Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

A sauts et à gambades - Page 249

  • Reines et favorites - Benedetta Craveri

    Reines et favorites - Benedetta Craveri - Traduit de l’italien par Eliane Deschamps-Pria - Editions Gallimard Folio
    reinesetfavorites.gifUn peu d’histoire cela vous tente ? Pietro Citati nous a offert de magnifiques portraits de femmes écrivains, Benedetta Craveri, elle, nous propose des portraits de reines et de favorites, celles qui parfois ont fait l’histoire.

    Une galerie de portraits, elles sont toutes là ( ou presque ) des reines de mauvaise réputation, des reines  qui ne régneront jamais dans le coeur du roi, des reines sacrifiées et d’autres qui exerceront le pouvoir.
    Portraits des favorites qui rêvent d’une couronne et parfois l’obtiendront, qui devront affronter le mari « royalement cocufié » qui se verront renvoyées sans autre forme de procès, qui cacheront leurs enfants et parfois y perdrons la tête au sens propre du terme !
    Je vous fais une petite liste mais vous les connaissez toutes : Anne d’Autriche, la Montespan et la Pompadour, Marie et Catherine de Médicis, Louise de La Vallière, Mme de Maintenon, sans oublier la Reine Margot et bien sûr Marie Antoinette.
    Pas facile pour ces femmes d’être mère, amante, de remplir leur devoir en donnant un héritier à la couronne, de mettre au monde des enfants bâtards, de vivre dans l’ombre d’une favorite ou chassée par la Reine à la première occasion.
    L’histoire est parfois sévère avec certaines, la Saint Barthélémy, l’affaire des poisons, les guerres avec l’Espagne, les reproches pleuvent mais comment ne pas être touché par celles qui perdent leurs enfants, sont humiliées publiquement, qui finissent au couvent ou sous la guillotine

    dubarry2.jpgMontespan.jpgmadame_de_pompadour.jpg

    Mme Du Barry              Mme de Montespan       Mme de Pompadour

    j’avais beaucoup aimé le livre de Benedetta Craveri  Madame du Deffand et son monde celui-ci n’a pas la même envergure mais j’ai eu du plaisir à remonter le fil du temps et à suivre les parcours de ces femmes prises dans le carcan de la raison d’ Etat et toujours maintenues dans une position inférieure. Sans doute ma fibre féministe qui parle !

    L’auteur
    benedettacraveri.jpg

    Benedetta Craveri est professeur d’université en Italie, spécialiste de la civilisation française du XVIIè et XVIIIè siècles.
    Elle a publié Madame du Deffand et son monde en 1986, livre pour lequel elle a reçu de nombreux prix.

     

  • Lark et Termite - Jayne Anne Phillips

    Lark et Termite - Jayne Anne Phillips - Traduit de l’américain par Marc Amfreville - Editions Christian Bourgois
    Lark et termite.gifDeux périodes, cinq personnages, une guerre et des inondations mais aussi des secrets enfouis dont vous serez seuls dépositaires, voilà ce que propose ce roman.
    En 1950 en Corée le soldat caporal Leavitt est blessé et réfugié dans un tunnel, il a été touché par ses compatriotes, à côté de lui une jeune coréenne essaie de le garder en vie. Il délire, il rêve au passé. Il entend la musique du club de jazz où chantait Lola, sa femme si belle " Ses cheveux roux foncés ont comme une teinte cuivrée" Elle attend un enfant, un enfant qui doit naître en ce moment pendant que lui agonise au fond du tunnel.

    Neuf ans plus tard en Virginie dans la touffeur de l’été nous faisons connaissance avec Lark, une séduisante adolescente. Elle n’a jamais connu son père, sa mère Lola a disparu. Dans la vie de Lark son frère handicapé tient la meilleure part, elle le choie, le protège lui voue un amour total et refuse que les services sociaux le place "pour son bien" en établissement spécialisé. Elle invente le monde pour lui, lui donne  de la chaleur, cuisine pour lui des gâteaux colorés.
    Termite son frère est un enfant de neuf ans, blond et bouclé, à moitié aveugle et hydrocéphale. Il ne marche pas, ne parle pas " on dirait qu’il psalmodie" Lark communique mystérieusement avec lui, elle entre dans le monde de bruits et de sensations où "Il est enfermé à l’intérieur de lui-même comme un termite dans un mur". Il entre en contact par les objets, des bandes de plastique qu’il regarde voler, un petit flacon de porcelaine.
    C’est Nonie, leur tante, qui a élevé Lark et Termite. Nonie c’est la sécurité, la solidité,la générosité. Elle se dévoue corps et âme pour eux, elle travaille dur dans le restaurant de Charlie l’homme qui veille sur eux tous.
    Enfin le dernier personnage de cette histoire, Lola, la mère fantôme, disparue en emportant ses secrets,  elle a confié Lark et Termite à Nonie qui est devenue leur mère car comme elle le dit "ces enfants n’ont rien à voir avec Lola, sauf qu’ils sont passés par elle pour venir à moi"
    A la faveur d’une inondations les secrets bien cachés vont remonter à la surface.

