforts de Walt Longmire les protagonistes n’avaient été condammés qu’à une peine honteusement minime.
    Il a peu de monde pour mener l’enquête mais son adjointe, brillante jeune femme égarée dans le Wyoming, a tôt fait de montrer que seul un fusil de longue portée a pu être utilisé et de faire la liste des personnes susceptibles de s’en servir efficacement.
    Tout désigne la communauté amérindienne, et son ami Henry en tout premier lieu oncle de la jeune Melissa, l’amitié lui dit que ce ne peut être lui, mais les preuves s’accumulent.

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    Little Big Horn


    Craig Johnson a jeté ses filets dès les premières pages et vous êtres pris dans les mailles, impossible de s’échapper, et puis de toutes façons vous n’avez qu’une envie c’est de vous laissez faire ...
    C’est ficelé à la manière américaine, solide, efficace. La tête vous tourne dans ces grands espaces, les tempêtes de neige vous gèlent les mains, vous vous levez à l’aube, vous ingurgitez bière et café à profusion.
    Préparez vous à parcourir les plaines du Wyoming où paissent encore les bisons et où l’on peut croiser les fantômes de la nation Cheyenne à Little Big Horn.
    On devrait retrouver le shérif Longmire dans d'autres aventures à paraître.

    L'auteur
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    Craig Johnson a exercé des métiers aussi divers qu’officier de police, professeur d’université, cow-boy, charpentier et pêcheur professionnel. Il est l’auteur de la série Walt Longmire, qui compte cinq titres à ce jour, et possède un ranch sur les contreforts des Bighorn Mountains, dans le Wyoming (source l'éditeur)

     

  • Pyramiden portrait d'une utopie abandonnée - Kjartan Fløgstad

    Pyramiden Portrait d’une utopie abandonnée - Kjartan Fløgstad - Traduit du néo-norvégien par Céline Roman-Monier - Editions Actes Sud
    pyramiden.gifEn 2000 j’ai fait une croisière non vers le soleil mais vers le nord, au-delà du cercle polaire, au Spitzberg mais dont le nom correct et norvégien est Svalbard. On embarque à Bergen et on remonte jusqu’à Ny-Ålesund la ville la plus au nord du monde qui se trouve à 800 petits kilomètres du Pôle Nord.
    Croisière où les gants et les parkas sont nécessaires en plein mois d’août, où les descentes à terre se font encadrées par des gardes armés en cas de rencontre avec un ours polaire et où vous pouvez apercevoir des morses sur la banquise.
    Une des escales m’avait impressionné à l’époque puisqu’elle avait lieu dans une ville russe abandonnée : Pyramiden, enclave Russe en Norvège, ancienne ville minière où la vie semblait s’être arrêtée et dégageait un sentiment d’abandon et de solitude presque effrayant.

    La lecture du livre de Kjartan Fløgstad était une façon de repartir en voyage au Svalbard et de comprendre mieux le destin de cette ville achetée par les russes au début du XXe siècle , peuplée par des hommes souvent originaires d’Ukraine, mineurs volontaires venus exploiter des mines de charbon au bout du monde.
    Fløgstad s’interroge sur le destin de cette ville qui a suivi celui du régime soviétique, projet russe ambitieux " Pyramiden est l'Utopie, poussée à l'extrême, dans l'extrême Nord, vidée de son contenu, figée dans le temps, par le froid arctique, par les conjectures économiques, par la guerre froide, par le capitalisme triomphant."
    En 1990 Pyramiden avait encore 2500 habitants et faisait la fierté du régime soviétique, en 1998 la ville se vide, les bâtiments sont abandonnés, les mines fermées et Pyramiden passe de ville minière à ville fantôme.

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    Kjartan Fløgstad nous fait faire la visite (photos à l’appui) et insiste sur la qualité des bâtiments et des installations, ce qu’il en reste aujourd’hui, le gymnase déserté, la bibliothèque, qui contenait plusieurs milliers de volumes, vidée et dévastée.
    Je garde pour ma part un souvenir très précis de la sensation d’irréalité sur la place de la ville où sont  encore érigés les symboles du communisme  "Partout à l’intérieur, Pyramiden à l’air d’avoir été frappée par une catastrophe naturelle"
    Pour l’auteur le destin de cette ville miniature repose sur la mine, et plusieurs chapitres passionnants sont consacrés à la symbolique qui s’y rattache, avec des incursions dans d’autres villes minières en Bolivie, en Pologne ou en Chine.
    L’auteur étend son analyse au folklore, à la littérature  "minière" de Zola à Orwell, et bien sûr Jules Verne et son  "voyage au centre de la terre" Moins littéraire et plus noir, Fløgstad fait référence aux  écrits de Kapuscinski sur Vorkouta dont le bassin de houille le plus riche du monde, fut l’un des camps le plus dur du Goulag.

    Sa réflexion épouse aussi le champs du social et du politique et il tente de comprendre comment est morte cette société créée de toutes pièces, qui vivait sous la menace permanente des accidents, il s’interroge sur la valeur du travail dont le mineur est le représentant quasi héroïque. Aujourd’hui se pose la question du devenir de cette cité fantôme, mais personne n’a l’air très pressé de trouver une réponse pas plus les Russes que la Norvège.

    C’est un voyage curieux et personnel que fait faire l'auteur de ce livre, de nombreuses photographies l’illustrent, elles sont de Marc de Gouvenain qui a accompagné l’auteur lors d’un voyage à Pyramiden.