    inondations.jpg


    La voix de chaque personnage est différente, chacun sa partition: la voix exaltée de Lark, la voix grave de Nonie.
    L’auteur réussi le tour de force de nous faire pénétrer dans le monde de l’enfant, sans pathos aucun elle nous fait entrer dans son monde de perception et de sensations, nous ressentons ce qu’il ressent "Lark dit le nom des fleurs, il redit les sons, mais les sons ne sont pas les fleurs. La fleur c’est la silhouette toute proche, elle ne bouge pas, il la voit bleue comme ça, longue et fine (...) Ensuite la silhouette bouge et la fleur est trop près ou la fleur est trop loin. Et la silhouette se fait couleur "
    C’est un roman tout à fait extraordinaire qui dégage une émotion intense, un roman profond et grave, un magnifique livre sur l’enfance et la puissance de la vie. Tous les personnages sont marqués par l’absence, les secrets, tous vivent grâce à la force de l’amour.
    Jayne A Phillips a magistralement construit son récit, elle nous tient en haleine avec virtuosité et sensibilité. Son récit est subtile, pudique et fort à la fois. Il traduit un optimisme et une générosité qui donne confiance dans le genre humain et procure un grand plaisir de lecture.

    Faites une place à ce livre dans votre bibliothèque


  • Les Saisons de la solitude - Joseph Boyden

     

    chemins de solitude.gifJoseph Boyden écrivain canadien avait raconté l’histoire de Xavier Bird dans le magnifique  Chemin des âmes roman qui se situait pendant la guerre de 1914, dans son dernier roman nous retrouvons la famille Bird et c’est Will qui en est le héros, Will fils de Xavier.
    Will vit près de la Baie James, à Moonsonee réserve d’indiens Cree, nous sommes dans le grand Nord, si vous voulez y aller prenez le Polar Bear Express le seul train qui fasse le voyage jusqu’au "trou du cul de l’Arctique" comme le nomme Boyden.


    Will Bird est un ancien pilote de brousse, porté sur l’alcool,  il est aujourd’hui plongé dans le coma à la suite d’une agression, de son monde d’ombres et de fantômes il voit défiler sa vie. Le drame de sa séparation avec sa famille, la mort de sa mère qui refusa d’apprendre la langue des blancs, son père héros de la Première guerre qui va le trahir en l’envoyant à l’école. Ses souvenirs affleurent, ceux du Grand Nord, de sa vie de trappeur mais aussi sa propre dérive, son besoin de vengeance qui l’a conduit dans ce lit d’hôpital et son besoin de rédemption.

    indiencree1936.jpg

    Indiens Cree

    A côté de lui, Annie sa nièce, elle ne croit pas au pouvoir des mots mais elle a une dette envers cet oncle qui l’a élevé ainsi que sa soeur. Petit à petit son récit se fait plus libre, plus sincère, elle confie à Will son amour/haine pour sa soeur Susan belle et magnifique, séduite par la vie clinquante de mannequin et aujourd’hui disparue.

    baie james.jpg

    Paysages de la Baie James

    Les deux récits vont se croiser, se répondre, dévoiler les sentiments de chacun, les rapprocher par delà la conscience.
    Le Grand Nord canadien est splendidement évoqué. En filigrane de ce roman Joseph Boyden met l’accent sur la destruction lente du peuple Cree par la maladie, l’alcool, la violence, la drogue. Les indiens tiraillés entre la modernité et la vie traditionnelle.

    Si vous n'avez pas lu "Le chemin des âmes" un billet chez Lettres Exprès et chez Art et Littérature précipitez vous et retrouvez ensuite ces Saisons de la solitude.
    Les Saisons de la solitude  - Joseph Boyden - Traduit de l’anglais par Michel Lederer - Editions Albin Michel

  • L'ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat

    L’Ombre au tableau - Hélène Bonafous-Murat - Editions LePassage
    ombreautableau.gifUne histoire de fratrie et de fraternité, l’unei se déroule aujourd’hui entre Gérard Rataud et son frère Gilbert, l’autre au dix-septième siècle dans la famille Le Nain, les peintres de la paysannerie.

    Gérard et Gilbert tout d’abord, ces deux là c’est l’huile et l’eau, ils ne se sont plus revus depuis des années, Gilbert accuse Gérard d’être responsable de la mort de leur mère et le considère comme un raté. Gérard handicapé par une obésité très importante vivote d’allocations, mange pour passer le temps et pour oublier qu’il a un frère brillant, professeur d’histoire de l’art et Don Juan à ses heures, mettant dans son lit les étudiantes qui peuplent son amphithéâtre.
    Gérard le solitaire va se prendre d’amitié pour un gamin un peu voleur et en quête de son père, contre toute attente cette rencontre va lui insuffler courage et détermination " Soudain son coeur malade battit à vive allure, il lui vint des suées d’angoisse en même temps qu’il lui poussait des ailes "

    lapaysannerielenain.jpg

    La paysannerie - Le Nain - Musée du Louvre

    De nos jours faire copain copain avec un enfant fait immédiatement crier à la pédophilie et le naïf Gérard va droit vers les ennuis.
    Gilbert un peu las des conquêtes faciles a un jardin secret, il cherche depuis des mois à en savoir plus sur trois peintres, trois frères énigmatiques : Antoine, Mathieu et Louis Le Nain.
    La famille Le Nain est originaire de Laon, trois des cinq frères font carrière à Paris, l’ainé gère les biens familiaux à Laon. Ils sont curieux ces trois frères, les tableaux qui sortent de leur atelier sont signés  Le Nain sans mention de prénom, trois talents réunis en un seul au point que  " nul n’a pu attribuer un tableau entier à l'un ou l’autre ". Ce qui intrigue Gilbert Rataud c’est que il manque un cinquième frère à l’appel, Isaac, il apparaît sur les tableaux mais rien de plus, pas d’archives, pas de traces. Gilbert Rataud se fixe un but " Il m’appartient de retrouver Isaac ; de mettre mes pas dans les siens, de suivre sa route : de le ramener à la maison, vivant, parmi les siens."

     

    lerepasdupaysonlenain.jpg

    Le Repas du paysan - Le Nain - Musée du Louvre

    Hélène Bonafous-Murat nous emmène avec elle et l’on suit avec un demi-sourire la cavale de Gérard jusqu’en Bretagne. Mais elle fait plus et nous offre une entrée au Louvre très privée et nous fait pénétrer dans l’intimité des tableaux des frères Le Nain.
    Les pages autour de la peinture sont excellentes, l’auteur dit toute sa gratitude à Jacques Thuillier grand spécialiste de cette époque.

    L'histoire des deux frères se suit sans aucun déplaisir mais si comme moi vous aimez la peinture ce livre sera pour vous un excellent compagnon dans votre découverte des frères Le Nain

    L'auteur
    helene-bonafous-murat.jpg

    Normalienne, Hélène Bonafous-Murat est expert en estampes, au cœur du marché de l’art parisien. Pour Morsures, son premier roman, elle a obtenu le Prix Alain-Fournier 2006, le Prix du Premier Roman du Rotary Club international 2006, le Prix du Premier Roman du Salon du Livre de Sablet 2006, le Prix des bibliothèques du Vaucluse 2006 (source l'éditeur)

  • Malgré les ruines et la mort - Sophia de Mello Breyner

    Malgré les ruines et la mort - Sophia de Mello Breyner - Traduit du portugais par Joaquim Vital - Editions de la Différence
    malgré les ruines et la mort.gifVoilà une anthologie magnifique de la poésie de Sophia de Mello Breyner. Son nom est peu connu en France où pourtant elle a obtenu le prestigieux prix "Max Jacob"
    L’antiquité parcours son oeuvre, son amour pour le Portugal, pour la Grèce dont elle chante la lumière et les îles. Elle dit avoir une relation privilégiée à "la mer, à la vague, à la roche, au vent, au soleil, à la lumière, au sable, à la terre, aux arbres "
    C’est une oeuvre pleine de lumière et de chaleur, d’un poète qui se met sous la protection d’Homère et de la Bible " Le plus beau poème est dans la Bible, c'est le Magnificat, parce que c'est un poème d'exultation et d'humilité et puis il marque l'alliance de l'homme avec l'Eternel"
    Certains des poèmes évoquent l’exil, le temps qui passe et la mort, le poète Pessoa " Ton chant si juste qui dédaigne les ombres" mais Sophie de Mello souhaite aussi une poésie heureuse " Je demande à la poésie aussi de la joie, elle aime les fleurs, la nuit, le rêve."


    cleopatre_09.jpg

     

    Poème d’amour d’Antoine et de Cléopâtre
    Par tes mains je mesurai le monde
    Et sur la balance pure de tes épaules
    Je pesai l’or du soleil et la pâleur de la lune

     

     

     

    Alors surgirent les îles lumineuses
    d’un bleu si pur et si violent
    Qu’il dépasse l’éclat du firmament
    Et en nous s’effacèrent la mémoire et le temps

     

    Santorin2.jpg

     


    Lusitanie
    Ceux qui tout droit avancent vers la mer
    Et - tel un couteau - aiguisé - en elle plongent
    La proue très noire de leurs bateaux
    Vivent de peu de pain et de clair de lune

     

    tableaumarioeloy.jpg
    Tableau de Mario Eloy ( Du bleu dans mes nuages)


    L’auteur
    SophiadeMelloBreynerpoetisaPortuguesa.jpgSophia de Mello Breyner est née en 1919 à Porto, dans une famille aristocratique.
    Elle a reçu le prestigieux prix Camões en 1999. Ses livres ont été traduits dans de nombreuses langues. Elle même avait traduit de nombreux auteurs en portugais, notamment Shakespeare, Dante et Paul Claudel.
    En France elle a reçu le prix Max Jacob de la poésie, prix rarement décerné à un poète de langue étrangère
    Engagée politiquement Sophia de Mello Breyner fut de tous les combats qui ont porté la démocratie au Portugal

    Lali est une passionnée de ce poète, vous trouverez chez elle les Vers de Sophia

    Un billet sur l'auteur chez Armando

  • Là haut tout est calme - Gerbrand Bakker

    Là haut tout est calme - Gerbrand Bakker - Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham - Editions Gallimard

    lahaut.gifNous sommes dans le Waterland, un plat pays de tourbières au nord de la Hollande. Helmer van Wonderen est un agriculteur de 55 ans, pas encore l’âge de la retraite mais atteint par une grande lassitude, il travaille sur son exploitation depuis ses vingt ans, trente-cinq ans sans vacances, sans sorties, sans amour.
    Les seules visites qu’il reçoit sont celles du ramasseur de lait, du marchand de bestiaux.

    La vie s’est arrêtée pour lui un jour de 1967 à la mort de son frère jumeau Henk. Helmer a abandonné ses études de littérature et a pris la place de son frère, depuis il travaille  sans relâche " la tête sous les vaches". Ce jumeau l’accompagne toujours, il n’a jamais oublié le temps béni de l'enfance « Nous étions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps. »
    Il a vécu une vie par procuration, il a vécu la vie de quelqu’un d’autre, il s’est résigné, il a rangé ses livres et plus jamais n’a soulevé le couvercle du passé.

    waterland3.jpg

    Waterland, Holland  © Peter Bongers

    Un matin, sans raison, sans signes prémonitoires, Helmer va décider de changer, changer son père grabataire d’étage en l’installant "là haut" changer la couleur des murs, changer ses meubles. Une lettre reçue de l’ancienne fiancée de Henk vient réveiller les sentiments enfouis, la venue sur l’exploitation d’un autre Henk va faire resurgir le passé, les souvenirs mis sous le boisseau.Helmer va tenter de reprendre la direction de sa vie.

    J'ai beaucoup aimé cee roman qui nous fait vivre sous la protection des peintres hollandais, les canaux, le patinage sur les lacs gelés, les pâturages, les nuages à l’infini, la lumière qui baigne tout mais le calme du paysage ne peut masquer la haine longtemps retenue, le refoulement, la solitude écrasante. Helmer va tenter de casser son isolement, de combler les manques et les désirs inassouvis. A travers lui Gerbrand Bakker nous dit qu’il n’est jamais trop tard pour changer, pour aimer, pour vivre tout simplement.
    Dans vos lectures de l'automne faites une place à ce livre.

    Là haut tout est calme - Gerbrand Bakker - Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham - Editions Gallimard